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Catharsis :: Atlantis & Manadh :: Le Centre-ville
 

 there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke

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Altaïr L. SundströmAltaïr L. Sundström
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MessageSujet: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptySam 17 Aoû - 18:19

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there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke Giphy

Il ne sait plus où il l'a vu pour la première fois, ce gars-là. Quelques années à peine de plus que lui, très certainement. Pourtant il ne l'a jamais croisé à l'université – déjà dans la vie active, alors. L'idée lui est comme un poing dans l'estomac – alors comme ça, lui a réussi à s'orienter sur le sentier dédaléen de la vie – il en serait presque jaloux. Presque. Un je-ne-sais quoi inhibe cette pulsion envieuse, et il se questionne souvent à son sujet. Et, à force d'errer quotidiennement dans le centre-ville, il a eu l'occasion de le voir à de nombreuses reprises. Toujours de loin, toujours sans oser quoi que ce soit. Et il ferait quoi, lui ? L'autre déploie autour de lui quelque chose de simple et de charismatique à la fois, rien que par sa présence. Il est loin des hypocrites avec pour masque ce factice bonheur aux relents écœurants, loin des comédiens du quotidien qu'il a la malchance de devoir fréquenter tous les jours à l'université. Altaïr a eu, depuis qu'il l'a vu pour la première fois, tout le loisir de se questionner sur le jeune homme, sa curiosité inexplicablement titillée depuis. C'est étrange, pas vrai, cette fascination unilatérale. Et ça ne le dérange pas plus que ça. Il ne serait pas à la hauteur de toute façon – trop bancal, trop immature, trop lui. Un véritable stéréotype ambulant – le dépressif timide et ténébreux – ridicule, risible. Non pas qu'il cherche activement à se défaire de ces labels qui lui collent à la peau – au moins, cela lui évite les liens superficiels, les attaches fragiles qui se délitent au moindre aléa, et les déceptions qui en découlent immanquablement. En conséquence, il a pour habitude d'observer celles ou ceux qui captent son intérêt un bon moment avant de ne serait-ce qu'envisager une interaction. Mais dans ce cas précis, il n'est pas certain du tout d'oser aller un jour parler au jeune homme, sa peur du jugement trop forte encore.

Manifestement, ce dernier est membre d'un groupe de musique : il le voit souvent entrer – et/où sortir, selon l'heure – de bars divers, en compagnie d'une fille et d'un autre jeune homme. Il n'a jamais osé assister à l'un de leurs concerts, par crainte d'être remarqué dans l'espace réduit des bars en question. D'après ce qu'il a pu lire, le groupe se fait appeler les Chicken Nuggets – humilité de ce nom cocasse. Il ne peut qu'en rire, Altaïr, lui dont on pense qu'il ne sourit jamais, lui dont on compare la rareté des rires à celles d'une espèce en voie d'extinction. Ils sont bien loin, ces trois-là, de l'ego hypertrophié qui caractérise bien souvent les musiciens, ce côté-là étant insupportable à Altaïr. A ses yeux, être talentueux, génial, ne donne jamais le droit de s'arroger une fictive supériorité sur les autres. Et ce groupe-là est visiblement bien loin desdits vices, lesquels découlent malheureusement de façon régulière de la notoriété.
Un beau jour, alors qu'il les voit pénétrer tous trois dans un quelconque bar du centre-ville, Altaïr s'enhardit et décide d'y entrer à son tour, mangé par une irrépressible curiosité. Il lui tarde de les écouter, eux qu'il a aperçus tant de fois sans jamais oser aller les voir se produire pour de vrai. Il n'a pas d'attentes particulières – ce n'est pas comme s'ils étaient gonflés d'orgueil, bien au contraire. Il passe la soirée au bar, commande plusieurs verres – assiste au concert improvisé jusqu'à la fin sans même s'en rendre compte, légèrement embrumé qu'il est par l'alcool absorbé (peu étonnant, au vu de sa résistance quasi-nulle, il faut bien l'avouer). Il ne voit pas non plus le bar se vider petit à petit tout le long du concert comme si la performance était déplorable à en pleurer. Ce n'est que lorsqu'il entend la musique s'arrêter et les rares consommateurs encore présents applaudir très timidement qu'il comprend qu'il est presque le dernier à être encore là. Il cligne des yeux lentement, les frotte distraitement et puis s'étire. Les yeux toujours fermés, il grommelle pour lui-même :
– Franchement, ils exagèrent, c'était pas si mal...
Lorsqu'il rouvre les yeux, il se tient juste devant lui.
Ezekiel G. WolfeEzekiel G. Wolfe
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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyDim 18 Aoû - 15:10


There's only two types of people in this world : the ones

that entertain, and the ones that observe

- Ezekiel G. Wolfe — Altaïr L. Sundström -


"Looking for a buzz, but all I got was Santa Claus. I'm hanging on a dream that's too dumb to die. I feel like a cello, lost somewhere over the rainbow." Too dumb to die - Green Day
« - Merci à tous ! Nous sommes les Chicken Nuggets, et, on sait, on est tout aussi délicieux ! A la prochaine !

Zeke sort de scène un grand sourire plaqué sur le visage, flanqué de ses deux acolytes de toujours, Galaad et Gersende – oups, pardon, Pear, puisqu’elle arbore en ce moment même les traits fins de la bassiste, avec ses cheveux roses et noirs à côté desquels il est difficile de passer. Il n’entend pas les faibles applaudissements, les rires soulagés des clients car ce… bruit s’arrête enfin. Ils sont peut-être dans leur monde, ces trois là, enfoncés dans le déni le plus total, mais on ne peut pas leur enlever leur passion. Ils sont là, tous les soirs, sur des scènes toujours plus petites, avec toujours moins de clients, mais ça ne les décourage pas. Ils gardent le sourire, persuadés qu’un jour, leur talent sera reconnu. Après tout, ils font de la musique, ensembles, jeunes et beaux. Qui ne croquerait pas la vie à pleine dent, à leur place ?

Ce soir-là, l’exorciste a sur le dos sa fidèle veste en cuir, comme à son habitude, mais a passé un pantalon à carreau noir et blanc qui est du plus bel effet sur ses Dr Martens bordeaux. Il a eu chaud pendant une bonne partie du concert et a donc enlevé le tee-shirt Nirvana qu’il portait sous son perfecto , dévoilant ses nombreux tatouages et sa peau sans vergogne. Il descend de la minuscule estrade où ils ont réussi à caser par miracle le clavier de Galaad et les amplis reliant la basse et la guitare, manquant de tomber de l’unique marche qui sépare le bois du sol, puis se dirige vers le bar pour prendre une bière bien méritée. Pendant que ses camarades rangent le matériel, il s’amuse, comme d’habitude. Cela lui vaut, bien souvent, des remontrances de la part de Gersende, mais ce qui lui rentre par une oreille, sort de l’autre : alors bien sûr que la première chose qu’il va faire, c’est prendre un verre, plutôt que de donner un coup de main à ses amis.

Il remarque soudainement un jeune homme qui l’observe, un des seuls qui semble avoir réellement écouté le concert. Zeke l’a remarqué, pendant qu’il jouait – et c’est bien normal, quand quelqu’un avec un physique aussi atypique le regarde aussi fixement pendant de longues minutes. Il trouve ses cheveux particulièrement classe, d’ailleurs. Peut-être s’en inspirera-t-il pour une coloration prochaine, qui sait. Sans une once d’hésitation, le musicien se dirige vers l’inconnu. Il n’est pas du genre à tergiverser, le Wolfe. Il veut faire quelque chose, il le fait, peu importe de quoi il s’agit. Ce comportement quelque peu… chaotique lui a valu bien des ennuis, dans sa vie, mais c’est aussi ce qui lui a donné ses plus beaux souvenirs.

- Salut, dit-il en s’asseyant à côté du jeune homme. Tu passes une bonne soirée ? J’espère que t’as aimé le concert ! J’peux même te signer un autographe, si tu veux.

Il lui sourit de toutes ses dents, sa mimique créant sur le coin de ses yeux des petites rides. Il est de ceux qui seront marqués du visage, plus vieux, à cause du nombre de fois où il actionne ses zygomatiques. Tout fier de lui, il n’attend même pas qu’Altaïr lui réponde, il prend un sous-bock qui traîne sur la table, avant de sortir sa baguette de sa poche et de rapidement conjurer une plume et de l’encre. Enfin, il commence une longue dédicace sur le dessous de verre, qu’il doit retourner par manque de place, où il explique à ce mec qu’il n’a jamais vu de sa vie qu’il ne doit pas abandonner ses rêves, et que s’il n’arrive pas à viser la lune, il atteindra toujours les étoiles. Soudain, il arrête sa phrase en plein milieu, pour planter ses yeux dans ceux de celui qu’il considère maintenant comme l’un de ses plus grands fans.

- Oh, mais j’oublie, tu m’as pas dis ton nom ! Il faut que je le personnalise, sinon, je suis sûr que tu vas le revendre plus tard, quand ça vaudra des millions, ce genre de trucs. »
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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyLun 19 Aoû - 8:45

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Le ton badin et la familiarité de son vis-à-vis laissent Altaïr bouche bée l'espace d'un instant. Il y a quelque chose de profondément sincère dans la façon qu'a l'autre de s'adresser à lui, sans s'embarrasser de phrases conventionnelles ou de formules de politesses vides de tout sentiment. Son phrasé dégage une certaine chaleur, installant entre eux une sorte de proximité, alors même qu'ils n'ont jamais discuté. Lui qui a pour habitude de se sentir de trop, inadapté dans le cadre des interactions sociales, est instantanément mis à l'aise par le grand sourire de l'autre jeune homme ; il se surprend même à singer sincèrement son franc sourire. L'envie lui prend, saisissante, de tisser un lien avec lui, de nouer peut-être une nouvelle amitié, ce qui est suffisamment rare chez lui pour être signalé. Et lorsqu'il se met, presque instinctivement, à lui dédicacer ce qu'il trouve sur le bar, le sourire d'Altaïr s'agrandit – il trouve le geste profondément gentil. Et si nombreux sont celles et ceux qui jugent ce qualificatif presque offensant – il vaut mieux être beau ou élégant que gentil, n'est-ce pas ? – le blond, lui, accorde une grande importance à cette qualité. Ses réticences s'effondrent peu à peu, et son envie de converser avec le musicien se fait plus forte encore. C'est le ton enjoué qu'il commence à lui répondre :
– Salut ! Oui, et toi ? Pas trop crevé ? Vous avez l'air de vous donner à fond, c'est sympa à voir en tout cas.
Peu importe si les autres n'ont pas aimé ou jugent que leur groupe est, au mieux, médiocre. Altaïr leur trouve une chaleureuse énergie ; il les préfère à des génies suffisants à l'ego titanesque, sans la moindre hésitation. Ils sont sincères et accessibles, et dépensent toute leur énergie dans leur musique ; c'est pour eux une passion, on ne peut le nier. Et c'est en cela qu'ils sont beaux. Et lorsqu'il insinue qu'Altaïr revendra l'objet dédicacé lorsque les Chicken Nuggets auront pour eux la célébrité, ce dernier doit réprimer un petit rire, non pas par mépris ou parce qu'il pense que ce jour n'arrivera jamais, mais parce qu'il apprécie réellement l'humour du brun. L'éclat de rire se confond avec le grand sourire qu'il arbore.

– Altaïr. Et toi ?
Il espère que l'autre ne trouvera pas son prénom bizarre. Lui, il l'affectionne, et se trouve peiné lorsqu'il est critiqué. Mais, après tout, il fait partie d'un groupe nommé les Chicken Nuggets – il est fort probable qu'il aime les noms originaux, ou en tout cas peu conventionnels. Et puis, qui sait, il a peut-être un prénom rare, lui aussi ? Il n'en serait pas étonné.
Lorsqu'enfin, il finit sa dédicace et jette l'objet sur le comptoir dans sa direction, Altaïr le saisit,  ne pouvant dissimuler sa curiosité – il a pris un certain temps à écrire, il ne s'est donc pas contenté d'écrire son prénom (qu'il ne connaissait du reste pas). Et, à mesure qu'il lit, son sourire croît comme ses yeux se mettent à scintiller d'amusement et d'une certaine affection qu'il ne peut s'empêcher de ressentir pour ce garçon si vrai, si pur d'une certaine façon. Il en serait presque enfantin, c'est ce à quoi cette extraversion affichée lui fait penser.
– Oh, t'inquiètes, j'oserais pas. C'est pas comme si j'avais des tas de dédicaces de groupes. C'est assez précieux, comme truc.
Nulle hypocrisie dans sa réponse – il pense sincèrement ce qu'il vient de dire. Et puis, peut-être qu'ils deviendront réellement célèbres, et qu'il pourra se vanter de posséder un autographe d'eux ? Personnalisé qui plus est...
– Ta dédicace est super cool, merci !
Peut-être qu'il écrit la même chose à chaque fois ? Cela importe peu à Altaïr, tout comme le fait que le discours soit un brin cliché. Cette spontanéité le touche, l'a touché dès que la conversation s'est engagée entre le brun et lui. Il a réussit l'exploit d'accrocher à ses lèvres ce vrai grand sourire, celui qu'il n'affiche quasiment jamais, et surtout pas lors d'une première rencontre. Et pour cela, il le remercie.
Ezekiel G. WolfeEzekiel G. Wolfe
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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyMer 28 Aoû - 13:49

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that entertain, and the ones that observe

- Ezekiel G. Wolfe — Altaïr L. Sundström -


"Looking for a buzz, but all I got was Santa Claus. I'm hanging on a dream that's too dumb to die. I feel like a cello, lost somewhere over the rainbow." Too dumb to die - Green Day
L'être humain est profondément absurde, de par sa condition qui le rend capable de donner des réponses sans qu'aucune question n'ait été posée. Et de fait, la déraison appelle au déraisonnable, puisque peu importe le temps qui passe, les saisons qui changent, les mentalités qui évoluent, les hommes continuent de croire tout et n'importe quoi, tant que les histoires à dormir debout qu'on leur présente sont racontées avec suffisamment de verve. Certains disent que la terre est plate, d'autres que le voyage sur la Lune n'est qu'une invention du gouvernement américain, d'autres encore que les pyramides d'Égypte seraient des plateformes d'atterrissage pour des vaisseaux extraterrestres : et les thèses vaguement complotistes sont infinies. Zeke n'est pas le dernier à soutenir mordicus que ses théories fantasmées contiennent les vérités de l'univers. S'il ne renie en rien les fondements de la science, ou même, les lois de la nature et de la magie, il croit fermement en des petits riens qui, mis bout à bout, forment l’ensemble de ses valeurs. Mcdonald’s est le meilleur fast-food que la Terre ait jamais porté; chaque seconde où il ne dort pas est un moment de perdu ; les Chicken Nuggets vont un jour percer. Qu’est-ce que la vérité, sinon des faits indéniables qui ne peuvent être réfutés ? Personne ne peut l’accuser de mentir, puisque personne ne peut dire, de manière certaine, que ce qu’il pense est faux. Ce n’est que de l’extrapolation, de l’espoir, de la foi, même. 

Et alors qu’il regarde dans les yeux du jeune homme, du seul, peut-être, dans le bar pourtant bien rempli, qui a réellement apprécié le concert dans lequel il s’est dévoué corps et âme, l’ancien Poufsouffle ne peut que continuer à croire. Cette étincelle, dans ces yeux bleus, c’est ce qui le fait avancer, c’est la même qu’il voit chaque matin, dans la glace, alors qu’il songe aux répétitions à venir et aux scènes qu’il va fouler. Son sourire s’agrandit encore un peu alors qu’il entend le son de sa voix fendre les conversations qui les entourent. Sympa. Sympa, c’est un des plus beaux - et des seuls - compliments qu’on leur a jamais fait. Alors pour lui, Sympa se change en magnifique, unique, extraordinaire. Sympa devient le plus beau mot de la terre, de l’Univers, même. 

« - C’est de la bonne fatigue, après un concert. C’est l’endorphine que tu relâches, tu sais ? Comme après le sexe.

Il parle sans tabou et langue de bois, comme s’il le connaissait depuis des années. Il est comme ça, Zeke. Ce n’est pas qu’il est sans gêne, à proprement parler, c’est qu’il n’a pas forcément conscience de sa propre place dans le monde. Il est pourtant papillon pouvant déclencher des tempêtes à l’autre bout de la Terre, comme tous les êtres qui la peuplent, d’ailleurs. Chaque acte a ses conséquences, qu’il soit réfléchi ou inconscient, important ou sans intérêt visible.

- Oh, c’est grave joli, ça, Altaïr ! C’est une étoile non ? Ca te va bien, avec tes cheveux t’illumines tout sur ton passage ! Il rigole. Ce n’est pas de la moquerie, on le voit dans son sourire, dans ses gestes grandiloquents, dans son aura même. C’est juste qu’il est trop enthousiaste, sans cesse dans le démonstratif. Jamais en demi-teinte. Moi c’est Ezekiel. Bizarre aussi, je sais, on dirait que je suis l’un de ces enfants de mormon avec leurs Gabriel, Uriel et Raphaël. Tous des prénoms en "el". Il doit probablement y avoir une raison, je suppose. M’enfin, ça me semblerait un peu gros, comme coïncidence. De toute façon, appelle moi Zeke, c'est plus simple.

Il pose ses deux coudes contre la table où il a rejoint Altaïr, embrasant du regard la pièce, ses yeux coulant du bar, à la scène, en passant par les clients qui conversent chacun de leurs côtés. Répondant aux remerciements de l’étudiant par un simple sourire, il lui glisse un :

- T’inquiète, c’est un plaisir. Je reviens.

Et le voilà qu’il se glisse jusqu’au bar, sans réellement prêter attention à ses compères qui galèrent toujours, sur la petite estrade, à ranger les câbles et les différents instruments de musique. C’est ça, le problème d’utiliser des instruments moldus. Un petit coup de baguette magique suffit pour les faire dérailler, alors il faut utiliser la méthode traditionnelle, bien plus longue, pour les ordonner.
Zeke attire l’attention du barman et lui glisse à l’oreille sa commande, pour qu’il l’entende à travers le brouhaha des piliers de comptoir, puis une fois son butin amassé, il retourne s’asseoir auprès d’Altaïr, faisant glisser un verre devant lui.

- Je t’ai pris un mojito. Je sais pas, t’avais une tête à aimer les mojitos. Et au pire, j’aime les mojitos donc je pourrais toujours le boire si tu le veux pas. Mais ça serait vraiment bizarre parce que… quand on te voit, on se dit "tiens, ce mec aime les mojitos". Il passe le fait qu’il est probablement le seul à penser à ce genre de choses, mais ce n’est pas vraiment important. Alors, monsieur l’étoile, à part avoir des excellents goûts musicaux et traîner dans des bars, tu fais quoi dans ta vie ? Laisse moi deviner, attend… Hmm, tu dois pas beaucoup aller au soleil… Il lui saisit la main sans vraiment lui demander son avis. Pas de cales sur les doigts, rien… Toi, t’es au moins le nez dans les bouquins toute la journée. »

Il se la joue Sherlock Holmes des temps modernes. Bien sûr, il est loin d’avoir un talent de profiler, mais il se targue d’avoir appris à connaître les affres de l’humanité, en ayant côtoyé beaucoup de morts, et en ayant écouté leurs histoires. C’est marrant, les fantômes ont tendance à être assez bavard : et lui a l’oreille qui ne traîne jamais bien loin pour les écouter.
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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyDim 1 Sep - 13:50

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Les minutes qui se sont écoulées depuis que le concert s'est achevé, depuis que l'autre – Zeke – est venu vers lui sans autrement s'émouvoir, ces minutes-là, Altaïr ne les a pas vues passer. Filer serait, en fait, plus juste. Converser avec le jeune homme a quelque chose de grisant – son amicale énergie est bien plus que contagieuse ; le blond la sent couler en lui, brûlante, en perpétuel ruissellement. Aux côtés du brun, il a presque l'envie de remuer à son tour, de se lever, de courir, de danser, peu importe au fond. Il est rare qu'on attire son attention à la première rencontre comme il vient de le faire – pour se protéger, Altaïr préfère mimer le mépris ou l'indifférence, jouer à celui qui s'en fout, celui qui détourne le regard – et personne ne le voit faire volte-face pour jeter sur vous un regard empli de haine de lui-même et de regrets. Mais avec Zeke, c'est différent – c'est comme si une force extérieure, inconnue, le poussait à rester, à l'écouter, à poursuivre avec lui cette discussion sincère et légère tout à la fois. Une certaine pureté dans le badinage, tel est l'apanage de ce jeune homme-là. En réalité, Zeke est cette force qui pousse le blond à entretenir avec lui cette conversation ; difficile de s'en détacher, impossible pour Altaïr en cet instant. Pourtant, leur échange n'a, à première vue, rien d'exceptionnel – un musicien un peu attentionné discutant avec un amateur, tout ça paraît tellement fade. Il y a, néanmoins, une lumière qui s'élève dans la lumière tamisée du bar, la lumière de leur rencontre, la lumière résultant de leur premier contact.
Zeke se met à lui parler d'endorphines et de sexe, exactement comme s'ils se connaissaient depuis toujours, comme si la gêne n'avait aucune prise sur lui, comme s'il se foutait éperdument des conventions, comme s'il crachait sur la bienséance – si tel est réellement le cas, Altaïr n'en serait pas surpris. Pas spécialement de tabou non plus du côté du blond, alors ça lui va. Il esquisse un sourire à la comparaison.
– Ah, vraiment ? Je savais pour le chocolat et le sexe mais pas les concerts, tu m'apprends un truc. Enfin j'suppose que ça marche pas quand ton anxiété te fout mal au point de tomber dans les pommes juste à l'idée de monter sur une scène.
Opter pour la légèreté lorsque vient le moment d'évoquer ses troubles, c'est tellement lui.
– Ah. Désolé, j'voulais pas péter l'ambiance.
Ça aussi, c'est tellement lui, mentionner sa santé mentale défaillante dans les moments les plus inadaptés.
– Enfin, t'inquiètes, il rit. C'est juste que du coup je vous admire, toi et tes potes, de réussir à donner des concerts et tout.
Il espère de tout son cœur qu'il ne va pas prendre congé de lui dans un silence gêné, ou que leur conversation va s'arrêter net – vraiment, il lui faudra faire un travail sur lui et sur son inadaptation en milieu social. Non, Altaïr, parler de ses troubles mentaux à la première rencontre n'est pas exactement une attitude en adéquation avec les codes sociaux basiques. Parler de tes études, de tes activités, ça va. De ta dépression ou du suicide de ton supposé meilleur ami, ou des envies que tu as parfois de le rejoindre, c'est non. C'est une lutte que tu dois mener seul – personne ne mérite le fardeau d'un tel secret.

Mais, fort heureusement, tout semble se remettre en place, et, sur le visage d'Altaïr reparaît ce sourire véritable – celui qui ne paie pas de mine, le timide, le discret ; le vrai, pas celui qu'il placarde sur ses lèvres comme un masque de cire – lorsque Zeke complimente son prénom. C'est orgueilleux, mais le blond s'est attaché à ce patronyme si inhabituel, il n'aurait pas aimé le voir critiqué par l'autre. Et le brun ne l'a pas déçu – il ne l'a jamais fait, d'ailleurs, d'autant plus que ce prénom, il en connaît assez mystérieusement la provenance.
– Oui, ça veut dire « l'aigle en vol » en arabe, c'est d'ailleurs l'étoile la plus brillante de la constellation de l'Aigle. En vrai, ça fait assez arrogant d'appeler son fils comme ça, mais bon... J'ai fini par l'aimer. D'ailleurs, tu t'y connais en étoiles ? La plupart des gens ignorent d'où vient mon prénom.
Il se rengorge quand Zeke encense ses cheveux ; les compliments, il s'en nourrit – ils l'aident dans sa lutte contre sa haine de lui-même, qui prend peu à peu du terrain. Et puis, de la part de Zeke, il sait que c'est sincère, il sait qu'il n'est pas de ces obséquieux-là. Lui, il illumine ? Lui qui a le cœur gangrené et l'esprit noirci par la tristesse et la maladie, il est capable d'émettre cette luminescence dont lui parle son interlocuteur ? Il a du mal à le croire, mais la phrase suffit à agrandir le sourire qu'il n'a pu s'empêcher d'afficher. De toute façon, à quoi bon prétendre avec lui ? Zeke a été exemplaire de franchise, il ne voit pas pourquoi il devrait faire semblant avec lui. Il le remercie d'un signe de tête dans sa direction.
– Zeke. Zeke. D'accord ! C'est joli aussi. Enfin même Ezekiel, je trouve. Mais j'comprends que ça puisse peser lourd parfois. Puis les gens doivent faire des vieilles blagues dessus aussi...
C'est alors qu'il s'éloigne en direction du bar, après l'en avoir averti. Altaïr suppose qu'il se commande une boisson – maintenant qu'il y pense, il aurait dû en profiter pour en prendre une, lui aussi. Enfin, il est trop tard. Mais soudain, il voit une main tenant un verre de mojito se tendre dans sa direction ; il relève la tête pour alors apercevoir Zeke, qui lui affirme qu'il a « une tête à aimer les mojitos ».
– Ah, vraiment ? Bon, c'est vrai, j'avoue que j'aime bien ça. C'est chiant d'être aussi prévisible, rit-il. Et toi, c'est le sex on the beach, c'est ça ?
Il ne plaisante qu'à moitié. Sirotant sa boisson, il reprend :
– En tout cas, merci, c'est super cool de ta part ! Il est trop bon en plus.
Altaïr a laissé ses mains traîner sur le bar ; aussi est-ce une surprise pour lui de sentir celles de Zeke saisir l'une d'entre elles – le contact a tendance à l'effrayer, habituellement, mais il est assez enivré pour que son hypersensibilité soit étouffée, alors il ne proteste pas, et puis il commence à faire confiance au brun. L'écouter faire ses déductions laisse le blond entre la surprise et l'amusement.
– Qu'est-ce que je disais... trop prévisible... marmonne-t-il, sans se défaire, toutefois, de son sourire. Et toi ? Tu vis de ta musique ou tu as autre chose à côté ? Pour le coup, j'peux pas jouer aux Sherlock avec toi, t'es pas un cliché sur pattes comme moi.
Il ne trouve aucune hypothèse crédible à lui proposer quant à son activité. Zeke a, en effet, cette aura un peu mystérieuse, presque ésotérique qui plane autour de lui et l'enveloppe, rendant difficile tout exercice de déduction. Alors Altaïr préfère attendre que le brun le lui dise de lui-même.


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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyVen 6 Sep - 15:00


There's only two types of people in this world : the ones

that entertain, and the ones that observe

- Ezekiel G. Wolfe — Altaïr L. Sundström -


"Looking for a buzz, but all I got was Santa Claus. I'm hanging on a dream that's too dumb to die. I feel like a cello, lost somewhere over the rainbow." Too dumb to die - Green Day
Qui d’autre qu’Ezekiel pourrait être aussi détendu que lui, dans un bar bondé où la plupart des clients, après l’outrage que leurs oreilles ont pu subir, ont probablement envie de lui tordre le cou, où il laisse ses meilleurs amis ranger tout seul un matériel bien contraignant à mettre en ordre, où il parle avec un jeune homme qu’il ne connaissait ni d’Eve, ni d’Adam, il y a quelques minutes à peine ? Quelqu’un de bien excentrique, décidément. Quelqu’un qui serait outrageusement lui-même, comme l’exorciste qui boit son verre sans prendre le temps de prendre du recul sur sa situation, le torse toujours nu sous sa veste en cuir, l’œil pétillant et le sang chaud.

Son ton se fait badin, tandis qu’il apprend à découvrir un Altaïr qui, petit à petit, semble sortir de sa coquille, comme un bourgeon à la venue du printemps. C’est un animal social, Zeke. C’est comme un chat, en fait, tu le réveilles ou tu lui prends sa nourriture, il te file un coup de patte en miaulant comme un dégénéré, mais au moment où tu commences à le grattouiller à cet endroit, là, cet endroit magique à la jonction de son cou et de ses oreilles, et il se met à ronronner comme un moteur.

« - J’sais pas pour le chocolat, j’suis allergique. On me dit toujours "olala comment tu fais le chocolat c’est si bon", ben j’en doute pas, mais comme ça me file une chiasse d’enfer et des boutons qui me donnent l’impression d’être un lépreux, c’est pas ma came, perso. Mais ouais, les concerts, crois-moi… tu devrais tester ! Mon pote Gal’, il est timide, mais tu lui fous un micro entre les mains, il change du tout au tout. Après, je sais pas pour l’anxiété, c’est toujours chaud patate, pour les maladies mentales et tout. De toute façon, faut pas se forcer, si ton cerveau il est fait d’une certaine manière, ben c’est comme ça, il est très bien comme il est. Il hausse les épaules. Moi j’ai des troubles de l’attention, ça m’empêche pas de vivre ma vie comme je veux, et tant pis pour ceux qui me diront le contraire. Et tu pètes pas l’ambiance, gars. Y’a pas de lézard, ceux qui pensent que parler de ce genre de trucs, c’est tabou ou quoi, je leur dis d’aller manger des cailloux et d’arrêter de faire chier leur monde.

Il pose une main légère sur l’épaule du jeune homme en lui adressant un large sourire, une mèche de ses cheveux bruns, rendus brillants par la sueur du concert et l’énergie dépensée, retombant sur son front. Il la chasse d’un geste vif, avant de reprendre de plus belle sa diatribe : à ce niveau-là, il s’écoute parler, il n’y a pas d’autres façons de le décrire.

- T’es bizarre, mec. J’suis allé à Poudlard, comme tout le monde, enfin pour les sorciers hein. Les cours d’Astronomie, c’est obligatoire, coco. J’crois bien me rappeler qu’on a parlé de la constellation de l’Aigle en troisième année. C’était chiant, mais c’était marrant, j’avais piqué un télescope une fois et je me servais de la lentille pour essayer de foutre le feu aux habits d’un gars qui se foutait de la gueule de mes potes. Bon, heureusement, j’ai jamais réussi, parce que me faire enfermer à Azkaban parce que j’étais un petit con, ça aurait déraillé mon destin de star du rock.

Il y croit si fort, avec tant de véhémence, qu’il semble sans coeur de le stopper dans ces rêveries qui ne se réaliseront probablement jamais. Ezekiel, "celui que le Seigneur fortifie". Il lui faudrait en effet une intervention divine pour que ses aspirations à percer dans la musique arrivent à réalité… Ou alors, que subitement, tous les êtres humains deviennent sourds.

- T’es pas prévisible, c’est mon pouvoir magique : je devine les boissons des gens. C’est un don. Tu vois, le gars, là-bas ? Il pointe du doigt un homme âgé d’une quarantaine d’année, tout de noir vêtu, avec un bandana sur la tête et un regard menaçant. Et bien, contre toute attente, il adore le lait fraise. Je sais, faut se méfier des apparences. Et ceci, monsieur, ajoute-t-il en montrant son propre verre, n’est pas un vulgaire Sex on the beach, non non non. Je ne joue pas dans cette cour, moi, môsieur. Il donne de l’emphase sur le o, une expression grandiloquente sur le visage. Ceci est une invention de ma part, que j’ai appelé, de manière très modeste, "le meilleur cocktail de tous les temps", et comme je suis quelqu’un de très sympathique, je vais t’en donner la recette. Du rhum, un peu de vodka pour que ça passe bien, du jus d’ananas, du lait de coco, de la grenadine, et tu vois, les bonbons moldus au coca, là ? Bah t’en mets un peu au fond, et ça déchire. Goutte, tu m’en diras des nouvelles !

Et il lui tend son verre d’un air guilleret, lui mettant sous le nez l’épaisse mixture qui pourrait donner instantanément du diabète à quiconque la regarderait simplement, tant elle est sucrée. Il donne le choix à Altaïr, pour une fois, de goutter ou non ce cocktail au goût si particulier, pour lequel les barmans, lorsqu’il leur demande de le préparer, se demandent souvent s’il se fichent d’eux. Ce n’est pas le cas : pour quelqu’un dont le régime alimentaire est composé à 90 % de hamburger, ce verre est exquis.

- Moi ? Attend, j’dois avoir ma carte quelque part, mon frère arrête pas de me faire chier pour que je les donne aux "potentiels clients". Il tapote les poches de sa veste, puis de son pantalon, avant de regarder, assez étonnamment, dans sa chaussure, dont il ressort un petit carton bien froissé. Je travaille à la succursale Atlante de "Death and Company", la société d’exorcisme. Je sais pas si tu connais, mais si t’as un problème de fantôme qui te pourrit la vie, je suis ton homme. Mais bon, ça, c’est en attendant que les Chicken Nuggets deviennent connus, bien sûr. »

Bien sûr. On en revient toujours à ce point.
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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyMer 18 Sep - 13:50

lights down low

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Il y a quelque chose chez ce mec, quelque chose de véritable, un enthousiasme des plus communicatifs ; de ceux qui éveillent en vous cette énergie que vous pensiez avoir perdue à jamais. C'est un élan positif qui s'est fait trop rare en Altaïr depuis le drame. C'est que les éclats de rire se sont espacés, jusqu'à se réduire à quelque chose d'instinctif, un réflexe conventionnel, un masque que l'on présente aux autres pour qu'ils nous laissent tranquille. Mais avec Ezekiel – Zeke, c'est bien moins intimidant et bien plus amical – il commence à sentir qu'au fond, peu importe ce qu'il laisse paraître, peu importent ses failles et les plaies de son passé, peu importe le fait qu'il n'a pas encore su comment les panser. Ce qui compte, c'est qu'il se dresse avec cette espèce de fierté, qui est pour lui comme une cuirasse, qu'il n'ait pas peur de ce qu'il est – qu'il l'assume, qu'il s'assume. Il est certain que c'est un état d'esprit qu'il mettra du temps à appliquer – loin de lui l'idée qu'il accomplira sa métamorphose du jour au lendemain, mais il ose s'en penser capable, tout au fond de lui. Si tout le monde autour de lui paraît en avoir la capacité, pourquoi pas lui ? Peut-être qu'il est comme l'ami de Zeke, celui à qui la chanson permet de se transcender ? Peut-être qu'il lui faut simplement trouver l'activité qui lui fera faire voler ses limites en éclats ? En tous les cas, il sent que cette discussion avec le musicien, dans l'atmosphère si caractéristique du bar, lui ouvre tout un champ de possibilités nouvelles ; tout est, au fond, une question de contrôle. Par le biais des mots, il peut choisir de façonner la conversation selon ses désirs ; tout dépend son habileté à choisir tel ou tel mot, telle tournure, tel ton. Il pourrait mentir, il pourrait se créer – être le peintre et la toile à la fois. Il pourrait, oui ; il a entre les mains un pouvoir incroyablement sous-estimé – car le langage est pouvoir, parmi les plus puissants qui existent. Et cela n'a pas échappé à Altaïr, en bon étudiant de lettres qu'il est. Le fait est que, lorsque son anxiété ne vient pas l'importuner, il sait les manier, les mots, il sait les assembler, les associer pour ciseler ses phrases, pour leur donner l'allure qu'il a choisi pour elles. Il a toujours admiré les littérateurs d'un point de vue purement esthétique, se gorgeant béatement de leurs textes, de leurs descriptions, de leurs constructions stylistiques ; il prend maintenant conscience des enjeux politiques du discours, politique dans le sens où il concerne les divers rapports de force au sein d'une société, d'une polis, d'une cité. Quelle force cela lui confère ! Il sent, en lui, monter une ambition hypertrophiée ; celle d'y arriver, enfin, d'être celui qui se saisit de ses mots comme on empoigne un revolver – avec fermeté.
Il n'a pas cessé d'écouter Zeke, jamais – écouter ses paroles ; il est un brin volubile, le jeune homme, mais cela ne déplaît pas à Altaïr, loin de là. C'est comme s'il lui offrait des options supplémentaires qui démultiplieraient les choix de réponse possibles.

– Sérieusement ? Aaah, ça doit être frustrant ! Du coup tu prends quoi quand t'as pas le moral ?
On dirait presque qu'il parle de drogue ; il est vrai que le chocolat est souvent la solution lorsque l'affliction n'a pas encore pénétré trop profondément son âme et son cœur.
– Pour les concerts, j'crois que j'suis pas prêt, mais alors pas du tout. Déjà qu'à l'université quand je dois passer des oraux c'est la fin de ma vie alors là...
Il lâche un petit rire nerveux. La seule pensée de s'afficher ainsi en public le rend nauséeux.
– En plus, je chante mal et je sais jouer d'aucun instrument. Vraiment, on est sur un manque de talent plutôt évident, là. Et je dis pas ça pour qu'on me contredise, c'est juste... la vérité. Mais c'est super si ça fonctionne pour ton pote, ça fait toujours plaisir de savoir qu'on peut réussir à combattre l'anxiété, au moins pour un certain temps... J'ai hâte que ça m'arrive aussi, pour être tout à fait honnête.
Il faut le dire, le discours tenu par Zeke sur les troubles mentaux le pousse à se dévoiler à lui davantage encore ; il admet les difficultés qu'ils peuvent provoquer sans pour autant en faire d'affreuses malédictions incurables.
– Ah, mec, si seulement plus de personnes pensaient comme toi... J'ose pas en parler aux gens parce que soit ils me prennent pas au sérieux genre « olala mais t'exagères !! t'es juste timide, suffit de faire des efforts !! » soit ils me regardent comme si j'allais à l'échafaud... C'est pas très folichon tout ça. Un soupir de lassitude passe ses lèvres, puis il reprend. En tout cas, pour tes troubles de l'attention, je compatis, avec l'école ça a dû être un enfer... Surtout que les profs comprennent pas trop en général...
Un sourire s'esquisse sur les traits fins d'Altaïr lorsqu'il sent la main du jeune homme se poser sur son épaule – il a parfois des difficultés avec les contacts physiques, mais c'est différent avec Zeke, qui lui prouve depuis leur rencontre et le début de leur discussion qu'il se montre à lui avec sincérité. Difficile de se méfier avec un être si vrai, si chaleureux – il y a quelque chose de l'ordre de la contagion, contagion envisagée, bien sûr sous un angle mélioratif. Quelque chose de presque enfantin, d'espiègle – ce lustre dans les yeux ne peut qu'entraîner de l'affection... Il voit mal comment on pourrait détester quelqu'un comme Zeke.
Il se tend un peu lorsque Poudlard est évoqué – il lui faut s'efforcer de ne pas laisser ses pensées s'enfoncer dans le cloaque de souvenirs terribles que ses années là-bas représentent maintenant à ses yeux. Mais Zeke est là, Zeke ne lui laisse pas le temps de replonger ; son incompréhension et ses yeux écarquillés arrachent un autre sourire à Altaïr.

– Mon Dieu. J'me sens vraiment con, c'était assez évident. Bien que, pour ma défense, tout le monde ne se souvient pas de ses cours d'Astronomie à Poudlard... surtout quand on y fait autre chose, n'est-ce pas ?
Il hausse les épaules.
– Bon, j'admets que j'étais pas irréprochable non plus... En tout cas ouais, ça aurait été dommage, mais j'suis pas sûr qu'ils t'auraient foutu à Azkaban pour ça... quoique... s'ils voient ça comme une tentative de meurtre... à voir...
Et le voilà qui commence à divaguer à son tour. Vraiment, de sa part, cela relève de l'exploit. Apparemment, Zeke prend très au sérieux leur début d'échange sur les cocktails et leurs préférences respectives, et Altaïr se fait une joie de faire de même.
– Ouais, mais tu dis ça parce que tu l'as déjà vu commander, non ? C'est un peu de la triche...
C'est alors qu'il lui tend son propre verre, rempli de... d'un certain nombre de choses – c'est ce que constate Altaïr lorsqu'il entend Zeke énumérer les ingrédients contenu dans cette sorte de cocktail ultime. Il prend sans hésiter le verre qu'il lui tend avant d'en boire une gorgée, qu'il prend le temps de siroter pour en évaluer le goût.
– Bah honnêtement... c'est pas mal, je m'attendais à un truc bourré de sucre mais étrangement ça va... A moins que ce ne soit parce que j'adore le sucré, ça peut expliquer aussi.
Il fronce les sourcils lorsqu'il voit Zeke qui semble chercher quelque chose sur lui, et qui le trouve de manière tout à fait surprenante... dans sa chaussure.
– Ben dis donc, ça a l'air de t'emballer follement...
Attrapant la carte qu'il lui tend, il l'examine un instant.
– Mais j'comprends. Si c'est pas vraiment ce que tu veux faire, ça doit être chiant... Puis la pression de la famille, ça aide pas non plus... Mais si j'ai un souci du genre, je viendrai te voir, promis.
Il range avec soin la carte dans la poche intérieure de son blouson, en priant cependant pour n'être jamais victime d'un fantôme – il a beaucoup d'estime pour Zeke, mais s'ils pouvaient se voir dans des conditions tout à fait ordinaires, grand bien leur en ferait.


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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyLun 23 Sep - 8:35


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- Ezekiel G. Wolfe — Altaïr L. Sundström -


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Il y a le bruit et le silence. Le plein et le vide. L’ancien et le nouveau. Des paradoxes qui s’emmêlent et se démêlent dans une valse infinie, au son nébuleux de l’univers : une symphonie qui ne s’arrête jamais, sans qu’on n’ait réellement conscience qu’elle ait commencé. A côtoyer les fantômes tout au long de sa vie, Zeke a compris que les choses n’étaient jamais ce qu’elles semblaient être au premier abord, mais correspondaient toujours, quelque part, au canevas de cette grande peinture qu’est la réalité. On nait, on meurt, et entre ces deux états inéluctables, il y a ce lapse de temps où tout se met magiquement en place, non pas à cause d’un grand manitou dans le ciel qui dicterait les notions du bien ou du mal, bien que le jeune homme ne puisse blâmer les croyants qui se mettent à genoux devant un autel – chacun sa foi et ses choix de vie -, mais par une force intérieure qui meut tous les hommes. Le désir de laisser sa trace, de transcender sa propre existence pour devenir plus qu’un simple quidam. C’est un instinct naturel, et il convient de ne pas l’assimiler avec la recherche de pouvoir ou de célébrité. Chacun sa propre quête : pour l’un, ce sera de fonder une famille, pour l’autre, de collectionner toutes les bouteilles de bières jamais produites. Ces projets se valent, à part égale, puisqu’ils partent tous d’un même élan irrésistible. Ils font ce que sont les hommes. Des rêveurs. Des créateurs. Des visionnaires.

Le jeune londonien connait toutes ces notions, mais ce sont des savoirs inconscients, qu’il ne peut expliquer qu’en s’abandonnant dans ce qu’il est, vivant sa vérité avec autant de candeur qu’il est capable d’exprimer. C’est la raison pour laquelle, alors qu’il parle avec Altaïr, il ne se met aucune barrière. Les mots sortent de sa gorge dans un flot constant, épanchant sa nature comme un enfant colorierait la page d’un album ou un assoiffé avalerait de l’eau fraîche. Il est là, rigoureusement à sa place dans l’immensité de l’univers. Il existe.

« - Un seul mot : McDonald’s. Enfin, je suppose que c’en est deux, mais tu m’as compris. Un bon petit cheese’ des familles, et je pète la forme.  Il glisse ses doigts le long de ses tempes pour se perdre dans ses cheveux, grattant doucement son crâne. Bon, après, c’est pas que quand ça va pas. Je vois les équipiers du McDo’ plus souvent que ma propre colocataire, et j’exagère à peine. Je me dis, si ça me rend heureux, pourquoi je m’en priverai ? J’ai jamais compris les gens qui attendent leur anniversaire pour bouffer un gâteau, genre.

Il écoute le blondinet évoquer ses difficultés, et il ne lâche pas le grand sourire qui semble maintenant figé sur son visage. Le stigma qui entoure les maladies mentales est réel, il en a bien conscience. Mais il trouve ça aussi totalement stupide de les dramatiser, tellement qu’il faille prendre une dizaine de gants avant d’en parler. C’est en discutant que les idées préconçues se lèveront, c’est en dialoguant que les personnes en souffrance pourront se sentir soutenues.

- Ah je te contredis pas, je t’ai vu taper du pieds pendant le concert, t’étais tellement pas en rythme que c’en était navrant. Il omet de spécifier que lui non plus n’était pas dans le même tempo que ses collègues sur scène, en même temps, difficile de faire autrement sans batteur. Mais on lui pardonne, à Zeke, comme d’habitude, il est si charmant qu’il est impossible de réellement lui en vouloir, de toute façon. Chacun ses talents, j’ai envie de dire. Mais je suis sûr que tu dois être doué pour plein de trucs, même si tu t’en rends pas forcément compte. Et t’y arrivera, un jour ou l’autre. C’est dur, faut tenir, mais j’crois bien que chacun a un moment où son chemin se dévoile devant lui, tu vois ? Y’en a certains, ils savent qu’ils vont devenir des guitaristes de génie dès qu’ils sont petits, et je parle là, bien sûr, de ton serviteur, d’autres il leur faut plus de temps. Les aiguilles d’une horloge, elles vont pas à la même vitesse, mais elles sont toutes importantes pour… donner l’heure, non ?

Il reprend une petite gorgée de son cocktail après ce concentré de sagesse qu’il ne savait pas avoir en lui. Mais a-t-il réellement conscience de la portée de ses paroles, de toute façon ? Peu probable. Il avance les yeux bandés dans l’obscurité, il a juste la chance, parfois, de tomber sur l’interrupteur.

- Ouais, les gens sont cons, en général. Enfin, c’est même pas ça, c’est qu’ils prennent pas le temps de s’intéresser à la vie des autres, ils partent du principe qu’ils savent tout mieux que tout le monde, donc ils tirent des conclusions sur des trucs qu’ils connaissent pas. Genre moi, j’suis pas quelqu’un d’anxieux, j’vais pas te dire comment vivre ta vie ou te sortir des phrases toutes faites pour que t’aille magiquement mieux, je sais pas, ça me semble logique. Enfin, je dis pas que je suis infaillible, loin de là, ça m’arrive aussi de sortir des trucs très très stupides… Ouais, souvent, même.

Il rit de sa propre bêtise, conscient de ses propres limites, en jouant, même. Combien de fois s’est-il fait reprendre par Gersende, par Galaad, par Audric, par sa mère, simplement parce qu’il a parlé trop vite, sans réfléchir ? La différence, c’est qu’il est prêt à reconnaître ses défauts, Zeke, à les embrasser, même. C’est pourquoi, l’instant d’après, il reprend ses bêtises habituelles.

- Je suis outré,  dit-il en mettant sa main sur le cœur, un air dramatique sur le visage, et montant sa voix d’une octave comme si la situation l’avait tellement choqué qu’il en avait perdu son timbre naturel. Tu m’accuserais de tricherie, mec ? Douterais-tu de mon super-pouvoir ? Tu vas voir ce que tu vas voir !  Il mime un petit combat de boxe en donnant des faux coups de poings dans l’épaule d’Altaïr, sifflotant le thème de Rocky entre ses dents. Il ne s’arrête que lorsqu’il finit par le complimenter sur ses goûts en matière de cocktail. Ouais, le sucre, le gras, tout ça, c’est la vie. Je te comprends.

Ce n’est que lorsqu’il se met à évoquer son métier d’exorciste qu’il se calme un peu, son enthousiaste s’envolant rapidement, en particulier lorsqu’il parle de son patron de frère. Ce n’est pas qu’il n’aime pas son travail, Ezekiel. Il adore le contact avec les fantômes, et le fait d’aider les gens en leur rendant service, mais ce quotidien lui rappelle chaque jour que son rêve est encore bien loin devant lui. Et puis, il doit sans cesse subir les remontrances d’Audric, malgré le fait qu’il n’habite plus dans la même ville que lui…

- Ca pourrait être pire, franchement. Si le business familial, ça avait été une firme de comptabilité, je me serais tiré une balle, je crois. Et puis, maintenant qu’on a monté une agence à Atlantis, je peux me fixer mes propres horaires, au moins. »

Et quand on connait sa ponctualité, ce n’est pas du luxe…
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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyJeu 26 Sep - 14:34

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Autour d'eux, tout semble se calmer, revenir à une atmosphère moins chargée, moins sonore que l'agitation qui suit généralement un concert, quel qu'il soit. Et Altaïr goûte la sérénité de cette quiétude relative, celle qui les entoure, Zeke et lui, qui les laisse mener leur discussion comme bon leur semble. Il craint, à un moment, que les deux autres membres du groupe ne vienne se joindre à eux – non pas qu'il ait quoi que ce soit contre eux, mais fréquenter trois personnes à la fois ne ferait que faire naître en lui une angoisse supplémentaire. Heureusement, il n'en est rien, et le blond soupire en son for intérieur. Il fait déjà de son mieux pour ne pas montrer qu'il est, en réalité, tout sauf un habitué des situations sociales, il ne manquerait plus qu'il doive gérer une conversation à quatre. Quoique, Zeke avait mentionné « Gal », celui des deux dont il avait dit qu'il était timide. Peut-être pourraient-ils s'entendre relativement bien ? Il suppose que ce sera l'affaire d'un autre jour ; il est, présentement, bien trop occupé par sa discussion avec le musicien. Sirotant son verre de mojito, il l'observe s'agiter quelque peu tandis qu'il lui parle, sa main aller se plonger à plusieurs reprises dans ses cheveux sombres, cligner des yeux, et son regard errer un peu partout dans le bar. Et tout cela en étant bel et bien présent avec lui, dans le cadre de leur discussion – il n'est pas absent, pas du tout, mais son attitude laisse à Altaïr son espace, et il apprécie grandement cette qualité nouvelle qu'il découvre chez Zeke.
Et si les sujets – indéniablement variés – qu'ils abordent ensemble semblent prosaïques, voire même tout simplement triviaux, ce n'est pas ainsi que les perçoit le Suédois. Pour lui, il s'agit d'une rencontre réussie – ce n'est pas la première fois qu'il voit le brun, loin de là ; c'est toutefois la première fois qu'un contact est établi, et même si c'est principalement grâce à Zeke, il y a en lui ce point lumineux ; une once de fierté pour cet accomplissement qui lui est du reste si difficile. Et si l'autre lui a fait l'honneur de venir converser avec lui, il déploiera tous les efforts nécessaires pour que se poursuive ladite conversation ; il ne veut surtout pas qu'elle vivote, qu'elle dérive en un simple échange de trivialités sans enthousiasme ni réelle interaction.
– Ah. Oui. C'est effectivement un bon truc pour se remonter le moral, j'te comprends. J'adore ça aussi mais j'ose pas trop y aller seul, y a beaucoup trop de monde. Mais j'avoue que quand j'ai l'occasion d'y aller, ben mes frites, je les apprécie. Pour ce qui est des burgers, j'suis pas trop convaincu parce que je suis trop difficile, et y a toujours des oignons ou des merdes comme ça. Du coup je prends double-portion de frites en général.
Et le voilà qui entretient une conversation très sérieuse sur les fast-food. Mais, après tout, c'est Zeke qui a initié ce débat...
– Ben voilà, maintenant tu m'as donné l'envie d'y aller... Il en faut peu avec moi. Enfin bref t'as raison, pourquoi se priver...
Altaïr considère ce qu'il lui a dit juste après son discours dithyrambique sur McDonald's.
– Oh, tu vis en coloc ? Et ça se passe comment ? Je demande parce que perso je sais pas si je pourrais mais si un jour j'y suis obligé, j'aimerais bien savoir deux-trois trucs. Ça doit forcément dépendre des coloc, mais bon.
Heureusement pour le blond, ses parents ne manquent pas d'argent et cela même si les sommes qu'ils lui donnent exsudent la culpabilité – pour Soren, mais aussi et surtout pour tout ce qu'Altaïr est et représente.
Il ne peut étouffer un rire lorsque Zeke met en lumière son sens douteux du rythme. Il a beau être secrètement orgueilleux, il admet de bon cœur ce fait – surtout lorsque c'est un musicien qui le lui dit. Et puis, pour tout avouer, il est difficile d'en vouloir réellement au jeune homme ; il y a quelque chose dans son visage, dans la franchise presque touchante qui se lit sur ses traits, qui rend ardues la rancœur et l'aversion.

– Okay okay, ben au moins j'peux compter sur toi pour me dire la vérité ! Ce qui est bien, c'est pas une critique hein. Mais je te l'accorde, mon sens du rythme est désastreux.
Il offre au brun un nouveau sourire, comme pour lui confirmer qu'il n'est pas offensé – il lui donne ce dont il a parfois besoin, lorsqu'il doit décrypter les réactions des autres, en situation sociale ; une sorte de garantie – il peut être difficile, après tout, de lire sur le visage les émotions ; tout dépend de la personne dont il s'agit ; il est si facile, et il est bien placé pour le savoir, de se coller un masque à la face, de se faire comédien du quotidien. Mais cela n'a pas l'air d'être le genre de Zeke, qui suinte littéralement la sincérité.
– J'sais pas si j'ai vraiment un talent. Sauf si être un p'tit blond à l'air torturé et un cliché de l'étudiant de lettres est un talent. Là, je t'avoue que je suis difficilement égalable.
Altaïr a, en réalité, du mal à déterminer si, quand il parle de musique, l'autre manque réellement de modestie ou s'il s'agit en fait d'autodérision. Aussi ne relève-t-il pas lorsqu'il évoque son génie de la guitare. Ce qu'il relève, par contre, en bon « p'tit blond à l'air torturé cliché de l'étudiant de lettres », c'est la justesse de l'analogie de son interlocuteur – si elle semble commune au premier abord, elle fonctionne en réalité très bien.
– Ouais, et honnêtement ça fait du bien, merci ! Déjà que les spécialistes eux-mêmes racontent une quantité astronomique de conneries parfois, si n'importe qui de pas un minimum concerné s'y met, j'te dis pas la galère. Enfin si, du coup, j'te la dis. Mais bref. Ouais. Très chiant.
Vraiment, Altaïr l'apprécie de plus en plus – ses réactions sont totalement adaptées, toutes en sincérité sans être mordantes ou cyniques – ou dramatiques. Sa prétérition achevée, il l'observe boire son cocktail mortellement sucré avec un air avisé qui, finalement, lui sied particulièrement bien. Et il ne peut retenir un second petit rire lorsque Zeke prend cet air offusqué factice et se met à reproduire l'attitude d'un boxeur énergique sur son épaule. Il lui arrive – relativement souvent – d'être mal à l'aise lorsqu'on le touche sans le prévenir ou lui demander la permission, mais, étonnamment, ça n'est pas le cas, en cet instant. Il n'y a là rien de surprenant, ni d'imprévisible – qu'il agisse ainsi, qu'il finisse par initier un contact taquin, c'est simplement la suite, le prolongement logique de leur conversation ; c'est comme s'il s'y était inconsciemment préparé tout ce temps, et qu'alors que cela se produit pour de vrai, il réagit comme réagirait tout être dépourvu d'anxiété sociale – il se contente de sourire, un sourire véritablement tranquille et sincère.
– Bon, okay, triche c'était peut-être un mot un peu fort. Mais euh... peut-être que tu as un peu boosté ton pouvoir à l'aide de ta mémoire performante ? C'est mieux là ?
Mais Zeke a beau relativiser, le blond voit bien que cela lui pèse – il paraît évident qu'il ne satisfait pas en exerçant son activité professionnelle une quelconque vocation, qu'il s'y retrouve presque malgré lui.
– Oui c'est sûr qu'exorciste c'est déjà moins... rébarbatif. Après, chacun ses trucs. En tout cas j'espère que tu pourras vite faire ce que tu veux.
Et il est sincère – c'est que Zeke a l'air de se donner complètement, lorsqu'il joue sur scène – et peu importe, au fond, qu'il soit débutant que leur groupe soit encore peu connu ; l'essentiel est cette lumière au fond de ses yeux, et l'énergie qu'il met dans ce qu'il joue.


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Ezekiel G. WolfeEzekiel G. Wolfe
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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyMar 8 Oct - 14:38


There's only two types of people in this world : the ones

that entertain, and the ones that observe

- Ezekiel G. Wolfe — Altaïr L. Sundström -


"Looking for a buzz, but all I got was Santa Claus. I'm hanging on a dream that's too dumb to die. I feel like a cello, lost somewhere over the rainbow." Too dumb to die - Green Day
Son esprit virevolte dans tous les sens tandis qu’il discute avec Altaïr, tantôt à droite, tantôt à gauche, et il ne peut s’empêcher de jeter des coups d’œil partout dans le bar et de tapoter sa cuisse avec sa main, battant la mesure avec un orchestre imaginaire. L’évocation de fast-food l’apaise, comme si l’éventualité de déguster un repas à McDonald’s était digne du don d’or, d’encens et de myrrhe dans une étable de Jérusalem. Altaïr se met à évoquer frites, burgers, et autres mets de choix, et Zeke ne peut s’empêcher de saliver, ayant déjà hâte de faire un détour jusqu’à son fast-food préféré pour commander tous ses aliments favoris.

« - Ecoute mec, un mot de toi et on transplane, maintenant, là, tout de suite, à McDo’. Celui de Picadilly est ouvert pour encore une bonne demi-heure. C’est moi qui régale.

Il hoche de la tête, tout à fait sérieux dans sa proposition. Le Wolfe est impulsif, ça, c’est évident, mais ce trait de caractère devient encore plus évident lorsque la nourriture de sir Ronald McDonald est en jeu. Le gras peut être une addiction tout aussi forte que le tabac ou l’alcool, c’est indéniable : et la société ne juge pas celui qui ne grossit pas, peu importe le nombre de hamburgers ingurgités, alors que son mode de vie est tout sauf sain. Le monde a peut-être tort, mais il est fait ainsi.
La conversation prend un détour, heureusement, et voilà maintenant notre Ezekiel en train de sourire légèrement en évoquant sa cohabitation avec sa meilleure amie depuis des années, Gersende.

- Ouais, je vis avec une pote à moi, elle fait ses études à l’UPA, elle cherchait un endroit où crécher, moi, quelqu’un avec qui partager le loyer… Ca s’est fait assez naturellement, en fait. Bon, elle s’en mord un peu les doigts, maintenant. Je dois bien avouer que, de nous deux, c’est moi le coloc’ relou sur lequel on a peur de tomber quand on ne le connait pas à l’avance. Il sourit toujours autant, absolument pas désolé d’être un si piètre ami : enfin, probablement qu’il l’est, au fond de lui, mais renier ses côtés les plus embêtants serait également dénigrer ce qui le rend si attachant. Après, moi je trouve ça cool. J’ai jamais vécu vraiment tout seul… Je pourrais pas, je crois. Ca me déprimerait un peu.

Dans l’appartement de sa mère, il a toujours vécu entouré de fantômes, bien décidé à ne jamais le laisser tranquille, peu importe l’heure du jour ou de la nuit : c’est probablement la raison pour laquelle il ne supporte pas le silence qu’apporte la quiétude, l’immobilisme insidieux d’une maison vide. C’est un enfant de la ville et du bruit. C’est un gamin qui aurait peur de devenir fou à renâcler sans cesse ses propres pensées, sans personne à qui répondre à ses babillages incessants.

- Promis, je te ferais découvrir ton talent. Il est toujours plein de promesses, Ezekiel, qu’il lance parfois un peu trop à la va-vite. A-t-il déjà oublié qu’il vient littéralement de rencontrer Altaïr il y a quelques minutes à peine ? J’suis sûre que genre… On va te découvrir une passion pour le crochet ou le point de croix. Ça ira bien avec la littérature, tout ça, genre on pourra te foutre dans un roman de Jane Austen et tu feras couleur locale. Il se moque gentiment, avant de reprendre plus sérieusement. Non, mais gars, après t’es jeune, t’as toute la vie devant toi. Et puis, l’important, c’est d’être heureux, au final, même si on est pas forcément bon dans ce qu’on aime. Genre… c’est le but de l’homme ou un truc du genre, non ? Qui c’est le philosophe grec qui déclame ces conneries, mister Shakespeare ?

L’ironie dramatique du discours de l’exorciste ne manquera pas de faire tiquer n’importe qui ayant écouté sa musique, mais lui l’a déclamé sans aucune arrière-pensée. Il blablate sans se soucier du pourquoi et du comment, sirotant son verre calmement. Il est simple comme ça, Ezekiel. Pas de barrière, pas de mensonges, pas d’à-priori. Difficile de faire plus vrai dans sa candeur. Et la conversation se déroule, aussi limpide que le courant tranquille d’une rivière.

- Pas besoin de me remercier d’être un être humain décent, gars. Je me doute que c’est chiant, mais je suis sûr que t’es aussi plus fort que tu le crois et que ça va aller, j’me fais pas de soucis pour toi. Regarde, t’as bien osé goûter mon super cocktail ! Il rigole de sa propre bêtise, puis passe au prochain sujet sans sourciller. J’ai littéralement zéro mémoire, Al’. C’est désastreux. J’avais paumé ma guitare avant de venir à ce concert : je l’ai retrouvé dans mon jardin, juste à côté de ma boîte aux lettres, impossible de me rappeler ce qu’elle foutait là. Des fois, j’oublie de mettre un calbut’ le matin.

Il se lève, sans gêne, et plante sa main dans son pantalon étroit – quel miracle qu’il réussisse à passer une phalange dans ce slim – pour vérifier qu’il porte bien un sous-vêtement, qui se révèle bientôt dans l’élastique caractéristique d’un boxer de marque moldue. Il se rassied ensuite aux côtés d’Altaïr comme s’il venait de faire une action aussi banale que d’être allé chercher le pain ou d’avoir ouvert au facteur.

- Tu vois, pure chance que j’en porte un là, je t’assure. M’enfin. On s’en fout. J’vais pas tarder à devoir y aller, d’ailleurs, demain je bosse, mais tu peux passer à la boutique si tu veux discuter, ou j’sais pas quoi. Enfin, ma porte t’es ouverte, tu comprends ce que je veux dire quoi, pas de soucis. »

Il s’emmêle dans ses propres mots, ne voulant pas passer pour un dragueur de bas étage ou quoi que ce soit de ce genre. Non pas qu’Altaïr ne soit pas agréable à regarder, là n’est pas la question, mais leur échange purement amical lui a bien plu et il aimerait continuer dans cette dynamique. Les gens ont tendance à le juger trop bavard, trop excentrique, et il a peu de véritables amis, si on exclue bien sûr le trio infernal qu’il forme avec Galaad et Gersende. Il serait ravi de faire rentrer le jeune étudiant en lettres dans ce cercle restreint.
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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyMer 9 Oct - 8:14

lights down low

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Il y a un moment désormais que la conversation entre les deux jeunes hommes a débuté, et son flux coule toujours tranquillement dans l'atmosphère un peu tamisée du bar. Ils alternent entre sujets simples, du quotidien et questions plus générales, réflexions parfois ; et cette dynamique convient parfaitement à Altaïr – elle se situe entre l'intime et l'étranger ; il peut choisir de dévoiler ce qu'il veut, et garder pour lui ce dont il juge qu'il est encore trop tôt pour parler. C'est qu'il espère que cette conversation n'est que le commencement d'un rapport amical, lequel les conduirait bien évidemment à de nombreuses discussions comme celles-ci.
Lorsque le brun propose qu'ils se rendent ensemble à leur fast-food préféré, une sorte de joie inexplicable monte en Altaïr, teintée de soulagement – il n'a pas rêvé cette complicité naissante, elle est bel et bien là, qui circule entre eux deux, qui nourrit leur conversation – qui pousse Zeke à bien vouloir partager un repas avec lui, un jeune homme qu'il vient à peine de rencontrer. Cela lui arrive de temps à autre, au blond, de s'attacher rapidement, de s'alourdir le cœur d'une affection non-réciproque ou moins intense – et fort heureusement, cela n'a pas l'air d'être le cas ici. Et c'est le visage éclairé par un sourire sincère qu'il accepte la proposition qui lui est ainsi faite :
– Menu Maxi-Best-Of. C'est bon comme mot de moi ?
Il écoute attentivement le musicien évoquer sa colocation, et ne peut s'empêcher de remarquer le petit sourire qui vient illuminer ses traits – et, quelque part, il l'envie ; il a beau apprécier la vie en solitaire, il lui arrive de désirer une compagnie, quelqu'un avec qui partager son quotidien, à qui l'on raconte sa journée le soir – ou tout simplement quelqu'un qui s'assure que tout va bien. Une présence. Non pas que ses parents et Aldebaran lui manquent, bien loin de là ; la compagnie qu'il recherche ne s'applique pas à eux. Peut-être arrivera-t-il un jour à concilier son éternel besoin de solitude et sa recherche d'une certaine proximité... En attendant, il ne peut que se fier aux témoignages de celles et ceux qui ont vécu cette expérience, et, en l'occurrence, à Zeke.
– Ah oui ? Genre relou comment ? Parce que bon, si ça s'trouve, toi tu te trouves relou mais tu l'es pas tant en fait !
Lorsque le brun évoque sa difficulté à vivre seul, Altaïr acquiesce :
– C'est vrai que je te vois pas autrement qu'en coloc en fait, ou du moins pas tout seul... T'es assez solaire en fait. Mais être solaire, ça se fait pas sans les autres. Alors forcément, tout seul tu dépéris un peu.
Il ne peut retenir un petit rire devant la totale confiance du jeune homme en sa capacité à lui trouver un talent. C'est plutôt naïf de sa part, à vrai dire, mais il lui est impossible de le faire remarquer à Zeke avec le ton méprisant et fataliste qu'il emploierait normalement avec toute personne lui faisant ce genre de déclaration un brin trop grandiloquente. Pas avec ce sourire qui exsude la sincérité – il y a vraiment ce je-ne-sais-quoi de touchant chez ce jeune homme qui vous aborde et qui croit véritablement en vous. C'est typiquement le genre de personne dont Altaïr a besoin ; quelqu'un qui lui rappelle chaque jour qu'il vaut quelque chose, qu'il n'est pas ce qu'il perçoit de lui-même – à savoir un déchet ambulant et sans avenir. Après tout, peut-être le brun lui trouvera-t-il vraiment un talent... Le voilà qui devient naïf à son tour ; à croire que la franchise optimiste de Zeke est contagieuse.

– Ouais, c'est ce que j'essaie de me dire, mais parfois, juste... J'vois des gens qui sont excellents dans ce qu'ils font et j'aimerais en faire partie. Pouvoir me vanter d'un truc. C'est plutôt immature comme envie, je sais, mais elle est bien là.
Il est trop tôt encore, trop tôt pour révéler au jeune homme l'étendue de son mal-être, trop tôt pour le laisser voir le spectre cauchemardesque de sa profonde dépression – il a mentionné son anxiété, c'est déjà bien assez. Il ne dira pas non plus à Zeke qu'il n'est pas heureux, qu'il ne peut l'être ainsi entravé par les chaînes de sa maladie et de son passé. Il se contente de sourire et de se forcer à reprendre le fil de la conversation :
– Attends... Tu le fais exprès j'espère ? Shakespeare ? philosophe grec ? Sérieux. Tu déconnes, pas vrai ?
Fort heureusement, Altaïr peut se cacher derrière le masque de l'étudiant en lettres faussement outré – le fait est toutefois qu'il n'arrive véritablement pas à déterminer s'il est sérieux ou s'il pense réellement que Shakespeare est un philosophe grec. Mais au fond, cela importe bien peu – il taquine Zeke à ce sujet mais il n'est pas et ne sera jamais de ceux qu'une approximation laisse au bord de l'apoplexie ; ces élitistes-là, c'est eux qu'il gratifie de son mépris.
Un nouveau rire léger franchit ses lèvres lorsqu'il est question de la mémoire du jeune homme, laquelle semble lui être un vrai problème dans sa vie quotidienne, et tout particulièrement de son anecdote avec sa guitare. Le jeune musicien a ceci pour lui : il est réellement drôle. Peut-être est-ce sa façon de parler, son ton ? C'est difficile à déterminer ; le fait est qu'il fait beaucoup rire le blond. Et rire, pour lui, c'est survivre, c'est engager la lutte contre les ténèbres, contre la maladie. Rire, c'est salvateur – quelque part, Zeke lui donne un répit.
– Ah mais ça doit être tellement perturbant ! Perso j'ai une bonne mémoire donc ça me paraît super bizarre, genre... t'as pas l'impression d'avoir un trou ou quoi ?
Le sourcil haussé à la vision de Zeke vérifiant s'il porte oui ou non un sous-vêtement, Altaïr hoche la tête lorsqu'il évoque une potentielle autre conversation, qu'il serait ravi d'avoir avec lui.
– Bien sûr, je note ! Et toi si t'es de passage à l'université ou dans les parages... enfin du coup je pense que tu fréquentes pas trop la zone, mais sait-on jamais...
Tout a l'air bien parti pour qu'ils se revoient – Altaïr se félicite d'être entré dans ce bar ce soir, et d'y avoir fait connaissance avec le musicien ; il ne fait pas de pareilles rencontres tous les jours...


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MessageSujet: Re: there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke   there's only two types of people in the world: the ones that entertain, and the ones that observe – zeke EmptyJeu 17 Oct - 4:16


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"Looking for a buzz, but all I got was Santa Claus. I'm hanging on a dream that's too dumb to die. I feel like a cello, lost somewhere over the rainbow." Too dumb to die - Green Day
Il y a des amitiés qui se cultivent. Elles naissent dans des conditions favorables, dans une terre meuble et fertile, avec suffisamment de soleil et d’eau pour pouvoir pousser et germer timidement dans une serre entretenue avec amour. Il y a des amitiés qui se noient. Elles survivent sur une planche de bois, en plein milieu de l’océan, et parviennent à s’agripper de toutes leurs forces malgré le vent et les vagues déferlantes : c’est la soif qui finit par les tuer, alors que les hallucinations provoquées par l’ingestion d’eau de mer revêtent l’esprit du condamné de douces illusions. Et puis, il y a des amitiés qui éclatent dans des milliers de lumières chatoyantes. Ce sont des feux d’artifice, des spectacles magnifiques pour quiconque aurait la chance de pouvoir les observer. C’est rapide, explosif, glorieux, même. C’est ce que l’homme recherche inconsciemment, lorsqu’il rencontre une nouvelle âme et la découvre dans toute sa complexité.

Les mots s’échappent de la bouche d’Altaïr et Zeke sait, à ce moment précis, qu’ils sont de ces amis là. Ils se sont peut-être rencontrés il y a peu, ils n’ont peut-être échangés, en apparence tout du moins, que des paroles sans importance, la connexion est là, tangible, indéniable. Elle ne s’explique pas mais elle est existe, et cela suffit pour que son éclat réchauffe doucement le cœur de l’ancien Poufsouffle. Son extraversion lui a toujours rendu facile le contact humain, mais les vrais amis, ceux sur lesquels il peut réellement compter, ceux qui traverseraient la moitié du pays pour le retrouver s’il était perdu quelque part sans pouvoir s’en sortir, ceux qui l’aideraient à cacher un corps après avoir commis une erreur, ils sont bien plus rares et précieux. Peut-être qu’il se berce d’illusion, et qu’Altaïr est loin de partager le même sentiment, mais ce n’est pas grave. Tout ce qui compte, c’est son regard pétillant, ses paroles légères, le sentiment d’allégresse qui enserre tout son corps. C’est un moment qui devient une éternité.

« - Oh si, je t’assure que je suis vraiment, vraiment relou, et elle me le fait bien savoir. Mais j’ai des bons côtés aussi, donc je suppose que ça s’équilibre. Au pire, si un jour t’as plus de nouvelles de moi c’est juste qu’elle aura fini par me buter tellement je l’aurai soûlé.

C’est si facile, en fait. Instinctif. Il se confie sans se confier, délivrant des informations que beaucoup jugeraient intimes alors qu’il ne fait qu’étaler devant Altaïr sa vérité. Une valse en quatre temps. Inspiration, Sourire, Humour, Expiration. Et il continue ainsi sa mélodie éternelle en éclatant de rire.

- Moi, solaire ? Tu me fends le cœur, gars. Je croyais jouer dans la catégorie "grand brun ténébreux", moi, tu sais, le guitariste qui lance des regards mystérieux en regardant par la fenêtre les jours de pluie. Le pire, c’est que ce n’est pas totalement inconcevable : mais bien vite, la nature de Zeke, si chaleureuse, si désintéressée, se rappelle à lui. Tant pis. J’vais devoir me trouver un autre créneau pour draguer les filles.

Il essaie désespérément de se donner un genre, le Wolfe. Parce qu’il n’est pas de ceux qui veulent se taper les midinettes d’après concert, ces groupies qui pensent être choisies par la sacro-sainte rockstar en se mettant à genou dans sa loge. En même temps, ce n’est pas étonnant quand on sait qu’il est amoureux d’un fantôme depuis sa plus tendre enfance : il s’attache et tombe la tête la première dans le jeu de l’amour, celui qui déchire autant qu’il répare.

- C’est pas immature, je comprends en vrai. Mais t’inquiète pas, ouais. Tout vient à point à qui sait attendre. Une pause, une gorgée, puis il reprend de plus belle. Attend attend mec, je veux bien ne pas être le gars le plus intelligent du lot mais c’était toi que j’appelais Shakespeare, calmons-nous. Et promis, je sais que deux plus deux égal quatre et comment lacer mes chaussures.

Il ne prend pas ombrage de ce qu’a pu penser le blondinet à son sujet, cependant. L’erreur est humaine, et il n’est pas du genre à retenir ce genre de choses. Zeke est peut-être inconséquent, mais là n’est pas la question : il n’a simplement aucune once de rancune, ou de rancœur, en lui.

- Pas vraiment. Tu vois, ce sentiment quand tu te réveilles, et que tu sais que t’as rêvé de quelque chose, mais impossible de te rappeler quoi ? Tu te souviens juste des sentiments que t’as ressenti, mais d’aucun fait ? Ben c’est un peu pareil. C’est un peu badant. Il hoche la tête quelques secondes, avant de reprendre son dialogue. Oh, en fait je suis relativement souvent à l'UPA. Galaad et Gersende, mes meilleurs amis, y étudient, en ingénierie magique et en médicomagie.

Il se relève sans perdre plus de temps, claquant ses mains l’une contre l’autre avant de les frotter doucement. On peut sentir son excitation exulter de chacun des pores de sa peau, sa jambe s’agite et on peut le voir frétiller comme un chien qui attend qu’on lui lance une balle de tennis.

- Bon, j’ai promis un menu Maxi-Best Of, je compte bien tenir cette promesse, et au passage, me péter le ventre. Tu viens ? »

Et il lui tend la main, un sourire plaqué sur le visage. C’est une invitation. Un appel à l’aventure.
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