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 There's a bustle in your hedgerow.
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MessageSujet: There's a bustle in your hedgerow.   Lun 2 Jan - 17:39



Le 10 décembre 1999,

Pour tout être les froidures sont rudes et du gel il faut se garder. Ainsi que les camarades dont les vêtements chauds libéraient les étagères, les bêtes dont la protection ne pouvait être alourdie en subissaient les travers. Or, à l'approche des fêtes, la volière était secouée d'une agitation saisonnière sans pareille. Et si les va-et-vient des volatiles créaient un semblant d'excitation et par là-même une impression de chaleur, les longues traversées jusqu'à Londres causaient à la petite chevêche humblement nommée des trauma qu'il fallait soigner.

Kiara limitait leurs ballades, non pas dans leur régularité, mais leur longueur. La chouette était tenace et téméraire mais elle était plus raisonnée. Bien sûr, elle ne pouvait l'empêcher de voleter avec ses comparses quand elle était au chaud à étudier, mais lorsqu'elle était sous sa garde, Minerva devait suivre ses dispositions. Et presque quotidiennement, sa maîtresse montait au plus haut point de la tour pour s'occuper d'elle.

Le froid préservait les odorats les plus sensibles de la corruption de l'air habituelle aux saisons chaudes, dans ce lieu petit et reclus. Il restait cependant un relent de pestilence qui incitait tout correspondant à bien vite flatter son missionnaire avant de déguerpir.
Pour la blonde aux attitudes les plus lisses et académiques, passer du temps dans cette pièce confinée ne posait strictement aucun problème. Elle y trouvait même une forme d'assurance et de réconfort qui lui rappelait son autre chez-soi.

Face à l'immensité invisible des profondeurs du lac, que quelque lueur ou mouvement réveillait parfois, derrière les vitres de sa Maison, comme dans les gestes précautionneux mais affirmés, presque automatiques, après des années de pratique, au milieu des oiseaux ici, ou des cages à Londres, elle trouvait le calme et reposait son esprit tumultueux. Il n'y avait rien à calculer. Rien à déduire, rien à observer. Rien à essayer de comprendre ou rien à prouver. C'était la parenthèse salvatrice dans un quotidien exigeant, pour qui voulait s'en encombrer.

Minerva venait d'emblée, car d'appel entre elles il n'était jamais besoin ; les habitudes étaient prises et resteraient immuables. Lorsque venait l'heure de la promenade, Kiara quittait le hall et avançait vers le Lac. Sans observer le ciel, elle pouvait prédire, en comptant ses pas, quand l'oiseau viendrait. Elles étaient accordées, à la force de l'entrainement.
De la poche de sa cape, elle sortait ses onguents et avec ce mélange de fermeté et de délicatesse propre aux artisans sûrs de leur ouvrage, elle les appliquait, massait, en silence. Elle n'avait jamais besoin de l'appeler ; entre elles nul mot n'était utile. Là était le vrai repos.

Mais à mesure que la séance se terminait, le flot de pensées reprenait sa place ordinaire. Déjà elle songeait aux devoirs qu'il lui restait à terminer, au dernier sort de transfiguration inscrit dans son carnet qu'elle était toujours incapable de produire, aux agacements et aux frustrations les plus récents, aux idioties notées et à ce qu'elle devait faire, dire, pour chacun des nœuds qu'elle avait tissés. La tâche s'évanouissait que déjà l'établi s'encombrait et ses traits retrouvaient leur allure crispée.
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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Mar 3 Jan - 7:30

Mon pauvre MacBeth que tu dois être épuisé de vivre en la compagnie de tant de petits agités. J’aimerais t’offrir un meilleur refuge mais je doute que tu sois plus à ton aise dans la maison familiale, ta dernière visite n’a pas beaucoup plu à ma mère… Ni à toi. Tu es maintenant trop vieux pour de longs trajets, tes ailes ne sont plus si robustes qu’avant. Ton ancien maître a du bien user de ta bonté par le passé. Tu es grognon et peu avenant, c’est vrai mais de là à t’abandonner, c’est être de la pire espèce. Moi, je te trouve attachant, tu n’aimes pas les caresses et tu piques parfois avec ton bec mais après tout, suis-je vraiment mieux ?

Tu  n’es pas bien tombé avec moi, combien de lettres as-tu envoyé depuis que tu vogues à mes côtés ? Une dizaine tout au plus ? Je n’ai pas grand monde à qui écrire alors ça ne t’aide pas à t’échapper de cette terre d’exil. Parfois, je me demande d’où tu viens, quelle est ton histoire, pourquoi cette aile amochée. Mes visites se font plus rares ces derniers temps, enfin, de toute manière je doute que ma présence soulage ta peine en quelques manières. Encore une de nos rêveries d’humain, tu n’en as que trop vu. Notre ego sans limite de taille nous pousse à croire des choses dont nous n’avons aucune preuve. Quand je viens te voir, est-ce à toi que je fais plaisir ou est-ce plutôt une parenthèse dans ma journée ?

L’homme est égoïste, je ne te l’ai que trop dit. Un jour, je te libérerai. Il faut que je songe à trouver un endroit qui t’accueillerait en te laissant un peu plus de paix que ce chaos qui règne autour de toi dans cette volière. J’espère que tu as bien profiter ces derniers temps, avec les fêtes de fin d’année tu as du rester bien seul ici. Ces derniers temps, je travaille sur une prothèse qui te donnerait la force pour tenir ton aile sur de longues périodes, regarde.

D’un coup de baguette, les quelques morceaux de ferraille posés au sol s’animent et s’emboitent pour former l’image d’une chouette, faite de même façon quoiqu’un peu plus petite que ses consoeurs. La frêle invention bat des ailes et s’envole rejoindre les originelles, voletant comme si elle était identique aux autres. Elle tourne sur elle-même, hulule mais se bagarre rapidement avec les autres chouettes. Elles ne l’aiment pas, si elle vole, c’est sans plumes, si elle hulule, c’est sans air. Tout être humain y verrait une chouette mais ce n’en est pas une, ce n’est qu’un objet animé par la magie qui y ressemble.

Te voilà écroulée par terre, pauvre petite. Ce n’est pas aujourd’hui que je pourrais l’essayer sur toi, mon pauvre MacBeth. Si je n’avais pas voulu t’épater avec cette démonstration, ça aurait peut-être été mieux aussi… - Accio. Oups, je crois que ça a effleuré une jeune… Ah, Kiara. Je ne l’avais même pas aperçue. Sa discrétion est incomparable, preuve en est. Fermée, comme toujours. Elle m’amuse, on parle parfois et ses tentatives pour me comprendre m’hérissent le poil autant qu’elles me donnent prétexte pour les contrer et chercher à la découvrir elle.

Ce n’est pas une quête aisée, elle est farouche et ne s’épand pas sur sa personne. Même toi tu es plus facile à comprendre MacBeth. – Bonjour Kiara. Je ne peux pas m’empêcher d’embêter les gens qui m’entourent, l’occasion est trop bonne, si nous sommes tous les deux réunis, ce n’est pas pour rien.
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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Mer 4 Jan - 8:47


Frôlée par une aile, elle esquissa un mouvement de recul. Toutefois, il n'y a là rien d'inhabituel en ces lieux. Elle pouvait retourner à sa tâche mais celle-ci s'achevait et avec elle son échappée. Ses sens retournaient de leur repos et à nouveau, elle se crispait. Elle n'avait pas encore tout à fait conscience de ce qui l'entourait, cela dit, encore trop absorbée par les soins prodigués à sa chouette et la salutation vint la surprendre.

Vulnérable, elle n'avait pas noté l'entrée du jeune homme. Dans la multitude de mouvements et de hululements, l'ombre de sa grande silhouette lui avait échappé. C'était Stanley, pourtant, lui qui parfois était obligé de se courber au pas d'une porte. Elle se maudit alors d'ignorer et de tourner le dos à la porte. Elle n'était pas prudente, elle ne réfléchissait pas assez. Ou bien, ses réflexions manquaient d'automatisme et alors qu'elle tergiversait, elle perdait du temps.

Elle n'était donc pas préparée à le rencontrer, il avait sorti sa carte avant elle. Ce n'était pas si grave, devait-elle penser, c'était Stanley. Ils se croisaient toujours, car ils ne pouvaient faire autrement ; ces rencontres fortuites étaient quotidiennes et rien ne devait changer là, parce qu'ils étaient seuls une fois de plus et qu'ils se parlaient. Mais chaque chose était pour elle un calcul. Il lui fallait avoir trouvé l'inconnue de l'équation avant de la dérouler. Or Kiara n'était pas bonne en mathématiques des autres et de fait, était prise au dépourvu. Ça l'agaçait, l'irritait ; l'énervait contre elle-même.

Une expression égale fut tout ce qu'elle offrit à son camarade qui n'était pas habitué à grand-chose d'autre, de toute manière. « Stanley. » Ses yeux pâles mesuraient sa haute stature et notèrent les morceaux de ferraille. Stanley l'inventif, ce garçon bizarre, aux yeux de certains, qui d'éléments inertes imaginait et construisait. Il avait aussi un hibou. Un nom écossais assez court. Qu'importe. Un bubo blakistoni. C'était assez rare que les Sharen aient des oiseaux asiatiques dans leur boutique, en particulier ceux d'une telle rareté. Et puis de manière générale, Anna Sharen évitait au maximum les espèces piscivores, car l'entretien en boutique en était pénible. Toutefois il leur arrivait d'en avoir par commande, en provenance de Sibérie ou du Japon.
Celui de Stanley était vieux et il lui semblait avoir noté une blessure – ou Stanley le lui avait-il dit ? « Comment va ton hibou ? Tu sais que tu peux me demander, pour un baume, ou quoi que ce soit. Il ne doit pas trop souffrir l'hiver, cela dit, comparé à d'autres. »

Il n'y avait pas d'autre raison de venir là que de déposer une lettre ou d'apporter quelque soin à sa bête. La plupart des élèves négligeaient cet aspect, ceci dit, et s'étonnaient ensuite que leurs oiseaux vieillissent mal. Kiara hésita à lui demander la raison de sa venue, mais elle avait déjà engagé la conversation, en proposant une entrée en matière. Si cela lui déplaisait, il parlerait d'autre chose. Il lui semblait, à l'instar de son attrait pour la mécanique, plus avancé qu'elle en matière de rouages sociaux.
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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Jeu 5 Jan - 14:12

Mon hibou. Qui en avait réellement quelque chose à faire de ce qui pouvait lui arriver ? Je ne sais pas tellement si ses mots sont sincères ou si c’est juste un moyen assez maladroit pour engager la conversation. Peu importe après tout, je ne suis pas exempt d’accroches ratées, je n’irais pas blâmer les autres. Je ne la sens pas particulièrement à l’aise, de toute manière, aujourd’hui comme les autres fois. Cette fille est un peu bizarre, enfin, j’ai tendance à trouver étrange la plupart des gens, ce n’est pas contre elle plus qu’une autre. Je ne sais pas toujours comment m’y prendre pour arriver à mes fins dans nos discussions, elle est comme un vieux parchemin à l’écriture tremblante que je peine à déchiffrer, comprenant quelques mots que j’interprète à ma façon, sans efficacité réelle.

Toujours aussi doué pour les comparaisons, c’est affligeant cette manie de toujours rabaisser les autres en les assimilant à des objets peu valorisants, enfin l’intention n’est pas là, je dois être excusé. Je réfléchis trop, beaucoup trop. Je me pose des questions qui n’ont pas lieu d’être, jugeant mes propres pensées comme si tout le monde y avait accès. C’est peut-être une de mes forces aussi, cela dit. Je ne ressens pas besoin de cacher ce qu’il se passe dans ma tête, du moins, pas par souci d’honnêteté. Je passe assez de temps à me censurer et à juger mes propres pensées, les autres ne pourraient pas faire pire. Encore une fois, je me tracasse pour des choses qui n’ont pas lieu d’être.

Cela dit, je n’ai pas l’impression d’être le seul dans ce cas. Je ne sais comment expliquer cette sensation qui me revient sans cesse face à Kiara. Son regard n’est pas des plus expressifs, je le trouve même un peu vide, inanimé à mon goût. Pourtant, j’y lis des réflexions vives, sans cesse renouvelées. Cette fille est compliquée, peut-être même trop pour elle-même. Les discussions se lancent et je me sens comme emporté dans une danse dont je ne maîtrise qu’à moitié les pas. Une tornade que j’anime mais qui me dépasse, m’entraîne au-delà de mes attentes et mes craintes et ce paradoxe est doublé par un nouveau qui nait à la fin de toutes ces bourrasques. 

J’aime me perdre dans ses yeux et écouter ses mots auxquels je réponds sans tarder, d’instinct, à la suite d’une réflexion instantanée, je sais où elle va sans savoir ce qu’elle veut. Pourtant, si je maîtrise mes réponses et ne met sent pas atteint par les moments que nous passons ensemble, cette idée que je ne contrôle pas pleinement la situation m’obsède, j’ai l’impression qu’à jouer à celui qui découvrira la profondeur des pensées de l’autre, je m’entraîne tout seul dans quelque chose de trop gros pour moi. Car oui, elle est maligne, je ne la bats pas à pleine couture de ma rhétorique huilée, elle sait répondre à mes coups et ne se laisse pas naturellement marcher dessus. Elle a du répondant et c’est ce qui donne du piment à nos discussions mais qui apporte du danger à cette relation.

Tout pourrait être simple mais nous avons pris un sentier risqué, celui de l’ego, celui du défi et de la concurrence. – Je sais. Merci. Il ne se plaint pas, il est plus solide que les autres, c’est un dur à cuire. Et je suis déjà en train de réfléchir à une prothèse pour l’aider à voler. Et toi, que fais-tu là ? Je ne peux m’empêcher ce ton froid, presque cassant. J’aime aller dans le vif du sujet et sentir que les autres comprennent mon intention. Si je sais être mielleux et façonneur d’illusions, ne pas l’être dans des discussions privées est un véritable choix. C’est un signe de respect, signe que j’estime mon interlocuteur et que je le considère apte à passer au-delà d’un simple ton et capable d’être plus malin que la moyenne et de lire entre les lignes.
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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Ven 6 Jan - 18:23


Il est dit que le rire se produit en réaction du cerveau au paradoxe. Face à une incompréhension, il la résout en trouvant l'objet drôle. La confusion se dissipe normalement dans l'amusement. Vu comme cela, notre raisonnement en paraît des plus logiques, le siège de nos pensées étant réduit à la machinerie biochimique déterminée donc prévisible.
Le déroulement de l'esprit de Kiara correspondait au premier abord à cette description, car de toute scène elle calculait les critères et voulait en voir la logique. Néanmoins, la chaîne causale qui lui paraissait naturelle était singulière et lui appartenait. Surtout, sa constante réflexion renvoyait davantage son image qu'elle ne perçait la réalité. Au final, dans ce qu'elle voyait, elle imaginait plus qu'elle ne comprenait.

Contrairement aux jeunes gens tels Stanley, qui de rien formaient des créatures mobiles, elle n'était toutefois pas dotée d'une grande créativité. Les syllogismes guidaient sa pensée et aux marches elle trébuchait, ratant la subtilité d'une ombre et l'impression laissée d'une commune expérience avec ceux pour qui elle compatirait. Froide et silencieuse, elle notait consciencieusement, écoutait sans vraiment entendre, touchait sans trop sentir : les sensations ne s'inscrivaient pas dans sa chair car déjà, elle jugeait.

Pour elle il était parfaitement normal, dans une volière, de parler de hiboux. Pis, cela l'intéressait sincèrement de connaître l'état de santé du compagnon de Stanley. Non pas qu'elle éprouvât pour lui une véritable amitié et par extension, pour sa bête, de l'affection. Non, il s'agissait simplement de vérifier que, sur l'établi, tout était en ordre et que les engrenages étaient bien huilés. Rien de bien complexe en soi, mais cela lui semblait essentiel. Le quotidien n'était pas futile, loin de là. L'utilité concrète de ce qui nous entourait devait permettre notre avancée et l'on ne pouvait s'y soustraire.

Destabilisée dans la chaîne de sa routine, Kiara reprit pied par sa question. Leur rencontre étrange trouvait ainsi une consistance. La pâleur de ses iris témoignait de son assurance renouvelée. Elle était en maîtrise d'elle-même et devait l'être de cette entrevue. Après tout, la relation qu'elle entretenait avec ce garçon était la simple réunion d'intérêts mutuels. Et sa question y ancrait leur discussion. Il l'interrogeait sur les créatures magiques : elle lui parlerait de son hibou. Chaque chose à sa place et les boursoufs tachetés seraient bien gardés.

Elle se demandait toutefois, quand il lui répondit, vite, sèchement, ce à quoi il pouvait bien, lui, songer. Il ne lui semblait pas l'ennuyer comme les autres, puisqu'il prenait la peine de l'interpeller et parfois de discuter avec elle, spontanément. A l'allure du garçon, on pouvait sans trop hésiter mettre cela sur le compte de la politesse. Toujours bien mis, avec son visage lisse et son corps trop grand, il paraissait s'excuser d'être là et soupeser ses mouvements pour n'être pour personne un fardeau. Au final, après des années à les côtoyer, elle ne le connaissait pas.
Il était loin de ceux qu'il suffit d'observer pour discerner, leurs habitudes trahissant leurs craintes, leurs envies – parfois même la clef de secrets à mobiliser plus tard. Tandis que lui ne trahissait rien : pas de lubie, pas de tare, pas d'étrangeté. Ou peut-être le regardait-elle mal. En fait il n'avait simplement pas motivé son intérêt jusque là. D'une façon, il ne faisait que passer.

Comme dans cette tour, finalement, il allait et venait. Il était facile de l'aborder, malgré sa froideur apparente, et engageait sans difficulté des conversations stimulantes. Ce n'était pas quelqu'un d'ennuyeux, loin de là. Seulement voilà, il lui était trop opaque. Et pour l'instant, il ne lui avait pas offert l'amorce qui piquerait assez sa curiosité pour dépasser la fluidité de l'apparence.
« C'est une excellente idée. Si sa blessure est magique, en effet, mes soins ne serviront à rien. Même ma mère, je crois, n'y pourrait rien. Une prothèse. Un petit défi intéressant. » Droite et raisonnable, comme à son habitude. «Rien de particulier, je soignais ma chouette. Elle est plus fragile que le tien, en hiver il faut faire attention. » Elle s'observait, son léger rictus d'agacement s'agitant. Les banalités la lassaient bien vite, mais elle avait vite compris qu'on ne pouvait s'en passer.
L'hésitation paraissait, probablement. En quelque sorte, il y avait là une invitation. Avant de s'enrayer elle lui proposait tacitement de poursuivre, autrement lui aurait-elle déjà tourner le dos. De même, elle lui transmettait l'initiative.
Invité
MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Jeu 12 Jan - 9:56

La magie donne à notre existence une nouvelle façon de voir le monde, elle force nos paupières à s’ouvrir et nos cerveaux à réfléchir. Nous sommes choisis. Non pas par une identité supérieure ou un dieu, je ne crois pas en cela. Comment alors ? Cette question reste sans réponses et tout n’est question que d’interprétation des signes de la vie. L’injustice qui règne aux quatre coins de ce monde me pousse à croire, non pas sans cynisme, qu’il n’y a pas de règle absolue. L’hérédité n’est qu’une réponse de sots qui préfèrent s’abrutir par fainéantise intellectuelle plutôt que pousser la réflexion et atteindre des idées mieux construites, quitte à ce qu’elles soient incomplètes. Quid du premier sorcier de cette planète ? Lui aussi l’aurait hérité ? De qui, de quoi ? Il faut être encore naïf pour croire aux demi-dieux, aux héros et autres fantaisies de peuples qui ne trouvent que cela pour s’unir, puis pour se faire la guerre.

A ce moment très précis, je n’écoutais plus ce qu’elle me disait. Je regardais ses lèvres qui luttaient contre le froid mais qui ne s’arrêtait pas de parler pour autant, peu importe ce qu’elle pouvait raconter. Le temps s’arrêtait sur son visage qui bougeait, s’animait par des pensées se bousculant dans un si petit cerveau qu’est celui de l’être humain, aussi magique qu’il puisse être. Certains d’entre nous s’entrechoquent en permanence contre la limite de notre existence, cette impossibilité de voir au-delà de nos vies mortelles, cette inconnu de l’infini. J’ose croire que Kiara et moi faisions partie de ces gens-là.

Elle n’était pas très grande et n’inspirait pas un charme à toute épreuve. Comme souvent, mes yeux se baissaient pour fixer ce visage s’exprimait avec clarté, sans plus qu’il ne fallait. Dans cette fadeur relative, je ne pouvais m’empêcher d’observer avec amusement la lueur dans ses yeux. Tout ce charisme que je ne lui trouvais pas formait, finalement, un beau cadre à cette vivacité d’esprit qui transparaissait avec tant d’éclat dans ces pupilles qui me scrutaient autant que je les regardais. Avec Kiara, c’était comme une partie d’échecs où chaque coup était pensé, réfléchi, et plus important encore, où les cinq, sept, onze prochains mouvements de l’adversaire étaient anticipés, toutes les options se démultipliant dans des esprits stimulés par ce jeu si complexe.

Les lèvres s’étaient arrêtées. Ce n’est pas par manque d’intérêt que je ne les écoute pas, au contraire. Il y a si peu de choses à apprendre des paroles volontaires, des idées réfléchies. Notre cerveau est en permanence censeur de notre instinct, il brime tous nos élans naturels pour les transformer en discours prononçables en public. Quel être plus ennuyeux que l’être humain ? Seulement, notre cerveau est faible en bien des domaines et sa faillibilité est exposée lorsque l’instinct décide s’impose plus qu’il ne peut le contraindre. Lorsque l’amour propre est piqué, lorsque nous sommes déstabilisés ou plus simplement par les mouvements de notre corps que notre noyau central ne peut contrôler tant il est occupé à surpenser. En délaissant le contrôle des mimiques et des signes physiques, le cerveau ne se rend même pas compte qu’ils existent pour l’Autre. Encore faut-il qu’il s’y intéresse.


Je n’avais aucune envie de discuter d’hiboux et de chouettes. Une nouvelle fois, ce n’était pas par désintérêt total du sujet mais j’estimais Kiara capable de bien plus. – Oui, je comprends. Je ne pouvais me résigner à montrer ma totale surdité aux sujets qu’elle avait abordé jusqu’alors, même si ce n’était que la réponse à ma question. Pourtant, je n’avais absolument rien compris, pire encore, je ne savais pas de quoi elle parlait. Sans doute était-elle restée sur le thème des rapaces. Je ne reprocherais que trop souvent l’absence d’initiatives des gens, même les plus brillants. Les codes de la société les opprime tellement et ils sont si peu à rompre le fil d’une discussion pour l’élever et la porter sur des terrains plus fertiles pour la réflexion. Moi ? Ce n’était pas par intelligence ou bravoure que je bouleversai les choses et les dialogues. Plus par folie et par avidité de tous ces moments de déstabilisation de l’autre. – Quatre-vingt-onze virgule quatre-vingt-dix pourcents. Il ne cessera jamais de m’étonner.

Je cherchais à la mettre mal à l’aise, la plaçant tout de même dans un de ses sujets préférés. Le monde moldu ne cessait de l’intéresser, sans doute plus par crainte que par compassion, pour autant, je me surprenais de cette soif de connaissances. Je n’avais aucune idée de ses connaissances sur le sujet que j’évoquais et cela m’amuserait sans doute de la voir chercher de quoi je parlais, ne s’abandonnant sans doute pas de suite à dévoiler l’incompréhension qui la tourmenterait, trop maligne et fière pour manquer de connaissances.
Invité
MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Ven 13 Jan - 9:10


Les conventions n'étaient pas pour elle des contraintes. Elles étaient comme les barrières que l'on met le long de la gouttière des pistes de bowling, pour les enfants Moldus. Les normes formaient un tracé défini et clair, facile à suivre, elles damaient le sentier sinueux aux multiples nids de poule des relations sociales : un outil, en somme.
C'était un ensemble de repères, un guide fiable pour avancer sans trop de difficultés dans ce jeu quotidien et si banal. Kiara le trouvait confortable et tentait d'en connaître toutes les facettes pour éviter faux-pas et malaises, pour avancer délicatement ses pions.

Son caractère ne lui permettait pas de s'en passer. Elle n'avait pas de capacités hors du commun lui ouvrant le droit de s'exonérer de ces charges convenues. Ce n'était que grâce au système qu'elle s'élèverait, à force de travail et d'ingéniosité. La connaissance des rouages de la vrombissante machine devaient servir à la maîtriser.
Ainsi les rencontres fortuites ne la gênaient pas, elle s'en accommodait. Toutefois Stanley Adams sortait du cadre bien formulé sans lequel les humains erreraient dans le chaos. Sa stature aurait pu en présager : lui-même s'abaissait pour passer le pas des portes. Son corps semblait trop grand pour lui et l'observateur inspiré pouvait sentir que cette haute taille indiquait l'inflation de son âme, trop vaste pour se satisfaire d'être engoncé dans une densité charnelle, n'attendant que de déborder.

Kiara ne ferait pas ce parallèle. Elle voyait simplement la réserve du jeune homme et tentait d'en comprendre une partie. Malgré leurs échanges réguliers, elle réalisait qu'il n'y avait là qu'une amorce. Il était étrange, solitaire, calme et poli. Parfois il la surprenait. Elle ne saisissait pas le flux de ses pensées. Le terme était intéressant pour le décrire, en fait. Il était comme ces matières qui se dissipent au moment où on les empoigne.
En un sens, ça l'agaçait. Elle s'énervait d'être incapable de résumer sa personne en trois phrases et de savoir comment le manier. Elle n'avait pas tant le goût des défis. Il lui fallait une victoire certaine. Or, à l'inverse, Stanley avait des attitudes imprévisibles, ne passant pas l'algorithme de référence. Parfois même Kiara se demandait ce qu'il faisait là. Il semblait se jouer de tout le monde, son arrogance ornée de manières polies et de sourires timides et froids. Comme si le moule ophidien flattait ses traits tandis que le feu embrasait son être.

Cette fois-ci ne fut qu'une preuve de plus. Kiara eut un moment d'arrêt. Interloquée, elle l'observait. Elle se dit qu'elle avait raté un mot dans sa phrase, qu'il manquait quelque chose des mots parvenus à son oreille. Par Merlin, de quoi parlait-il ? Il y avait quelque chose d'intriguant dans sa personne, certes, mais là, on atteignait quelque chose de lunaire.
Vraiment elle se demandait s'il ne profitait pas des remarques banales de Kiara pour la tourner en ridicule. Elle lui offrait son aide sincèrement, et voilà qu'elle recevait des moqueries. Vexée, elle ne voulait rien en laisser paraître. Le froncement léger de ses sourcils l'avait déjà trahie, cependant. Il ne manquerait pas de le remarquer.

« Quelle méthode emploies-tu ? » Ignorer ce qu'elle ne comprenait pas lui semblait la seule issue possible. Il n'y avait ni aveu d'échec, ni garde baissée. Un ronflement en elle agitait son rictus. Il lui fallait prendre le dessus : il n'avait pour l'instant pas démontré de capacités ou de moyens suffisants pour qu'elle ait besoin de lui et de l'élévation qu'il pouvait lui apporter. Pourtant, elle niait l'évidence : il serait difficile de le dominer.
Invité
MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Dim 15 Jan - 9:51

Maligne, pour qui me prenait-elle vraiment ? Parvenait-elle à croire un seul instant que sa tentative aurait le moindre effet positif ? Je ne peux pas me résoudre à penser qu’elle espère vraiment se sortir de mon piège aussi facilement. Cette esquive aussi grossière que vaine ne fait qu’attiser ma curiosité et amplifie le plaisir que je prends à la mettre dans l’embarras. Cette fille ressent le besoin de contrôler ce qu’il se passe, jamais elle ne prend de risques, tout est calculé, mesuré et pesé. Je ne peux m’empêcher d’amener les gens là où ils ne veulent pas être, après tout, je les aide à grandir et à affronter leurs peurs. Kiara n’y échappera, ces quelques mots qu’elle a prononcé comme un cri de détresse anime mes instincts les plus malsains.

Je ne lui cherche pas du mal, loin de là, cette fille me parait digne d’intérêt et je me plais à deviser avec elle au détour de couloirs, rencontres inopinées qui marquent les étapes de notre relation. Pourtant, je ne peux pas m’empêcher d’agir ainsi, cela m’amuse, pire encore, cela répond à mon instinct le plus primaire. Si j’offre toujours mon épaule pour pleurer, je reste un être de manipulation, comme tout être humain d’ailleurs. Mon plaisir coupable, ce n’est pas d’amener n’importe qui dans mon lit ou de pousser les gens à faire n’importe quoi pour moi. Mon ego est constitué bien différemment et je n’ai pas besoin de cela pour le satisfaire, cela n’est au fond que des actes puériles pour consoler un manque de confiance en soi plus clair que l’eau des roches.

Non, ce que j’aime, c’est de voir jusqu’où les gens sont capables d’aller pour eux-mêmes. A quel point leurs craintes sont capables de se dresser contre eux et les empêcher d’accéder à cette plénitude que nous cherchons tous. Ces obstacles virtuels, je ne cherche rien de plus que les affaiblir, les briser. Comment ? En montrant qu’ils ne sont rien, ce n’est que le fruit de nos cerveaux complexés, complexés par cette éducation qui n’évolue plus depuis tant d’années. Nous ne sommes que des petits êtres sur terre mais nous nous entraînons tous dans cette même spirale de réussite. Quelle réussite ? Personne ne le sait mais tout le monde y court. Les taureaux têtes baissées s’enfoncent dans la vie sans prendre le temps de se mettre de côté et lever les yeux pour voir vers où nous nous dirigeons.

Je ne cherche pas mieux que cela, éveiller les consciences. Elle a su gagner du temps, je ne lui laisserai pas. Le répit ne sert qu’à panser des blessures qui reviendront car l’ennemi, s’il est faillible, le cache bien et tant que nous ne perçons pas sa défense, tant que nous ne trouvons pas son point faible, nos corps et nos esprits se saigneront de ses taillades qu’infligent les murs épineux de nos propres démons. Il n’y a de honte que pour les traîtres à leur propre personne. Je ne sais pas comment vivre sur cette planète, je ne sais pas quel est le bon comportement. La seule chose dont je suis persuadée, c’est qu’il faut se tenir à ce que l’on et croit et se battre pour nos convictions. Je n’accorde que du mépris aux opportunistes aux vestes convertibles.

Feu. – Islam Karimov. Ouzbékistan. Ce n’est peut-être que trois mots mais ils l’assommeront plus que n’importe quel coup. A trop vouloir jouer, elle perd. Elle aurait très bien pu tourner ce manque de connaissances comme un point positif, ripostant par de la curiosité et une vivacité d’esprit qui la caractérisent pourtant bien. Elle a préféré mettre en avant sa fierté et son incapacité à se remettre en question, je lui renvoie de plein fouet. Bien sûr, j’aurais pu répondre à cette question et revenir au sujet initial de manière délicate mais ça n’aurait été qu’un match nul, la mettre en pat ne me suffit pas. Je veux qu’elle se rende compte de son erreur pour qu’à défaut d’être capable de l’utiliser comme d’un tremplin, elle perçoive sa faillibilité.

Je la regarde et ma bouche ne peut s’empêcher de s’étirer dans un demi-sourire amusé, pas moqueur, non, amusé.
Invité
MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Dim 15 Jan - 16:11

Elle voulait se montrer imperturbable. Elle, frêle, raide, fade, n'était pas faible ; elle n'était pas fragile et face à la bise jamais ne cillait. Le silence ou l'absence de réponse à la provocation était sa meilleure arme face à qui se moquait d'elle, la minorait. Elle avait appris à encaisser chaque griffure contre l'aluminium de son armure, chaque phrase qui pour elle devait la taillader.
Kiara Sharen était de ces gens qui dans l'autre voient toujours un ennemi potentiel. Si on la forçait à aborder ce sujet – auquel elle ne viendrait jamais d'elle-même, elle n'avait pas besoin de psychanalyse, merci bien –, elle dirait simplement qu'elle fait œuvre de prudence et que le passé lui apprenait trop souvent que dévier de cette ligne était le gage de s'exposer à une humiliation certaine. Des exemples, elle pouvait en citer bien plus qu'elle aurait aimé pouvoir s'en vanter. Rien que l'altercation avec Mara Kvelgen, quelque temps auparavant, l'avait démontré : il fallait se montrer patient, ne pas réagir aux interpellations à moins d'être sûre de pouvoir vaincre.

C'était son raisonnement, qu'elle portait et développait depuis qu'on l'avait harcelée, enfant, dans une cour d'école. Les autres ne nous veulent pas du bien. C'est très rare. Et s'il arrive que certains font preuve de bonne volonté à notre égard, c'est parce qu'ils y voient plus ou moins clairement leur intérêt propre. L'alliance entre personnes, qu'elle soit amicale ou même amoureuse, n'était que la résultante de la concordance des intérêts, à un instant t. Rien de plus. Cela ne servait à rien de l'orner d'autre chose. Les êtres humains sont et se doivent d'être égoïstes, qu'ils soient solitaires ou sociables. Pour Kiara, qui voulait en ce monde réussir, il fallait intégrer les règles tacites ou non des relations humaines, tout en gardant à l'esprit que tout n'était que conflit et que la défection menaçait toujours, pendant la coopération.

Par ses réponses lunaires, Stanley se jouait d'elle. Elle en était persuadée. Ils s'entendaient pourtant bien. Toutefois il ne fallait pas y voir là une garantie immuable, empêchant l'un ou l'autre de s'attaquer. Et le garçon le prouvait en cet instant. Il se moquait ouvertement d'elle, tentant de la perdre par un discours décousu. A quel effet ? C'était bien simple : son opinion de lui-même devait être telle qu'il cherchait à la dominer et leurs relations jusqu'alors n'étaient qu'une solidarité cordiale. Donnant-donnant. Il la surplombait et lui imposait cette suite farfelue d'idées, l'empêchant de se rattacher au confort de la logique.

« Pardon ? Est-ce que tu m'as jeté un sort de confusion, pendant que je te tournais le dos ? » demanda-t-elle en croisant les bras. « Je ne comprends pas un traitre mot de ce que tu baragouines » conclut-elle, forçant un sourire.
En réalité, elle était terrifiée. Elle perdait pied, même. Elle sentait inconsciemment que quelque chose se jouait ici, comme la révélation que, durant ces années d'accointances, il l'observait bien plus que le contraire. Comme s'il construisait toutes ces années un piège, dont les pièces étaient similaires à ses créatures de ferraille : il avait décidé, au moment où sa créature de métal se brisait, de le refermer. Kiara n'avait de prise sur rien et son orgueil l'empêchait de fuir.

Au reste, une forme de curiosité naissait.
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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Sam 21 Jan - 16:43

Cela n’avait aucun sens. Comment un être doué de telles capacités intellectuelles pouvait s’enfoncer dans une telle attitude ? Cela m’intrigue autant que ça me sidère. L’être humain n’a aucune limite quand il s’agit de défendre une fierté qui ne lui apporte que tracas et égarements, même chez Kiara. Je ne peux m’empêcher de penser à la déception que ça crée en moi, un gouffre de tristesse qui vient rejoindre tous les autres déjà formés. Je sais comment elle fonctionne et cette posture ne m’étonne pas, au fond, je crois que j’espérais autre chose. Cela fait partie de mes défauts, je tombe dans le piège à chaque fois. Je n’attends rien des autres, sinon qu’ils soient des êtres intelligents et capables du meilleur quand on les met dans les bonnes conditions. Elle sait que je ne la mépriserait pas si elle m’avouait ne pas connaitre l’actualité ouzbek, quelle honte à cela ? Combien étions-nous à nous pencher sur la question au sein de Poudlard ? Peut-être étais-je le seul et pour cause, si je m’y intéressais c’était notamment pour ce genre de situation.

Impossible qu’elle s’y résigne, le ridicule ne tue pas mais il lui donne un regard faible, pire encore, méprisable. Par ces actes, je reconnais bien en Kiara les défauts de nos prédécesseurs Serpentard ; elle est bien tombée. Je pourrais me lamenter des jours entiers sur cette incapacité à évoluer positivement. Pourquoi en arriver à de telles mesures ? Elle est fausse. Ses bras croisés, un sourire figé sur le visage, pour qui me prend-elle ? N’est pas bonne actrice qui veut, malheureusement pour elle. Mes yeux sont toujours au plus profond de ses pupilles, je ne doute pas d’un instant de l’effet que ça peut avoir sur son palpitant déjà mis à mal. Je m’approche, un peu plus, je sais qu’elle n’aime pas ça. – Ne me prends pas pour un idiot, ne fais pas cette erreur, Kiara.

Ma voix m’a paru particulièrement profonde, beaucoup plus grave que d’ordinaire. Je ne sais si c’est l’espacement des syllabes particulièrement prononcé qui provoque cela mais je suis moi-même particulièrement surpris de l’ampleur qu’ont pris ces quelques mots. Au fond, ma déception doit susciter une sorte d’irritation, de l’exaspération face à tant de bêtise réunie en un si petit corps. Je ne peux soutenir son regard plus longtemps, il m’agace. Je la sais tellement capable de choses exceptionnelles, pourquoi se contraint-elle à obéir à des histoires d’ego dignes des plus écervelés de cette école ?

Cette incompréhension m’obsède, cette question se répète encore et encore dans mon crane. Pourquoi ? Est-ce simplement un défaut dans mon instinct ? Peut-être que je place trop d’espoir dans des gens qui n’en valent pas la peine ? Je ne peux me résoudre à cette idée, peut-être que, moi aussi, je m’aveugle dans mon ego mais je ne peux penser que cette fille est si sotte qu’elle le parait à cet instant très précis. Cela ne peut être que la peur, la peur d’affronter ce qu’elle ne peut accepter, ce qu’elle fuit depuis tant d’années. Qui suis-je pour juger cela ? Je ne vaux pas mieux, moi aussi je suis prêt à tout pour esquiver certaines choses, quitte à ce que cela me fasse passer pour un lâche.

Elle n’a pas à bien paraitre pour moi. Je me demande quel regard elle porte sur moi à cet instant précis. Je lui tourne le dos pour échapper à ma colère mais ce n’est pas plus digne. Je ne suis pas un moralisateur, même si tout me pousse à l’être, toute ma conscience est constituée sur ce jugement permanent que je construis sur ce que je vois et constate. Je passe chaque minute de ma vie à imaginer ce que les autres vivent et pensent en luttant pour ne pas classer les gens, leur attribuer, à chacun, une étiquette sur laquelle figure leur jugement.

Sans même me retourner, je ne peux m’empêcher de briser le silence qui s’est installé dans la volière. Un silence exceptant le bruit des oiseaux tout autour, évidemment. – Pardon, je n’ai pas à te parler comme cela.
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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Dim 22 Jan - 5:21

Dans le vacarme discret de la volière, dont les bruissements d'ailes, les battements rompaient l'air en une percussion disharmonieuse, les griffes faisant grincer les poutres et remuant la paille, la poussière voletait en un film séparant la scène en deux, en tout endroit de la pièce, filtrant la rare lumière, la rendant consistante. Les hululements, les piaillements, les cris formaient une vaste et stridente conversation, inaudible et assourdissante au cœur de laquelle le fracas était un banal décor.

Dans la volière grouillante, agitée, toujours souillée, les échauffourées entre oiseaux lassaient leurs congénères ; ils ne se prêtaient même plus au jeu du spectateur, guettant les réactions, le déroulement de l'acte tragique avec l'attention factice de qui cherche en tout une distraction. Les oiseaux vaquaient à leurs occupations, guidés par l'instinct de leur espèce, ne cherchant pas au-delà de l'instant et de leur intérêt de quoi combler leurs journées. Dans l'indifférence la plus totale les chamailleries se soldaient bien vite, la rançon de plumes tombant en pluie trop lente sur le plancher.

Le bourdonnement qui handicapait ses sens, qui brouillait son raisonnement, à la dérive, animé de vents contraires, alors que la boussole s'affolait, n'était pas la résultante de ce chaos ordinaire qui bordait la scène. Il était de ces venins  insidieux qui pénètrent l'âme et en pervertit la raison, sans qu'il n'ait de cause externe. Bien sûr, il était produit par autrui, mais il n'employait aucun canal tangible : la morsure de sa chair était invisible, puisque l'ophidienne nuisance était déjà en elle, immatérielle.

Il lui fallait soutenir ce regard, le déjouer, palper le sol de ses pieds, trouver en ses bras croisés une sécurité confortable, là où ses pensées refusaient de s'ordonner, ne cessant pas de tourbillonner, en un sens, en un autre, entrainant dans leur vertige toute la simplicité d'esprit de leur hôte. Elle était calme, cependant, et sa peur luisait sur ses tempes froides. Il s'avançait, la jaugeait de sa haute taille, de son corps trop grand pour lui, de sa pensée trop haute pour ce petit corps. Qu'il était étrange et perturbant, qu'il était insaisissable et troublant. Il n'avait de commune mesure avec les gens de leur âge, il semblait du temps se dissocier. Ses paroles lunaires suivaient-elles un cycle ? Il était suffisamment intelligent pour qu'elles répondent à une quête précise. Toutefois l'on savait qu'elle existait, la folie des sages. La frontière était-elle passée pour qu'aussi intensément il la regarde, jouet du jour ?

« S'il te plait Adams. Je te prends pas pour un idiot. Simplement j'aimerais que tu me rendes la pareille. Je pige pas ce que tu veux. Te moquer de moi ? A quoi bon ? » bougonna-t-elle, relâchant la pression de ses bras l'un contre l'autre. Ils s'étaient toujours relativement entendus, aussi ne comprenait-elle pas ce revirement. Il avait certes toujours été taquin, mais de sorte qu'elle puisse répondre, elle n'avait jamais eu de mal à garder flots. Là il la coulait d'une manière nouvelle, sans palier. Alors quelle autre raison que de la noyer pouvait l'expliquer ?

Il se retournait alors et la laissait, les bras ballants. Et alors qu'elle détournait le regard, consternée, persuadée de sa déception et de la folie qui le poussait à confronter ainsi les gens, n'hésitant pas à briser, par petits endroits, le jour de son étrangeté. Vraiment, que cherchait-il sinon à s'exclure ? Froid d'apparence, brûlant toute commune mesure au dedans. Elle se pensait camarade : par son jeu d'ennui, il la repoussait aux idiots du second rang.
Or, voilà qu'il s'excusait. « Je comprends pas, Adams. Tu sais que t'es vraiment dur à suivre, hein ? » Elle soupira, sa crainte devenue latente. « Tu trouves ça drôle ? » S'amuser aux dépens des autres, déformer leurs traits pour que les flux de leur réelle personne perce : un faible être insignifiant, qu'il convient de malmener, de ramener à l'étrangeté et l'absurdité, de harceler jusqu'à ce qu'ils s'isolent, conscients de leur valeur.
La poussière voletait en un film couvrant tout, universelle et insaisissable, définissant tout contour, le brouillant ; la poussière qui jamais ne meurt et toujours renaît.
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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Sam 28 Jan - 14:39

Les battements incessants de ces oiseaux messagers m'agacent, leur vue m'horripile et que dire alors de cette ambiance oppressante de ces murs qui me paraissent si près. Je ne me connais que trop bien, je sais à quoi sont dues ses réactions. La déception prend contrôle de tout mon corps, ma bouche me semble tout à coup bien plus pâteuse et mes yeux peinent à rester en place au même endroit. A quoi bon ces discussions qui ne mènent à rien d'autre qu'à des impasses dont je me passerais bien ? Elle ne comprend décidément rien, comment puis-je vraiment fonder des espoirs en cette fille qui s'amuse à paraitre si sotte ?

Pourquoi notre société pousse les gens à s'abêtir en permanence ? Et surtout, pourquoi cèdent-ils ? Pour s'intégrer ? Pour être comme les autres ? Je crache sur ces règles stupides qui poussent l'être humain à se dévaloriser en permanence, à tel point qu'on finit par douter de ses capacités à faire quoi que ce soit de bien sur cette terre. Comme s'il fallait s'excuser de notre présence en ce monde, comme si cela changerait les dégâts de nos actes sur celui-ci. Kiara a, sans le moindre doute, les capacités de comprendre au jeu auquel je joue, mon unique objectif est de voir jusqu'où elle peut aller et, force est de constater, qu'elle préfère plier l'échine qu'affronter vents et marées.

J'aimerais m'énerver, me retourner d'un élan théâtral et de lui faire part de toutes ses réflexions qui viennent tracasser mon esprit déjà bien occupé et qui, surtout, ternissent l'image que j'avais d'elle jusqu'alors. J'aimerais la bousculer, que d'une poussée violente son esprit s'extirpe de ce corps faible et contenu dans des lois si hermétiques pour qu'il puisse enfin se mettre à analyser la situation. J'aimerais cogner mon crane contre le sien comme si cela suffisait à connecter nos esprits et lui projeter en plein visage tout ce qu'elle ne cherche pas à savoir, tant elle est entravée dans tout acte de mobilité intellectuelle.

Je ne peux pas. Ce n'est pas mon rôle, ni même une position que je peux avoir face à elle. Et cette violence qui anime mes passions les plus ardentes ne peut parler à sa guise, j'en suis de toute manière incapable. Ce n'est pas ce que je suis, encore moins ce que je veux être. - Me poses-tu réellement la question ? Veux-tu encore jouer à l'ingénue ? Ecoute, Kiara. Si tu penses que je m'amuse de cette situation, je ne sais que te dire. Les gens passaient leur vie à se méfier des autres, à s'inquiéter que l'on puisse se jouer d'eux, quitte à rater tant d'expériences. Je ne peux que le déplorer, comment peut-on s'enfermer par de tels actes ? Cette manie humaine à s'empêcher d'avancer me passionne autant qu'elle m'effraie.

- Si tu es incapable de discuter autrement que par intérêt, tu m'en vois attrister. Je te pensais une partenaire formidable pour des discussions plus poussées que celles que nous avions jusqu'alors. Je dois rétablir le contact visuel, lentement, sûrement. Je me retourne et me poste devant elle, comme si rien ne s'était passé juste avant. Ma bouche est parfaitement coincée, incapable de se mouvoir, même volontairement. Ses mots s'extirpent et plongent directement dans ses yeux, dans ses cheveux, sur tout ce petit être que mon corps domine autant qu'il perturbe le cours de mes pensées.

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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Ven 3 Fév - 10:07

Le temps s'égrène, dans un quotidien inlassable, au point que l'on pourrait aisément oublier qu'il ne fait que progresser. Elles roulent, les minutes, dans le jeu mécanique des automatismes, elles roulent et dansent en une valse qui jamais ne cesse. Elles tournent sans tourbillon, sans hâte, sans que l'on puisse altérer leurs pas. Par trois et soixante, elles roulent et foulent l'existence étirée.
Déjà, nous sommes au lendemain ! Mais cela indiffère les minutes, qui n'ont jamais cessé de valser. Les doigts graciles des rêveurs aimeraient les atteindre, arrêter leur mouvement et les plus téméraires cherchent enfin à revenir auparavant ou à sauter en avant dans le temps. Pourtant rien de manuel ne nous sauvera de leur danse macabre.

Il est logique, finalement, que nous n'en prenions pas plus compte, car toujours y songer serait bien douloureux et bien trop de pression pour un être. Une personne angoissée s'en trouverait probablement paralysée, alors même qu'elle s'inquiéterait de ne pas avancer assez vite. Une autre, cynique, ne ferait que tracer le contour de la boucle sur le plan de la salle de danse et dans cette esquisse, saisissant la vacuité de tout instant, ne chercherait plus aucune progression.
Alors on se contente de fixer des horaires, de s'impatienter quand notre rendez-vous se fait attendre ou au contraire, de se dépêcher lorsque l'heure est déjà passée. A quoi sert-il de se préoccuper du temps tant qu'il est une dimension inaliénable et que la danse des minutes ne nous emporte pas plus loin que le vertige de l'aporie ?

Kiara ne se préoccupait jamais de telles questions : elles étaient vaines puisque l'on n'y pouvait rien changer. Elle connaissait certes l'existence des retourneurs de temps mais elle en savait l'usage dangereux et rare. D'ailleurs, elle vous le dirait : vouloir retourner dans le passé est une chose bête, qui témoigne du peu de maturité d'une personne ; ce que l'on vit nous construit, les erreurs comme les réussites et nous devons nous en nourrir pour avancer : il n'existe pas d'autre mouvement, pas d'autre direction que droit devant.

C'est bien là ce qu'elle vous dirait, en revanche, on le sait bien, on en dit beaucoup plus sur soi qu'on ne sait réellement qui on est. Le passé, en effet, la travaillait encore et elle ne savait s'en détacher ; de même, elle s'accrochait tel un coquillage à son rocher à des traditions et conventions coutumières qui lui évitaient toute inventivité et réflexion. Comment aurait-elle pu savoir les freins dont elle se blindait, inconsciemment, quand personne ne lui disait ? Oh, son frère lui conseillait bien des choses et sa sœur la fournissait allègrement en reproches, mais à l'oreille habituée ces mots n'avaient plus de sens ; quant à sa mère, l'envie lui était passée et elle se contentait d'orienter à la marge cette fille blonde et pâle et bornée.

A l'inverse, Stanley Adams venait la brusquer d'une façon nouvelle qu'elle ne savait calculer. Au milieu des battements habituels, il la forçait à une lucidité souvent oubliée. Le voile de ses iris pâles était troublé, là où ses questions germaient. Comment était-ce que des jeunes gens pouvaient ainsi tous les jours pendant des années se croiser, sans se comprendre ni même se connaître ? Elle en venait presque à interroger sa supposée force d'observation, au filtre duquel rien de Stanley n'était passé.
Sa réaction première fut de croire qu'il se moquait d'elle, bien sûr, comme toute personne dont l'ego devançait les minutes : elle ne pouvait pas croire à son retard et le néant d'aplomb. Il se jouait d'elle, ceci n'avait pas de sens et elle pourrait l'ignorer, retourner à son temps qui ne file qu'en avant. Or, pour sûr que ses questions ne faisaient aucun sens logique, elles en avaient autant que la danse absurde, c'est-à-dire tout celui de la déraison et de l'espoir d'une réponse. Dans la petite boîte à musique bien réglée, elles faisaient désordre.

A nouveau, il l'interpellait. Et la curiosité à laquelle elle se refusait tout comme son orgueil perturbé refusaient de quitter âprement la pièce, dans l'enchaînement de pas au rythme invariable et mécanique.
« Je ne sais pas placer l'Ouzbékistan sur une carte, ce doit être en Asie. Crois-tu qu'ils volent aussi sur tapis volant ? On ne peut pas jouer au Quidditch ainsi, je suppose. »
Elle doutait qu'il s'agisse là d'une conversation plus poussée comme il l'entendait, mais enfin, elle ne saisissait rien de ce qu'il entendait et n'avait pas d'autre choix que de lui laisser la main.
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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Lun 20 Fév - 10:48

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais supporté l’effort d’acceptation prolongé. Je ne saurais expliquer la fougue qui m’emporte lorsque je me retrouve nez à nez avec ce genre d’interlocuteurs touchés de cécité mesquine ou du déni des faibles. Mes mains s’animent, s’énervant d’elles-mêmes. Comme si leur mouvement permettait de dissiper le venin brûlant et insupportable qui s’écoule lentement dans mes veines, empoisonnant mon corps de cette fureur incontrôlable. Mes yeux se fixent fermement sur ces idiots inconscients et je ne peux retenir mes dents de venir mordre l’intérieur de mes joues, mors protecteur, garant d’une dernière résistance.

L’échec m’est une idée inconcevable, sa simple idée est une torture pour mon esprit. Tout est toujours calculé, tout, tout le temps, comme il faut, sans erreurs, avec tant de problèmes anticipés qu’il n’y a pas de solution qui n’a pas encore été pensée. Et même quand tout ne se passe pas comme prévu, il me reste l’instinct. Ce pouvoir incroyable qui m’offre répartie et vivacité d’esprit. Oh, pas par intelligence extraordinaire, loin de là. La vérité est toute différente et bien moins glorieuse pour mon image. Il n’y a pas d’humain plus efficace que celui confronté à ses peurs profondes. Et on y revient. L’échec m’empêche de reculer, me fait avancer dans une tenue d’inconfort et de douleurs psychologiques inégalables. Finalement, il me guide. Bien sûr, je me passerais de tout cela. Mais au moins, j’avance.

Je ne peux m’empêcher de la regarder, plonger mes yeux s’encolèrant dans les siens. Ses mots ne font qu’empirer les choses. Je me demande encore comment la vanité humaine peut à ce point détruire l’intelligence d’une personne, réduire ses capacités cérébrales à néant pour mieux profiter d’une image construite par les autres. La fierté est le fléau de ce monde, nous ne vivons que pour le pouvoir et pensons que cette face que nous ornons chaque jour est la meilleure vitrine qu’il soit et que personne ne doit poser ne serait-ce qu’un doigt sur la couche fine de verre qui exploserait alors pour laisser apparaitre toute la pourriture que masquait les reflets de la glace. Seulement, les choses fanées et gâtées ont, elles aussi, vécu et auraient pu exhiber au monde entier de vives couleurs radieuses et enjolivantes. Pourquoi n’ont-elles pas eu cette chance ? Car nous ne sommes que des opprimés, incapables de bousculer les traditions et les coutumes contemporaines. Je ne pense pas à révolutionner l’existence et le monde, juste permettre à ce que nous sommes d’exister.

Si la vitrine de Kiara donnait appétit et curiosité, tout me pousse à croire que l’intérieur doit être sacrément pourri. L’épaisseur du verre était sans pareille et le verrou qui bloquait l’ouverture du présentoir était si résistant que même après avoir tenté de le briser quelques secondes avant il tenait toujours, incorruptible. Fallait-il alors que je délaisse ce mécanisme orgueilleux pour briser la glace d’un coup de poing rageur ? A présent, je crois que ça n’en vaut plus la peine. Ma déception prend le pas sur mon appétit et ma curiosité, à quoi bon se battre pour des idiots incapables de voir la bienveillance qu’on leur tend ?

Je n’ai même pas envie de répondre à ses derniers mots. Ils sont vains, d’une bêtise sans égale. On ne crée pas des masques sans raison ni but. Il est temps pour moi de replacer le mien, là où il aurait du rester. Je lui souris. – Bonne journée, Kiara. Et me voilà perdu dans les couloirs de Poudlard, dans des dédales infinis comme ceux que nous parcourons chaque jour.
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MessageSujet: Re: There's a bustle in your hedgerow.   Ven 24 Fév - 6:19

Etait-elle capable de surprise ? Etait-elle davantage que ce que la rumeur concédait sur elle, quand elle prononçait son nom ? La pâleur de sa peau, la blondeur lissée sans éclat, ses yeux ternes et passifs entouraient sa personne d'une impression insaisissable ; d'une limpidité loin d'être troublante. L'ennui était sa parure morne et l'allège de ses mouvements. Elle avançait dans le temps comme on se laisse couler sur le fil. Sur rien elle ne butait, comme la viscosité des éléments en empêchait la préhension. Ce qui appelait la question trouvait toujours chez elle une réponse simple, car au final, un plus long développement ne changerait rien à l'état des faits. Son égoïsme était de ceux qui vont de l'avant, sans se retourner sur soi. Les miroirs, elle en faisait de banales glaces, refusant de s'observer.
Et s'ils avaient raison ? Leur mépris pour celle qui ne savait s'amuser trouvait a contrario l'arrogance de celle qui voit au-delà. Pourtant ses yeux pâles qui décortiquaient dans le fluide les aspérités n'étaient qu'une courte vue.

Confrontée à l'autre qui ne se laisse dire et résumer, enfermer, elle restait penaude et raide. Sa colère sourdait. Son rictus s'agitait. Pourtant il partait, alors qu'elle lui tendait la main. Elle observait sa grande carrure délaisser les fragments d'une machine inanimée. L'aigreur de ses mots agressant ses papilles, car elle avait été une déception, sans rien comprendre du déroulement de ces quelques minutes. D'un grand mouvement de veste, il l'avait emportée : sa tentative était échouée, de part en part. Alors qu'il quittait la volière, au milieu des va et vient des bêtes, elle restait là. L'odeur de rance emplissait ses narines et elle restait ici. Les battements incessants brutalisaient son ouïe, claquements contre le métal fin qui l'enserrait. Les hululements s'ajoutaient à ce vacarme dont elle n'avait rien entendu jusque là. Dans le grand silence, béant, à la rive de laquelle elle se tenait, les oiseaux apparaissaient. Au milieu d'eux, elle était seule.

Ils allaient et venaient, indifférents à sa présence quotidienne. Insensible aux lueurs conflictuelles de ses pupilles sondant lâchement la porte, au ronflement du liquide acide au creux de sa bouche, qui rongeait et dévorait son calme. Elle qui venait trouver ici l'apaisement dans le tumulte des chouettes, avait été saisie d'effroi. La surprise infligée la glaçait et la réveillait comme la bise au petit matin.
Il pourrait songer, si toutefois il ne l'avait pas déjà oubliée, qu'elle passerait une bonne journée, à ses yeux. Enfin si l'ego de Stanley Adams revenait planer en ces lieux il verrait la fleur fanée voir qu'elle était nue et insipide. Songer à se couvrir, maintenant qu'elle comprenait. Elle avait tendu la main et goûté au balbutiement de l'imprévu. Sa vanité était touchée. Elle pourrait faire semblant, certes, mais n'était pas indemne.
Elle ne le savait pas encore, car elle avait à peine cillé, mais l'impression étrange qui l'envahissait finirait par lui être explicite. Le goût du métal sur ses lèvres bientôt lui serait sensible. Au milieu des oiseaux qui volaient à leur guise, pour une fois, elle acceptait de tenir le miroir.
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