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 Rising from the dead + Vladislav

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Draco MalfoyDraco Malfoy
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MessageSujet: Rising from the dead + Vladislav   Rising from the dead + Vladislav EmptyVen 11 Oct - 9:47

RISING FROM THE DEAD
(i do it all the time)
12 janvier 2002.

Être Draco Malfoy était une chose compliquée. Plusieurs facettes s’enchevêtraient, et, selon la façon dont on les observait, certaines apparaissaient plus vraies que d’autres ; pourtant, elles coexistaient toutes ensembles et si, parfois, il était plus aisé d’accepter une vérité plutôt qu’une autre, elles ne se transformaient jamais en mensonge.

L’une de ces facettes était que Draco Malfoy était un ancien Mangemort. Les cicatrices du tatouage qui avait – autrefois ! – dévoré son bras ne laissaient pas véritablement de doute ; il arrivait que Draco soit vêtu de flannelle et de jeans, rêches au toucher et colorés dans de grandes cuves de teinture dans un pays si lointain qu’il n’était pas tout à fait certain du nom de ses habitants, et cette vérité semblait disparaître, dissimulée par une autre. Mais ce n’était pas le cas aujourd’hui ; Draco s’était vêtu d’un long manteau beige de laine bouillie, et d’un pull en cachemire – n’était-ce pas une région du monde, là aussi ? – aussi gris que la façade de l’immeuble devant lequel il se trouvait.

Une autre facette était que Draco était un sorcier. Cette vérité était parfois dévorée par la casquette qu’il portait sur ses cheveux blonds lorsqu’il voulait disparaître dans la foule Londonienne, à l’abris des regards et des rumeurs – car elles ne cessaient jamais véritablement de le suivre, ces rumeurs. Elles étaient des murmures sur son passage, des regards qui s’accrochaient à son visage, des spéculations sur ses allégeances actuelles. Des battements de cils, aussi, parfois, et des rires à une plaisanterie qu’il avait faite, lorsque sa réputation n’était pas une mauvaise chose. Draco était un sorcier, et il possédait une baguette bridée, mais il ne s’en servait presque jamais – et, alors qu’il contemplait l’immeuble, il se demandait : allait-il devoir s’en servir, aujourd’hui ?

Car une troisième facette était que Draco était un ami – non, une connaissance – de Vladislav Serebriakov. Et c’était à ses côtés qu’il se tenait, les mains dans son manteau pour les protéger du froid, et pour se donner une contenance, un peu. Et c’était avec lui qu’il contemplait l’immeuble taillé dans la roche du quartier souterrain devant lequel ils s’étaient arrêtés ; c’était un bâtiment délabré (déjà, alors qu’Atlantis n’était pourtant pas si vieille), lézardé, qui semblait prêt à vous engloutir pour pouvoir vous digérer lentement, dévorant votre énergie vitale et vos rêves et vos espoirs.

Draco préférerait conserver ses rêves et ses espoirs.

« Vladislav » articula Draco, légèrement agacé. « Où est le putain de salon de thé russe que tu m’avais promis ? »

Car, très visiblement, ces trois facettes de Draco Malfoy étaient alors reléguées derrière une quatrième, plus intime et mieux dissimulée ; il n’était pas impossible de le manipuler, de le faire avancer dans votre sens, et ce surtout lorsqu’il vous accordait sa confiance. Vladislav Serebriakov était pourtant un être douteux ; qui avait tenté de lui vendre des tableaux de provenance encore plus nébuleuses que lui-même (il prétendait être russe et puis ukrainien, il avait vécu à Moscou et puis à Kiev, et parfois même en Enfer entre les deux, et Draco ne savait pas véritablement s’il devait le croire ou non) ; qui avait ensuite commencé à le voir, juste pour discuter d’art ; et il s’était avéré que, finalement, Malfoy et Serebriakov se voyaient souvent, et ne parlaient presque jamais de tableaux. Et puis Draco s’était retrouvé devant un immeuble semblable à un Détraqueur, se demandant : pourquoi continuait-il à croire les mensonges ridicules dont Vladislav Serebriakov le nourrissait ?

Et cette petite palpitation, là, derrière tous les murs qu’il avait construits dans son esprit, derrière les murailles et les tours et les labyrinthes – cette petite palpitation d’excitation, de témérité, était sans doute la raison pour laquelle il se trouvait là. C’était une cinquième facette de Draco Malfoy. Il asséna une œillade courroucée à son ami – sa connaissance –, rejetant légèrement en arrière la courbe de sa nuque.

« Je me barre. »


Il ne bougea pas, pourtant.


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MessageSujet: Re: Rising from the dead + Vladislav   Rising from the dead + Vladislav EmptyVen 11 Oct - 12:12

Le dédale des pierres grises, détrempé par la pluie, était un spectacle consternant : Vladislav détestait l'Angleterre pour tout ce qu'elle avait de vieux, d'humide et de délavé. Il s'habillait chaudement, se drapait de longs manteaux de laine bouillie, de pulls épais dont le col haut dissimulait la courbe de sa nuque, chaussait des bottes noires ou des mocassins qui, à eux seuls, coûtaient le triple de son loyer. La seule couleur qu'il portait était le noir, ou le bleu suffisamment foncé pour être confondu avec le noir. Il disait : je ne partage pas le goût de ce pays pour les excentricités ! Mais il avait des difficultés à prononcer excentricité sans enrouler ses consonnes d'une façon très slave, rauque et rocailleuse, qui obscurcissait la compréhension de ses interlocuteurs.

Ce soir là, les rues étroites étouffaient la lumière du crépuscule comme un couvercle sur la flamme vacillante d'une bougie ; mais c'était dans la nuit qu'il était le plus efficace, lorsque les fenêtres se fermaient les unes après les autres dans les rues passantes, et que les boutiques descendaient leurs rideaux de fer en de longs grincements rouillés.

Les yeux de la ville devenaient alors aveugles.

« Tu vois, Draco, c'est exactement ça, ton problème » Soupira-t-il, affligé.« Tu ne penses qu'à t'amuser. » Dans le froid, son souffle traçait des volutes paresseux. Ses lèvres étaient gercées, boursouflées et fendues par les lacérations brutales du vent.

Un salon de thé ! Quelle futilité terrible, alors qu'il y avait des affaires tellement plus graves, tellement plus dramatiques et urgentes. Pour commencer : Vladislav avait de l'argent à récupérer. C'était déplorable, mais cette époque manquait d'honnêteté, et personne n'était capable de réaliser correctement ses transactions, déplorait-il. Vous pouviez être animé par un désir sincère de bien faire les choses, d'être professionnel, même ; mais, rien à faire ; il était toujours nécessaire d'en revenir aux manières plus brutales, à la violence et aux menaces. Quel gâchis ! De la semaine dernière, dont il n'avait qu'un souvenir flou, noyé dans la confusion des médicaments et des insomnies, il subsistait un hématome largement étiré sur l'une de ses tempes blêmes ; ses cheveux noirs, machinalement repoussés en arrière, pas tout à fait coiffés, offraient d'en apercevoir la mosaïque de violet et d'émeraude.

« En plus, tu es vulgaire, solnyshka. C'est grave. Tu sais ce qui est dit ? Un mot n'est pas un moineau. ça veut dire qu'il faut mesurer ses paroles, car c'est impossible de les rattraper lorsqu'elles s'envolent. » Expliqua-t-il, l'air docte, ses intonations toujours imprégnées par un accent rauque qu'il cessait de faire l'effort de dompter lorsqu'il se trouvait avec Draco.

Il parlait généralement beaucoup, et, une fois en confiance, ne prenait plus le temps de composer avec application les intonations éthérées qu'exigeait la langue anglaise - cela lui imposait de découper lentement ses phrases, restreignait strictement son expression. Après quelques heures, son langage se fatiguait toujours ; et son anglais se jalonnait alors, plus fréquemment encore, de mots ou de fragments de phrase en russe, ou bien en ukrainien, jusqu'à ce que son discours finisse par devenir totalement opaque à un anglophone. Lorsque Draco lui signalait qu'il ne le comprenait plus, il se reprenait aussitôt, particulièrement docile, désireux d'être compris. Depuis son arrivée, il savait que se faire entendre était un luxe.

Quelques mètres plus haut une fenêtre s'ouvrait lentement, d'une façon qui aurait probablement pu être silencieuse si son châssis n'avait pas été dévoré par la rouille et le gel ; mais elle crissa terriblement, et, lorsque Vladislav leva les yeux, la silhouette qui s'était brièvement penchée vers eux se dissimula aussitôt à l'intérieur.

Ils étaient attendus.

Le soleil s'était complètement éteint, mais les réverbères offraient un substitut bien précaire ; avec attention, toutefois, il balaya la rue du regard - elle ressemblait à un chaos de poubelles renversées, hantée par des corbeaux amaigris qui picoraient sur les pavés les miettes de tarte à la viande gelées, les journaux amollis par la pluie amassés sur le trottoir en une pâte visqueuse et grise, et même, occasionnellement, quelques livres carbonisés.

« Et puis, pour répondre à ta question », ajouta-t-il, « C'est évident que nous ne trouverons pas de salon de thé russe ici, je t'en prie. Non, nous venons récupérer de l'argent. Le mien. Et il y en a suffisamment pour que je t'achète autant de parts de medovik que tu veux. Neuf ou dix, même ! Ou cent. Tu n'as aucune raison de partir. »

Puis, avec nonchalance, alors qu'il s'engouffrait dans l'immeuble, il s'enquit : « Je ne te l'ai pas demandé ! As-tu une arme, kiska ?  »
Draco MalfoyDraco Malfoy
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MessageSujet: Re: Rising from the dead + Vladislav   Rising from the dead + Vladislav EmptyVen 11 Oct - 13:23

RISING FROM THE DEAD
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Il ne pensait qu’à s’amuser. Draco leva les yeux au ciel, et laissa échapper un petit sifflement agacé entre ses dents. Lui, s’amuser ? Il était un membre productif de la société, s’assurant que ses investissements étaient fructueux et que les artistes qu’il protégeait avaient tout ce qu’il leur fallait ; il prenait de plus en plus de responsabilités au sein de sa famille ; il esquivait avec le plus de subtilité possible les invitations à des thés qui étaient, en réalité, des pièges intriqués ; non, vraiment, si quelque chose était assimilable à de l’amusement dans sa vie, c’était bien les moments étranges qu’il passait en compagnie de Vladislav. Le reste n’était que travail et responsabilités, dorures et miroirs sans tain.

La remarque suivante de Vladislav étira ses lèvres en un sourire amusé, pourtant. Son esprit glissa sur le surnom donné en Russe, songeant que demander des explications serait donner à Vladislav beaucoup trop d’importance.

(Cependant, en Février 2002, Draco finirait par ouvrir un dictionnaire Russe-Anglais afin d’enfin comprendre le surnom dont il avait été affublé. Il découvrirait ainsi avec horreur que Vladislav Serebriakov l’appelait « rayon de soleil » depuis plusieurs mois déjà ; incapable de savoir quoi en penser, il jugerait plus sage de continuer à prétendre qu’il ignorait ce que le surnom voulait dire. Mais à chaque fois que le mot solnyshka lui serait adressé, il aurait désormais l’impression qu’une petite partie de son âme mourrait.)

« Ce n’est pas parce que tu traduis littéralement un proverbe que ça a du sens, Vlad » commenta-t-il nonchalamment. « J’imagine que tu n’as pas mesuré tes paroles, du coup » ajouta Draco d’un ton moqueur en agitant son index dans la direction générale de l’hématome qui avait fleuri sur la tempe de son… camarade. « Qui t’a fait ça ? »

Le grincement de la fenêtre au-dessus d’eux lui fit immédiatement lever la tête. Il n’eut le temps de n’apercevoir qu’une manche, alors que la personne qui s’était tenue là disparaissait déjà ; ce quartier était inquiétant, poisseux, et l’humidité (ou pire, à en juger par les poubelles défoncées et éventrées qui reposaient sur les trottoirs, abandonnées de tous) s’infiltrait jusque dans ses os, le faisant frissonner. Ce n’était peut-être pas seulement le froid ; c’était sans doute la vision de l’immeuble-ogre, des ennuis qui allaient immanquablement se produire, et de la sensation que le bâtiment était déjà en train de festoyer, de digérer les espoirs et les rêves des gens qui habitaient (erraient) en son sein.

« Es-tu en train de tenter de m’acheter avec des pâtisseries au miel ? » s’agaça-t-il, pourtant peu surpris. C’était toujours comme ça, avec lui ; il l’entraînait dans une situation dangereuse (à cause de lui, il s’était un jour retrouvé face à un boa constrictor ! Dans Atlantis !) avec un sourire, lui promettant des merveilles (le lundi, un tableau ; le mardi, un objet rare ; le mercredi, un repas ; le jeudi, une pâtisserie ; le vendredi, un thé ; le samedi, un salon de thé qui n’existait pas) et ne lui offrait finalement que des frayeurs et des instants – tragiques – où Draco avait la très nette impression que son cœur s’était arrêté de battre pendant au moins quelques secondes.

Le commentaire acerbe qu’il était en train de formuler dans sa bouche n’eut pas le temps de se ciseler et de claquer, pourtant – Vladislav s’était déjà avancé, et pénétrait dans le ventre de l’ogre.

« Seigneur, Vladislav » jeta Draco, rentrant à sa suite avant même qu'il n'y réfléchisse, comme si un événement gravitationnel s'était produit. « Je n’ai que ma baguette – bridée. »

Et elle était bridée pour une bonne raison ; Draco Malfoy était toujours sous contrôle judiciaire, bien qu’il tentait de le faire lever à l’aide de Penelope Clearwater. Cela signifiait qu’il n’était pas censé s’engouffrer dans des situations compromettantes – comprendre, illégales – en compagnie de personnes douteuses – comprendre, des russo-ukrainiens aux proverbes de faible qualité – afin de commettre des actes répréhensibles par la loi – comprendre, quatre-vingt-dix-huit pourcent de ce que Vladislav faisait de ses journées.

Il continua pourtant à suivre Vladislav dans l’immeuble, sa main droite tripotant le holster accroché à son bras gauche dans lequel sa baguette était soigneusement rangée, dissimulant avantageusement les cicatrices de la Marque. Il ne parvenait pas à être véritablement en colère, cependant ; le sang pulsait dans ses veines, battant un rythme étrange dans ses tempes, et sa respiration se raccourcissait d’excitation. Il sentait la nuit, et il était la nuit ; rompant la pénombre de la cage d’escalier dans laquelle ils s’étaient enfoncés de leurs peaux pâles, piétinant les papiers qui traînaient sur les marches de l’escalier qu’ils gravissaient, écoutant les battements affolés de son cœur, tranchant le silence qui tentait de les engloutir. Sa main finit par libérer sa baguette, et il la saisit entre ses doigts pressants, sentant son corps tout entier s’électriser de magie.

Il était un roi, après tout.

Ce n’était pas parce qu’il prétendait de se contenter de la place du prince et occupait le rôle du prince que c’était vraiment ce qu’il désirait.


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MessageSujet: Re: Rising from the dead + Vladislav   Rising from the dead + Vladislav EmptyMer 23 Oct - 14:48

« De quoi tu parles ? Ça ? » Il effleura sa tempe gonflée, comme s'il en avait oublié l'apparence verdâtre. Sur son corps s'imprimaient régulièrement des hématomes, semés comme des fleurs qui s'épanouissaient les unes après les autres - sitôt que l'une fanait, il en apparaissent de nouvelles dans le creux de son épaule, à la jointure de ses clavicules, sur le dessin osseux de ses côtes. Il aimait à rappeler le jour où son visage avait été si tuméfié, que son propre père avait été incapable de le reconnaître ; il avait pensé qu'un itinérant s'était introduit dans sa maison pour trouver refuge au froid Sibérien. Mon visage était tellement gonflé ! Comme la pulpe. Il a essayé de me tuer avec un pic à glace. Il avait bu beaucoup d'alcool. « Un de mes ennemis », dit-il, l'air sombre, car il était le genre de personnes à avoir des «  ennemis jurés », des « alliés » et des associés, à la façon des héros maudits dont les romans russes racontent l'histoire.  

Il n'y avait pas de magie, dans ses histoires. C'est en cela qu'elles étaient différentes de celles de Draco.

« Une baguette ! » répéta-t-il dans une exclamation incrédule, comme si c'était absurde. La désinvolture avec laquelle les sorciers d'Atlantis mentionnaient la magie ne cessait jamais de le heurter, comme s'il avait été personnellement offensé par l'existence d'un tel phénomène. Il s'agissait, pour lui, de l'équivalent d'une atteinte aux bonnes moeurs obscène, aussi inconvenant que la nudité d'un homme. « La situation ici n'est pas magique du tout, solnyshka. Ce monsieur me doit de l'argent. J'ai voulu être une gentille personne, mais il m'a promis. Et les promesses sont faites pour être tenues. Tu tiens une promesse ? C'est bien. Mais tu oublies ? Je viens te chercher. Tu vois ? Tout est de sa faute. »  Pour illustrer ses propos narrés avec pédagogie, il extirpa son revolver de la poche de son manteau : il s'agissait d'une arme compacte, noire et mate, un glock semi-automatique qui se rangeait gentiment dans son pardessus et glissait avec aisance entre ses doigts. Elle était plus impressionnante à Atlantis qu'à Moscou, où les armes récupérées des guerres de Yougoslavie avaient directement été injectées dans l'économie parallèle. Se procurer un fusil d'assaut avait été l'une de ses obsessions lorsqu'il était arrivé  ici quelques mois auparavant, la quête d'un saint graal tortueuse et compliquée mais nécessaire, s'il voulait se montrer ambitieux et apaiser ses crises paranoïaques. Les gens pouvaient craindre la magie, mais rien n'incitait plus à la coopération qu'un lunatique armé d'un AK-47.

Sa seconde quête concernait les médicaments : somnifères, anti-douleurs, morphine, oxycodone. Des pilules aux effets si merveilleux, si nouveaux, qu'il ne savait pas si elles avaient été élaborées à destination de sorciers souffrants, ou s'il s'agissait d'hallucinogènes inconnus jusqu'alors. Il avait absorbé l'une d'entre elle, et était demeuré prostré dans son appartement plusieurs jours, jusqu'à ce que Draco vienne l'en déloger : en 72 heures, il n'avait rien consommé d'autre qu'une barre chocolatée fourrée au caramel et un mélange saccharin de jus de pomme et de vodka, qui brûlait sa gorge de sucre et abimait ses dents. Draco ! Je suis guéri, lui avait-il annoncé, et le r de son prénom ronflait dans un roulement de gorge rauque. Il n'avait pas précisé de quoi, exactement - et lui même l'ignorait : avait-il délogé l'énergie noire et compacte qui suintait dans sa gorge comme une essence prête à s'embraser ? L'espace de quelques jours, il avait oublié son existence. (il avait tout oublié en vérité : quelques secondes lui avaient été nécessaires pour retrouver, dans son esprit pétrifié et lent, tout à fait délié de la réalité du monde, qui était ce jeune homme blond qui le jaugeait avec un mélange de fureur et d'inquiétude).

Evidemment, il n'était pas guéri. Mais, depuis lors, il n'avait pas cessé de rechercher la drogue qui avait été à l'origine d'une telle dissociation. Elles étaient rares, à être aussi efficaces sur lui : pour dormir, il devait s'assommer, diluer la poudre dans l'alcool, induire son esprit dans un coma si épais et chimique qu'il ne faisait jamais aucun rêve et s'éveillait un peu plus épuisé que la veille, le front fiévreux et les doigts glacés et pétrifiés, bleus comme le sont ceux des corps figés dans les neiges de la Sibérie.

« Après, nous pourrons aller manger ce gâteau au miel, si tu veux. Tu sais bien que je tiens mes promesses, solnyshka. » Précisa-t-il d'un air conciliant, comme pour tempérer la violence de la situation. Il aimait dire à Draco qu'il était sensible et doux comme les fleurs ou les rayons du soleil ; et il offrait ses paroles avec une sincérité profonde, à la manière d'un compliment précieux, car il en était profondément convaincu. Il était raffiné et élégant comme seules les femmes l'étaient, là d'où il venait.

Vladislav disait aussi : c'est dangereux, solnyshka ! Les gens vont essayer de te faire du mal. Les gens essaient de détruire tout ce qui est beau. J'espère que tu sais te battre. puis il frappait brutalement son épaule, pour mesurer ses réflexes. Pinçait la peau exsangue de son poignet osseux. Le pressait avec une inquiétude sincère : Il faut que tu t'entraines !  

L'immeuble figurait un bon entraînement. Des cris s'élevaient au travers des portes défoncées, marquées par des brûlures, des griffures ou des impacts de balles - des gens se disputaient à l'intérieur de ces appartements, ils se battaient et trafiquaient. La lumière jaune découpait d'étroites lames dans les embrasures, semblables à des yeux de monstrueux crocodiles. « Il habite tout en haut » , indiqua Vladislav en empruntant les étroits escaliers. « Quel homme stupide. Il s'est fait voir tout seul. »
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MessageSujet: Re: Rising from the dead + Vladislav   Rising from the dead + Vladislav EmptyLun 28 Oct - 5:35

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La mention de magie avait toujours un effet étrange sur Vladislav ; il était heurté, il était surpris, arborait une expression semblable à celle de l’une des grand-tantes de Draco lorsque l’on évoquait (chuchotait !) l’existence d’Andromeda Black, traîtresse à son sang. C’était quelque chose d’incongru, de choquant, qui devrait rester dissimulé comme les monstres dans les profondeurs des lacs aux eaux sombres et troubles, aux mouvements insidieux et langoureux. Habituellement, Draco faisait attention. Aujourd’hui, il sentait la magie pulser dans ses veines, les tintant d’or liquide et d’éclats de platine.

« Oui, je vois », concéda-t-il, car il aurait été stupide de tenter de discuter la logique de son camarade. Il haussa pourtant un sourcil lorsque le revolver apparu dans sa main, et ce n’était pas un mouvement de surprise – car lorsque l’on s’attendait à tout, on était rarement surpris. On n’était pas surpris par la vision de son corps enroulé dans un étrange manteau de fourrure, la sueur perlant sur son front, et sa voix rauque croassant qu’il était « guéri ! » d’un quelconque mal dont Draco ignorait l’existence – mais l’ignorait-il vraiment ? On n’était pas surpris lorsque Vladislav tentait de le convaincre qu’il avait besoin d’apprendre à se battre, ou de porter des manteaux un peu plus masculins, ou de se nourrir plus fréquemment, ou d’adopter l’un des animaux étranges qu’il s’était procurés (qu’il avait trouvés). Vladislav le couvait du regard avec la bienveillance d’une maman ourse regardant son petit, la main sur une arme à feu, des projets dangereux plein les yeux.

« Est-ce vraiment nécessaire ? » maugréa-t-il, peu habité à la présence de tels instruments de mort. Car si la baguette pouvait reprendre, elle pouvait aussi donner ; elle était autant un outil de création que de destruction, elle vibrait de magie et électrisait ses pores. Un pistolet était froid, métallique, et n’avait qu’une seule fonction – détruire détruire détruire détruire. Parfois, Draco se disait que leurs rôles devraient probablement être échangés, qu’il devrait être celui qui tenait l’instrument de mort entre ses doigts, car n’était-il pas cet instrument ? N'apportant que destruction et chaos partout où il passait, sans parvenir à réparer quoi que ce soit, en dépit de ses efforts ?

Ses cicatrices le brûlèrent, brièvement, alors que le sang battait toujours à ses tempes, et que sa respiration se raccourcissait légèrement. Il passa ses doigts sur un impact de balle, machinalement, alors qu’ils gravissaient les escaliers ensemble, et se concentra pour forcer le vide qui l'habitait (le dévorait) à se dissimuler derrière ses défenses mentales. Ce n'était pas le moment.

« Cela va te coûter cher en gâteaux au miel, Vlad. Et en thé. »

Draco était beaucoup plus riche que Vladislav, alors c’était sans doute lui qui allait payer, car Vladislav avait un rapport étrange avec l’argent. Mais ce n’était pas le sujet : le sujet était cet homme (pensait-il) qu’ils entendaient paniquer derrière la dernière porte du dernier étage de l’immeuble-ogre, tentant visiblement de trouver une échappatoire à une situation qui s’annonçait fort désagréable.

Pour lui.

La main tremblant légèrement à cause des flots d’adrénaline qui se déversaient dans son sang – d’or, de platine et de diamant – il donna un petit coup sec de baguette et la porte s’ouvrit délicatement, comme si un fantôme l’avait poussée ; comme si un courant d’air avait pénétré le couloir. Mais il n’y avait pas de courant d’air, car Draco avait si chaud, car son cœur battait si vite, et que ses joues pâles se rosissaient d’excitation.

« Sois sage », avisa-t-il pourtant Vladislav.


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