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 Ilithyie

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Evanore A. BlavatskyEvanore A. Blavatsky
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MessageSujet: Ilithyie   Ilithyie EmptyVen 19 Juil - 14:56

ILITHYIE
17.10.01 - ft. Grace Hamilton
Elle ne venait que par protocole, maintenant. Elle savait bien ce que lui dirait le médecin, de l’autre côté de la porte ; voilà près de deux décennies qu’il répétait le même discours. Elle avait dû changer de docteur au moins cinq fois, mais c’était toujours pareil. Sa condition était stable. Il n’y avait pas d’amélioration. Elle était probablement condamnée à ne pas enfanter. Qu’il en soit ainsi ; elle avait fait son deuil depuis longtemps. Pourtant, à chaque rendez-vous, à chaque suivi, le nouvel espoir la tuait. Elle retombait dans le processus d’acceptation, comme si elle avait quinze ans à nouveau. Quel intérêt de lui faire du mal ainsi ? Si elle se mettait à saigner abruptement un jour, elle leur signalerait. S’il y avait quelque changement, aussi minime qu’il puisse être, elle se ruerait à l’hôpital. S’il y avait une quelque chance que ses règles se déclanchent, que son horloge biologique fasse enfin tic tac, ils pouvaient être sûr qu’elle leur laisserait savoir.

Mais ils insistaient qu’un suivi était primordial. Que sa condition pouvait entraîner d’autres complications, et que c’était celles-là qu’ils devaient surveiller. Mais elle était épuisée de ces visites bisannuelles.  Les salles d’attente l’étouffaient. Les examens la blessaient. Les résultats la poignardaient. Elle savait toujours à quoi s’attendre, mais elle attendait autre chose.

Elle se tortilla sur la chaise de plastique et tourna la page de ce magazine à la con. Pourquoi les hôpitaux n’avaient rien de mieux pour se divertir que des pages de mode, de voitures et de quidditch ? Jamais elle n’avait vu un livre dans une salle d’attente. Tant qu’à tuer le temps, pourquoi ne pas l’investir à l’esprit ? Regarder des mannequins pendant des heures n’était pas ce qu’il y avait de plus divertissant, de toute façon. C’était stupide, même.

Devant elle, la porte d’une salle d’examen s’ouvrit en un grincement. Une jeune femme en sortit. Très bien ; elle était probablement la prochaine. Qu’on en finisse. Elle n’avait qu’une envie : rentrer chez elle et se donner un peu de répit. La porte se ferma derrière la demoiselle, tandis que le médecin prenait le prochain dossier dans le classeur. Lui aussi en avait marre. Ça devait être un métier terrible, tout de même ; délivrer des mauvaises nouvelles toute la journée. Mmh.

Evanore baissa les yeux vers le magazine, mais les releva presque aussitôt. La jeune fille n’avait pas bougé. Livide, elle fixait droit devant elle. De loin, elle ne semblait même plus respirer. Depuis sa chaise, la brune étira le cou, à la recherche d’un infirmière qui saurait intervenir. Mais le couloir était désert. Alors, elle déposa le Vogue et alla rejoindre la petite, doucement. « Eh, mademoiselle… Ça va ? Vous voulez vous asseoir ? De l’eau, peut-être ? On dirait que vous faites une chute de pression, vous êtes toute blanche... » Par précaution, elle attrapa doucement la taille de cette pauvre enfant, et lui tendit son second bras. Si elle avait à tomber, Evanore la rattraperait. Elle était là.

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MessageSujet: Re: Ilithyie   Ilithyie EmptyLun 22 Juil - 17:05


Ilithyie

- Grace Hamilton — Evanore A. Blavatsky  -


"Sometimes i think i understand we're only passing through this land. But it's not easy, it's not plain when my hearts filled with hungry pain." Take this body - Gill Landry
C’est un examen de routine. Un simple examen de routine. Elle a vu son docteur, il a fait une grimace, discrètement, sans qu’elle ne puisse la remarquer, l’a envoyé faire quelques examens sous des prétextes qu’elle n’a pas questionné. Pourquoi s’en faire, de toute façon ? Elle va bien. Parfaitement bien. Elle n’est jamais allé aussi bien de toute son existence, en fait, car elle est avec un homme qu’elle aime, qui l’aime, son frère est en bonne santé (enfin, autant qu’il le peut – sa sclérose ne s’est toujours pas envolée, malheureusement), son cabinet tourne bien, bref, une carte postale parfaite pour une vie pleinement épanouie. Elle est revenue avec les résultats, et c’est là qu’il lui a dit la vérité. Le regard de Grace est restée sur la plante verte posée sur son bureau, pendant toute la durée de la longue explication du praticien sur les raisons de sa stérilité. Elle a compté les feuilles, pour se distraire de l’effrayante vérité. 38. 38 petites larmes vertes qui l’empêchèrent de sombrer, là, dans ce bureau austère du centre médical. Un moyen de se raccrocher à la réalité qui s’effondrait pourtant autour d’elle. Elle est capable de décrire en grands détails la manière dont des bourgeons semblaient pousser à la naissance de l’une d’entre elle, le sens dans lequel les minuscules poils du succulent poussaient, les teintes nuancées de vert de chaque centimètre du végétal. Mais elle ne peut répéter les mots exacts du médecin. Ils ne sont pas vraiment importants, de toute façon. Ce qui compte, c’est le sens de son discours. L’explicite qui veut se cacher derrière l’implicite.

C’est une histoire toute bête, au final. De celles qu’on lit dans les journaux et dont on s’indigne sans jamais rien pouvoir faire. Une compagnie pharmaceutique met sur le marché un médicament nommé Distilbène dans le seul but de s’enrichir, prétextant des pouvoirs miracles à un concentré chimique aux effets plus ou moins inconnus, et bien sûr que les badaud l’achètent. Ils ont tellement peur de la mort. De celle de leur progéniture, plus encore que de la leur. On leur garantie une naissance sans crainte de fausse couche, ils ouvrent la bouche, tirent la langue, et reçoivent la sacro-sainte drogue. Et puis leurs enfants naissent, c’est vrai, en bonne santé, en tout cas, en apparence. Car les compagnies pharmaceutiques sont des marchands de rêves qui ont tendance à se changer en cauchemar, et voilà les résultats. Cancer. Malformations. Troubles mentaux. Grace n’a pas tiré la pire des cartes, au final, elle a eu le valet, celui qui est dans l’ombre des têtes couronnées. Infertilité. Incapable de porter un enfant au creux de sa matrice, elle ne peut que frôler l’espoir de fonder une famille, sans jamais l’atteindre tout à fait. Et c’est la faute de sa mère – pas vraiment, mais il lui faut trouver un coupable, et Catherine Hamilton est le parfait réceptacle de sa colère.

Il n’y a pas d’explosion de rage, en tout cas, pas encore. Pour l’instant, elle est stoïque. Les deux pieds ancrés dans le sol, elle attend que le docteur finisse son discours. Sa bouche s’entrouvre, elle expire, elle inspire, attend que le moment passe. Quelle importance que le temps, de toute façon. Elle n’a plus besoin de s’en faire, l’heure indiquée par son horloge biologique est passée depuis bien longtemps, de toute façon. Dès l’instant où elle a poussé son premier cri, en fait.

Et puis c’est la fin du rendez-vous. Le médecin la regarde, désolé. Il ne sait pas quoi faire, ne sait pas que dire : être désolé n’aurait pas de sens. Il n’est pas celui à blâmer, dans l’histoire, personne ne l’est vraiment. Grace sort du bureau. Les bras ballants. Le regard vide. Elle semble avoir perdue ce qui ne lui a jamais appartenu, et cette sensation est si étrange qu’elle enserre l’ensemble de son corps dans une valse entêtante.

Elle entend l'échos des pas, voit à peine l’inconnue se rapprocher d’elle. Sa voix parvient à ses oreilles, mais elle ne comprend pas le sens de ses mots. Le regard de la française tombe sur ses mains. Ses doigts tremblent de manière incontrôlés.

« - Je… Sa bouche est sèche, c’est un croassement qui passe la barrière de ses lèvres. Elle ne reconnaît pas sa voix. Je ne sais pas… Qu’est-ce que… »

Grace divague. Où se trouve la réalité du cauchemar ? Elle ne sait plus où elle se trouve, plus qui elle est vraiment. La présence de la femme à ses côtés est réconfortante, cependant. C’est son ancre, dans cet univers bien trop sombre pour son esprit à la dérive. Elle ferme les yeux. Inspire, expire. Et enfin, les larmes se mettent à couler.
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