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 Binomial encounter

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Ella KvelgenElla Kvelgen
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MessageSujet: Binomial encounter   Binomial encounter EmptyVen 7 Juin - 12:35

Crac. Le bruit caractéristique d'un transplanage. On aurait pu dire qu'il brisait le lourd silence nocturne, mais quand on débarquait dans le centre-ville d'Atlantis, c'était loin d'être le cas. Les pubs et autres bars d'ambiance renfermaient des conversations animées et si on tendait suffisamment l'oreille, on pouvait entendre un inconnu chanter God Saves The Queen à plein poumons. A cette distance, ce chant patriotique était presque un murmure. En tout cas, certains avaient déjà bien attaqué la soirée. Ella bailla en consultant le numéro de la rue ; elle était arrivée à destination. L'agitation perpétuelle lui fit jeter un regard incertain sur les pavés. Ouais, elle pourrait pas blairer de vivre ici. Trop de bruit. Mais l'avantage, c'était que tout passait inaperçu dans cet amas vivant. Comme une activiste qui se rendait chez un ancien Auror, par exemple.

Son doigt enfonça le bouton de la sonnette et elle attendit, sur le palier, que Jonathan vienne lui ouvrir. La Kvelgen avait croisé son chemin une seule fois ; au Nouvel An. Et il avait été d'un sang froid mémorable ; en même temps, pour un ancien agent du Ministère, c'était la base. Mais quelque chose avait impressionnée Ella lors de leur rencontre. Peut-être son charisme un peu bourru, ou autre chose encore. Le respect dégagé par cette fonction de chasseur de mages noirs, sans doute. Lorsque la porte s'ouvrit, un léger sourire s'étira sur son visage. Les préoccupations sérieuses empêchaient pas d'être joviale.

« - B'soir, j'ai ramené du thé. ». Depuis cet été, elle s'essayait à la composition de thé et comptait bien expérimenter au maximum. Et puis elle avait été élevée pour pas arriver les mains vides chez quelqu'un, ça se faisait pas.


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MessageSujet: Re: Binomial encounter   Binomial encounter EmptyMar 25 Juin - 2:17


Binomal encounter

- Jonathan Rowle - Ella Kvelgen -


"Between the wars we'll stay, fading echoes spin away, lost in memories, in memories. And still the rest hasn't happened, hasn't happened yet." Allman Brown
Le temps passe. Les feuilles tombent. Les gens changent. L’existence même se renouvelle autour de moi, pourtant j’ai l’impression d’être dans un immobilisme constant, statue de cire éternelle, figée dans les souvenirs d’un temps révolu. C’est peut-être inhérent à ma condition de Sang-pur, qui sait. La représentation des traditions passées à travers des filiations incestueuses, qui stagnent sans jamais évoluer : cela serait assez logique, quand on y réfléchit bien. Je ne serais alors que le digne héritier des valeurs qu’ont défendus les Rowle pendant des siècles, la preuve vivante que ma soit disant "traitrise" ne change pas ce que je suis, que c’est l’aristocratie qui est souillée, certainement pas mes principes.

Cependant, il y a un problème, et de taille, dans ce raisonnement. Ella Kvelgen a une filiation aussi pure que la mienne, mais je ressens en elle un feu qui n’est pas sans me rappeler l’ardeur de ma propre jeunesse. Les mots qu’elle m’a écrit m’ont semblés fébriles, désireux d’une justice qui tarde bien trop à s’abattre sur ceux qui oseraient défier son regard, et, si je dois être tout à fait honnête, ils m’ont rappelés l’adrénaline si grisante qui coulait dans mes veines, autrefois.

Peut-être que la flamme n’est pas totalement éteinte, en fait. Peut-être que la maladie n’a pas encore gagné.

Mais je m’empresse de réfréner cette idée à l’instant même où elle traverse mon esprit. L’espoir : quelle vilaine petite idée. On ne peut être blessé si l’on attend rien, je me presse donc à la tempérance. La blonde viendra chez moi discuter des événements survenus lors de l’exposition MacLean, puis elle repartira aussi vite qu’elle est venue, il n’y aura pas d’éclat, pas de suites. Deux personnes parlant de faits, rien de plus. Il serait idiot de songer à autre chose, encore plus alors qu’une crise me guette à tout moment, que ma baguette reste toujours inutile à mes côtés, témoin silencieuse de mon incapacité.

J’entends les coups frappés à ma porte et je prends quelques instants pour lisser le tissu de ma cravate. J’ai passé la journée à travailler, et je n’ai pas pris le temps de me changer : je ne suis de toute façon pas du genre à passer des vêtements plus confortables, une fois la porte de ma maison close. Je suis de la vieille école. Mes rides sont loin d’être la seule preuve de ce fait indéniable.

Annie, qui joue paisiblement de l’autre côté du salon, bondit sur ses deux pieds. Je n’ai pas eu le cœur de la faire garder par Poppy, encore une fois. L’étudiante s’apparente bien plus à sa mère que moi à son père, tant elles passent du temps ensemble, et ce par ma seule faute. Je ne suis pas un très bon parent, je le sais bien. Je fais de mon mieux. Ce n’est pas assez, mais je fais de mon mieux. Elle se précipite vers moi, ses grands yeux bleus m’interrogeant autant que sa langue.

« - Tonton, tonton, c’est qui ?

- Une amie, crevette. Je suis désolé, je vais devoir travailler un peu avec elle ce soir, tu peux aller dans ta chambre ?

Je peux sentir la curiosité dégouliner de chacun des pores de sa peau, bien qu’elle hoche gravement la tête sans poser d’autres questions. Elle a appris à me connaître, ma nièce. Elle sait déchiffrer mes longs silences et mes regards contemplatifs. Son intelligence me fait peur, parfois : si elle n’était pas aussi gentille, aussi douce, qui sait ce qu’un cerveau aussi vif aurait pu faire comme dégâts ? Si elle avait bel et bien été élevé par ses Mangemorts de parents… Mais je m’égare. Les si n’ont de sens que s’ils se concrétisent, et mon frère est mort, ma belle-sœur en prison. On ne saura jamais ce qui aurait pu être si elle avait grandi dans le manoir Rowle.
Elle se dirige donc vers sa chambre en me faisant un dernier sourire, ses longues mèches encadrant son visage juvénile, qui grandit pourtant si vite - j’ai encore du mal à croire qu’elle a fêté son neuvième anniversaire il y a près de deux mois.

Je me lève à mon tour pour ouvrir à la tout aussi blonde Ella Kvelgen, qui m’attend avec un petit sachet à la main. Je souris doucement. Elle a une manière toute particulière de manger ses mots, la scandinave, qui lui donne un air décontracté qui contraste avec mes airs empruntés et mes habitudes surannées, j’en ai conscience.

« - Bonsoir mademoiselle, je réponds d’une voix, je l’espère, un tant soit peu chaleureuse. La solitude me fait perdre toute notion de civilité, et parfois, j’ai peur de heurter mes interlocuteurs en me comportant comme un véritable robot sans émotion. Entrez donc, je vous en prie.

Je m’éclipse de l’encadrure de la porte pour la laisser pénétrer dans le petit appartement, qui n’a rien de bien extraordinaire : si on enlève les affaires d’Annie qui sont empilées ici et là, et la bibliothèque bien fournie, il serait tout bonnement impersonnel, j’en ai bien peur. Je fais déjà chauffer l’eau de la bouilloire, à la moldue bien sûr, parfaite habitude anglaise qu’elle perpétue en m’apportant du thé. C’est une charmante attention.

- Ma nièce est dans sa chambre, je suis par avance désolé si elle fait un peu de bruit, mais elle ne devrait pas nous déranger. »

Je me sens gauche, comme à mon habitude. Décalé d’une réalité qui s’accroche à moi, comme une araignée à sa toile. Une discussion, c’est tout. Un mot à la fois. C’est ce dont je dois me rappeler : et si je peux aider la jeune femme à démêler, au moins en partie, les fils du mystère qu’elle a vécu, je n’en serais que d’autant plus ravi.
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MessageSujet: Re: Binomial encounter   Binomial encounter EmptySam 20 Juil - 6:02

En entrant dans l'appart', elle déposa ses yeux curieux partout où c'était possible. Mais non elle fouillait pas ; après tout, c'était bien humain de savoir où on mettait les pieds. Se rendre chez un homme qu'on connaissait peu, c'était toujours plus ou moins synonyme de risque. Mais Ella le ressentait pas comme ça ; John lui semblait un bon gars. Même s'il lui faisait penser à un feu autrefois éclatant de puissance, qui serait aujourd'hui un tas de braise étouffant sous une épaisse couche de cendres. Il paraissait épuisé. Elle savait pas si c'était parce qu'il avait mal dormi ou si il portait cette fatigue dans l'âme naturellement. La bouilloire sifflante lui indiqua qu'elle avait bien fait d'offrir du thé ; c'était qu'elle avait été bien élevée, dis donc. Ah, y avait un enfant, ici ? A cette annonce, la blonde tiqua - putain, c'était si bizarre d'imaginer qu'ils allaient parler complot et meurtre autour d'un thé fumant.

« - Oh bah… C'pas grave. Ca m'gêne pas. Son expression devint plus soucieuse. Mais… C'pas un peu...pour c'qu'on va dire ? Elle trouvait pas ses mots, elle s'y attendait vraiment pas. C'en était presque ridicule. Elle déposa sa veste dans l'entrée. Enfin… J'ferai gaffe, promis. Comme si c'était à elle de gérer ça. Est-ce que ça va, déjà ? Moi j'arrête pas d'repenser à cette foutue expo… Cette voix qui comptait et tout. »

Franchement, elle savait pas bien par où commencer. Elle se sentait aussi con qu'à un premier rendez-vous ; comme si elle devait prouver plein de trucs pour se sentir crédible. Et elle lui dirait pour les Salamenders ? Sans doute que oui. Mais pas tout de suite ; fallait qu'ils soient sûrs de pouvoir se faire confiance. C'était pas le genre d'info que tu pouvais balancer au premier venu. Hey, au fait, je fais partie d'une organisation secrète et illégale. Nan, ça faisait définitivement mauvais genre. Elle attendrait que John donne le ton, puisqu'elle semblait se perdre dans ses élucubrations.


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MessageSujet: Re: Binomial encounter   Binomial encounter EmptyVen 26 Juil - 14:40


Binomal encounter

- Jonathan Rowle - Ella Kvelgen -


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Ce sont toujours des yeux quelques peu circonspects qui posent pour la première fois un jugement sur l’appartement d’un autre, les regards traînants se confondant avec la décoration et les lignes créées par l’agencement des meubles. Il parait que la façon dont on vit est un indicateur de notre personnalité : je suppose que c’est vrai, quelque part. Il faut néanmoins nuancer ce propos, car cet indice ne peut montrer que ce que l’on veut bien dévoiler. Il y a cette expression française, avoir un cadavre dans son placard, et elle illustre bien la façon dont l’homme peut se dissimuler derrière des rideaux colorés et des tapis soyeux : on ne sait jamais vraiment ce qui se passe, derrière les portes closes. Alors on met des plantes dans les coins des pièces, on veut des hauts plafonds, des salons lumineux, pour camoufler les ténèbres qui constituent notre existence, et ça marche, pour un temps, au moins. Notre nature vient rapidement frapper à notre porte, comme un vieil ami dont on n’aurait jamais réellement oublié les souvenirs partagés.

Alors qu’Ella pénètre chez moi, je me demande ce qu’elle peut voir, en avisant mes meubles achetés sur catalogue, ma bibliothèque débordante de livres sur des sujets si divers que c’en devient étrange, l’absence distincte de photographies, peu importe où le regard se pose. Se doute-t-elle de mon passé ? Ou préfère-t-elle se tourner vers le futur ? C’est probable, puisque déjà, elle reprend la parole à la suite de mes propos.

«  - Lorsqu'Annie joue dans sa chambre, rien ne peut la déranger : même un tremblement de terre est moins fort que le pouvoir de son imagination. Et puis… ma voix s'abaisse. La Kvelgen ne peut que comprendre la suite de mes mots, elle qui connaît, autant que moi, les affres et les déboires de l'aristocratie sorcière. Elle a grandit dans le manoir Rowle, je suppose que c'est loin d'être la première fois qu'elle entend des bribes de conversation, de conspirations. Cette fois au moins, c'est pour une bonne cause… J'essaie de la protéger du mieux que je peux, mais dans le climat politique actuel, je suppose que c'est impossible de préserver entièrement son innocence.

Je désigne à la jeune femme l'un des fauteuil qui siège devant le poste de télévision, déjà pré-installé dans l'appartement lorsque j'ai emménagé à Atlantis, et que ma nièce a été enchantée de découvrir pour pouvoir regarder de tout son saoul Pokémon, ce dessin animé dont ses camarades parlaient tant. Je continue à préparer le thé dans la cuisine en écoutant son discours, haussant les épaules à sa première question sans jamais y répondre. Je déteste mentir, et j'essaie donc de m'y adonner le moins possible - mieux vaut le silence que des mots qui n'auront aucun autre sens que leurs conventions.

- Je me doute, à cause des rumeurs qui courent et de la teneur de votre lettre, que ça a du être une sacrée exposition, en effet. J’ai entendu parler d’un cadavre… Mais je n’en sais pas plus.

Je souffle. Si j’ai bien évidemment refusé le poste de chef du Bureau des Aurors après la guerre, à cause de ma maladie et du traumatisme causé par la Grande Bataille, l’opacité des enquêtes et cette volonté excessive de dissimuler la vérité au public est également l’une des raisons de mon départ du Ministère. Si certains éléments doivent rester secrets, pour assurer la sécurité de tous et la pérennité des affaires en cours, les civils méritent de savoir, tout autant que les professionnels, les éléments qui peuvent potentiellement impacter leurs vies. Tout n’est que politique, à présent, malheureusement. Ne faisons surtout pas peur aux potentiels électeurs, qu’ils disent : et j’ai beau adorer Kingsley et supporter ses actions en tant que Premier Ministre, j’ai bien peur qu’il ne tombe quelque peu dans ce jeu, lui aussi.

- Tiens d’ailleurs, je me demandais… Evidemment, je connais votre sœur, nous sommes collègues, mais je la connais assez peu, au final, donc je n’ai jamais eu l’occasion de lui poser la question. Kvelgen… Un lien avec Abigail Kvelgen, du Magenmagot ? »

Une vieille connaissance, qui me rappelle un temps aujourd’hui révolu. Des images de procès interminables, finis par un coup de marteau sec et puissant… Des murs hauts et froids, qui projetaient sur les criminels des ombres inquiétantes… Tant d’éléments qui se mélangent dans ma tête, qui me rappellent ce quotidien d’Auror qui était le mien, que la guerre est venue chambouler. Et si Jedusor n’était jamais devenu mage noir ? Serais-je encore dans ces bureaux, entre deux couloirs du Ministère, pourrais-je encore voir les missives enchantées voler à travers la pièce pour finir entre les mains d’un de mes collègues, annonçant des relevés anormaux de magie interdite à l’autre bout de la ville ? Peut-être, peut-être pas. Personne ne peut savoir quelle vie il aurait mené, si seulement le Seigneur des Ténèbres n’avait jamais existé. La tentation est grande, parfois, d’aller voler l’un de ces Retourneurs de Temps soigneusement gardés dans les coffres forts du Ministère, simplement pour voir ce qui aurait pu être. Mais l’inconnu est bien trop dangereux, bien trop effrayant. Cette vie, c’est la seule que nous avons. Tant pis si elle est un peu trop dure. Il nous faut continuer d’avancer, en essayant de cesser de regarder vers l’arrière.
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MessageSujet: Re: Binomial encounter   Binomial encounter EmptyLun 19 Aoû - 14:51

Alors que John lui répondait, Ella pouvait pas s'empêcher de zieuter tout autour. Ca faisait sobre, voire un peu… impersonnel ? Enfin, c'était bien son genre de juger comme ça au premier abord. Kvelgen, ton appart' était pas vraiment un modèle de propreté, c'était pas top de te hisser au-dessus des gens que tu connaissais pas. Honte à toi, sans déconner. Et puisqu'on en parlait, tu ferais bien de faire des courses, y a plus rien à bouffer dans l'frigo. D'ailleurs, t'avais pas fait le ménage de la salle de bain depuis un moment, et il faudrait racheter du produit pour … Stop. Pourquoi elle pensait à tout ça maintenant ? Si ça se trouve, c'était une technique bidon pour détourner le possible stress du moment. C'était plus simple de penser aux trivialités de la vie que de se concentrer pleinement sur ce qui la rendait chiante. En l'occurrence, c'était la raison de sa présence ici, et il était un peu tard pour faire demi-tour. De toute façon, c'était pas son style.

Lorsqu'il parla d'Annie, elle écouta plus attentivement, interdisant son esprit de vagabonder dans ses interprétations farfelues. Pauvre gamine, elle avait pas dû vivre que des jours remplis de paillettes et de licornes, au manoir Rowle. Pourtant, c'était tout ce qu'on pouvait souhaiter à toutes les p'tites de ce foutu monde. Enfin, pas nécessairement des paillettes et des licornes ; juste des trucs sympas et loin des tarés d'extrémistes comme ceux qui faisaient du dégât à Atlantis en c'moment. Bah, il avait raison dans l'fond ; ce serait s'aveugler bêtement avec des voiles hypocrites que de lui souhaiter un futur sans tumultes. Du moins, ils pouvaient y faire quelque chose pour le rendre moins injuste. Silencieuse, elle s'installe dans le fauteuil qu'il lui indique. Il évoque le cadavre, et un frisson la secoue. Trop tôt ? Heureusement, il parla d'autre chose et pas des moindres. Il connaissait sa mère ? V'là autre chose. Un rire franc s'échappa de sa gorge alors qu'elle sortait son paquet de cigarettes.

« - Ah ! Bah ouais, un peu que j'la connais. C'est ma mère. Un blanc, où elle tasse sa cigarette sur son paquet froissé. Vous avez bossé avec elle ? Et euh, j'peux fumer ou faut que j'aille à la fenêtre ? »


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MessageSujet: Re: Binomial encounter   Binomial encounter EmptyLun 2 Sep - 5:17


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Il est difficile d’enlever à la cérémonie du thé anglaise sa difficile histoire. Un temps de colonialisme, où être blanc, occidental, donnait un droit de vie et de mort sur des humains à l’autre bout du monde : une période de l’histoire moldue qui n’est pas sans rappeler celle qui nous touche plus particulièrement, celle durant laquelle un mage noir nommé Tom Jedusor s’est dit que les sorciers étaient supérieurs aux moldus et où le monde a bien failli sombrer dans le chaos. Pourtant, alors que la bouilloire m’annonce que l’eau est suffisamment chaude, je la verse dans la théière sans sourciller, sentant déjà les effluves subtiles des herbes se mélanger avec le liquide. Ce sont dans nos actions, chaque jour, que nous luttons contre l’obscurantisme. Certainement pas en s’arrêtant sur des éléments qui, s’ils constituent notre histoire dans toute sa subtilité et son horreur, sont sans importance face aux dangers que recèlent encore notre monde.

Je dispose le thé sur la table basse, juste devant le fauteuil qu’occupe maintenant Ella. Il y a tout ce qu’il faut : le nuage de lait, le citron, les tasses en porcelaine, et même un peu de Bara brith, ce gâteau gallois que ma mère avait l’habitude de nous servir, lorsque j’étais enfant, entre les murs austères du manoir Rowle. Je le fais importer directement du Pembrokeshire, peut-être le seul endroit où de vieilles rombières le fabriquent encore de manière totalement artisanale.
Alors que je sers la jeune femme, il m’est difficile de m’empêcher de la détailler du coin de l’oeil. Il est difficile de croire, au premier abord, qu’elle est issue de l’aristocratie sorcière : je ne perçois pas cette raideur, ce puritanisme induit par des traditions millénaires inculquées depuis le plus jeune âge, chez elle. Peut-être que la nouvelle génération a été épargné, et que les manières éculées des sang-purs ne sont plus rabâchés aux enfants jusqu’à ce que leurs oreilles saignent. J’en doute, mais je ne peux m’empêcher d’espérer. L’espoir… Je ne sais pas si c’est le bon terme, en fait. Je vois le futur comme un sorte de conte que l’on raconte aux bambins le soir, avant qu'ils s'endorment : brillant, extraordinaire, mais avec une aura de fausseté qui transforme les rêves en mirage dès le passage à l’adolescence. Mais je m’égare. Concentrons-nous sur ce que me révèle la Kvelgen, des mots bien plus intéressants que tout ce que mon esprit malade peut ressasser dans ma vieille caboche.

« - Oui, nous nous sommes rencontrés au Ministère, bien entendu… Je l’ai même considéré comme une amie, autrefois. Comme les Weasley, les membres de l’Ordre, mes anciens collègues. Des liens que la guerre m’a arraché, aussi aisément qu’elle a pris les vies de tant d’innocent. Cela fait bien longtemps que je ne l’ai pas vu, cependant.

Mon regard se perd sur le paquet de cigarettes. Une sale petite habitude, comme je le dis souvent, et je suis prompt à juger quiconque se perd dans les affres d’une telle addiction. Enfin, je l’étais, plus précisément. Ma jeunesse impétueuse m’a souvent conduit à tirer des conclusions hâtives sur un monde dont je ne comprenais pas encore tout à fait la nature : je croyais être vainqueur quand je ne connaissais même pas les règles du jeu. J’ai vu tant de mes collègues sombrer dans l’alcool ou les stupéfiants pour oublier les combats, tant de jeunes gens se bousiller la santé pour effacer des souvenirs intolérables. J’ai eu de la chance d’en réchapper, non pas grâce à ma volonté ou une quelconque foi, mais bel et bien grâce à Annie. Alors un peu de tabac, de temps en temps, est un moindre mal, et l’univers est bien trop sombre et froid pour ne pas trouver un peu de réconfort dans ce qu’on peut, peu importe la nocivité du produit. Mais il faut que je pense à ma nièce, et c’est la raison pour laquelle je lui réponds d’une voix douce :

- A la fenêtre, s’il vous plaît. Je vais vous trouver un cendrier quelque part…

Je m’en vais maintenant farfouiller dans mes tiroirs à la recherche d’un objet qui pourrait servir à recueillir des cendres, d’une manière ou d’une autre, puis finit par saisir la soucoupe sous la seule plante verte du décor pour lui tendre. Ça fera l’affaire. Je dérange Calin, dans l’affaire, et le chat d’Annie me crache volontiers au visage pour me démontrer sa désapprobation. Il ne m’a jamais réellement apprécié, de toute façon, et je lui rends bien son dédain.
Je ne m’occupe d’ailleurs pas plus longtemps de lui pour m’asseoir et prendre à mon tour une tasse de thé. Alors que les arômes fondent sous ma langue, je prend encore une fois la parole.

- Nos rencontres sont singulières, Mademoiselle Kvelgen. Mais je pense que le problème est bien plus profond qu’un mauvais karma ou quelques mauvais diables qui nous suivraient pour nous jeter une malédiction. Il se passe quelque chose, sur cette île… Entre ce que les journaux ont relatés de l’incident au Wicked Bazar, l’homme qui nous a attaqué au Nouvel an, le comportement des animaux dans la nuit du 1er mai, même l’exposition MacLean… Tous ces événements sont dissemblables, et pourtant, ça ne peut pas être une coïncidence… »

Mes yeux se perdent tout contre le mur blanc devant moi, qui me ramène, quelque part, à ma propre incapacité. Les mystères s’épaississent, autour de nous. Et si, à une époque, j’aurai pu faire quelque chose pour les éclaircir, j’ai bien peur qu’aujourd’hui, je ne sois terriblement inutile…
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MessageSujet: Re: Binomial encounter   Binomial encounter EmptyDim 6 Oct - 7:01

A vos ordres, chef, pense-t-elle joyeusement sans pour autant le déclamer à haute voix. D'un mouvement tranquille, elle se dirige vers la fenêtre la plus proche et l'entrouvre. Tout en tassant sa cigarette, la jeune femme observe la rue d'en haut ; des têtes passent, des exclamations de joie se perdent dans la nuit. Elle a la sensation qu'elle ne pouvait pas se permettre d'être comme à son habitude, à plaisanter sur tout et rien pour aucune raison. C'était moins l'attitude morose de son hôte que l'effort de venir jusqu'ici ; car elle savait pertinemment que le sujet tomberait, tôt ou tard. Franchement, si elle avait voulu boire du thé et fumer des clopes, elle aurait pu rester chez elle. Aussi raide et méticuleux qu'un vieux maître d'hôtel, John dépose le thé et tout ce qui va avec sur la table. D'ici elle sent le délicat fumet de sa composition ; camomille, cardamome, cannelle et feuilles séchées de thé noir. Pas au goût de tout le monde, mais un arôme fort et parfaitement approprié à la situation.

Comme ça il connaissait sa mère ? Intriguant. Alors qu'elle tendait la flamme d'un briquet en plastique vers sa clope, un éclair touffu lui fila entre les jambes pour aller se terrer Merlin savait où. Surprise, la blonde eut un mouvement de recul et mis les mains en l'air, comme pour se délester d'une quelconque responsabilité. Elle avait pas eu le temps de le voir, mais l'instinct et le bon sens lui laissaient penser que c'était un fieffé greffier qui avait été dérangé dans sa sieste de 96 heures continues. Ah, les chats. Elle avait jamais trop pu les blairer, sans pour autant les détester. Disons qu'il y avait un truc dans leur regard… Brrr, ça la foutait mal à l'aise. Comme s'ils pouvaient déchiffrer des trucs invisibles pour tout le monde. Pas étonnant qu'ils aient longtemps été associés à la magie. Sans blague, leurs yeux perçaient plus profondément qu'un croc de basilic dans la chair.

« - Merci pour le cendar, dit-elle en brandissant la petite soucoupe avant de la poser sur le rebord de la fenêtre. Ella inspira profondément une première taffe, en écoutant l'ex-Auror statuer sur leurs rencontres. Au fond, il avait pas tort - c'était bien pour ça qu'ils étaient là. Vous savez, j'pense que n'importe qui voit ce lien entre tous ces événements… 'fin j'veux dire, faut pas avoir fait médicomagie pour capter que y a un souci quelque part. La cendre tomba lentement dans le cendrier de fortune. Mais avant d'passer aux choses sérieuses, qu'est-ce qui me fait croire que j'peux vous faire confiance ? On s'connaît pas, vous pourriez tout aussi bien être impliqué dans des magouilles cheloues… Son regard se posa sur lui. J'veux bien qu'on bosse ensemble, t'as l'air réglo comme ça, mais j'suis pas un Boursouf de six semaines. »

Le tutoiement soudain lui avait échappé, et elle se corrigea pas. C'était pas elle, ce genre de faux-semblant ; après tout, ils étaient à peu près dans la même galère vu la liste de têtes ciblées qu'elle avait trouvée au nouvel an dernier. A priori, il avait aucune raison de lui mentir ; mais la Kvelgen avait acquis des réflexes plus prudents sous la coupe des Salamenders et elle était plus que fière d'y avoir pensé. Lâcher des infos comme ça, c'était bien beau, mais qu'est-ce que ça lui rapporterait ? Au mieux, un bon partenaire, au pire, une dague dans le dos. Et pas qu'au sens figuré.


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