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 La promesse d'une nouvelle vie - Theodora

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Theodora Rose KnightTheodora Rose Knight
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyDim 5 Mai - 3:58

La lassitude de Irvin Fowler est palpable mais qui ne serait pas à bout à sa place ? Comme à chaque fois que le bienêtre de ses patients est mis à mal, le professeur Knight se demande ce qu’elle aurait pu mettre en place pour qu’il en soit autrement. Alors elle passe tout en revue dans sa tête insatisfaite. La chambre anéchoïque ? Elle ne ^peut envisager les conséquences que le bruit aurait eu sur la cicatrisation des tissus auditifs mis à mal par l’opération comme un champ que l’on laboure avant de le réensemencer. S’en passer aurait été courir à l’échec. De même l’isolement des proches répondait au même souci et avec leur satanée magie, tout le clan du jeune homme s’en était très bien sorti, à part bien sûr les deux mères du convalescent, mais La rouquine avait fini par en prendre son parti. Lorsque les critiques et la méfiance est systématique, elles ne portent plus sur la personne à qui elles s'adressent. En outre les infirmières du service sont réputées pour leur professionnalisme et leur empathie. Évidemment le malheureux prisonnier pouvait être tombé sur une semaine durant laquelle l’une d’elles pouvait avoir à affronter des soucis en dehors de l’hôpital… Ce qui fait la grandeur des gens, surtout lorsqu’ils sont performants, c’est qu’ils ne sont pas des machines que rien ne vient gripper… Le monitoring avait été réduit à sa plus simple expression dès que les effets de l’anesthésie générale se furent résorbés. Évidemment, il y a tout simplement l’environnement hospitalier qui n’est pas la chambre de son domicile, mais elle ne voit pas comment faire autrement et serait prête à mettre au défi les magico-mage de faire mieux de ce côté. D'ailleurs, elle n’a pas souvenir qu’ils aient proposé quoi que ce soit dans l’élaboration de l’ensemble du protocole.

Pendant ce temps, le docteur Page a retrouvé une mine sérieuse et on devine facilement qu’il est entré dans ce qu’on pourrait appeler une phase de concentration intense. Rien d’étonnant à cela puisque c’est surtout lui qui va officier derrière l'appareil sophistiqué qu’il a poussé jusqu’à un petit mètre du patient. Sur le plateau en dessous du boîtier renfermant l’électronique les instruments nécessaires sont encore sous leur blister. Theodoara Knight positionne le pied du micro judicieusement afin qu’ils puissent tous deux communiquer avec leur patient, puis, ils enfilent les gants de latex et la femme déballe un appui tête asymétrique qu’elle fixe sur le sommet du fauteuil de la chambre. Le mobilier hospitalier ne contribue pas par son design à mettre les patients à leur aise, mais permettent des adaptations de ce style. Au fur et à mesure la généticienne tâche d’anticiper chaque opération afin de limiter le stress des procédure effectuées par surprise et sans l’accord conscient du premier concerné.

“Je vais poser cet élément et le régler à votre taille. Il vous permettra de vous appuyer le côté gauche pendant tout l’examen. Voilà… Vous voulez bien vous asseoir s’il vous plait ?”

Par chance comme depuis le premier jour Irvin Fowler est docile et attentif. De temps à autre, il jette un regard à la femme qui maintenant le surplombe. Cette dernière tente du mieux qu’elle peu de croiser son regard et de lui adresser un visage rassurant et de compléter ses explications sans qu’il soit contraint de formuler les questions.

“Appuyé, vous serez moins fatigué et plus stable pendant l’endoscopie… Pour la suite si jamais quelque chose ne va pas, il vous suffira de lever la main...”

De son côté, le professeur Page s’est lancé dans la procédure de calibrage de l’appareil mais ne semble pas perdre une miette de ce qui se passe entre sa collègue et le patient. Il semble ne pas pouvoir s’empêcher à lancer de douteuses plaisanteries.

“Avouez que ce serait dommage de gâcher le joli travail du Professeur Pearce…”

De petits bruit d’interrupteurs et de boutons enfoncés ainsi qu’un léger bourdonnement parviennent à l’oreille de la chercheuse, mais ne doivent même pas être entendus par le patient qui n’a jamais aussi bien mérité cette dénomination. Les deux praticiens échangent un regard silencieux et la femme tend la main vers la seringue qu’elle déballe de quelques gestes sûrs.

“Je vais procéder à l’anesthésie de votre côté droit. On pourrait faire sans, mais ce serait assez désagréable…”

L’aiguille effilée pénètre le bouchon de la fiole et aspire la quantité de liquide transparent nécessaire.

“Je vais vous demander de bien vous appuyer en cherchant la position la plus confortable possible car après tout mouvement sera proscrit…”

Patiemment elle réserve son geste en attendant qu’il se positionne le mieux possible et demande la permission de poursuivre.

“Vous êtes bien installés ? Bien… Je vais piquer autour de votre oreille. L’aiguille est très affutée mais le produit chauffe un peu. Comme c’est une zone avec beaucoup d’os et de cartilage, cela peut être un peu douloureux. A chaque fois je vais compter jusque trois avant de piquer. Sauf si cela vous procure plus désagrément… J’ai peut-être aussi les mains un peu froides. Mille excuses pour ça.”

Ce n’était pas du tout une plaisanterie pour imiter son collègue. Le froid sur les tempes la nuque ou les oreilles pouvait provoquer des soubresauts indésirables. Les cheveux autour de l’oreille avaient été rasés avant le l’opération et ne pouvait la gêner dans sa manœuvre. Attentive aux réactions de Irvin Fowler, elle se mit en demeure de nettoyer les zones de piqûres avec une gaze imbibée, puis commence à compter d’une voix douce et posée, comme annoncé. Sur les maxillaires, elle devine les muscles se contracter en anticipant la piqûre.

“Un… Deux… Trois…”

L’aiguille trouve facilement le chemin prévu et le patient n’a pas bronché. En quelque secondes la seringues distille son anesthésique à la grande satisfaction de la praticienne.

“Vous avez été très bien… Vous allez avoir une sensation de lourdeur de ce côté, c’est normal… Je vais maintenant laisser la place au professeur Page qui va prendre la suite.”

Les yeux dans ceux du jeune homme, elle lui adresse un sourire rassurant. Il est bien loin le sorcier qui se cache derrière le patient et son bien-être et la réussite de chacun des actes est sa priorité. Elle peut parfois regretter à l’occasion certains choix, mais aujourd’hui, elle ne se pose pas cette question et doit sans doute espérer aussi fort que le patient que l’ensemble de ce qui a été engagé soit un succès afin de récompenser, le travail de toute l’équipe mais aussi la patience de Irvin Fowler et son espoir en une vie meilleure avec la possibilité d’avoir une communication orale meilleure.

Elle finit tout de même par s’écarter et passer derrière le dos du spécialiste ORL du visage duquel, toute envie de plaisanter semble avoir disparu. Entre ses doigts de latex, il tient une sorte de tube de silicone d’un diamètre incroyablement réduit et qui pourtant va porter le regard du médecin et se faufiler dans les méandres de l’organisme du jeune homme. A son extrémité une point lumineux révèle une minuscule source lumineuse qui va permettre d’éclairer le passage et d’avoir une vue nette. Doucement il le porte devant les yeux du sorcier.

“C’est ce qui va nous permettre de vérifier l’état de cicatrisation interne et le succès du travail de notre généticienne préférée. Normalement vous ne sentirez pas plus que des sortes de frottement ou vibration. La progression sera lente afin de ne pas vous blesser alors ne vous inquiétez pas si le temps vous paraît long. Je sais que je parle tout seul en pleine action. Là non plus, pas d’inquiétude à avoir, un vrai compte rendu vous sera fait une fois cette… exploration terminée.”

La rouquine ne se serait sans doute pas exprimée ainsi mais elle apprécie le souci d’explication de son collègue qui marque une pause pour laisser le temps aux informations d’être digérées par le principal intéressé.

“Si vous n’avez pas d’objection nous allons commencer.”

Doucement il se penche sur l’oreille à explorer et y introduit l’endoscope de quelques centimètres seulement avant de se porter résolument devant l’écran de contrôle, une main sur le joystick de guidage et une sur la longueur de l’endoscope capable de voyager loin dans l’organisme humain mais qui aujourd’hui sera surtout sollicité pour sa souplesse. L’image est étonnamment nette sur l’écran comme au sein d’une grotte pour un œil non exercé. La progression commence alors millimètre après millimètre. Les doigts experts sur les boutons obligent le serpent à se tortiller pour emprunter les différents conduits.

“Humm. bien…”

Comme annoncé, le praticien n’est pas avare de réaction, mais toujours sur ton calme. Son regard froncé exprime toute la concentration qui est la sienne. De son côté, la chercheuse laisse son regard passer de l’écran au patient guettant ses réactions, puis du patient à l’écran. Finalement après dix minutes et quarante-cinq secondes, c’est du moins ce qu’indique l’affichage digital de l’appareil qui s’est déclenché dès son introduction dans le conduit auditif, une première parole de vraie satisfaction s’échappe du professeur Page.

“Nous y voilà, professeur… Une magnifique cochlée… et… Voilà nous y sommes...”

Les doigts trouvent sans hésiter le bouton au sommet de la manette et fige une prise de vue.

“Cela me semble très joli… Le professeur Pearce a fait un excellent travail… On va passer en mode microscope pour tenter de définir les nouvelles cellules…”

Le joystick manœuvre en douceur sans doute pour se mettre en meilleure position et un doigt vient commander un changement de résolution, un zoom.

“Alors ? Professeur ? Qu’en dites-vous ? ...”

Le professeur Knight regarde incrédule l’écran, dévisagée par son collègue un sourire amusé aux lèvres.

“Vous ne vous attendiez pas à ça hein ? Pour être honnête, moi non plus.”

Devant le mutisme stupéfait de la rouquine, le manipulateur finit par se taire avant d’annoncer à la cantonade.

“Quelques clichés et ce sera terminé”

En quelques secondes une série d’image est stockée sur le disque dur de l’appareil avant que de faire marche arrière dans les couloirs qui ont donné accès à l’objet de toutes les espérances. Il faut presque autant de temps dans ce sens que pour atteindre les profondeurs de l’oreille opérée.

Les émotions se bousculent dans le cœur de la rouquine mais elle ne perd pas de vue qu’il ne s’agit pas de son oreille et que Irvin Fowler a assisté à une conversation sibylline dont il est le principal objet et que l’urgence est de lui faire part des résultats. Comme par modeste, le professeur Page se retire et se concentre sur l’endoscope qu’il a retiré plus loin dans la pièce laissant le soin à sa collègue de faire son rapport au patient. Celle-ci s’accroupit devant lui et lui envoie un sourire émerveillé. Elle reste ainsi quelques secondes ne trouvant pas les mots, trahie par une déglutition difficile.

“Vous avez réussi… C’est même inespéré. Bravo ! Votre fille…”

Elle sent ses yeux se mettre à briller plus que de raison et que si elle s’aventure sur ce terrain elle ne pourra pas contrôler ses émotions et se recentre sur un compte rendu plus professionnel.

“Les cellules auditives se sont réformées plus nombreuse que je n’espérais. Vous n’aurez pas une audition de jeune homme, mais les tests auditifs de demain vont sans doute vous étonner. Les clichés vont partir à l’impression et je vous expliquerai mieux avec eux...”

Dans son for intérieur elle se dit même qu’il se pourrait qu’il n’ait pas besoin de prothèse dans l’immédiat mais tant que l’audiogramme n’aura p été réalisé, elle préfère s’abstenir pour ne pas donner de faux espoirs à son patient. Déjà son esprit est tendu vers la suite, la fin de la convalescence les dernières précautions, le calibrage d’une éventuelle prothèse externe. Elle sait qu’une des premières questions de Irvin Fowler portera sur le moment où il pourra serrer ses proches dans ses bras et elle esquisse déjà une réponse dans sa tête. Elle pense à la mère méfiante et triomphe intérieurement. Finalement, personne ne pourra dire que cela n’en valait pas la peine.

“Bonne nouvelle, nous n’allons pas remettre le pansement et avec un peu de chance à mesure que l’anesthésie se dissipera vous commencerez à entendre. Attention cela risque d’être violent au début”

Elle pointa du doigt le casque antibruit dont toutes les chambres de ce type sont dotées, à cheval sur la tête du lit.

“N’hésitez pas à le mettre le temps de vous habituer.”

Elle lui adresse un nouveau sourire un peu mouillé avant de se relever.

“Je suppose que vous avez des questions ?... Votre famille doit être arrivée maintenant et trépigner d’impatience… J’ouvre le rideau ?”

Mais qu’était donc cette logorrhée dont elle se sentait prisonnière ? Une manière de maîtriser ses émotions ? Ce n’est pourtant pas elle qui devait avoir le plus besoin de parler ! Elle se tut donc un peu brusquement attendant les réactions du jeune sorcier. Elle regarde sa montre, cela ne fait même pas une heure qu’elle a pénétré dans la chambre anéchoïque et il lui semble soudain qu’il s’est écoulé une éternité, comme une parenthèse dans le temps qui va bientôt se refermer sur eux, les trois acteurs de cette pièce pleine de tension.
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyDim 5 Mai - 12:20

Toutes ces machines moldues ne me mettent définitivement pas à l’aise, j’ai beau être un futur ingénieur et bricoler des objets de ce genre toute la journée, je n’aime pas être leur cobaye. Heureusement le docteur Page a repris une expression plus sérieuse. J’apprécierai mieux son humour une fois que tout sera terminé. J’observe la mise en place, le coeur battant de plus en plus vite à mesure que je réalise que tout va se jouer là, dans ces quelques minutes ; l’espoir d’un avenir meilleur ou la rechute. Je pourrais devenir croyant si ça m’assurait un peu plus de chances. Je vais m’asseoir sur la chaise à laquelle se trouve fixé un étrange appui tête en essayant de me calmer, il ne manquerait plus que je fasse de l’hyperventilation. Mes yeux sautent parfois vers le visage des médecins, je n’aime pas leur montrer mon inquiétude mais tout mon corps est en alerte, comme en suspens face à un danger imminent mais imprédictible. Mais le regard bienveillant de la généticienne ne me quitte pas et m’inspire plus de calme. Est-ce qu’elle sait à quel point tous ces examens sont inconfortables pour moi ? Au moins elle ne m’en veut pas de peu parler.

Je hoche la tête à chacune de ses recommandations. Ma tête libérée de son bandage me paraît étonnamment légère. Je serre les dents en voyant la seringue s’approcher de ma tête – par Merlin, je déteste ces trucs. Mon corps se raidit quand elle me demande de bien m’installer, comme si ses mots me faisaient prendre conscience de toutes les tensions et inconforts dont je n’avais pas conscience avant, ceux du fauteuil si dur soudain, de mon dos trop raide, de ma nuque qui va fatiguer, de mes bras dont je ne sais pas quoi faire. Mais je m’applique du mieux que je peux, retenant son dernier avertissement. Quand j’ai fini de bouger, le bruit de mon coeur se rappelle à moi et je me concentre sur lui, trouvant en ce battement régulier un point stable sur lequel fixer mon attention pour ne plus bouger. Les piqûres ne sont pas très douloureuses, je ne suis plus un enfant, mais la sensation de l’aiguille perçant ma peau me brûle et je me raidis un peu plus.

Ma tête devient lourde et je reprends ma position dans le fauteuil. Le docteur Page apparaît devant mes yeux pour les explications finales, je hoche la tête à nouveau, pressé d’en finir. Et comme promis, le temps me semble terriblement long. Toujours concentré sur les battements de mon coeur, je reste immobile, seulement distrait parfois par l’endoscope, que je sais dans ma tête sans vraiment le sentir. L’effet est extrêmement étrange, perturbant, je le sens à plusieurs reprises toucher quelque chose dans mon crâne sans pouvoir dire quoi, ni où. Rien de plus que des vagues sensations, comme un fil qu’on aurait tiré au travers de ma tête. J’ai fermé les yeux, ce qui a le mérite de ne pas me déconcentrer, mais qui rend plus perceptible le moindre mouvement de l’endoscope. J’ai l’impression d’être l’un de ces personnages de films d’horreurs qui se font coloniser et manger de l’intérieur par des bestioles ou des minuscules aliens.

J’ai baissé le volume de mon implant pour ne pas risquer de sursauter en entendant les médecins parler à nouveau, alors j’entends, venues de très loin, leurs voix qui commentent la vidéo, sans comprendre grand-chose. Avec ce fichu implant, je ne peux même pas savoir si leurs voix sont enjouées, ou déçues, et je sens mon coeur tambouriner à nouveau. Après un temps interminable, je sens l’endoscope quitter ma tête, et les médecins me font signe que l’examen est fini. Je voudrais me tourner vers eux mais un vertige brutal me fait vaciller sur le siège, foutue oreille ; je m’agrippe à l’assise pour ne pas tomber. Le professeur Page a reculé avec la table d’examen, seul la généticienne me fait face maintenant, et son visage est si radieux que je vacille encore plus. Elle ne dit rien. Elle me regarde. Qu’elle parle bon sang, mon coeur est prêt à éclater.

Réussi. Réussi. Ses mots atteignent mon cerveau comme s’ils traversaient un brouillard sur un pont de cordes, prudemment, un à un. Est-ce vrai ? Vraiment vrai, je n’arrive pas à y croire. J’enfouis mon visage dans mes mains et respire à fond, je sens mon cœur crépiter puis exploser dans ma poitrine. La médecin me parle des photos, des tests à venir, j’acquiesce mais je ne retiens qu’une chose : cela a fonctionné, l’opération a fonctionné, je vais même pouvoir entendre aujourd'hui. Entendre ! Même s’il ne s’agit que d’une oreille, même si ce ne sera jamais comme avant, je vais pouvoir entendre à nouveau, un peu et même plus qu’un peu si j’en crois la généticienne. Je la vois émue, elle aussi, et je ne lui suis que plus reconnaissant. Deux ans, deux ans que je n’ai pas entendu une vraie voix, un vrai bruit, et elle m’a rendu cela. Je lutte contre mon vertige et serre une de ses mains entre les miennes.

- Merci, vraiment, je ne pourrai jamais vous remercier assez. Merci.

Mes yeux ne quittent pas son visage alors qu’elle se lève, je sens un immense sourire barrer le mien.

- Il y a vraiment beaucoup de nouvelles cellules ? Vous pensez que je vais récupérer combien de décibels ?

Tout cela me paraît encore si irréel, si inespéré que j’ai presque peur de ce que je vais entendre à nouveau. Et en même temps, j’ai si hâte de retrouver tous les sons, de tout écouter, qu’attendre encore deux semaines me semble interminable. Bien au-dessus de ma volonté. Mais maintenant que j’ai le droit de croire, que mes espoirs bien refoulés vont pouvoir être exaucés, je me sens capable de supporter l’hôpital et le silence.

- Je peux rester sans casque un moment, pour m’habituer ? Pendant que vous allez chercher les photos ? Je ne ferai pas trop de bruit.

Juste un peu de sons, avant-goût de ma future vie.

- Vous pouvez ouvrir le rideau, merci.

Je souris encore plus largement en voyant mom, serrant contre sa poitrine ma petite Rosie, et Matthew debout derrière la vitre. Je lève un pouce dans leur direction et leurs visage radieux illuminent le couloir.

- Vous pouvez m’aider à me rasseoir sur le lit ? J’ai le vertige, j’ai l’impression que je vais tomber du siège.

Les quelques pas qui nous séparent du lit me paraissent insurmontables tant la nausée et le vertige me font chavirer, mais je me sens déjà mieux une fois assis sur l’îlot loin du sol que constitue mon lit.

- Grâce à vous, je vais enfin savoir si Matthew chante juste. S’il m’a menti, vous serez peut-être responsable d’une grave crise conjugale… il fallait bien qu’il y ait un point négatif dans cet affaire.

Je souris bêtement, trop heureux pour me soucier de la distance entre un médecin et son patient.


La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 74833510
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyMer 8 Mai - 6:01

Ces derniers jours, je ne dors plus très bien… Il faut dire que savoir Irvin cloîtré dans cette chambre d’hôpital, coupé du monde, m’attriste et m’inquiète surtout. L’espoir qu’il a mis dans cette opération m’a contaminé et même si je tente de rester pragmatique quant à l’issue pas forcément satisfaisante qui l’attend, je ne peux m’empêcher d’y croire. Bien entendu, entendant ou non, j’aime Irvin. Rien ne changera cela, j’espère seulement que le résultat sera favorable et qu’il pourra enfin entendre les petits gazouillis de Rosie et toutes ces voix qu’il n’a pas entendu depuis des années et celles qu’il n’a jamais entendu. Y compris la mienne.

Ce matin est spécial, nous allons au centre médical d’Atlantis afin de savoir si Irvin va réellement à nouveau entendre, si l’opération a le résultat escompté… Nous c’est Isabel, Rosie et moi. La deuxième maman d’Irvin ne pourra pas venir ce matin à son grand regret du fait de son travail. La famille de mon copain a été on ne peut plus chaleureuse lors de notre rencontre : tous étaient curieux de rencontrer celui qui avait ravi le cœur du jeune homme, d’autant plus que Matilda avait déjà plus ou moins préparé le terrain auprès de leurs mères… Notre rencontre a eu lieu lors de l’anniversaire des six mois de Rosie et j’avais alors eu droit aux proches d’Irvin au grand complet, tous plus sympathiques les uns que les autres. Et s’il avait parfois craint qu’ils soient trop insistants ou trop intrusifs, pour ma part, j’avais été ému de me voir accepté comme cela, c’est quelque chose que je n’aurais jamais espéré voir m’arriver un jour. Et il est certain que l’expérience d’Irvin avec ma famille ne sera pas si positive malheureusement…

Je retrouve donc Isabel et Rosie devant la porte du centre médical, nous nous saluons chaleureusement, Rosie m’adresse un petit signe de la main qui veut sûrement dire bonjour en langage bébé. Nous nous dirigeons vers le service où est hospitalisé le jeune sorcier et attendons en trépignant d’impatience derrière la vitre et le rideau qui nous cache la chambre d’Irvin. Les personnels qui passent nous saluent et une infirmière nous signale qu’il est avec les médecins et que cela sera probablement bientôt terminé. Nous échangeons un sourire et d’un coup, le rideau s’ouvre, nous montrant un Irvin qui semble heureux même si son visage reflète un certain malaise. Je ne sais quelle conclusion en tirer… Puis Irvin lève un pouce dans notre direction et je sens une joie immense m’envahir : cela signifie que je vais bientôt pouvoir le serrer dans mes bras et lui dire enfin que je l’aime, qu’il l’entendra de ma propre voix.



   
   
Ce n'est pas grave si tu ne te réveilles pas tout seul
Si à côté de toi c'est un gars et que t'as la larme à l’œil
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyJeu 9 Mai - 11:56

On a beau tenter de se mettre à la place du patient, il semblerait que ce soit un jeu auquel on perd à chaque fois. On a beau essayer d’anticiper ce qu’il va ressentir et le préparer au mieux, l’imperfection semble de mise et c’est à décourager les meilleures volontés. La rouquine ne peut pourtant pas se réfugier derrière le fait que lorsqu’on est soignant on ne peut se mettre véritablement dans la peau du soigné. Elle a eu l’expérience de l‘hôpital, l'expérience de cette dépendance à l’égard du corps médical. Pourtant à chaque nouveau patient elle est obligée de constater son impuissance à le rassurer complètement à lui permettre de se détendre. Alors elle prend des notes, envisage les petits détails supplémentaires qui lui offrira la sérénité. Et ce n’est jamais suffisant. Avec l’arrivée des sorciers dans son monde, il semblerait que ce soit encore pire. C’est comme… Non, ce n’est pas comme, C’EST un véritable choc des cultures dans lequel l’une impose à l’autre sa façon d’envisager les soins, parce que la seconde n’a jamais voulu envisager la science et a technologie comme des solutions, cachée derrière l’arrogance de la magie et des soi-disant pouvoirs qui devraient pouvoir tout régler.

C’est ainsi qu’elle se trouve déchirée. Entre sa haine de la magie qui fait monter en elle la colère de la bête blessée et lui enjoint de renvoyer à leur misère les sorciers que leurs pratiques abominables ne peuvent soigner, et sa conscience de médecin qui lui fait oublier que le patient en face d’elle fait partie de cette aberration criminelle et lui ordonne de tout faire pour le soigner et le faire dans les meilleures conditions qui soient. C’est ce déchirement qui devrait l’épuiser mais qui la laisse comme un roc au milieu d’une tempête, déterminée dans sa guerre, et aussi déterminée dans son art. L’art ! Quel terme inapproprié ! Il irait parfaitement dans la bouche d’un sorcier agitant prétentieusement sa baguette pour incanter une obscénité ! Il n’a rien à faire avec la démarche de la science seulement mue par le nécessité et la réflexion.

Alors, elle se focalise sur le patient et loue son courage et sa manière de supporter ce qu’elle lui impose en se promettant d’ajouter telle ou telle paroles ou tel accessoire pour que la prochaine fois ce soit encore mieux, pour que la prochaine fois, le patient se détende ne soit pas apeuré… Chaque intervention est le prétexte à des ajouts dans ses notes et de nouvelles demandes aux équipes qu’elle côtoie.

Pour l’heure, elle est bien trop envahie par les émotions pour se focaliser entièrement sur toutes ses imperfections. Elle se doit de rester professionnelle et donc d’envoyer au moins tous ces sentiments qui pourraient parasiter son jugement et ses interventions qu’elles soient relationnelles ou techniques. Parfois, pour se rassurer, elle se dit que les eux sont de même nature alors qu’elle sait que les machine pourraient à l’évidence mieux opérer qu’elle mais sans doute pas décrypter les réactions du patient. Encore qu’elle se demande si à force de se vouer à la technologie, l’homme ne va pas lui donner plus de compétences qu’il n’en a lui-même. Fera-t-elle alors preuve d’autant d’arrogance que les sorciers en la limitant parce qu’elle appartiendrait à un monde passé ? Heureusement tous ces débats se mènent ailleurs. Dans la solitude de son appartement dans la solitude de ses courses sur les chemins de Manadh, jusque dans la solitude de son cabinet ou son laboratoire, lorsqu’elle reste travailler après tout le monde.

Aujourd’hui, elle a toutes les raisons de se réjouir. L’oreille opérée n’est plus boursouflée et c’est à peine si la cicatrice est encore rosée. L’examen s’est bien passé, les résultats sont inespérés, ses objectifs sont d’ores et déjà atteints. Pourtant quelque chose vient gâcher la fête comme si toutes ces victoires étaient dérisoires, comme si la simple tension ressentie chez Irvin Fowler au moment de l’anesthésie et des autres moments cruciaux devait en affadir les saveurs. Et si elle était fatiguée ? Et si elle doutait ?

Les remerciements du patient lui font comme une drôle d’impression comme si elle ne les méritait pas ; Et c’était vrai que le gros du travail c’était lui qui l’avait mené. Lui qui avait supporté l’hôpital, les injections, les injonctions, la solitude, l’attente, l’espoir et la crainte jour après jour et qui finalement avait fait confiance à ce monde inconnu qu’il aurait pu rejeter comme elle rejetait la magie. Mais pourquoi cela devait-il lui gâcher la fête ce matin ? C’est le même constat que pour tous les patients quelle que soit son histoire. Et puis l’espoir insensé qui fleurit dans la bouche d’Irvin Fowler chasse d’un seul coup tous ses doutes et elle se maudit de ne jamais apprécier à leur juste valeur les moments de réussite.

Un sourire amusé vient réilluminer son visage aux questions qu’il lui assène soudain comme un enfant à qui on annonce un weekend dans un parc d’attraction et qui veut vivre ce rêve avant d’y être. Elle se doit de tempérer ses ardeurs d’autant qu’elle est certainement à leur origine par des propos mal dosés.

“Je n’ai fait que mon travail et la personne la plus importante dans toute cette histoire c’est vous. Mais je ne voudrais pas que vous soyez déçu. Il y a effectivement bien plus de cellules que nous n’avions espéré, mais il est trop tôt pour pronostiquer ce que vous allez gagner. Cela dépend de la qualité des cellules et de la liaison oreille cerveau qu’il va sans doute falloir rééduquer après tout ce temps à être soutenu par de l'électronique.”

Elle marque une pause pour tenter de préciser sa réponse. Un léger frôlement indique que la porte de la chambre se referme derrière le professeur Page qui a fait pour une fois preuve d’une grande discrétion.

“Vous allez sans doute vous situer entre le sexa et le septuagénaire et dans tous les cas vous aurez besoin d’être appareillé.”

En cet instant où elle a retrouvé un peu de son allégresse face au succès, elle ne se sent pas la force de lui refuser ce qu’il demande.

“Très bien, mais ayez à l’esprit que votre oreille est comme un verre en cristal qui peut se briser en présence d’un contre-ut, jusqu’à ce que les cellules aient terminé leur maturation. Vous vous souvenez ? Deux semaines…"

Elle a repris un air grave en montrant deux doigts comme pour appuyer ses propos avant de se retourner vers la fenêtre qui risque d’être encore bien plus frustrante aujourd’hui que les autres jours. Comment expliquer à la mère poule que, effectivement, tout va bien mais que cela n’est pas possible encore ? A cette pensée un peu d’une lassitude coupable vient embrumer son cerveau alors que la journée, après tout, ne fait que commencer. Elle a envie de se moquer d’elle tandis qu’elle actionne l’interrupteur qui ouvre doucement et en silence le rideau dispensateur de toutes les frustrations. Celles des proches qui ne peuvent pas voir ou seulement voir le convalescent. Celle de ce dernier qui endure une solitude peut être exacerbée encore par ce cadre dans lequel se découpent les images des êtres chers sans qu’ils soient vraiment là, un peu comme un reptile dans un terrarium pour qui les visiteurs et les soigneurs deviennent des objets virtuels derrière un écran abstrait. Enfin la frustration de la généticienne à qui les proches viennent dérober son patient et pourraient le pousser à mettre en péril tout le travail effectué.

Pourtant elle s’écarte de la vitre pour contempler les premières communications après les annonces de la médecine. Et c’est comme une ultime récompense malgré la présence d’un autre patient dont les chances de guérisons sont quasi-nulles malgré les recherches qu’elle a initiées depuis quelques semaines maintenant. Sérier les problèmes, elle sait encore faire et celui de Matthew Hamilton est l’affaire d’un autre temps et d’un autre lieu.

Avec empressement mais sans hâte inutile, elle aide ensuite le patient à s’installer le plus confortablement possible dans son lit. Elle le soutient tout en essayant de ne pas lui dénier l’autonomie qu’il pourrait avoir tout en plus prodiguant des paroles d’encouragements mêlées à celle de précaution.

“Voilà, vous y êtes. Pas trop de vertige ?”

L’humour dont Irvin Fowler fait preuve est admirable au milieu de tout ce qu’il traverse et la rouquine fait de son mieux pour partager ses traits d’esprit.

“Débusquer un imposteur n’est pas si négatif. Par contre c’est lui qui va me maudire si vous le contraignez à prendre des cours de chant ou à vous chanter la sérénade chaque jour…”

Décidément, elle n’est pas douée dans cet exercice et parfois elle ferait mieux de se taire. L’humour est un exercice pour le professeur Page. Chacun son domaine !

Derrière la vitre il y a tous ces gens qui s’agitent et elle pressent qu’elle est de trop dans cette chambre et peut-être réclamée de l’autre côté. Il est temps de prendre congé du convalescent. Elle pourrait lui asséner de nouvelles recommandations mais le jeune homme est intelligent et les connaît. A un moment durant les soins il faut que le patient prenne son corps dont il a été trop longtemps dépossédé en main. Il doit bien sûr être accompagné pour le faire, mais on ne doit pas se substituer à lui. Elle se tourne une dernière fois vers le jeune sorcier.

“Je crois qu’il est temps que je vous laisse vous reposer. Prochaine étape, demain après-midi : l’audiogramme qui déterminera ce que vous avez gagné en acuité auditive et nous permettra de calibrer votre prothèse externe.”

Elle tourne rapidement la tête du côté des visages attroupés derrière la vitre avant de lui adresser un sourire complice.

“Je vous laisse à vos obligations. Prenez un peu de repos aussi…”


Puis elle disparait et réapparait dans le couloir après le passage obligé dans le SAS. Là, elle se dirige pour aller saluer les proches d’Irvin Fowler. En premier lieu, signe de courtoisie, c’est aussi leur donner l’occasion de poser les questions qui les taraudent s’ils en ont envie. La poignée de main avec Matthew Hamilton est teinté de quelque chose de supplémentaire: difficile de faire comme si elle n'était pas émue par le courage du jeune homme. Enfin, elle ne doute pas que celle qui tient la petite Rosie dans ses bras aura un certain nombre d'interrogations. Mais la rouquine en profite surtout pour s’adresser à la petite en lui caressant la main et en s’adressant à ses grands yeux ouverts sur le monde et l’avenir.

“Ton papa a très bien travaillé et son oreille s’est très bien réparée. Tu peux être fière de lui.”

Le contact de cette peau si lisse si unie et si douce est comme une douceur trop aigüe pour la chercheuse qui a du mal à déglutir et adresse à l’enfant un petit sourire et un clin d’œil pour effacer la pointe de mélancolie qui voudrait se frayer un chemin vers l’extérieur.
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyMar 9 Juil - 4:50

Je supporte avec difficulté la frustration de cette situation. Savoir Irvin bloqué dans cette cage de verre avec le personnel médical comme seule compagnie m’est très difficile… J’ai fait assez de séjour à l’hôpital pour savoir ce que l’on ressent dans ces moments-là, et j’avais le droit de voir ma sœur, de lui parler… Irvin, lui doit endurer cela seul, j’aimerais tant le serrer dans mes bras, aller le réconforter, le divertir… Cela dit, je suis tout de même rassuré par le fait que la docteure Knight fait partie de l’équipe qui le prend en charge : les qualités humaines de cette praticienne m’avait surpris lors de notre rendez-vous !

En ce qui me concerne, pouvoir partager mes craintes et mes questions avec la famille de mon amoureux me rassure. Les mères d’Irvin sont adorables avec moi et me sentir déjà si inclus dans leur cercle familial me transporte de joie, même si cela me rappelle à quel point la rencontre avec mes parents risque d’être difficile pour lui. Il n’y a qu’à voir comment a été reçu Milo… Ma mère ne s’est pas gênée pour être désagréable avec lui, au contraire… Heureusement que papa essayait de rattraper les méfaits maternels en parlant bateau et ingénierie avec le copain de ma sœur !

Lorsque le rideau se lève et que nous apercevons Irvin, mon cœur tambourine dans ma poitrine et je sens l’émotion d’Isabel aussi. Quant à Rosie, elle gazouille et montre son papa du doigt : ce doit être sa façon à elle de signifier sa joie de le voir ! Je lui adresse moi aussi un signe de la main et répond à son pouce levé avec le mien. Nous le regardons avec inquiétude vaciller jusqu’à son lit, mais le bonheur qui se lit dans ses yeux, le sourire sur ses lèvres et sur celles de son médecin nous rassurent à nouveau. Alors que cette dernière s’avance vers nous, je me rapproche encore de la vitre et murmure un « je t’aime », avant de signer ces mots maladroitement. Irvin m’a appris quelques rudiments de langue des signes, mais j’ai encore un peu de mal car je manque de pratique. Une larme perle presque au coin de mes yeux : il me manque plus que je ne veux me l’avouer.

Le docteure Knight arrive donc de notre côté et nous lui serrons tour à tour la main. Elle caresse tout doucement la main de la petite Rosie qui gazouille gentiment à l’encontre de cette dame. Isabel la remercie et se lance dans une suite de questions endiablées que seule une mère aussi attentive qu’elle peuvent se poser.

- Merci beaucoup pour ce que vous faites pour mon fils. J’ai quelques petites questions, mais est-il possible que vous nous disiez où on en est dans la prise en charge déjà ? Quand est-ce que nous pourrons rentrer dans sa chambre ? Il avait l’air un peu nauséeux tout à l’heure, ça a un rapport avec son ouïe ?...

Je n’écoute qu’à moitié cet échange, tant je suis concentré sur la personne qui occupe tant mes pensées. Je rêve de le rejoindre de son côté de la vitre, de lui dire que je l’aime, de le serre fort contre moi et que notre vie reprenne là où nous l’avons laissée avant l’opération.



   
   
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyMar 9 Juil - 12:04

La joie monte en moi maintenant, inarrêtable, et l’annonce de la victoire sur ma surdité résonne dans ma tête comme un feu d’artifice. Je m’étais résigné au silence, aux voix de robot, à voir le monde plutôt qu’à l’entendre. J’avais réussi à enfouir la déception de ne pas connaître les voix de mes amis récents, de Matthew, de Rosie, de ne plus entendre Mom jouer de la guitare pendant les fêtes de famille, de regarder les films avec les sous-titres sans plus profiter de la musique – par Merlin, j’ai déjà presque oublié les voix de mes propres mères. J’avais interdit l’entrée à toutes ces petites frustrations, pour éloigner avec elles ma dépression et réussir à rebondir, à apprécier de vivre malgré tout. Je m’étais sacrément voilé la face. Maintenant qu’on me promet d’entendre à nouveau, je ne peux plus penser qu’à ça.

Cependant, le pronostic de la doctoresse me fait l’effet d’une petite douche froide. Je me suis emballé, j’ai oublié qu’on m’avait annoncé une amélioration, pas un miracle. Mais je retiens une chose : plus de cellules qu’espéré. C’est tout ce qui compte. Je hoche la tête pour le reste, j’ai déjà tout prévu, prévenu mon ancienne orthophoniste – qui a dû tomber de sa chaise en apprenant que j’allais revenir avec des meilleures oreilles qu’à mon départ – et je ferai autant de rééducation qu’on voudra, rien n’est plus important que de profiter de cette nouvelle oreille. Mon coeur bat à cent à l’heure.

La médecin m’autorise quelques précieuse minutes d’audition, avant d’enfiler le gros casque anti-bruit qui occupe la moitié de ma table de chevet.

- Deux semaines, oui, comptez sur moi. Croyez-moi, je ne ferai rien qui risquerait de gâcher mon oreille. Rien du tout. Rien ne serait pire que de redevenir comme avant.

Rien, j’en suis encore plus certain en voyant les trois visages derrière la vitre. Je n’ai qu’à vaincre ce fichu vertige pour m’asseoir sur mon lit et leur faire face tout à fait, saluant ma petite Rosie qui gigote dans son écharpe. Et puis je m’agrippe au lit avant de m’étaler par terre.

- Merci. J’ai l’impression d’avoir une bonne gueule de bois, mais j’ai connu pire.

Elle répond à ma blague par une autre, elle a de l’humour elle aussi ! Peut-être était-elle trop stressée, comme moi, pour montrer ce visage, mais j’apprécie la légèreté soudaine de la conversation. Si on omet le fait que Matthew m’en voudra à mort d’avoir raconté ça à sa médecin.

- Après deux ans à entendre le monde entier parler avec des voix de robots, j’apprécierais bien qu’on me chante la sérénade tous les soirs, voix juste ou pas.

Mes yeux se tournent sans cesse vers la vitre, vers la promesse de serrer tout ce monde dans mes bras. Me reposer ? Impossible. Je parie même que je ne dormirai pas de la nuit, je suis beaucoup trop survolté par ce qui m’arrive, et par la perspective de l’examen du lendemain. Je remercie encore chaleureusement la doctoresse, content de la voir partir car l’émotion me gagne et je peine à la contenir. J’ai besoin d’une minute seul pour digérer la nouvelle.

Je vois mom se ruer vers eux, ses lèvres qui bougent à toute vitesse pour leur demander des nouvelles, et les larmes de joie qui naissent au coin de ses yeux. En attendant, je tends l’oreille. Les yeux fermés, je tente de capter quelques bruits, même d’infimes bribes qui confirmeraient mon incroyable guérison. Il est encore trop tôt, je ne perçois rien – tant pis, je ne m’avoue pas vaincu. Plus jamais je ne le ferai. Ni pour moi, ni pour Matthew, dont le petit « je t’aime » signé de l’autre côté de la vitre m’arrache la larme d’émotion qui menaçait de se montrer depuis de longues minutes déjà. Je souris comme si c’était la première fois qu’il me le disait, et je lui renvoie ses mots, trop impatient de le serrer contre moi.

Mom serre plusieurs fois la main de la médecin avant de disparaître dans le sas ; c’est elle qui entre la première, évidemment, avec ma petite hobbite. Elle réapparaît dans ma chambre, me laissant à peine le temps de poser le casque anti-bruit sur mes oreilles, et je la serre dans mes bras, doucement, pour ne pas écraser Rosie. Ses mains caressent mes cheveux, elle m’embrasse sur la joue puis se détache de l’étreinte.

- Regarde qui est là, dit-elle en sortant ma petite hobbite de l’écharpe qui la maintenait serrée contre sa poitrine. Tu lui as manqué, n’est-ce pas petite Rosie ?

Je serre la petite dans mes bras, caressant sa tête et embrassant ses petites joues, son petit front et ses petites mains, trop content de l’avoir à nouveau contre moi. Je sais que je ne lui ai pas beaucoup manqué, elle est trop petite pour que la présence de quelqu’un d’autre que sa mère lui soit indispensable. Mais son grand sourire alors que je la cale sur mes genoux vaut tous les gallions du monde.

- Comment tu te sens ? Irvin, je suis si contente, c’est génial, c’est même mieux que ce que les médecins espéraient, tu te rends compte ?

- Oui, on… je frotte mes yeux, on verra demain, avec l’audiogramme, on saura à quel point ça a marché.

L’émotion est si forte que j’ai du mal à l’exprimer. Je souris encore à mom et chatouille le cou de Rosie, jusqu’à ce que son petit visage se torde de rire. Bientôt, je pourrais l’entendre, ce rire...

- Elle a grandi un peu ?

Mom se lance dans le résumé de la semaine. Ma petite hobbite veut manger seule maintenant, comme une grande avec ses tous petits doigts. Évidemment elle mange un tiers de ses repas, barbouille un autre tiers sur sa tête et met le reste par terre, j’espère que tu es prêt à passer les repas à nettoyer le sol, achève mom. Rosie sourit encore, comme fière d’elle. Puis son regard curieux fixe ma tête agrandie par le casque anti-bruit. Je la porte à nouveau et ses petites mains viennent explorer le mystérieux objet.

- Elle rit beaucoup, tu vas voir, c’est la plus belle chose que tu entendras de toute ta vie.


Mom me regarde encore, souriant comme je l’ai rarement vu sourire.

- Tu veux un thé, ou quelque chose à manger ? Je vais te chercher un thé.

Elle se lève, souriant d’un air compatissant cette fois. Elle a vu mes regards sans cesse lancés vers la vitre, j’espère qu’elle ne m’en veut pas.

- Je vous laisse entre vous. Tu gardes Rosie ? Vous avez l’air trop contents de vous retrouver, tous les deux.

J’acquiesce et serre à nouveau la petite contre moi avant de l’installer au pied du lit avec son doudou, bien protégée par un sort d’impassibilité qui l’empêchera de tomber. Matthew est rentré dans le sas, je ne le vois plus, et mon coeur s’affole alors que le temps semble s’étirer interminablement.

Puis il surgit dans la chambre. Je me lève, comme un idiot, et il a juste le temps de m’enlacer avant que je ne m’étale par terre, emporté par la chambre qui se remet à valser autour de nous. Je ris de ma bêtise en me rasseyant et je l’embrasse, caresse ses cheveux et son dos, le serre dans mes bras comme s’il menaçait de s’évaporer. J’enfouis mon visage dans son cou et nous restons ainsi quelques instants, savourant seulement d’être à nouveau ensemble. Il m’a tant manqué. Son corps, ses cheveux, ses sourires, ses expressions, ses blagues, tout ma manqué. J’ai peur de l’avenir, de sa maladie. Une semaine séparé de lui me semble être un irréparable gâchis, un temps inestimable volé à une vie commune qui s’annonce déjà beaucoup trop courte.

Maintenant que mon coeur s’est calmé et que le souffle me revient, je lui murmure à quel point il m’a manqué et je l’embrasse encore. Puis je relâche un peu mon étreinte.

- Tu t’es pas trop ennuyé sans moi ? Sans public pour t’entendre chanter ABBA sous la douche tous les matins ?

Je lui souris bêtement.

- La médecin a dit que j’aurai sûrement l’ouïe d’un papi de 60 ou 70 ans, alors on va devoir se mettre au swing pour être raccord. Il va falloir que tu révises ton répertoire.

Je l’attire à nouveau à moi.

- Tu restes dormir avec moi cette nuit ? Je vais demander aux médecins si c’est possible, on pourrait coller un lit au mien. J’en ai assez de rester seul ici.


La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 74833510
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptySam 13 Juil - 2:30

C’est un assez gros soulagement de savoir que son patient va être raisonnable. En même temps elle ne peut que rarement grand-chose contre les folies éventuelles des malades qu’elle soigne. Une fois qu’elle a fait toutes les recommandations, qu’elle a même parfois fait les gros yeux et même fait miroiter le pire, elle ne peut pas non plus se substituer à leur bon sens et à la confiance qu’ils n’ont pas en elle. Elle se dit parfois qu’elle s’exprime mal, qu’à force de vouloir rassurer les gens, elle minimise trop les conséquences de leur comportement vis à vis de la maladie, mais cela n’explique pas tout. Heureusement aujourd’hui, elle ne se fait pas de souci à ce sujet. Irvin Fowler a trop investi dans cette opération en se prêtant à un protocole expérimental pour risque de tout gâcher à présent.

Aussi lorsqu’elle émerge du couloir elle a tout son esprit pour se tourner vers les proches du patient et tenter de les informer du mieux qu’elle peut. Là encore l’exercice est parfois compliqué car on n’est jamais à l’abri d’une pudeur ou d’une volonté de ménager son entourage de la part du malade qui restreindrait les propos de la praticienne. Après tout le secret médical peut aussi s’appliquer dans ce sens. Heureusement, la famille du reclus dans sa chambre soude.

Le plus dur c’est de rassurer sans cesse et de répondre aux questions redondantes des proches qui semblent essayer de vous piéger par des questions voisine comme s’ils essayaient de vous pousser à vous contredire. La rouquine sait bien intellectuellement qu’il n’en est rien et elle lutte pour chasser de son esprit et de ses réponse un ennui qui avec la fatigue et la routine du quotidien pourrait transparaître dans ses réponses. Heureusement elle est suffisamment consciente et persuadée qu’aucun cas de ressemble au précédent pour se prémunir de ce mauvais génie de même qu’elle sait que l’usure du métier peut le guetter comme n’importe qui et qu’elle n’a pas le droit de baisser la garde.

De leur côté le proches d’Irvin Fowler, après le premier moment de méfiance un peu hostile se cantonne dans le rôle bien compréhensible de ceux qui se font du souci et veulent juste savoir où en est leur protégé. L’une des deux mamans exprime même de la reconnaissance. C’est toujours appréciable, même si Theodora ne travaille pas pour cela. Elle se contente de hocher la tête pour remercier en silence de cette remarque qui valorise le travail de toute une équipe avant de reprendre les explications sur la prise en charge médicale.

“La prise en charge n’en est qu’à ses débuts, mais le plus dur est passé. Les premières observations sont très encourageantes par rapport aux objectifs et aux espérances concernant cette intervention d’un nouveau genre. Bonne nouvelle, à partir d’aujourd’hui vous pourrez entre dans la chambre pour communiquer plus à votre aise…”

Devant les sourires d’aise et d’espoir qui l’entoure, elle ajoute immédiatement de quoi les inviter aux précautions nécessaires.

“Evidemment, une personne à la fois, quelques minutes chacun. Charge à vous d’éviter les cris même d’enthousiasme…”[/b

Un sourire entendu vers les mamans leur fait comprendre que la joie pourrait être mauvaise conseillère.

“... Dans une semaine nous procéderons à un audiogramme afin de vérifier l'audition générale et envisager un appareillage externe adapté. Si tout se passe comme prévu la rentrée universitaire ne posera pas de problème.”

La généticienne n’avait pas oublié qu’un des désirs du patient était de pouvoir être rétabli pour la rentrée. La suite n’est que précisions et aller et retour entre elle et la vitre. Il est temps qu’elle s’éclipse. D’autre patients et rendez-vous l’attendent. Evidemment vu son caractère exceptionnel le patient recevra plus d’une visite mais ne doit pas faire passer les autres au second plan. Elle salue tout un chacun avec un appui particulier à la petite Rosie avant de reprendre le couloir en direction des autres obligations un sourire satisfait aux lèvres. Inutile de se retourner pour imaginer les mamans, enfants et amoureux se succéder dans la chambre anéchoïque.

Une semaine plus tard

“Il paraît que vous avez joué à la méchante, Professeur ?”

Le professeur Page poussait le chariot équipé de l’audiomètre qui roulait dans fable ronronnement de ses roulettes lisses sur le sol non moins lisse de l’hôpital et arborait le petit sourire en coin moqueur lorsque la généticienne tourna vivement la tête vers lui. Il avait réussi son effet.

“Pardon ? La méchante ?”

Visiblement, la rouquine de comprenait pas à quoi il était fait allusion et l’idée qu’elle puisse avoir été méchante dans l’exercice de sa profession l’avait fait tressaillir.

“ Ne faites pas l’innocente ! Vous avez bien refusé le lit supplémentaire dans la chambre de notre patient commun ?
_ Ah ! Ça ? Effectivement. Vous n’auriez pas fait de même ?
_ Si bien sûr. Mais cela ne ressemblait pas à la douce Docteur Knight.”


Le sourire du chef de service ORL s’élargit encore, tandis que la chercheuse gardait le silence, incertaine du ton sur lequel elle devait prendre ce Nième trait d’humour de son collègue. Elle savait fort bien que ce talent pouvait cacher soit de la bienveillance soit un regard narquois sur ses pratiques et elle préférait ne pas s’enferrer dans une polémique sans objet ou se voir reprocher son manque d’humour. En même temps elle se remémorait la demande qui lui était parvenue par l’intermédiaire des infirmières d’ajouter un lit pour Matthew Hamilton dans la chambre de son patient. Un instant incrédule tant elle pensait avoir été claire sur les risques que représentaient les visites prolongées, elle profita de sa première pose pour aller élucider cette demande auprès du principal intéressé. Ce dernier avait bien tenté de l’attendrir, mais ses arguments médicaux avaient fait le poids face aux aspects affectifs et Irvin Fowler s’était résigné à profiter de la présence de son amoureux derrière la vitre en plus des quelques minutes dans la chambre. Effectivement dans ce genre de circonstances, elle avait toujours l’impression de jouer à la méchante, mais chaque fonction comprend des facettes obscures et elle était suffisamment sûre des tenants et aboutissants médicaux pour rester ferme sur ses positions. D’ailleurs, elle n’avait pas noté au final qu’Irvin Fowler lui en ait voulu ou alors le cachait-il avec soin. En tout cas elle espérait qu’il avait fini par se rendre à ses arguments.

Ils arrivèrent bientôt devant sa chambre constatant avec soulagement que les proches du patient n’étaient pas encore présents. L’avantage de faire les examens relativement tôt était qu’on évitait les salves de questions de ces derniers aux petits soins pour leur protégé. L’ironie pour celle qui regrettait certaines fois que des patients soient un peu abandonnés était que là elle trouvait parfois que le jeune homme était parfois sur couvé. Mais ce devait être très bon pour son moral, encore qu’elle se demandât parfois comment il pouvait voir et rencontrer toutes ses personnes chères sans que cela ne renforce un certain cafard et surtout que ça ne le fatigue.

Les deux médecins franchirent bien vite le SAS avec leur appareillage et saluèrent Irvin Fowler déjà prêt, assis sur une chaise. Theodora comprenait assez qu’il soit impatient d’en savoir un peu plus sur la réussite de l’opération avec des mesures objectives d’autant qu’elles conditionneraient la suite de la prise en charge. Elle même le cachait avec soin, mais depuis les premières observations qui avaient dépassé les espérances premières, elle avait hâte de connaître la qualité de la toute nouvelle audition de son patient et ce n’était que son expérience de médecin qui lui avait permis de ne pas penser qu’à cela jour après jour.

Bonjour Monsieur Fowler.
_ Bonjour jeune homme.”


Jusque dans leur manière de saluer le patient, les deux praticiens gardaient leur style. Le Professeur Page restait sans contexte le plus familier avec lui. Il poussa le chariot en direction du patient.

“On sent l’expérience du patient habitué aux examens. Bien dormi ? Pas trop nerveux.”

En parlant d’expérience, le professeur Page était le plus aguerri dans le domaine et Theodora s’était positionnée un peu en retrait à côté du jeune homme et laissait son collègue opérer. Autant concentré sur l’appareillage que sur le patient ses yeux allaient de l’un à l’autre, mais ses paroles semblaient parfois plus dirigées vers la machine que vers l’être humain auquel elles étaient destinées. Ce dernier ne semblait pas s’en formaliser outre mesure, mais Theodora ne pouvait s’empêcher de penser que la trop grande expertise avait tout de même tendance à éloigner de l’humain. Heureusement le professeur restait ouvert à répondre aux questions cessa bientôt de presser les boutons et de vérifier les branchements qui ne se composaient somme toute” que d’une prise secteur d’un joystick qu’il avait posé devant le patient et d’un casque audio fermé qu’il tenait toujours entre ses mains au moment où il reprit la parole.

“Aujourd’hui c’est assez simple et vous avez sans doute déjà subi ça. Des sons de différentes fréquences et de différentes intensités vont vous être envoyées dans le casque. a vous de presser le bouton lorsque vous les percevez. Pour économiser votre temps et votre énergie seule votre oreille opérée va être sollicitée”

Il finit en tendant le casque à Irvin Fowler

“Des questions ? Vous me dites lorsque nous pouvons commencer.”

La fin de son discours fut ponctuée par un sourire détendu.[/b]
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyJeu 5 Sep - 16:19

La faiblesse de l’autre et de soi : voilà tout un programme qu’il nous est souvent difficile d’appréhender. En ce qui nous concerne Irvin et moi, l’existence nous a donné bien des raisons d’exploiter cette facette de notre personnalité si peu soupçonnée jusqu’avant ces tournants stratégiques de nos vies. Et de notre amour, naît une certaine force, une compréhension inédite de ce que l’autre et nous même expérimentons au quotidien. Car notre expérience en la faiblesse de la chair nous a offert cette possibilité de comprendre et d’écouter, se hocher la tête sincèrement. Je ne dis pas que l’intégralité de ce qui nous lie réside en nos handicaps, bien sûr que non : ce serait renier nos fou-rires, nos conversations endiablées, nos théories à propos de Star Wars, nos échanges murmurés dans le lit le soir, lorsque la nuit tombe et, avec elle, les barrières émotionnelles de la journée.

J’essaie tant bien que mal de me faire à l’absence d’Irvin auprès de moi, même si je sais ô combien cela doit être plus difficile encore pour lui. Je n’ai pas aimé un seul instant de mes séjours à l’hôpital, tout m’a semblé tellement vide là-bas, entre ces murs blancs à en crever. C’est aussi pour cela que j’ai fait parvenir au sorcier des tonnes de magazines et autres distractions… L’ennui est un fléau en ces lieux, encore plus lorsque l’on est dans une chambre aussi aseptisée que celle d’Irvin, j’imagine… J’écoute les explications que le Dr Knight donne à Isabel. Nous ne sommes donc pas encore fixés, il nous manque les résultats de l’audiogramme à venir. Mon cœur se serre : tant d’épreuves… J’espère qu’elles auront le résultat escompté et qu’Irvin surtout ne sera pas déçu. Après cet échange, nous serrons la main de la praticienne et Isabel et Rosie sont déjà dans la chambre alors que je pénètre seulement le sas.

La petite famille ainsi réunie commence à discuter de Rosie, ce petit ange qui grandit à une vitesse d’enfer ! Je croise Isabel qui me sourit avant de me laisser seul avec mon amoureux. Mon cœur palpite, il y a un siècle que je ne l’ai pas serré contre moi presque. Il pose Rosie par terre avec douceur et se tourne vers moi, se lève en ma direction et j’accours pour le rattraper avant qu’il ne chancelle à nouveau. Ce sauvetage improvisé se meut en une étreinte passionnée. Je caresse son visage, ses cheveux et respire son odeur. Il m’a tant manqué. Nous nous embrassons et je sens presque une larme perler au coin de mes yeux. Après cela, Irvin détend l’atmosphère avec une blague. Je m’assois à ses côtés, sur son lit.

- Je m’occupe toujours tu sais, tu as le bonjour de Grace bien entendu, de l’autre clown de Milo et un bisous de Kenobi ! J’ai ainsi respecté ma promesse de saluer leur ami pour eux.

J’éclate de rire à la mention de Abba.

- Bientôt je te réveillerai tous les matins avec Dancing Queen !

Je réponds à son sourire et pose ma main sur sa cuisse, autant de gestes qui m’ont bien trop manqué.

- Ne dis pas des choses pareilles, tu seras un papy qui vivras avec son temps ! Et puis le disco c’est pas tout à fait actuel non plus…

Je le laisse m’attirer à lui, j’aimerais bien répondre par l’affirmative à sa question.

- J’aimerais beaucoup mon cœur, mais… c’est pas moi qui décide de ça.

Nous passons encore un peu de temps à nous retrouver puis sommes rejoints par la mère d’Irvin. Rosie donne son quota de gazouillis et de bave à son papa et le gratifie d’un magnifique sourire qui nous rend tous béat d’admiration. Bien trop tôt, il est temps de se dire au revoir, mais nous savons que nous nous retrouverons demain, après l’audiogramme du courageux patient. Après un dernier baiser soufflé derrière la vitre, nous nous séparons à nouveau pour la dernière nuit avant longemps.



   
   
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyVen 13 Sep - 16:57

Je serre Matthew dans mes bras comme si c’était la première fois. Retrouver mom, Rosie et lui efface la solitude de la semaine passée, j’en profite à fond avant qu’on les éloigne à nouveau. Même l’introverti que je suis a besoin de contact humain. Je me laisse aller aux sensations familières des mains de Matthew dans mes cheveux, de ses baisers, de ses bras autour de moi. Il ne fait aucune remarque sur mon casque, et je lui en suis silencieusement reconnaissant.

- Je me passerai du bisou de Kenobi, j’ai déjà mon quota de bave avec ma petite Hobbite, dis-je en lui renvoyant un sourire espiègle.

Le voir rire est avec Rosie ma plus belle vision de la journée. J’adore le faire rire.

- On est un couple de ringards alors, autant s’assumer.

Mes doigts se glissent dans les siens et caressent le dos de sa main. La réponse qu’il me donne ensuite est attendue, j’imagine mal les docteur.e.s autoriser Matthew à dormir avec moi alors que mes précieuses minutes de visite sont comptées. Alors je l’embrasse encore, glisse ma main autour de sa taille pour le sentir contre moi et garder la sensation de sa présence jusqu’à demain. J’aime le toucher, sentir son corps, sa chaleur, ses mouvements et les tressautements de sa peau qui m’indiquent ses pensées et ses émotions mieux que sa voix. A défaut de l’entendre, j’essaie de le percevoir de cette façon. Je suis plus tactile avec lui que je ne l’ai jamais été avant.

Puis mom revient, et iels me quittent. Leurs visages disparaissent à contre-coeur dans le couloir. Je plonge dans un livre de cours pour oublier que je suis déjà seul.

****************************************

La première semaine avait été longue, la deuxième a été interminable. Cette fois ci cependant, l’isolement a été plus supportable, rompu par les visites quotidiennes de mes proches. J’ai une chance inouïe de les avoir ; tous les jours, à l’heure dite, je les trouvais devant la porte de ma chambre. Pas un jour je ne me suis senti abandonné, pas un jour iels ne m’ont fait subir le stress affreux de les attendre avec au coeur, l’inquiétude de ne pas les voir arriver. Et pourtant les voir partir après seulement quelques minutes me tordait plus le coeur que de les voir derrière la vitre. Je me sens presque comme un prisonnier, autorisé à quelques précieuses minutes de contact avec le monde extérieur. J’ai bien essayé d’utiliser mon miroir à double sens, mais suivre une conversation avec un seul implant s’est révélé impossible ; réussir à discuter dans ma chambre s’est révélé vite épuisant. Le seul avantage de mon isolement a été que mes proches ont progressé en langue des signes. J’ai aussi éloigné la solitude en me plongeant totalement dans le travail universitaire, m’imposant un planning strict pour donner un rythme à mes journées. J’ai pu abattre le travail que mon professeur de sortilège m’avait donné pour avancer dans mes projets, et que j’avais cru devoir abandonner avec mon hospitalisation.

Il y a deux personnes qui me faisaient redouter cette séparation plus que les autres. Ma petite Rosie, d’abord – mais j’ai vite constaté qu’elle était trop petite pour que mon absence la peine réellement. Elle était contente de me voir chaque jour, mais oubliait que j’étais loin une fois rentrée à la maison. C’est un peu cruel pour moi, mais au moins elle n’a pas souffert. L’autre personne était Matthew. J’avais appréhendé la séparation pour le risque qu’elle ferait subir à notre relation encore jeune. J’avais peur qu’il se lasse, qu’il trouve notre vie trop contraignante, qu’il espace ses visites peu à peu ; peur qu’il préfère trouver un copain dont la vie et les soucis ne cloisonneraient pas sa vie aux visites à l’hôpital, aux couches et aux biberons, au planning quotidien bien réglé et à l’intervention de la belle-famille. Ajouté à cela que notre relation avait franchement mal commencé, par ma faute là aussi… Je sais à quel point venir à l’hôpital lui est pénible ; je sais aussi à quel point il est capable de prendre sur lui. J’ai guetté chaque jour sur son visage des signes de lassitude, mais s’il la ressent, il ne la montre pas. Je n’ai pas osé lui en parler frontalement, seul Milo a eu le droit à cette confidence. Mon meilleur ami a eu beau me rassurer avec son tact légendaire, le doute flotte dans mon esprit à chacune des visites de Matthew.

Les soignants m’ont aidé à supporter l’éloignement, surtout les infirmières et la docteure Knight. Même s’iels devaient me prendre en pitié, tout seul dans mon bocal silencieux, iels ne l’ont jamais montré. Rosie a vite conquis tout le service avec ses sourires ravageurs, et mom ou Torvi devaient parfois l’arracher aux bisous des infirmières pour pouvoir me l’amener. Matthew a moins fait l’unanimité, j’ai parfois vu quelques regards désobligeants, ou dérangés, lorsqu’il franchissait ma porte. Je m’en suis voulu de l’afficher ainsi, surtout devant la docteure Knight qui était sa médecin avant d’être la mienne ; depuis mon adolescence, mom et mummy m’ont largement prévenu contre les risques de parler d’homosexualité ou de bisexualité avec les médecins, et je ne voudrais surtout pas que le suivi et le traitement de la sclérose de Matthew en pâtissent à cause de moi. Cette médecin a l’air compétente, je vois tous les espoirs qu’elle pourrait nous proposer, et j’en m’en voudrais terriblement si elle arrêtait de suivre Matthew. Mais je n’avais pas eu le coeur de lui interdire l’accès de ma chambre pour le préserver, ou de faire semblant de n’être qu’un ami. Il l’avait strictement refusé de toute façon.

Il n’est pas encore là ce matin, et je donnerai n’importe quoi pour qu’il soit à côté de moi. Ce jour est le deuxième grand jour, le dernier verdict. J’ai à peine dormi cette nuit, trop tendu et nerveux. La greffe était un succès, les médecins m’avaient montré les clichés encourageants, mais est-ce que cela serait suffisant ? Est-ce que mon oreille a eu suffisamment de temps pour cicatriser, est-ce que j’aurais regagné assez d’audition pour me passer d’implant ?

Je me suis levé tôt, lavé, je n’ai pas pu toucher à mon petit déjeuner qui m’attend toujours sur ma tablette. J’ai mis mon casque, je me suis assis sur la chaise pour l’examen et j’ai attendu les médecins. L’audiogramme se fera dans la chambre, et pas dans une cabine insonorisée comme d’habitude – tant mieux, je déteste ces cabines qui pourraient presque me rendre claustrophobe. Après un temps trop long, les médecins entrent. Iels me saluent, je leur renvoie un faible bonjour, la voix trop serrée dans ma gorge pour en dire plus. Le professeur Page me pose une question que je ne suis pas sûr de comprendre, mais je hoche la tête négativement. Puis iels s’installent, m’adressent d’autres explications que je peine à saisir mais peu importe, je suis rôdé au test que je vais subir.

Je pose le casque sur ma tête, prend le joystick et fait tourner la chaise pour me trouver dos aux médecins avant de fermer les yeux. Ce n’est pas que j’ai envie de les ignorer, mais je suis tellement aux aguets que j’ai peur d’être influencé, de percevoir le doigt du médecin sur le bouton lançant les sons, d’ouvrir les yeux sans le vouloir et de le voir appuyer… Je veux faire ce test du mieux possible, ne rien laisser au hasard ou au doute. Je lève le pouce en direction des médecins, et j’attends.

Il faut quelques instants, qui me paraissent interminables, pour qu’un premier son me parvienne. Je penche la tête pour mieux le saisir, il m’échappe presque, mais je le perçois. Mon coeur s’emballe. Un autre son, plus net celui-là. Puis un autre, et d’autres encore, et c’est toute la palette des bips métalliques de l’audiomètre défile dans mes oreilles. Je tremble mais je reste concentré, mes sens aiguisés par la tension. J’ai l’impression d’entendre plus de sons qu’à mon dernier examen, mais j’ai tellement d’espoir après cette opération que mon cerveau m’induit sûrement en erreur.

Puis le silence revient. Une main tapote mon épaule. Je fais pivoter la chaise à nouveau, pour me retrouver face aux visages ravis des médecins. La docteur Knight est même émue, je le vois aussitôt, de la même façon qu’après l’examen de ma cochlée.

- S’il vous plaît, dites-moi si c’est bon.

C’est presque une supplication, mais je ne peux plus supporter une seconde de plus sans savoir. Alors elle me tend l’audiogramme. Mes yeux suivent le quadrillage proprement relié de petits points, mais j’ai du mal à croire ce que je vois. Je frotte mes yeux. Les points n’ont pas bougé.

- Oh par Merlin…

Mon cœur se remet à battre comme s’il voulait alimenter l’hôpital entier. Au lieu de la courbe en chute libre d’avant l’opération, celle-ci commence à une vingtaine de décibels et touche à peine les soixante-dix pour les fréquences les plus aiguës. J’ai récupéré beaucoup d’aigus, rattrapé un peu les sons graves, c’est si inespéré que l’émotion me submerge. Je passe ma main sur mon visage pour cacher les larmes qui naissent déjà aux coins de mes yeux.

- Je peux enlever le casque ?


La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 74833510
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyDim 15 Sep - 5:22

Irvin Fowler est sans doute, avec son compagnon, le patient qu’elle suit le plus près. Il serait difficile de dire quels sont les enjeux du protocole dont il a bénéficié et de de son traitement qui lui tiennent le plus à cœur mais tous réunis, ils donnent une saveur bien particulière à ce cas. Elle est, tout le monde vous le dira, de nature méticuleuse et attentionnée mais dans le cas présent ces deux qualités frisent la manie. Heureusement, le professeur Page parvient, lui, à relativiser et à la détendre quelque peu lorsqu’on aborde le sujet. Sinon la vie des infirmières deviendrait vite un enfer. Elle s’est donc résolue à entamer un article qu’elle n’est même pas sûre de publier sur ce protocole et ce cas clinique qui lui occupent tant l’esprit depuis le mois de juillet date des premières tractations avec les magico-mage, mais surtout août, mois durant lequel ce patient a fréquenté l’hôpital. C’est une façon comme une autre de sublimer ses incertitudes et son désir de réussite dans cette affaire. Elle en a soumis les premières ébauches à son collègue du service d’ORL qui semble approuver en tout point malgré le sentiment de la rouquine que trop de choses restent floues et imprécises.

“Mais ce doit être un vrai calvaire de travailler avec vous au quotidien ! Vous ne vous détendez jamais ?”

Même si cette remarque avait été proféré dans un éclat de rire, elle avait fait mouche chez la généticienne et elle avait passé une soirée à faire son analyse de conscience et le lendemain à faire le tour des services où elle intervenait pour s’assurer que ce n’était pas le cas et qu’elle était un médecin supportable. Elle avait guetté la moindre expression de lassitude, de déconvenue ou d’ennui sur les visages des infirmières, des laborantins ou anesthésistes et heureusement pour sa tranquillité d’esprit, n’avait rien trouvé de tel. Devenir un mandarin (le féminin est tellement ridicule !) acariâtre, mesquin et hautain était une des choses dont elle avait le plus peur

En un mois elle a déjà de son point de vue, surmonté bien des obstacles dont le premier et non des moindres est de finir par oublier ou en tout cas mettre de côté, la nature de sorcier de son patient. Elle doit bien l’avouer toute sa famille qui n’a cessé de graviter autour de sa chambre anéchoïque y est pour quelque chose et en particulier la petite Rose qui n’a de cesse de l’émouvoir chaque fois qu’elle la croise à l’issue d’une visite. Ils sont tous un peu gagas et collants mais elle est bien consciente qu’elle leur colle ces qualificatifs en manière de protection. Ils sont tellement attendrissants et la notion de famille chez elle se heurte à des souvenirs de mort et à la réalité d’une vie incompatible avec elle.
La guerre ne s’accommode pas de cette douceur. Et dans sa guerre, elle sent qu’elle est sur le point de remporter une victoire personnelle même si elle n’est que symbolique. Damer le pion aux magico-mages est une satisfaction toute personnelles, même si elle se doute que d’autres patients font le chemin inverse et vont les consulter pour bénéficier de leurs savoirs faire.

De même, elle avait réussi à ne pas vivre les mêmes impatiences bien naturelles de son patient et de rester positive à son égard. Pourtant elle aussi était sur des charbons ardents, attendant avec impatience les examens ultérieurs et leurs résultats. Les jours où elle sentait sa fébrilité à son apogée, elle avait évité les visites à son patient refusant de la lui communiquer. C’était assez dur pour lui et on ne savait pas quels effets le stress pouvait avoir sur sa convalescence. Elle faisait assez confiance à sa famille pour lui remonter le moral et lui faire oublier l’absence momentanée de sa doctoresse du moment si ce n’était préférée.

La première semaine avait été longue, la deuxième a été interminable. Elle se réjouissait que le patient suive ses recommandations à la lettre et le travail universitaire dans lequel il s’était lancé et ait de son point de vue une excellente idée et lui rappelait son engagement à lui permettre de faire la rentrée comme n’importe quel étudiant. De son côté, elle trompait le temps avec ses autres consultations son travail de recherche mais aussi en se perdant dans les clichés des endoscopies cherchant ce qu’elle pourrait bien avoir manqué, un signe de dégénérescence ou d’infection. Heureusement rien ne semblait y ressembler jusque-là. Plusieurs fois elle avait renoncé à appeler le professeur Page pour revoir avec lui le protocole. Elle était consciente qu’ils l’avaient élaboré avec le plus grand soin l’avait réactualisé presque à la minute près et que tout était en ordre.

Toute cette histoire d’expérimentation prenait un peu trop de place dans son esprit et elle en était consciente. Elle devait travailler pour retrouver son calme et l’assurance qu’elle avait de ses procédures et de son expertise. Objectivement, elle avait tout mis en œuvre pour que l’ensemble de l’expérience réussisse. Peut-être était-ce justement la notion d’expérience qui la chagrinait. La procédure n’avait jamais été tentée et l’appliquer si tôt à un être humain, même si l’état de son oreille ne pouvait être pire, était une gageure. A chaque fois, il y avait une dimension laissée au hasard, mais là, elle ne pouvait s’empêcher de se demander si cela n’avait pas été prématuré. Encore une fois le professeur en ORL l’avait rassurée, d’où l'intérêt de travailler en équipe. Chacun apporte son expertise et ses compétence personnelles au projet depuis les médecins jusqu’aux aides-soignantes qui devaient parfois supporter les impatiences des patients mais aussi des praticiens ce qu’elle s’interdisait mais n’était jamais certaine de pouvoir éviter. Combien de fois avait-elle loué leur travail surtout dans cet hôpital où elles semblaient avoir été recrutées sur le haut d’un panier bénit.

L’examen du jour s’était déroulé comme sur un nuage. Elle avait scruté les mains des deux protagonistes, le médecin ORL de son côté et le jeune sorcier concentré entre son casque et son joystick de commande. Pour tout dire, elle avait été tout à fait incapable durant le déroulement de se faire une idée de ce qu’allait donner le résultat et se sentait aussi inexperte que le patient attendant avec la un fébrilité toute dissimulée derrière le masque que chacun lui connaissait à l’hôpital. Elle craignait juste que le professeur Page, à force de la côtoyer, ne la démasque.

Si c’était bon ? Cela dépassait toutes les espérances que le protocole pouvait laisser espérer. Le diagramme s’avérait très homogène, en tout cas pour le cas qui était concerné. Les fréquences aiguës avaient atteint un niveau qui allait changer la vie d’Irvin Fowler considérant que c’était celles qui permettaient d’accéder à la communication orale. Il ne fallait tout de même pas qu’elle saute de joie plus que le patient et maîtrisa un sourire rassurant à l’intention du jeune sorcier. Elle se repositionna en face de lui, et lui mima le geste d’ôter son casque. Elle se doutait que ce simple geste signifiait beaucoup pour lui et attendit patiemment que ses mains mal assurées le reposent sur ses genoux comme une armure sans plus d’utilité.

“C’est excellent”

Elle était si fière que ce fut sa voix qu’il entendait pour la première fois sans tous ces appareillages et protection qui avait envahi son quotidien ces dernières semaines ! Elle se doutait qu’il aurait préféré que ce soit les voix de Matthew Hamilton ou de sa petite Rosie aussi n’en laissa-t-elle rien paraître, gardant une satisfaction toute intérieure. S’adressant à son collègue sans même se retourner.

“N’est-ce pas professeur ?”

Etrangement, l’ORL avait perdu de sa faconde et restait silencieux se contentant de hocher la tête, obligeant la généticienne à finalement tourner la tête pour s’assurer de sa réponse. A cet instant il lui adressa un clin d’œil dont il avait le secret comme s’il venait de retrouver l’usage de toutes ses facultés. Elle comprit alors que même s’il jouait les détendus, il s’était senti lui aussi très investi et maintenant pleinement récompensé de leurs efforts.

L’émotion du patient est palpable et visible et c’est elle qui aide la rouquine à garder son professionnalisme. Son collègue hausse légèrement le sourcil comme surpris qu’elle ne laisse pas d’avantage sa joie transparaître. Cette femme devait être un bloc de glace pour rester autant de marbre. De son côté elle savait qu’elle devrait aller se réfugier dans son cabinet ou plus probablement dans les premiers sanitaires qu’elle rencontrerait d’ici là pour laisser de déverser le trop plein d’émotion qui bouillonnait en elle.

“Le professeur ne me contredira pas si je vous dis que c’est gagné pour la sérénade.”

Elle faisait référence à un trait d’humour de son patient quelques jours plus tôt.

“Mais vous voulez sans doute connaître ce qui vous attend pour la suite…”


Elle se tourna vers le Professeur Page pour lui céder la parole. Ce dernier se racla la gorge avant d’annoncer la suite et sans doute la fin du protocole.

“Eh bien, à partir d’aujourd’hui, plus de casque. Cela ne veut pas dire plus de précaution. Il s’agit de vous réhabituer petit à petit aux ambiances sonores. Donc vous pourrez avoir plus de visites et surtout sortir dans les couloirs de l’hôpital à raison d’un quart d’heure supplémentaire chaque jour. Durant ce laps de temps nous comptons sur vous pour nous signaler toute douleur à l’oreille et remettre votre casque si cela devait arriver. Si tout se passe bien, vous pourrez sortir d’ici cinq jours. Des questions ?”

C’était au tour de la rouquine de se tourner vers son collègue incrédule du ton neutre adopté par ce dernier. Lorsqu’elle s’adressa de nouveau au jeune sorcier c’était avec le sourire de satisfaction de la mission accomplie même si les cinq prochains jours finiraient de décider de la réussite de l’opération, mais aussi de constater qu’elle n’était pas la seule à devoir lutter contre ses émotions.

“La rentrée universitaire risque de pouvoir compter sur vous…”
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora - Page 2 EmptyHier à 11:27

J’ai encore du mal à réaliser. Le diagramme est là, devant mes yeux, j’ai envie de sauter de joie mais mon corps ne suit pas, comme s’il n’était pas encore convaincu de la victoire. Je sens des larmes, de joie ou d’émotion, je ne sais pas dire, qui gagnent mes yeux ; je vois la joie contenue sur le visage de la docteur Knight, et la surprise du docteur Page.

Et j’enlève le casque. J’enlève le casque, j’enlève tout appareil qui me coupe du monde, mon oreille est nue et fonctionnelle depuis deux ans.

Et j’entends. Par Merlin, j’entends la voix de la professeure, c’est flou et brouillé, je lis sur ses lèvres par réflexe mais je l’entends, sans appareil, sans implant, sans rien d’autre que mon oreille, j’entends sa voix, son timbre, un timbre humain, j’ai l’impression de ne jamais avoir rien entendu de plus mélodieux, de plus beau, qu’une simple voix humaine. Cette fois les larmes coulent et je les essuie comme je peux.

- Pardon, c’est juste que… ça fait deux ans que je n’ai pas entendu de vraie voix, c’est…

Je souffle un grand coup pour essayer de garder contenance. Et je l’entends encore, qui s’adresse à son collègue cette fois, et je commence à réaliser vraiment ce qui m’arrive. Ça a marché, la victoire résonne dans ma tête, j’ai presque envie de serrer les médecins dans mes bras. Ça a fonctionné, ça a fonctionné ! Deux ans de silence traversé par des voix de robots, deux ans à peiner pour comprendre, à me sentir toujours fatigué. Deux ans à me sentir exclu, toujours à côté des gens, ceux qui entendent et qui savent détecter une humeur grâce à une simple inflexion de voix, qui peuvent parler et rire et chanter sans avoir peur de le faire trop fort, qui n’ont pas besoin de mille précautions pour suivre une simple conversation.

Je ris en entendant la professeure mentionner notre discussion de la semaine passée.

- Je ne vais pas le laisser tranquille avec ça, vous pouvez en être sûr.

Je sens une bourrasque de joie qui me traverse. Je me sens l’énergie de bondir sur mes pieds et de courir jusqu’à chez moi, de ne pas attendre une minute de plus avant d’entendre à nouveau tout ce que je peux, tout ce qu’il y a dehors.

Le docteur Page se lance dans des explications et je peine à le suivre avec une seule oreille. Il va me falloir de la rééducation, et l’aide de mon implant gauche. Je ne suis pas entendant, je ne le serai plus, je m’accroche aux fantastiques progrès de la journée pour rejeter ce regret loin de moi. Je mets mon implant et lui demande de répéter ses instructions. Des sorties : enfin ! Plus de visites, plus de vie, et je vais enfin pouvoir sortir et marcher. Je me sens comme un malade incurable à qui on vient d’administrer un remède miracle.

- Les visites pourront durer plus longtemps aussi ? Et quand je serai sorti, je devrai garder mon casque dans la rue par exemple, si c’est trop bruyant ?

La docteure Knight me sourit, toute en retenue mais elle a l’air sincèrement heureuse sous son masque professionnel. Je regarde les deux médecins.

- Merci, merci, je ne pourrai jamais vous remercier assez, je sais que je l’ai déjà dit mais votre travail a été extraordinaire. Les larmes montent à nouveau.

Une silhouette s’invite devant ma fenêtre, et mon coeur qui s’était calmé bat la chamade. C’est Matthew, et je n’ai jamais été aussi heureux de le voir.

- Je peux vous poser une dernière question, docteure Knight ?

J’ai conscience de mon impolitesse vis à vis du docteur Page mais la discussion qui va suivre ne le concerne pas. Je le remercie encore, attend qu’il quitte la chambre avec son matériel et plante mon regard dans celui de la professeur. Je suis plus sérieux que je ne l’ai jamais été avec elle.

- Je sais que vous ne saviez pas que Matthew était gay avant que vous le voyiez avec moi. C’est moi qui lui avait déconseillé de vous en parler, parce que j’ai toujours appris à être prudent avec les médecins et les médicomages, je pense que vous comprenez. Mais j’ai l’impression que vous êtes plus ouverte que la plupart des soignants que j’ai rencontrés. Alors je voulais vous demander : ça ne changera rien pour vous, vous continuerez à essayer de l’aider du mieux possible ?

**********************************

Matthew est là, dans la chambre, il s’avance et je le serre contre moi, je l’embrasse, je l’enlace pour contenir un peu l’émotion qui va me submerger. Puis il parle, un simple bonjour qui sonne comme le plus beau mot du monde à mon oreille neuve. Je craque et je me laisse aller aux larmes sur son épaule. C’est la première fois que je pleure devant lui, que je me montre si vulnérable, moi qui tiens en si haute importance d’être une présence solide pour lui face à sa maladie. Tant pis, je ne peux pas me retenir, je n’en ai pas envie, il comprendra. Ses mains dans mes cheveux me calment, je m’autorise à prendre le temps de m’apaiser, doucement.

Après quelques instants, je dépose un baiser dans son cou et relève la tête pour le regarder à nouveau. Un énorme sourire barre mon visage alors que j’essuie les traces de larmes du mieux possible.

- Dis quelque chose, encore.

Je souris encore plus largement en entendant sa voix et les larmes rejaillissent aussitôt. C’est sa vraie voix - pas celle que j’avais imaginée, essayant d’adapter les sons robotiques de mon implant à sa personnalité. Je lui avais plusieurs fois demandé de me décrire sa voix, de la comparer avec celles de gens que j’avais entendus avant ma maladie - il avait trouvé cela étrange mais s’était plié à l’exercice. Mais rien n’aurait pu décrire la richesse de ce que j’entends maintenant. J’entends sa voix qui s’étonne, qui monte dans les aigus, redescend et devient aussi espiègle que son visage quand il sourit, l’émotion qui l’étrangle un peu. J’entends même son accent.

J’entends aussi ma propre voix. Je n’y avais même pas pensé pendant tout mon séjour. En réflexe, ma main se pose sur ma gorge.

- J’ai l’impression que ma voix a changé… Je m’en rappelle mal, il faudra que je demande à mom et mummy…

Peu importe, je m’en occuperai plus tard.

- Je te préviens, j’ai dit à la docteure Knight que tu allais me chanter la sérénade tous les soirs, au moins. Il ne faudra pas que tu la déçoives. Elle a même dit que ce serait bon pour mon oreille, pour la rééducation. Il va falloir que tu me parles tout le temps.

Je souris bêtement et je l’embrasse encore.


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