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 Ain't no rest for the wicked

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Cirice T. PodmoreCirice T. Podmore
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MessageSujet: Ain't no rest for the wicked   Ain't no rest for the wicked EmptyLun 23 Sep - 11:41

Il n'y avait rien ; pas un point de lumière dans la noirceur opaque qui l'enveloppait. Plusieurs fois elle ferma ses paupières pour les rouvrir avec l'espoir, l'envie de discerner une ombre, une forme, n'importe quoi. Mais rien ne changeait, rien ne mouvait dans le néant sombre du vide. Alors elle tenta d'aller de l'avant, en agitant fébrilement ses bras comme vains éclaireurs. Curieux réflexe ; alors même qu'elle pouvait sentir l'absence de toute chose aux alentours, elle tentait de se protéger d'un quelconque choc. D'un impévu qui la ferait choir dans une fosse sans fond, pour une éternité aussi courte qu'un battement de cils. Mais elle continuait de marcher, laborieusement, aveugle aux yeux grand ouverts. Le contact froid d'une matière étrange sur son pied la figea dans son mouvement pénible ; qu'est-ce que c'était que ça ? Ne portait-elle pas de chaussures ? Non, elle ne s'en rendait compte que maintenant. Alors sa surprise lui coûta son anticipation ; l'étrange matière enfonça davantage son pied, jusqu'à sa cheville, pour grimper le long de sa jambe. Reculer n'y faisait rien ; l'emprise était hors de contrôle. De son contrôle. Tout, tout son contact sur sa peau se ressentait comme un violent vent d'hiver, lui arrachant des exclamations, puis des cris étouffés. Son coeur s'emballait ; elle tentait de se débarrasser des bras gluants mais ils revenaient sans cesse. Elle était prisonnière, jusque dans ses os, jusque dans la cavité de ses yeux brûlés par la matière punitive.Ca s'introduisait partout, dans tout son corps, pour creuser, gratter et détruire. Cirice s'éveilla en sueur, sonnée par ce cauchemar - il n'était pas le premier et ne serait pas le dernier. Son réveil digital indiquait 5h27.

Elle passa une main lasse sur ses yeux cernés ; la journée fut longue d'un sommeil trop difficile pour la tranquillité de la nuit. Trop injuste pour n'être qu'une insomnie passagère. Elle le savait au plus profond de son être ; aucune prochaine nuit ne serait paisible jusqu'à la fin de l'hiver. Chaque année c'était inlassablement le même cycle de nuits perdues et de migraines trouvées. Avec un grand renfort d'efforts, elle quitta son bureau impeccable et tristement impersonnel du Ministère. La brune enfila son grand trench beige bien coupé dans l'ascenseur, avant de nouer son écharpe marine autour de son cou pour le protéger des assauts mordants de la saison. Alors qu'elle descendait les marches pour se rendre jusqu'à sa moto, elle sentit une présence. Non pas que cela fût une grande nouveauté à Londres ; mais c'était bel et bien différent. Une présence particulière, qui faisait s'hérisser les cheveux dans sa nuque. Comme un instinct de survie qui lui hurlait de courir, malgré ses talons aiguille vernis. Quand Cirice posa son regard au bas des marches, elle accrocha celui qui la guettait au loin : cette silhouette, elle la reconnaîtrait entre mille. Oswald Prendergast.

« - Bonsoir, mister Prendergast. Jamais elle n'avait osé l'appeler par son prénom, et jamais il ne le lui avait permis. Vous vous promenez par une si froide soirée ? »

Le bavardage mondain comme on pouvait s'y attendre avec ce genre de rencontre. La sorcière était loin d'être naïve ; évidemment qu'il y avait une réelle raison à sa présence, ici, en cet instant. Le grand Prendergast ne faisait rien au hasard, c'était quelque chose qu'elle savait par coeur. Elle avait cette sensation inexplicable qu'elle ne rentrerait pas de bonne heure chez elle, ce soir. Et tout ça lui était passablement désagréable. Elle priait pour que cela ne soit qu'une intuition erronée par l'impressionnante présence de son ancien maître d'apprentissage.


metamorphosis
☽O☾
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MessageSujet: Re: Ain't no rest for the wicked   Ain't no rest for the wicked EmptyLun 7 Oct - 22:06

II.1. Aɪɴ'ᴛ ɴᴏ ʀᴇsᴛ ꜰᴏʀ ᴛʜᴇ ᴡɪᴄᴋᴇᴅ


Elle se terminait en soirée fraîche et sombre, cette journée-là, celle qui l'avait vu — lui, l'homme noir — se promener languissant dans les rues de Londres. Malgré le froid, malgré l'humidité débilitante, le vieillard avait enduré, prenant à charge une souffrance qu'il avait jugée nécessaire. La douleur le gardait éveillé.

Lorsqu'Oswald s'arrêta, devant l'entrée du Ministère la Magie, la souffrance battait dans ses jambes. Sa poigne, elle, défaillait sur son bâton de marche, lui-même couvert d'un fin filtre mouillé. Ce type particulier de mal-être (celui où l'eau entaille de profondes rainures dans les os, causant un ralentissement entier de l'organisme et un inconfort généralisé) génère immanquablement un désir irrésistible, celui d'ingérer une tasse de thé. Ce désir, pour l'instant, devait rester inassouvi. Il attendait sa cible, sa prochaine victime, sans inquiétude pour sa propre condition, sa propre misère; son interlocutrice, elle était en toutes probabilités dans une situation égale à la sienne. Détruite par sa journée, cramée, brûlée, écoeurée. Elle était au sec, là-dedans, elle n'avait pas vécu sous l'eau, n'avait pas gonflé comme un cadavre dans la grande étendue bleue. Lui était blême, vert; gonflé d'un gaz putride, envahi par la mort qui lui déchirait les entrailles.

Il attendait Cirice Podmore. Elle était, par proxy, l'une de ses vieilles victimes. Depuis longtemps, il faisait en sorte de l'écraser, de la broyer en une poudre fine, facilement dissipée dans l'air, sans poids ni conséquence. Il croyait qu'elle ne valait positivement rien, jusqu'à ses dernières réalisations, ses dernières prises de conscience. La femme avait une valeur inestimable, celle d'être une victime qui ne s'était jamais enfuie, celle d'être une victime qui n'était faible qu'en la présence de son tourmenteur. Elle était puissante dans toutes les autres sphères de sa vie, ce qui, pour lui, signifiait beaucoup. Elle avait amélioré son sort.

Lorsqu'elle sorti, il la salua en relevant son chapeau de sa main libre. Il était habillé de noir, intégralement, comme ces mafiosos et autres belphégors. En tentateur assumé, il la laissa venir à lui et extirpa sa main glaciale pour serrer la sienne, évitant la bise. Cette soirée-là, Cirice Podmore était un homme, un égal. Cette soirée-là, le futur se présentait à lui, et à elle. Lorsque le soleil se relèvera sur la froideur brumeuse de l'Angleterre, elle serait Prendergast. « Bonsoir, mademoiselle Podmore. Non, je ne me promenais pas. Je vous attendais. Allons, marchons. Nous avons à discuter, cela pourrait prendre du temps. Ce n'est pas un problème, je l'espère. » Rhétorique. « J'ai diablement besoin d'un thé. Je vous laisse le choix. Nous allons chez moi... ou bien dans un café. Comment vont les choses au ministère? Mon petit-fils fait-il des siennes, en avez-vous entendu parler? » Souvent, il détournait ses propos ainsi, forçant toujours dans ses intonations à faire comprendre à son interlocuteur l'acte généré par son discours; elle devait comprendre, à travers le rythme et l'emphase, de quoi ils parleraient ce soir, de famille. Elle devait comprendre, également, qu'il ne la menaçait pas plus qu'à son habitude. C'était sa prisonnière, certes, mais la porte de la cage était grande ouverte.

Déciderait-elle d'y rester?


† It’s the family name that lives on. It’s all that lives on. Not your honor, not your personal glory, family.
 
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