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 La promesse d'une nouvelle vie - Theodora

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Irvin FowlerIrvin Fowler
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MessageSujet: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyDim 24 Mar - 12:49

Cela fait un mois maintenant que le médicomage responsable de mon suivi m’a proposé cette nouvelle opération, dont il a longuement étudié tous les aspects et que le rendez-vous de cette après-midi va définitivement formaliser. Peu après l’étrange aventure avec Grisella, à l’UPA, mon implant droit avait commencé à dysfonctionner, m’envoyant par intermittence des chocs électriques dans l’oreille interne. J’avais d’abord consulté mon médicomage à Atlantis, puis j’avais dû retourner à l’hôpital de Londres qui s’était chargé de mon implantation et qui avait confirmé que mon implant était hors service et devait être changé. L’annonce avait été un coup de massue et j’avais un instant considéré de garder malgré tout mon implant défectueux, mais il avait fallu me rendre à l’évidence et envisager une nouvelle opération, un nouvel implant, tout ce que je craignais depuis ma première implantation.

Et puis mon médicomage avait apporté un peu de lumière, une autre possibilité qui pouvait tout changer. Une opération encore au stade expérimentale, mais qui avait été testée avec succès sur quelques patients moldus sourds comme moi. La réussite n’était pas assurée, nous devions rester lucides - et il ne s’agissait pas de me rendre entendant mais de me redonner quelques décibels, passer de 90dB de perte à 80, ou même 70, pour me débarrasser de cet implant et le remplacer par une prothèse externe. Pour me permettre d’entendre à nouveau avec mon oreille ; cette pensée était vertigineuse.

J’ai tellement envie d’y croire. L’opération n’est pas très risquée, d’après le médicomage : la pire chose pouvant arriver serait que l’opération échoue et qu’on retourne à la case départ pour me poser un nouvel implant ; mon état ne pourrait de toute façon pas s’aggraver. L’équipe médicale a été prudente, ils craignent que j’aie trop d’espoirs, mais je sais très bien que je ne retrouverai jamais mon audition d’avant la maladie. Cependant, si elle réussit, l’opération ouvrirait une voie pour plus d’améliorations futures, et je ne peux m’empêcher d’y penser.

Et puis il y a tous les bénéfices immédiats de cette opération, tout ce que je me retiens de trop espérer mais dont je meurs d’envie : découvrir les vraies voix de Matthew, Torvi et Grace, entendre à nouveau celles de ma famille, les babillages de Rosie ; tous les bruits que je n’entends plus ; et surtout, être capable d’entendre sans prothèses, ne pas être complètement sourd dès le moment où j’enlève mes implants, entendre naturellement même si le son sera mauvais. Entendre un peu plus comme un être humain ordinaire et moins comme un robot. Dernière chose : je saurais enfin si Matthew chante juste ou non le matin au petit-déjeuner (lui clame que oui, mais je voudrais en avoir le cœur net).

Mais avant cela, si l’opération fonctionne, il me faudra repasser par le même parcours que deux ans auparavant, l’opération, la convalescence dans le silence complet, le temps que mon oreille cicatrise, la rééducation… ce programme, ajouté au risque de raté de l’opération, a failli me détourner de cette option. Mais si j’ai une chance, même petite, de pouvoir entendre mieux, je dois la saisir.

Je reprends mon souffle et laisse ma tête aller en arrière. La réunion d’aujourd’hui est la dernière étape avant tout ce changement, la tête m’en tourne un peu. J’aimerais que Matthew soit là, il trouverait une blague à dire pour me détendre. Il paraît qu’une médecin généticienne a trouvé mon cas intéressant, qu’elle souhaiterait mettre ses compétences à profit pour m’aider. J’essaie de ne pas trop espérer pour l’instant ; incroyable, moi qui espère tant pour Matthew, je suis d’un pessimisme à toute épreuve concernant mon cas. Simple prudence.

La porte s’ouvre et je rejoins les médecins groupés dans le bureau. Courage. Un peu d’espérance n’a jamais tué personne, n’est-ce pas ?


La promesse d'une nouvelle vie - Theodora 74833510
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyMer 27 Mar - 17:36

Elle pouvait être passée à côté d’un paramètre et elle ne pouvait pas se le permettre. Assise à son bureau dans son cabinet du Centre Médical d’Atlantis, la rouquine était penchée sur le dossier médical du patient après avoir consulté pour la centième fois le protocole mis en projet autour de son cas. Elle n’était même pas rassurée de ne rien trouver de nouveau tant la pression pesait sur ses épaules. Le stylo entre le majeur et l’index et la lèvre inférieure mordue de concentration, elle mettait ainsi la dernière main à sa préparation qui était somme tout terminée depuis quelques jours déjà. Mais on ne se refait pas, jusqu’à la dernière minute, elle se demandera si elle a tout mis en œuvre pour que ce qu’elle entreprend soit un succès.

Cela faisait plusieurs semaines qu’elle se préparait à l’épreuve qui l’attendait cette après-midi au Centre Médical d’Atlantis. S’il ne s’agissait que d’étudier un cas médical elle ne se serait pas sentie aussi tendue, mais la sorte de conseil médical qui se réunissait devait regrouper des praticiens moldus et sorciers et représentait un véritable défi pour la chercheuse en génétique.

Elle regarda sa montre machinalement. il lui restait encore un bon quart d’heure. Ce tic était bien insuffisant pour chasser son appréhension mais il ne s’agissait pas d’arriver en retard...

En premier lieu, elle allait devoir partager un lieu avec des sorciers ce qui ne lui arrivait que rarement et à contre cœur malgré ce qu’elle s’était promis, c’est à dire tenter d’en apprendre plus sur eux et la magie. A chaque fois c’était pour elle une épreuve malgré l’habitude maintenant qu’elle avait de prendre sur elle et de donner le change. Derrière chacun d’eux il y avait cet éclair froid qui avait frappé ses parents et la rancœur qu’elle ne pouvait chasser.

C’était assez facile avec les patients sorciers qui se présentaient à elle. Leur pathologie et leur qualité d’être humain malade prenait vite le pas sur leur nature de sorcier pour le médecin qu’elle était, attachée à soigner dans distinction les personnes qu’elle avait en face d’elle. C’était plus compliqué en revanche lorsqu’il s’agissait d’un autre contexte comme aujourd’hui. Elle a cependant, pour faire face à ce genre de situation, établi une stratégie qui lui permet de prendre les choses le moins mal possible et armée le mieux possible…

Elle se rejeta en arrière contre le dossier de cuir de son fauteuil et posa la pointe de ses doigts sur ses tempes comme pour vérifier qu’entre elles, son cerveau fonctionnait à plein puis reposa ses mains sur les accoudoirs et ferma quelques secondes les yeux. Elle vérifia que sa respiration était calme et prit une profonde inspiration avant de rouvrir les yeux et se redresser.

Resitue ces rencontres dans le cadre de sa lutte et identifie et y rechercher ce qui peut la servir. Dans le cas présent, le fait de collaborer avec des médico-mages, comme ils se font appeler, pourra lui servir à la fois d’alibi, d’entrée dans un monde hostile mais à comprendre et connaître. A mesure qu’elle avance dans cette mascarade, elle est prise de moments de panique et de vertige. Elle n’est pas une complotiste ni un agent double entraîné. Elle en est venue là, poussée par les événements et la nécessité et se sent trop souvent perdue et à la merci de gens dont les armes ne lui sont pas connues. Comme une sardine au milieu d’une troupe de requins, elle doit apprendre à leurrer ses ennemis en tout cas ceux qu’elle a identifiés comme tels et se faire passer pour un rémora. Evidemment si elle parvient à mener cette mission elle aura réussi quelque chose de non négligeable, mais que de compétences étrangères à sa nature elle est obligée de mobiliser ! Depuis son arrivée à Atlantis elle sent qu’elle n’est plus la même personne. Plus retorse, plus méfiante, plus calculatrice, autant d’adjectif qui ne la définissaient pas avant, elle, la petite fille de province élevée sans difficulté ni opposition, ingénue et confiante dans le monde et la place qu’elle allait y occuper.

Elle referma presque à contre coeur le dossier médical sur lequel se lisait en gros Irvin Fowler. Ce serait leur première rencontre et elle se demandait quels étaient ses espoirs quand-à la réussite du projet qui le concernait. Il était à la fois peu risqué mais les chances de réussites n’étaient pas innombrables. Il fallait bien que la situation de départ soit arrivée à un point de non-retour pour que cela vaille la peine de tenter cette expérience car c’était bien de cela qu’il s’agissait.

Le deuxième avantage de cette rencontre contre nature était d’en apprendre plus sur la magie et ses rapports avec le corps humain. S’il était une notion qui lui était indispensable, arrivée au stade actuel de ses recherches c’était bien celle-ci ! En outre le projet dont il s’agissait offrait des opportunités qui ne s’était jamais présentées. Elle se demandait juste si en profiter immédiatement à peine entrée dans la coopération médico-magie/médecine moldue n’était pas risquée. Elle hésitait encore, consciente d’une part que ce genre d’occasions ne se représenterait peut-être pas et que d’autre part, brûler les étapes pouvait se révéler contreproductif, voire dangereux. Comme toujours, elle marchait sur des oeufs et devait user d’une qualité qu’elle avait apprise durant ces dernières semaines, se faire donner les armes par la partie adverse. Ce n’était pas chose aisée et lui demandait d’être à l'affût de toutes les opportunités mais se révélait parfois payante quoique épuisante. Or l'aspect médical de la réunion devait primer aujourd’hui en tout cas.

Elle se leva enfin et ramassa les deux dossiers quelle cala au creux de son coude gauche avant de se diriger vers la porte de son cabinet qu’elle referma à clé derrière elle. Elle jeta un coup d’oeil circulaire. L’espace d’attente était vide puisque la praticienne ne pouvait recevoir personne et derrière son bureau, Maggie Peterson plongée dans son travail avait relevé la tête au son de la serrure. Les deux femmes échangèrent un petit sourire avant que Theodora Rose Knight ne se dirige vers la salle qui servait aux réunions un peu importantes comme les CA mais aussi coordination de service.

Le dernier point positif qu’elle avait trouvé et l’avait poussée à accepter de se joindre à ce projet était la compétition entre les deux magies. A priori, les magico-mages avaient échoué dans leur tentative de venir en aide au patient et c’est pourquoi ils se tournaient vers les moldus pour prendre le relais ou en tout cas mettre en œuvre leur expertise. C’était une occasion en or de démontrer la supériorité de la médecine qu’elle pratiquait sur celle de ses ennemis.

Pour résumer, Theodora Rose partait en guerre ce jour-là et s’était sans doute préparée comme rarement même si chaque cas était pour elle comme une question de vie ou de mort et comme si elle jouait à chaque fois sa carrière.

Elle arriva devant la salle de réunion en même temps qu’un inconnu qui lui sourit avant de lui céder le passage tout en lorgnant sur son badge.

“Bonjour Docteur Knight
_ Bonjour? …”


Elle tendit sa main en même temps que son interrogation inexprimée et son interlocuteur répondit au deux.

“Docteur Andrew Slater.
_ Bonjour Docteur. Je crois que c’est vous qui suivez Monsieur Fowler… enchantée.”


Enchantée n'était peut être pas le terme qui la qualifiait le mieux à ce moment mais les formules convenues ne pesaient pas lourd de signification. Ils pénétrèrent dans la grande pièce que de vastes fenêtres inondaient de la lumière extérieure et se dirigèrent vers des places libres, c’est à dire toutes celles qui étaient autour de la table ovale où personne n'était encore assis et pour cause : ils étaient apparemment les premiers arrivés. Elle pouvait bien accueillir une vingtaine de personne mais aujourd’hui seuls cinq personnes étaient attendues et en conséquence, tacitement les deux médecins se dirigèrent vers une des extrémités de la table. Sans plus se consulter, ils s'installèrent en laissant les deux places du virage à ceux qui prendraient sans doute la direction des débats, Sean Conway, responsable de la médico-magie et Isaac Page, responsable du service d’ORL de l’aile moldue. Le premier était inconnu de la rouquine et elle ne connaissait que de vue le second. On attendait en outre le chirurgien qui aurait la responsabilité de l’opération et que Theodora était supposée secondée ne serait-ce que pour indiquer les endroits où prélever les tissus dont elle aurait besoin. Le professeur Leo Pearce avait acquis une solide réputation de rigueur et ce ne pouvait être qu’une bonne nouvelle de le voir en charge de l’opération. Le docteur Slater pour sa part avait envoyé à chacun un mémorandum sur le type d’opération qu’il envisageait et le descriptif du projet et il ne devait s’agir ici que de se mettre d’accord sur les détails et bien sûr d’informer le patient de ce qui l’attendait et peut être de le rassurer ce qui pouvait se comprendre pour n’importe quelle opération. L’arrivée des derniers invités empêche le silence poli de se transformer en silence pesant. Les deux médecins moldus franchirent la porte en bavardant et s’interrompirent en constatant qu’ils avaient été devancés dans la salle et se dirigèrent vers les premiers venus pour les saluer. Derrière eux arriva enfin Sean Conway en tout cas c’est ce que conclut La chercheuse. à l’arrivé du dernier protagoniste. Les poignées de mains convenues furent rapidement échangées avant que chacun ne trouve sa place. Comme prévu Isaac Page et Sean Conway s’assirent en bout de table, le second à droite, encore plus à droite le professeur Pearce affichait l’air austère de l’expérience sous une coupe en brosse grisonnante. De l’autre côté la chercheuse et le médecin traitant du patient faisaient face à la porte.

Un rapide tour de table permit de confirmer les identités de chacun avant que le docteur Conway ne passe la parole à celui qui connaissait le mieux le patient. Theodora apprécia que personne ne parle de “cas”, terme désincarné qui faisait pour elle abstraction de l’individu qui se cachait derrière l’assemblage de cellule qu’ils allaient opérer.

“Docteur Slater, nous avons tous lu votre note et je vous propose de la résumer et de nous donner les dernières informations sur votre patient.
_ Merci professeur. Comme vous l’avez compris, il s’agit ici de retirer un implant défectueux et de tenter de reconstruire un tissu auditif le plus opérationnel possible pour permettre une audition la moins mauvaise possible et surtout l’utilisation d’une prothèse externe.”


Théodora ouvrit le dossier où tout cela était déjà expliqué pendant que le médecin répondait à la demande. Ce dernier poursuivit

“Je ne vous cache pas que mon patient est un peu inquiet mais que cette opération le remplit d’espoir.
_ Cela se comprend…”


Le chirurgien semblait vouloir prendre la parole t elle lui fut cédée sans problème.

“Vous n’ignorez cependant pas que reconstruire un tissu auditif n’a jamais été fait en tout cas dans les proportions visées ici.”

Théodora crut discerner un peu de condescendance dans les précisions de son collègue moldu, mais le sorcier ne sembla pas relever.

“En effet mais c’est la réputation de Madame Knight et ses réponses préalables qui m’ont décidé à vous proposer ce projet. Madame Knight? Voulez-vous bien nous éclairer ?”

La femme se demanda si elle serait la seule à ne pas être gratifiée de la référence à sa fonction mais prit la parole sans faire d’esclandre. Peut-être sa réponse suffirait-elle à prouver qu’elle méritait le titre de professeur… Les doigts croisés devant elle sur la table, elle dirigea son regard vers le chirurgien.

“Ce que nous allons tenter c’est de récolter de cellules souches de tissus auditif et de les implanter à la place des tissus endommagés. La découverte récente de la protéine EPFL donne beaucoup d’espoir dans le domaine en laboratoire mais ce sera la première fois sur un cas clinique.”

Elle déglutit avant de passer à la fin de son intervention.

“J’espère que je n’ai pas été obscure… Il se pourrait que vos compétences puissent également favoriser cette implantation, mais cela dépasse les miennes.”

Elle s’était préparée maintes et maintes fois à prononcer ce genre de paroles, mais elle se réjouit d’être arrivée au bout de son intervention, baissa les yeux pour signifier qu’elle en avait fini et cacher son trouble intérieur.

“Merci Docteur Knight.”

Son voisin de table poursuivit.

“Ce qui n’est pas facile à mesurer c’est la lourdeur du suivi imposé par cette opération…
_ Les premiers jours, Monsieur Fowler devra être maintenu en chambre anéchoïque, le temps qu’on vérifie que la cicatrisation est avérée, ensuite viendra le temps des tests de récupération et de bourgeonnements des tissus implantés. Ce sera sans doute la partie de Madame Knight…”


Madame Knight fusilla du regard le chirurgien. Décidément, il avait décidé de dénigrer son rôle et sa personne. Mais le pire était qu’elle devait admettre que les sorciers lui accordaient plus de crédit que ce moldu certes compétent mais visiblement misogyne.

“Hum je vois.”

Le docteur Slater prit un air songeur.

“Cela signifie des examens réguliers mais en ambulatoire je suppose.
_ Oui au début deux fois par semaine puis on espacera en fonction des avancées biologiques et ce jusqu’au moment où les progrès plafonneront et où nous pourrons envisager le calibrage de la prothèse”


Isaac Page était dans sa partie et il n’y avait sans doute pas mieux pour répondre à cette question. Il haussa les sourcils pour vérifier que toutes les incertitudes avaient été abordées et éclaircies et posa ses mains à plat devant lui dans un geste doux mais décidé.

“Et bien, si nous avons fait le tour, je propose d’accueillir Monsieur Fowler s’il est arrivé.”

Andrew Slater se leva et fit le tour de la table pour aller ouvrir la porte et inviter le patient qui était effectivement arrivé. Il n’a pas l’air bien assuré mais comment l’être vraiment alors qu’on sait qu’on va servir de cobaye ? La chercheuse cherche son regard mais il s’attache à la seule personne qu’il connaisse ici et c’est bien normal. Theodora se lève cependant pour le saluer, imitée par les autres médecins. De rapides poignées de main sont échangées à travers la table avant que le docteur et son patient ne s’installent à côté du chirurgien laissant à présent la rouquine seule sur son côté de table.

“Monsieur Fowler, je vous présente l’équipe qui est pressentie pour s’occuper de vous. Monsieur Conway, responsable des médico-mages ici, Monsieur Pearce, chirurgien, le Docteur Page responsable du service qui va vous accueillir et le Professeur Knight, généticienne qui s’est laissée convaincre de mettre en œuvre un tout nouveau protocole."

La chercheuse ne savait pas trop si elle devait remercier ou maudire le médecin traitant de l’avoir vengée de son collègue mais ne put retenir un petit sourire lorsque le chirurgien fut amputé de son titre.
Irvin FowlerIrvin Fowler
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyMar 2 Avr - 11:15

J'entre dans le bureau avec toute l'assurance dont je suis capable. Seuls les visages du docteur Slater et du responsable du pôle ORL me sont connus ; le premier me suit régulièrement, et le second avait inspecté l'état de mes implants après l'attentat de l'inauguration, l'année précédente. Je perçois plus ou moins les autres noms, serre les mains tendues de tout le monde et m'asseois à côté de mon médecin. Toutes ces personnes pour une opération, est-ce un bon signe ? Mon médecin fait glisser le protocole sous mes yeux, que je tente de lire mais dont le vocabulaire technique me perd. Le docteur Slater m'a expliqué les tenants et aboutissants, plusieurs fois, mais aujourd'hui tous les détails s'emmêlent dans mon esprit. Je prends note des noms des médecins sur le dossier, discrètement, pour ne pas faire d'erreurs en les nommant. Celui de la généticienne m'évoque quelque chose, bien que son visage me soit inconnu. Elle a l'air calme et avenante avec son sourire discret qui se veut rassurant, ils le sont tous, comme si j'étais déjà au fond d'un lit d'hôpital ; mais en moi l'angoisse monte, et je me concentre pour me contenir.

- Bonjour, merci de... de m'avoir proposé cette opération.

A Sainte-Mangouste, presque deux ans auparavant, on m'avait aussi promis des réussites. Après un mois d'opérations et autant de désillusions, j'avais à peine récupéré une dizaine de décibels. Qui sait si cette opération là aura plus de succès ? J'ai peur de me leurrer, que les médecins eux-mêmes se leurrent avec leurs nouvelles techniques prometteuses, peur de n'être qu'une expérience ratée de plus dans la longue liste de l'histoire de la médecine. Et qu'on ne me dise pas que mon cas, même en cas d'échec, pourra aider d'autres patients plus tard ; je me fiche de ma place dans les annales de la médecine, je veux des progrès, des vrais progrès, pas des promesses.

-Je serai suivi par le service ORL moldu, c'est ça ? dis-je en me tournant vers le professeur Page. Mais j'aurais quand-même un suivi médicomagique ?

Toutes les questions que j'ai déjà posées au docteur Slater se bousculent dans ma tête, questions auxquelles il a déjà patiemment et plusieurs fois répondu, mais que je je brûle de répéter, comme pour m'assurer qu'elles recevront encore les mêmes réponses.

Je regarde à nouveau la généticienne. Je me souviens maintenant, c'est la médecin qui s'occupe de Matthew, ou plutôt qui lui a proposé un nouveau suivi, récemment ; sûrement une adepte des cas désespérés. Elle ne lui a rien promis, n'a fait qu'évoquer des pistes, des propositions. Elle lui a donné une bonne impression, ce qui a fait naître en moi beaucoup d'espoirs, même si ceux de mon copain restent très mesurés. Tout comme lui espère pour deux concernant mon opération.

- Vous avez déjà testé ce protocole sur d'autres patients ? Je veux dire vous, personnellement ?

Ma gorge est terriblement sèche. Je pensais être capable d'un peu plus de sang-froid.


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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyJeu 4 Avr - 22:32

Comment pouvait-il en être autrement ? elle avait beau se donner toute l’attitude du médecin accueillant possible, ils étaient cinq et lui était seul avec sa fêlure face à un collège de spécialistes ou en tout cas qui se présentaient comme tels. Comment pouvait-il être plus assuré que cela comment pouvait-il être assuré tout simplement ? Elle suit son regard qui va brièvement de l’un â l’autre. C’est certain, il ne retiendra le nom de personne qu’il ne connait déjà. Peut être le sien car elle est la seule femme ici ? Et encore ? Elle imagine ses pensées, à lui qui cherche à retrouver un de ses cinq sens et soudain elle oublie qu’il s’agit d’un sorcier, et ne voit que l’être humain amputé d’une partie de ce qui fait sa communication avec l’extérieur. Vous a-t-on déjà posé cette question de savoir quel sens vous préfériez perdre ? Assurément aucun, même le goût et l’odorat qui ont l’air si accessoires à certains… Mais l’ouïe… Elle se souvient petite fille de son grand-père isolé des conversations de famille à cause de sa surdité, séquelle d’une vie entière dans les claquements métalliques et les vrombissements thermique de la sidérurgie du pays de Galles avant que la “dame de fer” ne vienne la détruire, en même temps que les milliers d’emplois… Mais la rancœur de son grand père n’est pas d’actualité face à l’angoisse de celui qui vient de devenir son patient maintenant qu’il se tient devant elle.

Il est toujours étrange pour elle de constater combien le médecin en elle prend le dessus sur l’ennemi de la magie. Elle aurait les moyens de lui nuire, les moyens même de le tuer combien de fois durant le suivi qui l’attendait mais elle savait qu’elle n’en ferait rien, parce que son ennemi était la magie pas les individus quoique certains isolément pouvaient effectivement l’être. C’est bien la magie qu’elle combattait ou l’accès à la magie si on ne pouvait la faire disparaître. Celui qui lui faisait face n’était qu’un patient qui rêvait de recouvrer un peu l’ouïe et elle tenterait de réaliser son vœu pour lui, mais elle ne se le cachait pas pour prouver que la médecine moldue était capable de miracles. C’était juste de la science, mais ses progrès lui donnaient des allures de miracle naissant qui n’avait pas encore livré tout ce qu’elle était capable d’explorer et de donner.

En tout cas il ne prend pas le temps de préliminaires ou d’introduction. Visiblement au fait de ce qui l’attend il ne souhaite pas perdre de temps et bien des personnes autour de la table doivent lui en savoir gré. Leurs agendas sont sans doute aussi chargés que celui de la généticienne qui a pourtant pris soin de ne pas se mettre de rendez-vous avant les deux heures qui viennent. On ne sait jamais ce que cet entretien peut donner et quelles seront les exigences du patient.

Elle hoche la tête en signe d’écoute aux premières phrases d’Irvin Fowler avant de faire le tour des visages autour de la table. Elle est heureuse de ne trouver aucune arrogance ni condescendance chez eux. Même le docteur Pearce semblait à l’écoute entière du nouveau venu dans la pièce. Peut-être n’était-il que misogyne. En d’autres circonstances, elle aurait peut-être pu en sourire, mais elle avait bien d’autre soucis pour le moment que de brosser le portrait de son confrère. Elle se souvient qu’on est venu lui proposer le poste à Atlantis. Sans doute en a-t-il été de même pour chacun d’entre eux et que qu’il s’est agi de trier les heureux élus...

Pour ce qui est de la proposition de l’opération, en toute modestie, elle n’y est pour rien et il avait fallu que le responsable ORL ait une haute opinion d’elle pour qu’il lui demande d’y participer. Elle n’avait pas réfléchi au pourquoi cette démarche auprès d’elle mais simplement si c’était faisable et si elle pouvait se mouiller dans un tel projet sans courir à la catastrophe. Elle avait demandé un délai de réflexion avant de donner sa réponse définitive et avait balisé le projet en termes de risque avant de donner son accord. Il fallait être bien clair sur une chose, ce qui allait être tenté le serait pour la première fois et comme toutes les premières pouvait très bien se solder par un échec. En même temps, étant donné l’état de son audition, le patient ne risquait pas grand-chose hormis de devoir être réimplanté par un appareil électronique. Les risques liés à l’opération elle-même étaient minimes du moins tant qu’on ne touchait pas au nerf auditif… Mais la microchirurgie avait d’énormes progrès et le docteur Pearce avait une réputation à toute épreuve.

Se sentant interpellé, le docteur Page un sourire plein de compréhension pour la première question du jeune homme avant de répondre très directement et sans ambiguïté.

“Cette opération sera réalisée en collaboration entre nos deux médecines. Le service ORL moldu comme vous dites en sera la cheville ouvrière de par son expérience dans le domaine mais vous serez suivi par qui vous voulez. Le docteur Slater bien sûr…”

Il inclina la tête en direction du médecin traitant comme pour le resaluer

“...mais aussi tout autre médico...mage que vous souhaiterez.”

L’hésitation sur le terme médico-mage confirmait que tout le monde devait encore se familiariser avec des concepts nouveaux et pas toujours faciles à appréhender. Le responsable suivit ensuite le regard d’Irvin Fowler qui se portait maintenant vers la généticienne et s'effaça pour laisser s’exprimer la question suivante et la réponse attendue. La voix du jeune homme était un peu laborieuse mais le fond était parfaitement exprimé. Elle était l’expression d’une angoisse bien naturelle et la chercheuse ne s’en formalisa mais rechercha brièvement le regard du chirurgien comme pour lui demander l’autorisation de répondre. Ce dernier écarta légèrement comme pour lui céder volontiers la parole. La rouquine se racla brièvement la gorge.

“ Non en effet. Je pense que le docteur Slater ne vous l’a pas caché, cette opération est une première pour nous tous ici. Si je peux vous rassurer, je dirais que les opérations de l’oreille sont très bien maîtrisées. Ce qui est une première c’est l’auto-implantation des cellules destinées à vous rendre une partie de votre ouïe.”

Elle ne savait pas si le jeune homme désirait qu’elle entre dans les détails. Il semblait juste avoir besoin d’être rassuré et c’est à cela qu’elle s’employait.

“S’il devait y avoir échec, car c’est possible, il ne mettrait pas en danger votre intégrité physique.”

Elle avait hésité à parler de la déception qu’un fiasco engendrerait, mais elle n’aurait sans doute aucune mesure avec celle que le patient ressentirait. Elle jugea donc qu’il était plu décent de s’en tenir là. De la voix douce qui la caractérisait lors des entretiens médicaux, elle conclut.

“Ai-je répondu à votre question tout à fait légitime ? Si vous en avez d’autres… Nous sommes là pour y répondre.”

D’ailleurs, si le patient souhaitait se rétracter même au dernier moment c’était bien sûr possible. La confiance est toujours un atout indispensable pour la réussite de tels projets et il était prévu quelques jours supplémentaires pour lui laisser le temps de la réflexion, après quoi, le docteur Slater devait donner la réponse définitive d’Irvin Fowler.
Irvin FowlerIrvin Fowler
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyVen 5 Avr - 18:08

J’ai l’impression de faire un bond de deux ans en arrière. Je déteste les hôpitaux, les opérations et tout ce qui s’y rapporte. J’y passe beaucoup trop de temps à mon goût, entre mes rendez-vous médicaux, mon suivi psychomagique, les rendez-vous pédiatriques de Rosie. Je crains que les hôpitaux fassent toujours partie de ma vie désormais. Ils en deviendront même une part importante, plus tard, quand la maladie de Matthew aura progressé… je ne veux pas penser au futur qui l’attend, qui nous attend et qui m’angoisse terriblement. J’espère que Rosie sera épargnée par toute cette malchance.

Mes questions sont un peu directes mais je n’ai pas la patience nécessaire pour être diplomate ; heureusement, les médecins ne s’en formalisent pas. J’ai souvent entendu des Moldus rejeter ce terme, comme s’il était dégradant, comme s’il marquait une différence qu’ils ne souhaitaient pas voir. Ou peut-être qu’en les nommant, il les désigne non plus comme la seule sorte d’êtres humains sur terre, mais comme une des espèces existantes, une parmi d’autres toutes d’égale valeur. Les gens qui se sont toujours considérés comme la norme n’aiment pas se voir assignés un terme, eux qui utilisent le langage pour marquer la différence des autres.

Je hoche la tête en écoutant le discours du docteur Page.

- Je ne demande pas un autre médicomage, je...je vous fais confiance, c’est votre domaine.

Mon affirmation est aussi une question. Je n’ai pas confiance, ou plutôt j’ai peur. J’ai beau savoir que les risques sont faibles, que je pourrais toujours être réimplanté en cas d’échec, l’espoir que je tente de contenir devient si fort que la chute me paraît insurmontable. Je vais mieux maintenant, mon suivi psychomagique m’a énormément aidé, le traitement antidépresseur est efficace ; j’ai Matthew dans ma vie, une chance incroyable que je n’espérais même pas un an auparavant, Rosie que j’adore malgré la difficulté d’être parent, ma famille, Milo,… Mais j’ai peur de rechuter, la maladie et la surdité m’ont révélé plus fragile que je le pensais ; ou plutôt, elles ont consciencieusement démoli les défenses que je croyais posséder, et que j’entreprends de reconstruire, plus solidement, depuis un an.

Je dois me ressaisir. Mes yeux se plantent dans ceux de la généticienne et je l’écoute, alors qu’elle tente patiemment de trouver les mots qui me rassureront. Et quand elle se tait, je sais que sa dernière phrase est sincère, qu’elle est réellement là pour répondre à mes questions, qu’il ne s’agit pas seulement d’une formule de politesse.

- Vous avez répondu, merci. Le docteur m’avait expliqué tout cela, que cette opération est expérimentale et qu’en cas d’échec, on pourra me poser un nouvel implant. Est-ce que, si l’opération fonctionne, cela veut aussi dire que mon audition pourra encore être améliorable plus tard ? Si j’ai bien compris, mon oreille va en quelque sorte se réparer elle-même, grâce aux cellules souches, c’est cela ? Si le protocole marche, et s’il est amélioré, est-ce que plus tard je pourrais bénéficier d’autres opérations ? Est-ce que… est-ce que mon oreille gauche pourrait aussi être opérée ?

Cela fait beaucoup de demandes, beaucoup d’hypothèses pour un traitement encore au stade expérimental. Mais après tout, elle m’a proposé de poser toutes les questions qui me tournent encore en tête.

- J’ai encore quelques questions, oui. Je reprends mon souffle. Est-ce que je serai remis à temps pour la rentrée universitaire ? Vous avez une idée du temps de cicatrisation nécessaire ? Du temps où je devrais rester à l’hôpital ? Le docteur m’a parlé d’une chambre spéciale où je devrais rester pour éviter tout bruit, est-ce que ma famille pourra quand même venir me voir quand j’y serai ? J’ai… j’ai un bébé, je ne voudrais pas laisser toute la charge à sa mère trop longtemps, vous comprenez.

La perspective de me retrouver seul dans une chambre totalement silencieuse pendant plusieurs jours, sans visites, m’effraie absolument. Et pour le reste, organiser le mois d’août autour de cette opération est une sacrée gageure ; heureusement, Mom, qui ne travaille pas pendant les vacances scolaires, s’est proposée pour garder Rosie en journée, quand Torvi travaillera. Ce sera difficile pour ma petite hobbite et je voudrais lui épargner trop de changements, d’allers-retours entre Atlantis et Flagley – ce n’est pas une vie pour un si petit bébé.

Une question stupide me vient à l’esprit, stupide car je sais à l’avance qu’aucun médecin ne pourrait y répondre totalement sincèrement. Question que des dizaines de patients ont déjà dû leur poser. Question puérile que je n’aurais jamais osé émettre si je n’étais pas arrivé à la dernière étape avant de devoir me décider.

- Vous pensez que cela vaut le coût ? Je veux dire, que l’opération et tout le suivi ensuite valent d’être tentés, plutôt que de simplement me réimplanter ?


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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyVen 5 Avr - 23:03

Elle tente de traduire en émotions les regards que lui renvoie le jeune homme. Elle s’est déjà demandé si les sorciers avaient les mêmes que ceux qu’ils appellent moldus, mais elle a très vite conclu que oui. Après les quelques rencontres avec quelques individus de leur bord elle avait pu vérifier qu’elle n’aurait pas à se décaler et à marcher sur des œufs par rapport aux ressentis ou aux émotions comme il fallait le faire avec des personnes atteintes de syndrome autistique et dont les perceptions et les relations ne sont pas transposables avec la façon commune d’envisager les choses.

L’inquiétude est perceptible chez Irvin Fowler mais sans exagération, juste comme il est naturel de manifester de l’appréhension avant une telle opération surtout lorsque l’on sait que c’est la première fois qu’elle a lieu. Elle même, pour avoir expérimenter l’hôpital de l’autre côté de la barrière ne pouvait pas se vanter d’avoir été si brave. Il faut dire que les hémorragies l’avaient laissée sur le flanc et la dépression qui s’en était suivie ne lui avait pas laissé beaucoup de loisir de se poser bien des questions. Expérience qui s’était montrée salutaire pour son futur métier et lui avait permis de se mettre plus facilement à la place des patients.

En premier lieu elle ne prenait jamais l’agressivité des malades contre elle personnellement et elle mettait un point d’honneur à répondre du mieux qu’elle pouvait à toutes leurs interrogations. Le jeune homme était de ce côté parfaitement civil et ne débordait en aucun cas de ce que l’on pouvait attendre de lui. En outre la rouquine avait eu le temps de se préparer contre les assertions concernant moldus et sorciers et avait pris le parti de ne pas y prêter attention sauf si cela pouvait l’aider elle à se forger une idée plus précise sur la magie ou les sorciers, de quoi mener sa guerre. Depuis les mois qu’elle avait passé sur Manadh, elle avait bien dû s’armer contre ce genre de choses et les réflexions qui pouvaient la faire sortir du personnage qu’elle s’était construit était se disait-elle les mêmes qui pouvaient avoir le même résultat sur n’importe qui. Elle se sentit soudain curieuse de connaître la position des confrères présents dans la pièce. Il était vrai qu’elle n’avait jamais abordé le sujet de la mixité et de la magie avec qui que ce soit à l’hôpital et la prudence le lui interdisait. L’ironie serait que les docteurs Pearce et Page partagent ses points de vue et qu’ils n’en sachent respectivement rien…

Le docteur Page justement eut un geste de tête reconnaissant devant la confiance affichée du patient. Était-il si certain que personne ici n’en veuille à sa qualité de sorcier ? Il était tellement facile pour un médecin de conduire un patient à la mort, même s’il n’était pas à l’abri que l’enquête qui s’en suivrait ne conduise à lui. Mais encore une fois, Irvin Fowler n’avait rien à craindre de Theodora. Premièrement, s’il fallait ôter la vie, ce ne serait sans doute pas elle qui le ferait même si on ne pouvait pas toujours savoir ce que le tourbillon des événements pouvait vous obliger à faire. Et deuxièmement ce projet avait pour elle, mission à prouver aux sorciers la supériorité de la médecine scientifique. Elle baissa un instant la tête pour apprécier la confiance qui leur était faire et trouva que c’était tout à fait courageux de la part du patient de s’en remettre sans condition à l’équipe qui avait été constituée. Pourtant quelque chose dans ses yeux et son timbre de voix traduit quelque chose qu’elle ne saurait définir avec certitude. De la peur ? Peut-être. De la méfiance aussi peut-être mais elle en doutait. Sans doute un peu d’indécision ? On pouvait le comprendre aussi.

Elle espérait simplement qu’elle avait réussi à lui répondre comme il le souhaitait. On ne sait jamais comment nos paroles pouvaient être reçues surtout dans ces circonstances si particulières où il s’agit d’être dépositaire du corps de quelqu’un qui ne maîtrise pas tous les tenants et aboutissant autant que les autres personnes réunies autour de la table ovoïde. Elle avait beau toujours peser ses mots, pouvoir de plus en plus compter sur son expérience croissante, elle ne pouvait jamais être certaine de s’être mise correctement à la place du jeune homme en l'occurrence mais de n’importe quel autre patient également… Sa réponse la rassura. Il était toujours important d’avoir un retour comme celui-ci pour évaluer sa propre intervention.

Elle jeta un rapide coup d’œil au professeur Pearce afin de vérifier qu’il ne voulait pas répondre à la question suivante, mais visiblement elle était destinée à la généticienne et le regard qu’elle croisa était plus un regard d’intérêt pour la réponse qu’elle allait avoir que pour intervenir lui-même. Elle retourna son regard vers celui d’Irvin Fowler avec un sourire qui signifiait qu’elle entendait bien les nouvelles questions et qu’elle allait faire de nouveau son possible pour répondre.

“Je vais parler sous le contrôle des confrères de la sphère ORL, je veux dire des oreilles... Excusez-moi si je jargonne. N’hésitez pas à m’interrompre.”

Son regard de malachite s’agrandit alors qu’elle vérifiait qu’elle n’avait pas utilisé de termes inaccessibles. Là aussi, résidait une difficulté pour la praticienne, celle d’évaluer à quel moment on perd son patient à force d’explication trop précise et incompréhensible et à quel moment on peut paraître insultant, même sans le vouloir, à trop simplifier.

“Nous n’avons pas de certitude sur le niveau d’amélioration que nous allons obtenir. Ce serait mentir de vous dire que vous réentendrez comme avant le traumatisme que vous avez subi.”

Elle s’interrompit et sentit le rouge lui monter au front. Pourquoi était-elle partie du principe que le patient savait tout de son oreille et de ce qui l’attendait. Il aurait été tellement simple de prévoir un petit diaporama pour expliquer tout cela ? Un bon schéma valait toujours mieux qu’un long discours et elle ne serait pas là chercher ses mots avec la crainte de parler dans le vide ou de provoquer plus d’appréhension que de réassurance.

“Excusez-moi j’aurais dû prévoir de quoi vous montrer tout cela, mais j’ai là un schéma qui devrait…”

Elle ouvrit son dossier dans lequel, fort heureusement elle avait glissé plus pour se rassurer elle qu’à l’intention du patient, elle devait bien l’avouer. Elle se leva tout en poursuivant et fit le tour de la table pour se rendre auprès d’Irvin Fowler.

“... être assez parlant.”

Les autres participants à la réunion la suivirent du regard, certains amusés d’autres interloqués. Lorsqu’elle arriva près du jeune sorcier, elle prit le parti de s’accroupir à côté de sa chaise, personne ne lui ayant cédé sa chaise ou un peu de place. Les épaules juste assez hautes pour pouvoir poser un coude sur la table, sa tête elle, était juste au niveau de la clavicule du jeune sorcier. Elle posa le croquis de l’oreille et entreprit de lui en présenter l’anatomie avant d’entrer dans le vif du sujet qui répondait plus précisément à la question.

“Vous voyez ces deux endroits ? Ils sont tapissés de cellules qui sont d'ordinaire le support des cellules sensorielles.”

Elle indiqua de la pointe de son stylo les endroits concernés sur le schéma.

Nous allons tenter d’ensemencer les premières cellules toujours présentes en cellules sensorielles. Elles sont de deux natures différentes et l’incertitude repose sur la quantité de ces cellules que nous pourrons obtenir. Vous l’avez compris, plus il y en aura, plus le résultat sera bon mais leur répartition est importante également et là nous ne pouvons préjuger de rien pour le moment. Améliorer ce résultat par contre pourrait relever de la roulette russe. Vous imaginez bien la minutie de cette intervention et de plus les cellules que nous aurons pu obtenir sont très fragiles, il se pourrait qu’en voulant faire mieux nous détruisions ce que nous avons obtenu. Tout est donc possible en matière de persévérance, mais personnellement je ne le recommande pas sauf si l’état post opératoire de votre oreille était excellent….
_ Le professeur Knight a raison…”


Elle tourna la tête en direction du chirurgien qui venait d’ainsi prendre la parole en la gratifiant de son titre qu’il lui avait refusé jusqu’à présent.

“L’oreille n’est pas un organe que l’on peut ouvrir et refermer à l’infini à chaque fois nous risquons de compromettre sa cicatrisation et sa fonctionnalité. Poser un autre implant n’est pas aussi invasif pour l’oreille interne et pourra prendre le relai en cas d’échec, mais tenter d’améliorer un succès…”

Les yeux de la généticienne revinrent au patient qui avait écouté attentivement le complément d’information du professeur Pearce.

“Voilà… Par contre, si les résultats obtenus sur votre oreille droite sont satisfaisants et que vous le souhaitez, votre oreille gauche pourra bénéficier de la même intervention qui nous permettra peut-être de trouver des améliorations… Mais nous n’en sommes pas là… Je dois vous avertir que les réactions post-opératoires peuvent être douloureuses même si nous serons vigilants à vous éviter de souffrir inutilement… Il sera toujours temps d’envisager une suite plus tard...”

La douleur du malade était un souci constant pour la chercheuse et suscitait un débat chez les médecins, entre les tenant d’une moindre souffrance supposée améliorer la convalescence du malade et les tenants d’une tradition qui voulait que la souffrance fasse partie de la maladie et du traitement aussi. Pour la rouquine c’était une position d’arrière garde mais il n’était pas aisé de convaincre ses défenseurs. Heureusement, au centre médical d’Atlantis, personne ne semblait en être resté là et les patients pouvaient bénéficier de protocoles anti-douleur, même si le zéro souffrance ne pouvait pas toujours être atteint. Les dernières explications médicales dispensée, elle s’autorisa à se redresser et à se rediriger vers sa place en tentant de ne pas perdre de vue Irvin Fowler qui lui non plus ne la quittait pas des yeux en même temps qu’il exprimait une nouvelle bordée de questions. Elle prit le temps de se rasseoir et fronça légèrement les sourcils pour tenter de calculer les différents délais qui avaient été envisagés en fonction des impératifs qui venaient d’émerger.
La mention de l'existence d’un bébé laissa interdite une fraction de seconde la généticienne. Elle déglutit avec peine comme à chaque fois que ces petits êtres intervenaient dans ses préoccupations. Cela faisait à chaque fois comme une vrille dans son ventre. Elle savait depuis longtemps que la maternité était exclue pour elle. Elle avait également fait en sorte de l’accepter et d’en faire son deuil. Elle était même passée par la dépression pour en arriver là et pourtant la plaie était toujours vive malgré le temps qui passait et son horloge biologique qui tournait inexorablement et l rapprochait du moment où procréer ne serait plus une option. Elle força un sourire un peu mélancolique pour tenter de répondre à toutes les préoccupations.

C’est le professeur Page qui vint à son secours avec sa bonhomie naturelle.

“Et bien si nous restons sur une opération dans une semaine pour vous permettre de vous organiser, une semaine de cicatrisation suivie de deux autres de confinement pour préserver les nouvelles cellules sensorielles qui auront été obtenues… C’est bien cela professeur ?
_ Tout à fait. Il nous faudra sans doute une semaine de plus pour les tests et le calibrage de la nouvelle prothèse externe… Oui nous devrions être dans les délais pour la rentrée universitaire.”


La mélancolie qui l’avait envahie s’était changée en de l’attendrissement pour la préoccupation bien légitime du jeune homme. Un sourire attendri se dessina en direction de l’étudiant. Un bébé a besoin de ses parents et si elle comprenait bien les implications de ce qu'elle venait d’apprendre, la situation familiale n’était pas forcément des plus simple car pour une raison ou une autre, la mère ne semblait pas faire partie du paysage totalement proche du jeune homme… Évidemment il n’était pas question de se montrer indiscrète. Il ne s’agissait pour l’hôpital que de trouver des solutions techniques afin de préserver les liens extérieurs du patient.

“La chambre dans laquelle vous serez sera un peu comme un studio de musique mais en mieux pour éviter les sons venus de l’extérieur et même de vous-même. Durant une semaine, ce sera un peu comme si vous étiez malade et que vous ne vouliez pas contaminer votre enfant, ce ne sera pas très long et vous pourrez le voir à travers la vitre, vous pourrez même vous filmer pourquoi pas. Par la suite, avec un casque antibruit spécifique, vous pourrez avoir des visites plus ou moins fréquentes et longues en fonction de la vitesse des différents processus biologiques. Au bout de deux semaines nous pourrons envisager un retour au domicile mais il faudra être rigoureux avec tout ce sera bruit et votre casque vous sera encore indispensable.”

Elle eut une moue un peu navrée.

“Je ne sais pas si cela vous paraît raisonnable pour maintenir le lien avec votre enfant, mais nous n’aurons pas beaucoup de choix si nous voulons préserver toutes les chances de réussites…”

Elle finit sa réponse par un regard interrogateur tandis que le docteur Page reprenait la parole.

“Comme nous vous l’avons déjà dit, il n’est pas question de vous presser ni de vous imposer quoi que ce soit et nous sommes conscients que la lourdeur du protocole peut vous faire renoncer. Vous n’êtes pas obligé de vous prononcer aujourd’hui tout comme nous sommes là pour tenter de répondre à vos questions, comme le Docteur Knight l’a si bien dit, et tenter de dissiper vos inquiétudes.”

Les yeux du responsable ORL de l’hôpital allaient et venaient entre le patient et son médico-mage comme pour leur signifier que le balle était dans leur camp. Theodora ne put s’empêcher de penser que même s’il ne le voulait pas il mettait ainsi une certaine pression au jeune homme.

“Ce que veut dire le professeur Page c’est que vous connaissez une des solutions possibles pour l’avoir déjà vécue. Celle qui vous est proposée aujourd’hui ne vous garantit rien si ce n’est de ne pas empirer votre état. Je ne peux pas répondre à la question de savoir si cela vaut le coup. C’est nouveau, assez lourd…”

Elle eut un petit rictus navré qui exprimait assez bien qu’elle ne pouvait pas répondre à cette question et que lui seul pouvait trancher en fonction de la confiance qu’il avait dans l’équipe réunie autour de lui et l’espoir qu’il mettait dans l’opération et de son désir de réentendre. Elle lui adressa un regard interrogateur pour l’encourager à continuer à poser les questions qu’il pouvait encore avoir...
Irvin FowlerIrvin Fowler
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyLun 15 Avr - 20:58

La généticienne pèse soigneusement ses mots, elle réfléchit à toute vitesse même si son visage, comme celui de ses collègues, reste calme. Je tente de paraître le plus calme possible moi aussi, même si cette réunion ravive petit à petit toutes mes angoisses concernant cette opération. Les expériences médicales ont toujours l’air spectaculaires quand on les voit dans les journaux, beaucoup moins quand il s’agit de les vivre.

Mon ventre se tord alors qu’elle entame sa réponse. Je m’attendais à son absence de certitude, mon médecin a toujours été très prudent à ce sujet. Retrouver une audition ordinaire serait un miracle auquel personne ne croit. Je hoche la tête quand elle s’excuse de jargonner, comme elle dit ; j’ai passé assez de temps dans un hôpital moldu et fait assez de recherches sur mes implants pour connaître le jargon technique. Soudain, elle se penche sur ses papiers, et à ma surprise se lève pour s’accroupir à côté de moi. Cette médecin est définitivement peu conventionnelle ; le problème, c’est qu’il devient difficile pour moi de bien comprendre sans pouvoir voir son visage et lire ses lèvres. Encore plus difficile car elle enchaîne sur des explications techniques dont le vocabulaire manque de me perdre, bien que je tourne souvent la tête pour regarder ses lèvres et tenter de tout saisir. Ces quelques minutes d’attention se révèlent fatigantes, et le verdict qui tombe est comme un coup de massue. Pas d’amélioration possible au-delà de celle amenée par cette opération. J’avais espéré le contraire, je l’avoue, et cet entretien prend un air de sentence définitive. J’avale péniblement, silencieux pendant quelques secondes, le temps d’encaisser la nouvelle, avant de hocher à nouveau la tête. Je passe la main sur mon visage pour me redonner contenance. La mention de la douleur passe presque pour futile. Au moins reste-t-il de l’espoir pour mon oreille gauche, je dois m’accrocher à cela.

Mon regard se perd sur les rainures du bois de la table, alors que le docteur Page répond à ma question suivante. Il y a un point positif tout de même, je ne raterai pas la rentrée. Je me force à lever à nouveau le regard pour ne rien rater de la suite. La généticienne reprend la parole et le moins qu’on puisse dire c’est que le dispositif de l’opération sera impressionnant. Elle sourit doucement à la mention de ma petite hobbite, j’ai dû la toucher. Mais sa réponse me rassure peu. Une semaine ; une semaine entière seul dans cette chambre anti-sons me semble terriblement longue, je ne veux pas imaginer devoir rencontrer mes proches de l’autre côté d’une vitre pendant tout ce temps. Une semaine seul, assommé par des anti-douleur et dans le silence total, quoi de mieux pour passer les vacances ? Au moins, je pourrai dormir à volonté.

Je laisse les médecins achever leurs réponses, et m’accorde un temps pour remettre mes pensées en place. La généticienne a marqué un point, son résonnement est exactement le mien et celui de mes proches ; mais toutes ces informations me font douter.

- Une semaine, ce sera dur pour ma fille, et pour moi, elle est toute petite, mais… Je respire un grand coup. Si c’est le meilleur moyen de s’assurer un bon résultat, on devra s’y faire. C’est trop court pour casser notre lien, n’est-ce pas ? Je pourrai garder mon miroir à double sens avec moi dans la chambre ?

Bandages et casque anti-bruit ; je vais avoir une drôle de tête. Maintenant que je compte, je passerai tout le mois d’août en convalescence ; impossible de mener à bien tous les travaux universitaires que m’avait donnés le professeur de sortilèges. Je soupire à cette pensée, et à celle de rester dans le silence pendant au moins 3 semaines. Heureusement que mes proches ont appris quelques rudiments de langue des signes, sinon je deviendrais dingue.

- Vous avez des orthophonistes ici ? Où je devrais retourner à Londres ? J’ai gardé contact avec celle qui me suivait à l’hôpital là-bas.

J’ai gardé un bon lien avec elle, bien que les débuts aient été difficiles, à cause de mon impatience et de ma rage envers ma situation que je lui lançais sans cesse au visage. Je lui avais écrit, presque un an après, elle m’avait donné de bons conseils pour bien m’occuper de Rosie et lui apprendre convenablement à parler malgré ma surdité.

Je repense à la dernière phrase de la généticienne.

- Je crois que vous avez répondu à toutes mes questions. Il faut… il faut que je réfléchisse, vous l’avez dit, c’est un suivi lourd.

Je me sens un peu fatigué par toutes ces informations à assimiler. J’ai envie de rentrer chez moi, de serrer Rosie et Matthew contre moi et de ne plus penser à tout cela.

- Je vous remercie, je n’ai rien de plus à vous demander. Je vais réfléchir, je vous donnerai ma réponse rapidement.

J’ai conscience d’être un peu malpoli, de donner l’impression de les envoyer balader, mais je pense avoir toutes les informations importantes. Il n’y a rien à ajouter, madame Knight a raison, c’est à mon tour maintenant de peser le pour et le contre pour me décider. Nous nous levons et nous serrons la main, et je m’apprête à partir. Mais arrivé à la porte, une dernière question surgit dans  mon esprit. Je rattrape la généticienne qui s’éloigne déjà dans le couloir.

- Madame Knight, c’est bien vous qui suivez Matthew Hamilton ? Il a vingt ans, une sclérose en plaques, je crois que c’est vous qu’il a rencontrée. Je suis un ami très proche, je… est-ce que vous pensez qu’il y a de l’espoir pour lui ? Est-ce que vous pensez que vous pourrez trouver quelque chose pour l’aider ?

Je doute qu’elle me réponde, secret médical oblige, mais poser une question ne coûte rien. Je la regarde, suspendu à ses lèvres, mon coeur battant plus fort que pendant tout le reste de l’entretien.


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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyMar 16 Avr - 11:32

Il n’y a que quelques minutes que la réunion a commencé, mais la généticienne sent toute la tension et la concentration qu’elle lui a demandée. Pourtant, elle en a déjà vécue de nombreuses mais celle-ci est infiniment spéciale de par les enjeux qu’elle recèle. Être entourée de professionnels sorciers est pour elle, inhabituel et c’est un peu comme un challenge pour elle. Fort heureusement, ceux-ci sont des plus discrets jusque-là et laissent à la chercheuse l’impression d’avoir presque en permanence la main sur les événements et le déroulement de l’échange, même si ce n’est pas elle qui anime le moment. L’avantage est qu’ils n’ont pas cru bon de venir en affichant des signes ostensibles de sorcellerie. Très vite c’est avec d’autres humains qu’elle s’entretient et cette tension-là, tout du moins, s’estompe au fur et à mesure des échanges. Son empathie professionnelle à l'égard du patient finit de la mettre tout à fait à l’aise.

En deuxième lieu, comme une conséquence de la coopération sorcier-moldus, la nécessité de prouver que la science est porteuse de bien plus de promesses que la magie ajoute à la pression sur les épaules du professeur Knight. Leurs pouvoirs sont terrifiants. Elle sait de quoi elle parle en la matière, mais sont-ils à même de tirer parti des avancées des connaissances ? Elle en doute. Cependant prouver que la science moldue peut tout résoudre n’est pas joué d’avance et si l’opération venait à être un échec, les sorciers auraient beau jeu de montrer qu’elle n’était pas toute puissante. Un instant, elle se demande si elle a bien eu raison d’accepter de faire partie du protocole. Elle a horreur d’être assaillie par ce genre de doute, surtout lorsque les choses sont aussi engagées qu’elles le sont. Heureusement la certitude d’avoir soigneusement pesé le pour et le contre, les différents paramètres de l’intervention projetée chasse bien vite ses doutes. Elle n’a pas le droit de les transmettre au patient et à ses collègues, sorciers surtout. Le malheureux jeune homme doit bien suffisamment pâtir de sa surdité et de l’angoisse de l’opération sans que celle qui est supposée y participer ne vienne le faire douter de l’utilité de subir une telle intervention. Cependant elle s’oblige à jouer le jeu et jette le ton professoral si facile à adopter lorsqu’on se sent détenteur du savoir et qui pourrait lui venir en aide lorsqu’elle sent le stress de cette réunion monter en elle. Elle doit certainement paraître parfois un peu trop humaine mais qu’importe. au moins la réponse que donnera Irvin Fowler pourra-t-elle prendre en compte ce paramètre.

Si elle avait été consciente de la nécessité de lire sur les lèvres de la part du patient elle s’en serait voulu de son initiative qui lui semblait appropriée mais ne facilitait pas forcément la compréhension de ses explications, tout le contraire de ce qu’elle cherchait à faire. C’est en retournant à sa place qu’elle sent dans le regard tendu du jeune homme la fatigue due à l’énergie déployée pour comprendre ce qu’elle a tenté de lui éclaircir. Elle baisse un instant la tête et les yeux pour mieux se faire les reproches qu’elle mérite. Ce n’est pas comme si elle ne connaissait pas le handicap du jeune père ! Elle avait sans doute un peu trop misé sur l’implant dont il était doté, même s’il était maintenant en bout de course. C’était le genre de prise de conscience qui à postériori lui confirmait ce qu’elle savait déjà, à savoir qu’on apprend tous les jours, mais qui sur le moment, faisait monter en elle et contre elle, une colère sourde contre ses insuffisances. Tout en écoutant la suite et en gardant le contact visuel avec le patient, elle ouvrit le dossier du jeune homme et presque sans regarder la feuille de notes qu’elle prévoyait toujours dans ces cas-là, elle griffonna une rapide injonction : ”Pense à la lecture sur les lèvres !” C’était comme une catharsis qui lui permettait de chasser ses mauvaises pensées et de se reconcentrer définitivement sur le jeune homme qui à l’évidence n’en menait pas large, malgré tout le courage qui était visiblement le sien.

La chercheuse aurait souhaité lui venir en aide au jeune papa alors qu’il semble avoir du mal à digérer les différentes informations. Elle sait que les réponses que la médecine et elle apportent aux malades ne sont pas toujours celles qu’ils attendent mais autant, elle met un point d’honneur à se conduire le plus humainement possible à l’égard de ses patients autant, elle refuse de les bercer d’illusions. Il ne s’agissait pas ici d’une banale appendicite et le jeune homme avait accepté en première intention de se prêter à une démarche expérimentale, il ne pouvait pas faire comme si les résultats allaient être assurés et miraculeux.

Elle n’aimait pas beaucoup cette façon d’envisager froidement les statistiques et les possibilités de réussites et d’échec, mais son métier le lui imposait. Après la phase de laboratoire, d’essais in vitro puis sur les souris ou autres animaux hôtes, il fallait un jour passer aux essais sur l’homme et mettre toutes les chances de son côté, se soumettre aux différentes autorisations ne présageaient pas de l’assurance d’un succès. Une première était toujours une première avec ses incertitudes et parfois, même si elle détestait cela une dose d’improvisation dictée par la réaction de l’organisme à ce qu’on lui faisait subir. En l'occurrence, les Docteurs Pages Pearce et elle avaient mis toutes les chances de leur côté, en termes de condition d’opération, de prise en charge post opératoire et de convalescence, mais qui pouvait être certain que tout allait fonctionner comme prévu ?

De son côté, elle devinait que les informations et la perspective de l’opération qui se rapprochait devait mettre le patient dans une situation inconfortable aussi ne lui tint-elle pas rigueur des secondes de malaise et d’hésitation qui lui furent nécessaires avant de refaire réellement partie de la réunion et garda respectueusement le silence, scrutant ses expressions du visage et le langage de son regard. Depuis que sa qualité de père avait fait irruption dans la conversation, la rouquine sentait un élan nouveau en sa direction, dont elle était consciente et qu’elle tentait de classer dans les nouveaux paramètres mais dont elle ne pouvait tout à fait se défaire. Un peu comme les parents qui doivent parfois s’endurcir contre leurs sentiments profonds pour résister aux larmes de leurs enfants qu’ils viennent de frustrer, elle se bâtissait une carapace professionnelle pour ne pas perdre de vue les enjeux médicaux et ne pas les laisser se polluer de sensiblerie. L’évocation de l’objet magique l’aida un peu à durcir sa position. Elle baisse un peu le menton pour se donner un air le plus neutre possible. Puis elle lança un regard interrogateur vers le chef de service ORL qui l’intercepta. Il ferma à demi les yeux comme pour lui donner son accord. Elle ne sut pas s’ils étaient réellement sur la même longueur d’onde ou si même, elle n’avait pas imaginé cet accord tacite mais elle osa une réponse susceptible de rassurer le jeune père.

Au moment de prendre la parole elle sent au nœud qu’elle est obligée de forcer que l’émotion est encore présente mais sa voix sort claire et nette.

“Je ne suis pas psychologue, mais j’imagine qu’il y a moyen de préparer votre enfant à la séparation et au spectacle de son papa momie…”

Elle sourit pour tenter de faire partager la détente qu’elle a tenté d'instiller dans sa comparaison hasardeuse.

“Même très jeunes les enfants comprennent beaucoup de chose alors profitez des quelques jours qui nous séparent de l’opération pour lui expliquer avec vos mots ce qui va se passer et pourquoi vous y êtes contraint. N’hésitez pas à vous bander la tête devant elle pour l’habituer à cette vision dans un cadre rassurant…”

Elle tourna de nouveau le regard vers le docteur Page, comme pour parler sous son contrôle.

“Venez même visiter à avec elle, le service dans lequel vous serez accueilli…”

Ce fut au tour du docteur Pearce d’être interpellé par la rouquine.

“Professeur, auriez-vous une photo du type de bandage que devra supporter Monsieur Fowler ?”

Le chirurgien envoya un regard un peu agacé devant le zèle de sa consœur mais sortit de son propre dossier une photo qu’il tendit au jeune homme.

“Je ne sais pas si cela vous sera utile, mais voilà…”

Visiblement, il ne partageait les soucis psychologiques de de Theodora, mais se plia à la demande. La feuille glissa sur son mince coussin d’air vers Irvin Fowler attendant qu’il s’en saisisse, si jamais il en faisait autant des suggestions de la rouquine qui conclut cette parenthèse avec sérieux.

“Pour ce qui est du miroir je n’y vois pas personnellement, d’inconvénients…”

Elle laissa sa phrase en suspend pour permettre aux autres praticiens de se positionner mais personne ne rebondit sur sa position. Le jeune homme sembla se remettre un peu de toutes les informations plus ou moins positives qui lui étaient arrivées et parvenait maintenant à se projeter dans le futur, comme si le chemin qui lui restait quelques secondes plus tôt à parcourir pour donner son accord définitif venait d’être franchi. La généticienne salua intérieurement le courage dont il faisait preuve. Le vrai courage d’affronter les épreuves, de vaincre ses craintes, pas celui des inconscients qui ne se posent même pas la question de connaître les dangers qu’ils affrontent.

C’est le Docteur Page qui répondit à la question sur l’orthophoniste.

“Nous avons bien sûr des orthophonistes très compétentes, mais si vous désirez garder celle qui vous suit, il n’y a rien qui s’y oppose. Nous transmettrons votre dossier si besoin.”

De son côté, Theodora n’avait pu empêcher un sourire complice se dessiner à l’adresse d’Irvin Fowler. Décidément, elle devait faire attention à ne pas trop s’attacher à des sorciers au motif futile qu’ils aiment leurs enfants. Elle se força à l’effacer, d’autant que le papa devait bien se demander ce qui motivait tant de sollicitudes. Elle se contenta alors de hocher la tête pour indiquer qu’elle approuvait la réflexion du patient. Qu’il soit sorcier ou moldu, on ne pouvait exiger d’un malade qui va se soumettre à une procédure expérimentale de prendre une décision à la légère.

Chacun le comprit en apparence car tous se levèrent comme une seule personne. Les physionomies détendues indiquaient que tout c’était déroulé comme prévu. Evidemment, les praticiens avaient l’habitudes des réticences et des questions des patients et celui d’aujourd’hui n’avait en rien exagéré et se montrait attentif et curieux de ce qui allait lui arriver tout en manifestant plutôt sa confiance que ses réticences. Rapidement, les poignées de main sont échangées en même temps que des sourires satisfaits tandis que le docteur Page en bon responsable général de l’opération s’enquiert une dernière fois auprès du professeur Slater.

“A bientôt donc. Je suppose que nous n’avons plus qu’à attendre que vous nous contactiez pour nous faire parvenir la décision de Monsieur Fowler ?
_ Pas d’inquiétude. Je n’y manquerai pas. En tout cas merci pour cette réunion utile et fructueuse.
_ C’est bien normal…”


De son côté Theodora avait regardé sa montre. Son prochain rendez-vous était avec son laboratoire et des résultats qu’elle attendait depuis quelques semaines déjà devaient avoir été crachés par les imprimantes automatiques des appareils médicaux. Elle s’éloignait donc déjà d’un pas décidé lorsque la voix du jeune papa l’interpella et l’obligea à tourner les talons, un peu interloquée. Y avait-il une dernière interrogation à laquelle elle n’avait pas répondu ? Elle écouta patiemment le jeune homme, le visage un peu fermé. Les questions des soi-disant entourages des malades étaient monnaie courante et elle n’aimait pas trop y répondre. D’abord parce qu’elle ne connaissait pas toujours les proches des malades et qu’elle n’était pas obligée de faire confiance à la première personne venue qui se disait ami, conjoint ou que sais-je encore et que sans la présence du malade concerné ou l’accord explicite de ce dernier pour en parler, le secret médical n’était pas un vain mot. Elle tenta de mettre de côté sa déception de connaître la relation entre le jeune moldu atteint de sclérose en plaque et un sorcier fût-il aussi attachant que celui-ci. D’un autre côté, après la réunion qu’ils venaient d’avoir, on pouvait difficilement soupçonner Irvin Fowler d’usurper un lien avec Matthew Hamilton. Elle ne s’imaginait donc pas opposer une fin de non-recevoir nette et définitive à cette demande. Elle se racla doucement la gorge, se pinça les lèvres comme après avoir passé son rouge, afin de se donner une seconde supplémentaire de réflexion hasarda une réponse aussi précise que possible mais plus en rapport avec la maladie elle-même qu’avec le patient concerné.

“ Vous n’êtes pas sans savoir que la sclérose en plaque est une maladie incurable dont il n’y a qu’un seul pronostic pour le moment. Mais l’évolution est très variable d’un patient à un autre suivant le sérieux de son suivi médical… Les malades peuvent alors escompter encore de belles années devant eux même si leur état n’ira pas en s’améliorant. ”

Elle savait que ses paroles étaient abruptes puisque détachées du contexte de Matthew Hamilton et elle espérait que son interlocuteur ne la prendrait pas pour un glacier médical. Certains patients n'avaient leur espérance de vie réduite "que" d'une dizaine d'année malgré le caractère invalidant de la maladie, mais elle ne pensait pas que cela console vraiment le jeune homme. Elle planta cependant son regard dans celui du jeune sorcier avant de poursuivre.

“L’entourage a également un rôle important en termes d’exemple, de soutien et d’encouragement.”

C’était une manière de faire comprendre que la décision médicale que prendrait Irvin Fowler influerait aussi sur celles de son ami et sur le soutien qu’il pourrait lui apporter. Un proche qui prend ses problèmes à bras le corps est toujours plus crédible que celui qui fuit les difficultés même si cela pouvait être légitime. En outre, un soutien diminué lui-même ne peut donner le meilleur de lui-même à celui qui en a besoin. Elle venait sans doute de lui jouer un mauvais tour en lui donnant d’autres paramètres extérieurs à son cas propre, à prendre en compte dans sa décision finale mais elle assumait cette dernière précision. Tout comme sa petite fille faisait partie de ce qu’il allait prendre en compte, son ami interviendrait sans doute dans sa décision...
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyMar 16 Avr - 16:23

Le choc de l’annonce concernant les progrès limités de l’opération met quelques minutes à se dissiper. J’ai beau essayer de garder les pieds sur terre, j’avoue avoir rêvé toutes les possibilités de ces nouvelles techniques d’implantation de cellules ; et même si ces rêves étaient sagement conscrits dans un coin de mon esprit, les voir pulvérisés ainsi casse net mon enthousiasme. Je souffle à nouveau, pendant que les médecins attendent patiemment que je sois prêt à continuer. Tous mes doutes reviennent : si cette opération fonctionne et n’est pas reproductible ensuite, ne vaut-il pas mieux attendre encore, attendre qu’elle se perfectionne et que les progrès soient plus assurés ? Mais me proposera-t-on cette opération dans un an, ou deux, ou trois… Rien n’est sûr. La prudence me dicte de reculer, mais au fond, cette envie urgente d’entendre mieux à nouveau, urgence qui s’était éteinte depuis un an, ressurgit. Pourquoi me priver de ça pour une hypothétique occasion future qui ne se présentera peut-être jamais ?

Et puis il y a Rosie, ma petite Rosie qui vivra sûrement mal les allers-retours entre Atlantis, Flagley et l’hôpital. Torvi vivrait un mois d’août épuisant, Mom aussi si elle garde la petite en journée, est-ce qu’il est légitime de faire peser tout ça sur eux ? Je leur suis redevable de leur aide, mais leur laisser la tâche de gérer mon quotidien est exactement ce que je voudrais leur éviter. Et puis Matthew… nous sommes ensemble depuis à peine deux mois, est-ce que notre couple tiendra malgré trois semaines de séparation et d’hospitalisation ?

La généticienne reprend la parole, parlant justement de ma petite hobbite. Je me demande si un bébé de six mois pourrait comprendre la situation, mais elle a raison, je peux toujours essayer. Par contre, je n’aurais jamais la volonté de mettre des bandages devant elle pour la préparer à ma tête de momie.

- C’est une bonne idée, je l’amènerai à une prochaine consultation, merci pour vos conseils. Je vais essayer de la préparer au mieux.

Elle a sûrement des enfants, et peut-être a-t-elle déjà vécu ce que je subi, pour sembler si concernée par ma fille. Son sourire et son air bienveillant ne trompent pas, et je lui en suis très reconnaissant.

- Je connais ces bandages, j’avais les mêmes pour ma première opération.

Ce sujet est nettement moins agréable, je jette à peine un coup d’oeil à la photo que le docteur fait glisser vers moi. Je préfère me concentrer sur la réponse de la professeure Knight concernant mon miroir et je soupire de soulagement, avant de hocher la tête pour la remercier.

Tout cela fait beaucoup de merci, beaucoup de patience envers moi, je n’aime pas être en situation de recevoir autant de sollicitude. Mais je prends tout de même quelques instants de plus pour réfléchir, remettre en place mes pensées, calmer un peu mon esprit. Un point d’importance reste à définir, que j’accepte l’opération ou pas, et le docteur Page répond à son tour. Je préfèrerais retourner chez l’orthophoniste qui me suivait avant, pour ne pas avoir à commencer un nouveau suivi avec une nouvelle personne, mais alterner de la rééducation à Londres avec mes études, le travail et la garde de Rosie sera trop compliqué. Quoique, si j’arrivais à organiser les séances selon mes horaires de travail chez Milo… Sacré casse-tête en perspective.

- Je vais réfléchir à ce qui sera le plus pratique pour moi, dis-je en regardant mon médecin.

Et ainsi se finit la réunion, plus éprouvante que je l’imaginais. Je remercie les médecins, qui semblent satisfaits, alors que ma tête à moi tourne un peu face à toutes ces nouvelles informations. J’adresse une dernière phrase à mon docteur, puis file dans le couloir, pressé de rentrer chez moi. Mais je ne peux pas partir sans parler à la professeure Knight, que ce fabuleux hasard a fait croiser mon chemin alors qu’elle pourrait aussi représenter tant d’espoirs pour Matthew. Je tente de garder contenance en lui parlant, ce qui me demande plus d’effort que ceux déployés pendant la réunion. Parler de Matt comme d’un « ami très proche » me coûte aussi, mais je préfère être prudent à ce sujet. On n’est jamais certain de l’opinion des médecins à ce sujet, d’autant plus si cette généticienne est moldue. Sa réponse, et surtout la mention de l’incurabilité et du pronostic de mort à plus ou moins long terme qui attend Matt me tordent brutalement le coeur et je lutte pour contenir mon émotion. Je sais tout ça, je sais qu’il mourra jeune, qu’il finira sa vie handicapé, que nous avons peu d’années devant nous, mais l’entendre aussi clairement me donne l’effet d’une claque. Une très violente claque. Je donnerais n’importe quoi pour un peu plus d’espoir concernant son avenir. Notre couple démarre lesté d’un sérieux poids : étant sorcier, ma vie s’annonce beaucoup plus longue que celle d’un moldu. Si en plus je dois le perdre à cinquante ans, c’est toute notre vie à deux qui s’annonce différente. Comment faire des plans quand l’un de nous vivra soixante, ou soixante-dix ans de plus que l’autre ? C’est vertigineux, j’ai parfois du mal à ne pas y penser, mais je commence à adhérer à la philosophie de Matthew : profiter, à fond, du temps que nous avons, aussi court soit-il. Il flotte au-dessus de nous un sentiment d’urgence parfois, d’urgence à vivre autant que possible. Je refuse de penser à ma vie après lui.

Je comprends que la médecin ne répondra pas plus précisément à ma question. Le peut-elle ? Ou souhaite-t-elle m’éviter plus de déception encore ? Sa dernière phrase sur l’exemplarité me laisse perplexe. J’ai l’impression qu’elle souhaite m’encourager à accepter mon opération, plus clairement que pendant tout l’entretien. Est-ce que Matthew verrait dans ma décision un encouragement à aller de l’avant ? Lui qui a décidé d’arrêter ses études ?

- Le soutien et l’encouragement, on en a pour lui. J’espère… j’espère juste que la médecine pourra faire quelque chose pour lui.

Je soupire.

- Je ne vais pas vous prendre plus de temps, merci pour vos conseils. Bonne journée.

Et je file dans le couloir en m’essuyant les yeux.

***********************************

J’ai pris ma décision. Après d’innombrables discussions avec mes mères, Milo, Matthew, Torvi, j’ai décidé d’accepter l’opération. Et maintenant que j’avance dans le couloir de l’hôpital, vers ma chambre, à quelques minutes de l’intervention, je suis plus incertain que jamais. Ça ne me ressemble pas d’être si émotif ; mais je crois que je n’ai pas envie de lutter et d’avoir l’air plus assuré que je le suis. Je caresse d’une main sur la tête de Rosie, bien calée dans l’écharpe nouée autour de mon torse, et saisit de l’autre la main de Matthew, qui m’accompagne avec mom.

La chambre est aussi impressionnante que dans la description des médecins. Une grande vitre très épaisse donne sur le couloir, et les murs sont recouverts de dièdres destinés à absorber les sons. Je perçois mal la différence avec une pièce ordinaire, mais à en croire les visages et les expressions surprises de mom et Matt, l’effet sonore produit est très déstabilisant. J’espère entendre assez bien pour m’en rendre compte, à mon réveil.

Je pose mon sac dans un coin. L’infirmière arrive alors que je donne Rosie à ma mère, et elle se penche pour gazouiller avec ma fille. Comme me l’avait conseillé la professeure Knight, j’ai amené Rosie à mon dernier rendez-vous pour lui montrer le service. Elle n’a pas eu l’air perturbé, quoique gênée par le bruit et toutes les lumières, mais elle s’est attiré les faveurs de toutes les infirmières de l’étage. Ici encore, ma petite hobbite est calme, assise sur les genoux de mom, observant la chambre avec des grands yeux inquisiteurs. L’infirmière me tend l’espèce de chemise de nuit horrible que je dois enfiler pour l’opération ; je vais l’enfiler dans la salle de bain pendant que Matt, se chargeant de ma fille, fait le tour de la chambre pour la lui faire découvrir en détails. Je ferme la porte et prends mon temps pour me changer. Puis je sors et me glisse aussitôt sous les draps du lit-brancard qui va m’amener en salle d’opération.

- Ça va aller. Mom s’est approchée et s’assoit à mes côtés.

Matthew fait une blague sur le design de ma chambre qui ressemble selon lui à une installation d’art moderne au goût douteux. Je ris et lui reprends ma petite hobbite. Assise sur mes genoux, elle baille à s’en décrocher la mâchoire et me saisit un doigt.

- J’ai le droit au meilleur standing, qu’est-ce que tu crois ! C’est ça d’être un cobaye pour la science.

Mom frissonne au mot cobaye et me serre la main. Je devine son angoisse, même si elle la cache pour ne pas m’inquiéter. Mummy serait venue si elle ne travaillait pas, elle a promis qu’elle me visiterait après l’opération. Matthew vient s’assoir à côté de moi et je le serre dans mes bras.

- Une semaine, ça va être si long…

Il sourit et en rajoute, compatit en disant que lui non plus ne pourrait supporter d’être séparé de lui pendant une semaine, que personne ne le pourrait, que le monde ne le pourrait pas ; je l’embrasse quand il en arrive à l’univers tout entier. Je demande pour la deuxième – ou troisième ? - fois à mom de m’apporter les livres que j’ai oubliés le plus vite possible. Et mon travail pour la rentrée ; peu importe ses reproches sur le fait que je dois me reposer. Je ne vais pas passer trois semaines à  rien faire, je deviendrai fou.

Après quelques minutes, l’infirmière revient avec un brancardier. Je confie à regret Rosie à mom et relâche Matthew. L’infirmière me tend une boîte pour y ranger mon implant défectueux, puis je pose l’autre dans son étui. Je m’allonge sur le brancard, le coeur battant, mes mains tremblant légèrement. Celles de Matthew se glissent dans les miennes, il se penche pour m’embrasser une dernière fois, puis les brancardiers m’emmènent. Ma dernière discussion avec Matt me revient en tête ; je l’avait embêté en disant que j’avais hâte de savoir s’il avait vraiment une voix de canard en vrai, comme celle que j’entendais avec mes implants ; il avait fait semblant d’être vexé mais je savais que la question lui avait tourné en tête. S’il en parlait avec Matilda, il serait capable de changer sa voix pour me faire une blague à mon réveil. Je ferme les yeux. Et je souris.


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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyMer 17 Avr - 19:42

En arrivant au bout du couloir avec son dossier son étui anthracite sous le bras, elle s’arrêta au bureau des infirmières pour prendre des nouvelles du patient. Elle venait d’être avertie grâce à son fidèle bip qui ne la quittait jamais dès qu’elle pénétrait dans le Centre Médical. Elle salua rapidement les infirmières présentes. La clavicule appuyée contre le cadre de la porte. Elle n’allait pas s’attarder, et ne faisait que passer la tête. Celles qui avaient les informations qu’elle voulait devaient être auprès du patient, mais il lui paraissait normal qu’elle signale sa présence ne serait-ce que par courtoisie à leur égard.

“Mesdames ?..."

Elle adressa un sourire franc à la volée en direction des dames en tunique bleue qui lui retournèrent son sourire.

Irvin Fowler chambre 300. Je crois qu’il est en phase de réveil ?
_ C’est cela.Megan et Lucy sot auprès de lui.
_ Merci bien. Rien à signaler d’anormal ?


Elle se contenta du signe de dénégation de celle que son badge identifiait comme Daisy Myers.

“Merci bien.”

Il était déjà tard mais Theodora avait à cœur d’être là pour le réveil de son patient. C’était une sorte de principe pour elle même si elle n’était chirurgien de formation et que son collègue, le Docteur Pearce avait eu la responsabilité de l’acte en lui-même. Ce dernier n’avait pas protesté lorsque la généticienne lui avait proposé de prendre en charge le réveil de leur patient commun.

En plus du principe Irvin Fowler n’était pas un cas comme les autre pour la chercheuse et ce à plusieurs égards. Tout d’abord il était le premier à profiter d’une nouvelle technique de lutte contre la surdité et plus précisément de restauration de cellules sensibles connues pour ne pas se régénérer en cas de traumatisme auditif. Le protocole avait été élaboré à la demande du chef de service ORL de l’hôpital, un peu sous la pression de la demande de ses collègues sorciers et Theodora après avoir hésité et pesé le pour et le contre avait accepté d’apporter sa contribution à l’opération.

Pour tout dire, elle n’était pas certaine que le jeune sorcier accepte de se prêter à une intervention qui n’avait jamais été tentée et dont il avait peu d’assurance quand-à sa réussite. En outre les réponses un peu abruptes qu’elle avait été contrainte de lui fournir en fin de réunion d’information lui avaient fait penser qu’elle venait d’asséner le coup de grâce au projet. Elle n’avait pas trouvé sans doute les mots qu’il fallait pour le rassurer mais elle ne pouvait ni le bercer d’illusion si trahir le secret professionnel et après un retour personnel sur son attitude, elle en avait conclu qu’elle n’avait pas grand-chose à se reprocher. Lorsque le docteur Page l’avait rappelée pour lui annoncer que l’opération aurait en fin de compte lieu elle n’avait pu retenir un sourire de triomphe. Elle n’était pas friande des projecteurs, mais la recherche était sa raison de vivre depuis des années maintenant et pouvoir se livrer à ce nouveau protocole avec des chances de réussites plus que raisonnables était des plus motivants. Bien sûr elle n’oubliait pas la personne qui était engagée dans l’aventure, mais celui-ci avait eu toutes les informations nécessaires et c’était au tour des techniciens d’agir et aux moldus de prouver qu’ils n’avaient pas besoin de l’intervention de forces occultes pour accomplir des prouesses.

C’était là un autre aspect pour lequel Irvin Fowler n’était pas un cas comme les autres. La coopération avec les Sorciers rebutait le professeur Knight et si elle avait accepté c’était bien pour se montrer à la hauteur de l’enjeu. En outre, placer des pions dans le réseau médical mixte ne pouvait pas être inutile et elle avait une réputation d’ouverture d’esprit à construire et conforter. Elle espérait bien que ses efforts seraient récompensés par l’absence de soupçon sur elle dans la guerre souterraine que se livraient les partisans de la magie et ses opposants. Elle avait bien eu d’autres idées pas très avouables en ce qui le concernait mais il ne fallait pas mettre ses œufs dans le même panier et elle devait se forcer à la patience.

Elle arriva devant la chambre 300. La fenêtre qui donnait sur le couloir avait les rideaux ouverts ce qui permettait de surveiller le patient tant qu’il ne pourrait pas être considéré comme réveillé et maître de son intimité. Difficile pour un œil non averti de se persuader que la personne allongée était réveillée d’autant que l’énorme bandage qui lui recouvrait le côté visible de sa tête ne facilitait pas le diagnostic. Autour de lui régnait une pénombre ouatée et tout ce qui pouvait représenter une surface dure était emmitouflé d’un capiton de mousse acoustique destinée à absorber tous les sons. Même le monitoring dont les lueurs vert fluorescent dansaient sur les écrans avait subi le même apprêt. De chaque côté du lit les deux infirmières s’affairaient dans un ballet bien réglé qui indiquait leur expérience dans le service. Leur pas était délicat et leur geste assez ample pour ne risquer de rien heurter. Le temps semblait suspendu à l’intérieur de la chambre anéchoïque, seul comptait le respect des prescriptions de silence. Celle qui était penchée sur le visage du patient, sans doute pour vérifier le retour de quelques réflexes se tourna vers la vitre comme si elle avait été consciente d’être observée et indica d’un regard interrogateur les canules du respirateur qui assurait une meilleure respiration au patient. D’un léger signe de négation de la tête, la chercheuse répondit et les deux infirmières s’apprêtèrent à quitter les lieux. Apparemment tout allait pour le mieux. Elles disparurent un instant dans le SAS sonore. En effet, pour être logique et complet avec la conception anti bruit de l’endroit il aurait été stupide que la chambre donne directement sur le couloir de l’hôpital même si à cette heure l’activité était déjà réduite à la gestion des fonctions végétatives des patients et de l’hôpital dans son ensemble.

Lorsque les deux femmes réapparurent enfin, la généticienne s’approcha d’elles pour aller aux nouvelles.

Mesdames ? Tout va bien ?
_ Pour le mieux professeur.
_ La famille ?
_ Elle a été prévenue, elle ne devrait plus tarder.
_ Le réveil est un peu anticipé par rapport aux prévisions…
_ La petite tombait de sommeil…
_ Je vois…


Elle eut un petit sourire attendri en repensant à la petite Rosie. Le bout de chou était déjà resté sagement dans les bras des adultes durant toute l’opération pour que les adultes puissent être rassurés sur l’opération avant de pouvoir ensuite veiller devant la porte de la chambre. Elle avait bien mérité que ceux-ci lui accordent le sommeil dont elle avait besoin, même si elle était déjà assoupie dans l’écharpe qui la tenait collée dans le giron d’une des femmes qui accompagnaient Irvin Fowler.

Visiblement le médecin n’avait pas de questions supplémentaires et les deux infirmières saluèrent avant de prendre congé. Elles avaient encore de nombreuses tâches à accomplir avant de pouvoir prétendre à une pause. Theodora n’avait qu’un patient dans ce service mais les autres chambres étaient elles aussi occupées…

“Merci mesdames”

Les femmes en bleu suspendirent leur départ pour adresser un sourire et un merci des yeux à la rouquine.

Theodora les laissa s’éloigner et se retourna vers l’intérieur de la chambre. Elle eut alors un sourire satisfait. Rien ne pouvait encore présager de la réussite de l’opération et de ses suites sur l’audition du patient, mais l’intervention s’était déroulée comme prévu. Elle avait duré tout de même trois bonnes heures, protocole d’anesthésie compris. Il n’y avait qu’à voir l’air satisfait du professeur Pearce à la sortie du bloc alors qu’il bombait le torse devant les proches assemblés autour de lui pour le comprendre. Theodora était restée en retrait, se contentant de scruter les visages de la maman d’Irvin et de Matthew Hamilton. Ce dernier avait bien été mentionné plusieurs jours auparavant par le patient comme faisant partie de son entourage, mais les doigts entrelacés des deux jeunes hommes avaient donné un tout autre sens au mot ami qui avait été employé pour le désigner. Elle n’avait sans doute pas pu retenir un petit haussement de sourcil interloqué, mais il avait été suivi, alors qu’elle serrait la main de son patient du jour par un sourire attendri.

Elle devait l’avouer, elle n’était pas familière de l’homosexualité. Elle n’avait rencontré qu’un seul garçon, ou plutôt seul un garçon s’était déclaré à elle comme gay il y avait longtemps lors de ses études de médecine, en deuxième année si sa mémoire ne la trompait pas. C’était le début des années SIDA comme on les appelaient maintenant (comme si le virus était vaincu !) et l’homosexualité était encore frappée de tabou et de rejet. Elle se souvenait de ce jeune étudiant, Jake, comme d’un camarade et un peu plus, attentionné et enjoué, jusqu’à ce soir de révision sans doute trop fatigant ou trop poussé où on commence à ne plus parler que d’organites et où l’intimité se sent protégée par la nuit. Elle ne savait plus comment c’était arrivé, mais il avait fini par fondre en larmes en parlant de ce qu’il endurait de dissimulation de rejet et de vexation. Durant quelques secondes, elle se souvenait de son incapacité à réagir avant de repousser les classeurs et de le prendre dans ses bras. C’était le genre de chagrin qui fait tomber toutes les barrières et tous les préjugés. Ils avaient eu leur année tous les eux et puis Jake était parti aux USA pour poursuivre les siennes et la vie étant ce qu’elle est, ils s’étaient perdus de vue. En regardant Matthew et Irvin elle souhaita qu’il ait trouvé comme eu une relation qui l’épanouisse.

La chambre avait grouillé de monde. Entre le personnel médical chargé de préparer le patient pour son intervention et les proches qui tentaient de donner le change, Theodora avait choisi assez vite de s’effacer et d’attendre au bloc le charriot qui transporterait Irvin Fowler dans sa sémillante tenue hospitalière verte. Entouré comme il l’était, elle espérait que mentalement il serait dans les meilleures dispositions possibles sans son concours.

Le moins qu’elle pouvait juger c’est que malgré tout son courage, il n’en menait pas large, ce qui était bien compréhensible. Elle dut bien rendre en rendre grâce au chirurgien malgré les aprioris qu’elle avait contre lui, mais rien ne fut précipité et à chaque étape la tranquillité d’esprit du patient était une priorité, jusqu’à ce qu’il soit endormi et que le l’anesthésiste donne son accord pour entamer l’opération. De la première incision derrière le pli rétro auriculaire jusqu’au dernier point de suture, le chirurgien était resté concentré et impassible malgré l’improvisation que la configuration particulière de chaque oreille nécessite. Calé derrières les oculaires de microchirurgie, il manipulait avec soin et efficacité. Si la rouquine cachée derrière son masque opératoire ne le portait pas spécialement dans son cœur, elle devait bien admettre que c’était un plaisir de travailler avec quelqu’un d’aussi compétent. De son côté, elle se sentait des plus concernée même si sa présence ne s’avérait utile que dans la phase de recherche des tissus à prélever à implanter. L’écran qui doublait l’affichage du module de microchirurgie lui permit de guider à la perfection les gestes du professeur Pearce dans une parfaite symbiose, favorisée par la réactivité des assistants de bloc dont l’expertise faisait plaisir à voir. La généticienne se dit que le patient aurait tout à gagner en tranquillité d’esprit de constater le fonctionnement huilé d’une telle équipe chirurgicale.

Il était temps pour elle de pénétrer dans la chambre et de rejoindre son patient. Elle poussa la première porte et échangea ses chaussures trop sonores contre des chaussons médicaux jetables dont elle se débarrasserait dans la poubelle prévue à cet effet en ressortant. Lorsqu’elle entra véritablement dans la chambre, elle crut percevoir un léger mouvement de la tête d’Irvin Fowler. En s’approchant du pied du lit elle ouvrit son dossier dans lequel elle avait préparé quelques panneaux standards pour communiquer avec le patient. Elle s’était trouvée assez stupide lors de la réunion d’information pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Elle avait donc réfléchi et préparé avec soin ce moment en glanant quelques conseils auprès du professeur Page et des infirmières du service.

Irvin Fowler entrouvrit les yeux et la chercheuse compris à sa difficulté à les maintenir ouverts qu’elle ne pouvait pas rester là si elle voulait se faire comprendre. Elle se dirigea du côté gauche de lit pour se trouver du côté de l’oreille qui pouvait encore entendre. La sellette de soin destinée à l’ergonomie des soignants glissa en silence derrière elle tirée du bout des doigts et elle prit place le plus près possible du lit, sa cuisse droite coincée entre le sommier et le petit tabouret. Elle sortit le premier A4 en format paysage et le montra à celui entrait maintenant en convalescence. Au-dessus elle articula le même message en silence.
Theodora a écrit:

BONJOUR M. FOWLER.

Elle enchaîna ensuite avec les suivants

Theodora a écrit:
VOUS N'ÊTES PAS OBLIGÉ DE ME RÉPONDRE.
ÉVITEZ MÊME DE PARLER POUR NE PAS ENDOMMAGER
VOS CELLULES TOUTE NEUVES.

Théodora a écrit:
JE SUIS LA POUR VOIR SI TOUT VA BIEN ET VOUS RASSURER
TOUT C’EST TRÈS BIEN PASSE

Elle se contenta ensuite de sourire pour confirmer qu’en effet elle était satisfaite de l’opération. Puis elle sortit de son étui une sorte de petit micro muni d’un écouteur qu’elle montra au patient avant de sortir un nouvel écriteau. Irvin Fowler reconnaitrait sans peine sa prothèse dans laquelle une prise permettait un branchement externe.

Theodora a écrit:
IL NOUS FAUDRA UN CODE POUR NOUS COMPRENDRE AU DÉBUT.

Theodora a écrit:
PREMIER CODE :
SI VOUS ÊTES D’ACCORD CLIGNEZ UNE FOIS DES YEUX.
SI VOUS N'ÊTES PAS D’ACCORD, CLIGNEZ DEUX FOIS DES YEUX


Theodora a écrit:
SI VOUS ÊTES D’ACCORD JE VAIS REPLACER VOTRE PROTHESE ET JE PARLERAI DANS LE MICRO. CE SERA PLUS PRATIQUE.


Elle n'imaginait pas que le patient refuse de re prendre possession et usage de son appareil mais la moindre des choses lorsqu'on intervenait sur le corps d quelqu'un de conscient était de lui demander son avis. Elle guettait en même que le clignement de paupière, les expressions du visage d’Irvin Fowler, bien que cela soit un peu compliqué pour lui d’en avoir vraiment à la sortie d’une anesthésie générale et sous l’effet des anti-douleurs.

Theodora a écrit:
ETES VOUS D’ACCORD ?

Elle attendit le clignement attendu et ne fut pas déçue. Délicatement, elle introduisit ce qui ressemblait à un implant externe et présenta le micro à sa bouche en tentant en même temps de ne pas la masquer afin que le convalescent puisse lire sur elle s’il le voulait. Le sourire qu’elle arborait n’avait rien de forcé et sa satisfaction ne laissait pas de doute lorsqu’elle prit doucement la parole.

“Bonjour, donc. Comme je vous le faisais savoir, tout s’est très bien passé. Attendez…”

Elle sortit de son “étui à trésors” un bloc sténo et un stylo. Elle posa le premier sous la main droite du patient au risque de lui choir dessus mais ses séances de sport ne seraient pas inutiles et son gainage le lui évita sans peine. Le stylo vint rejoindre les doigts de la même main.

“Ainsi si vous avez de longues phrases à exprimer ce sera mieux. Je peux aussi tenter de lire sur vos lèvres. Juste retour des choses.”

L’ironie de la situation lui tira un nouveau sourire avant de poursuivre dans le micro.

“Vous devez vous sentir comme dans du coton et pas très maître de votre corps mais les effets de l’anesthésie se dissiperont en plusieurs jours. Les anti douleurs sont là pour vous éviter de souffrir pendant la première phase de cicatrisation.”

Elle lui indiqua la potence capitonnée et le cathéter dans sa veine gauche.

“Si jamais vous souffrez trop il vous suffira de biper une infirmière. Et j’oubliais le plus important. Votre famille a été prévenue et ne devrait plus tarder. Je suis désolée mais pour le moment les visites se feront à travers la vitre mais dans quelques jours selon la vitesse de cicatrisation, ce sera plus direct. Seule précaution, mais indispensable ne pas faire vibrer votre oreille que ce soit de l’intérieur ou de l’extérieur.”

Sur ces entrefaites, elle perçut un mouvement du coin de l’œil. Les proches d’Irvin Fowler étaient arrivés et se pressaient derrière la vitre épaisse. Elle osa un peu d’humour après toutes ces informations rébarbatives.

“Si vous ne souhaitez les voir, vous avez un bouton qui commande la fermeture du rideau. Cela évite les tringles métalliques dans la chambre.”

Un double clignement de paupière lui confirma ce qu’elle supposait : il était hors de question pour le jeune homme de ne pas apercevoir sa famille.

“Je peux vous redresser un peu et faire pivoter le lit en peu plus face à la vitre ?
_ …
_ Très bien je fais ça.”


Elle baissa le niveau du micro jusqu’au minimum avant de le poser et activa le moteur parfaitement huilé destiné à relever le dos des malades. Elle l’arrêta à un angle d’environ 15° avec l’horizontale. Ce n’était pas encore très confortable, mais cela éviterait aux jeune sorcier les nausées et les céphalées inutiles. Elle s’empara pour la dernière fois du micro

“Bon je vous laisse et je repasserai demain matin pour votre pansement. Essayez de vous reposer en attendant…”

Elle agita les doigts en signe d’au revoir avant de se diriger vers le sas et de bientôt réémerger dans le couloir où une bonne partie des visages s’était tournée vers elle.
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptyJeu 18 Avr - 23:14

J’avais suivi de mon mieux les dernières explications malgré le stress qui s’emparait de moi. Le chirurgien moldu avait fait preuve d’une grande patience, calmant mon esprit à chaque montée de panique, me rassurant sur les processus à venir. Je n’aime pas beaucoup les hôpitaux moldus ; trop de tuyaux, de seringues, de perfusions, tout est plus invasif que les méthodes médicomagiques. Mais j’avais réussi à me détendre, suffisamment pour qu’on pose ce masque respiratoire oppressant sur mon visage, et que je m’endorme. Priant pour me réveiller avec une oreille neuve, et que tout se déroule selon les plans.

Est-ce que je suis réveillé ? Le masque a disparu, je suis allongé dans la pénombre. J’ai l’impression qu’on a lancé un sortilège de jambedecoton sur tout mon corps. Ma tête me tourne. Le sang pulse à l’intérieur. La douleur se répand à chaque battement de coeur, j’ai si mal brutalement. J’ouvre un peu les yeux. Il y a un, non deux visages près de moi, dont un qui se penche sur moi, souriant. Quelque chose me gratte le nez, mais je ne peux pas bouger pour l’enlever. Je ferme les yeux à nouveau, j’ai envie de dormir. Une main se pose sur mon bras et je sens une piqûre dans ma main, puis la douleur diminue, m’engourdissant d’avantage. Je voudrais parler aux visages qui tournent autour de moi – par Merlin, ils me donnent le vertige – mais les dernières heures et leurs recommandations se rappellent à moi. Ne pas parler. Ne pas faire de bruit.

La lumière douce et la chaleur du lit m’enveloppent, je me sens glisser vers le sommeil et je ne résiste pas. Me laisser aller, pour une fois, jusqu’à ce que la douleur disparaisse réellement… Je voudrais m’assoupir et me réveiller dans une semaine, pour éviter la longue attente seul ici. Seul et dans un silence qui m’inquiète déjà ; jamais je n’enlève mes implants quand je suis entouré. Me reposer dans le silence est un luxe que je m’accordais seulement seul ; mais maintenant que Matthew et moi nous accordons et créons notre vie à deux, je me sens assez à l’aise pour les enlever en sa présence. Le soir, lorsque nous nous installons dans le canapé pour regarder un film, que je coupe mes oreilles et met les sous-titres sur la télévision, je me sens plus proche de lui que le reste du temps où je prétends être entendant. Je lui apprends quelques signes, rigole avec lui de ses gestes pas encore très précis, et surtout je me repose ; il comprend qu’une journée passée à me concentrer pour suivre les cours ou les instructions et les demandes de clients de Milo est épuisante pour moi, il ne le ressent pas, ce que je craignais, comme une mise à distance.

Ici, être sourd est inquiétant, j’ai beau savoir que je ne crains rien, j’ai l’impression que tout pourrait m’arriver sans que je m’en rende compte. Je sens du mouvement autour de moi, les infirmières bougent et disparaissent, et j’essaie de chasser ce sentiment angoissant pour me réfugier dans le sommeil. Mais je rouvre mes yeux. Encore du mouvement, une nouvelle silhouette, au pied de mon lit, qui m’observe. Les soignants ont eu la bonne idée de mettre mon lit face à la porte – sans cela, je sursauterais à chaque nouvelle entrée. Probablement pas très bon pour mon oreille.

Je plisse les yeux. La silhouette s’approche, et je reconnais la professeure, la généticienne moldue. Elle porte son expression bienveillante habituelle, mais je me sens trop fatigué pour une quelconque discussion. Elle tient quelque chose entre nous, et je me concentre de mon mieux. Tout est flou par Merlin, je me concentre encore. Je lis les premiers panneaux, mais j’ai l’impression de planer à cent mètres au-dessus de nous tant le sens de ses mots met du temps à atteindre mon cerveau. Mais une phrase se grave dans mon esprit. Tout s’est très bien passé. Je crierais de soulagement si j’en étais capable. Je suis avec difficulté ses mains qui me présentent un objet très familier, puis sa proposition de code que j’accepte aussitôt. Être privé de parole est insupportablement rabaissant, déshumanisant. Je ne vois rien de pire que laisser son corps et son intimité à la volonté des autres sans possibilité de refuser, de rien dire, de simplement donner son avis. Heureusement, la plupart des soignants ici connaissent un peu de langue des signes, et madame Knight a la bonne intuition de placer un calepin sous ma main. Je serai ici sans oreilles, mais pas sans voix.

Utiliser mon implant alors que mon cerveau se débat encore avec la brume de l’anesthésie me semble hors de portée, mais j’accepte d’essayer. Un dernier effort, puis je dormirai ; j’espère que la généticienne ne s’attardera pas trop. Elle est précautionneuse cette médecin, elle empêche le micro de cacher sa bouche, s’installe en face de moi quitte à se tordre le dos au passage, tout pour me faciliter la compréhension. Je la remercierais bien si je n’étais pas si honteux d’exiger d’elle autant de sollicitude.

Je suis ses paroles avec peine. Opération bien passée, ok ; anti-douleurs – c’est donc à eux que je dois cette impression de planer ; souffrir beaucoup – moins ok ; famille prévenue – mon coeur se serre. C’est à ce moment que je remarque la vitre épaisse – j’ai beau être venu ce matin dans la chambre, tout me semble plus vide et oppressant maintenant qu’elle est vidée de mes proches. Comme s’ils voulaient justement pallier cela, mom, mummy, Matthew, Milo et Matilda surgissent soudain, se pressant derrière la vitre, petite foule de mines soulagées et inquiètes à la fois. Je souffle, soulagé, même si je prends soudain conscience de la tête affreuse que je dois leur montrer, avec le gros bandage qui me recouvre l’oreille et mes yeux à peine ouverts. Mon coup d’œil me fait perdre les mots suivants de la généticienne. Mais je ne rate pas sa proposition de fermer les rideaux, et je cligne aussitôt des yeux. La généticienne le remarque, et j’accepte vivement son offre de me tourner vers la vitre. La nausée me vient dès qu’elle lève un peu le dossier du lit – heureusement, elle s’arrête à temps.

La professeure Knight s’éclipse alors, je ne comprends pas bien sa phrase mais je tente de lui renvoyer un sourire en réponse, remerciement timide à toute la bienveillance qu’elle a déployée pour moi.  Je lui dirai ma gratitude plus tard.



Dans le couloir, une petite troupe s’entasse devant la vitre et se tourne comme un seul homme vers la porte qui s’ouvre et laisse s’échapper la généticienne. Louisa Fowler-Rees, les boucles emmêlées d’avoir couru, s’avance aussitôt avec sa compagne, fatiguée, elle, d’avoir passé la journée dans l’attente. Isabel a seulement quitté les couloirs de l’hôpital pour confier une Rosie exténuée à Torvi, à peine rentrée de son travail d’infirmière. La petite a peu pleuré, comme si elle saisissait que le moment était grave et exigeait de ménager la patience des adultes. Isabel et Matthew l’ont occupée de leur mieux, profitant de l’attente pour discuter un peu, apprendre à se connaître finalement. Matilda les a rejoints peu de temps avant la fin de l’opération, ramenant un peu d’énergie au duo tendu par l’inquiétude ; Milo s’est rajouté dès la fermeture de sa boutique ; Louisa a transplané directement depuis le ministère de la magie dès son travail fini. Tous attendent, inquiets, que la médecin les rassure.

- Bonsoir, dit Louisa en tendant la main à la généticienne. Comment va-t-il ? L’opération s’est bien passée ?

Collée à la vitre, Matilda sourit à son frère, puis s’éloigne juste assez pour tracer des mots dans l’air avec sa baguette.

Magnifique tête, c’est ton look pour Halloween ?

Si tu veux que je la fasse taire, fais moi un signe, je suis ton homme.


Milo s’est joint à la conversation et offre un grand sourire stupide à Matilda. Elle regarde son frère sourire à son tour, satisfaite de son effet, puis reprend sa baguette.

Tu vas bien ?

Un pouce en l’air, c’est tout ce qu’il est capable de répondre pour l’instant, mais ce geste l’apaise. Elle se détourne de la vitre pour écouter elle aussi la médecin.

- Il souffre beaucoup ? demande Isabel, ses yeux inquiets glissant du visage de son fils à celui de Knight.

- Est-ce qu’on pourrait entrer une minute, seulement nous deux ?

Le ton de Louisa est décidé, calme mais faisant appel, sans le vouloir, à la fibre bienveillante qu’elle a devinée chez la médecin en la voyant assise face à son fils.

- On a ramené les panneaux de communication qu’il avait à l’hôpital de Londres, ils seront pratiques au moins pour les premiers jours s’il est trop fatigué pour écrire… Il les avait oubliés chez lui. Et des livres.

Isabel sort de son sac plusieurs feuilles rigidifiées présentant les besoins de bases, l’hygiène et les repas, et quelques livres empruntés à la bibliothèque universitaire.

- On peut entrer ? Pour les installer pour lui ? insiste-t-elle à son tour.


La promesse d'une nouvelle vie - Theodora 74833510
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MessageSujet: Re: La promesse d'une nouvelle vie - Theodora   La promesse d'une nouvelle vie - Theodora EmptySam 20 Avr - 10:36

En passant à travers le sas elle se demanda sans doute pour la première fois quelles pouvaient être les différences entre la médico-magie et la médecine moldue. En troquant ses pantoufles à usage unique, contre ses propres chaussures, elle imagina des incantations au-dessus des corps en souffrance, des amulettes, peut être des éclairs, des brumes de couleur peu engageante ou des manifestations de ce genre. Il serait sans doute bon qu’elle fasse un stage dans un service du camp opposé. Elle avait déjà discuté de la magie avec un sorcier, mais n’avait pas assez approfondi le côté médical. Et pour cause, pour Theodora, la magie était en premier lieu violence en tout genre que ce soit sur les esprits ou sur les corps.

Malgré toute l'empathie qu’elle avait tenté de manifester au jeune patient qu’elle laissait derrière elle, elle ne s’était jamais posé la question de savoir à quel dépaysement il avait été soumis en acceptant de se soumettre à la médecine moldue. La main sur la poignée de la porte qui allait donner sur le couloir, elle baissa la tête et marqua une hésitation. La voilà qui se trouvait tiraillée entre le médecin exemplaire qu’elle avait toujours voulu devenir et la guerrière opposée à la magie. Les sorciers et sa situation avaient le don pour la soumettre à des conflits de loyauté et d’intérêt !

A chaque fois que l’un d’eux se présentait à elle pour un motif médical, elle devait se positionner en tant que médecin ou activiste ! Dieu qu’elle détestait ce terme ! En tant que Britannique et Anglaise par-dessus le marché ce terme était associé aux membres de l’IRA qui avaient semé la terreur et la désolation en Irlande mais aussi sur le sol anglais. Elle ne pouvait pas se résoudre à s’apparenter à leur action ni à leur fanatisme. Le fait qu’elle soit capable de soigner des individus de l’autre bord lui prouvait qu’il lui restait le discernement pour ne pas mettre la magie et les gens dans le même panier. En tout cas, en ce qui concernait Irvin Fowler, elle sentait bien que la frontière entre le médecin et la partisane était poreuse.

Lorsqu’elle était auprès de lui et en charge de sa santé, elle ne se posait pas de questions et faisait tout pour améliorer son état. En même temps lorsqu’elle réfléchissait à son cas et au protocole mis en œuvre, il s’agissait bien de prouver que la magie en plus d’être dangereuse était inutile car incapable des prouesses de la science moldue. Elle avait même songé à bien d’autres choses en marge de l’opération et avait dû batailler dur intérieurement pour trancher et adopter sa position actuelle. Elle se disait même que de ne pas avoir profité de l’idée qui avait germé en elle, pourrait lui attirer les remontrances de Gloriam. Heureusement les arguments qui avaient fait la différence lui paraissaient assez solides pour défendre sa position et garder la stratégie mise de côté pour plus tard, le même patient ou un autre pourquoi pas ?

Pour l’heure, elle pense avoir fait le maximum en tout cas tout ce qu’elle a pu envisager pour lui et il est difficile de savoir à quel point les messages sont passés. Au sortir de l’anesthésie, on n’est pas toujours conscient de tout on est même rarement conscient de tout et les perceptions sont amoindries ou déformées. Peut-être que toutes les précautions qu’elle a déployées n’ont servie à rien mais dans l’incertitude, il vaut mieux en faire trop inutilement que pas assez et faire preuve de négligence.

Elle chassa ces pensées politiques et médicales qui se bousculent et se brouillent les unes les autres, d’un battement de paupière et se retrouva bientôt dans le couloir et papillonna des yeux comme si elle avait oublié que les néons qui éclairaient les coursives du centre médical étaient plus crus que le faible éclairage de la chambre du jeune sorcier qui venait de lui rappeler tous ses cas de conscience.

Tony Blair ne ressent sûrement pas autant de pression lorsqu’il apparaît sur le perron du 10 Downing Street. C’est toujours impressionnant de faire face à tous ces visages qui n’attendent qu’une seule réponse à leur question et qu’il n’est pas question de décevoir. En outre, son rôle en matière de chirurgie est très limité et si elle se sent assez à son aise dans son cabinet en face de ses patients, les réunions de couloirs en face d’une petite troupe de proches inquiet agités ne sont pas dans ses habitudes. Elle s’est déjà imaginé que cela allait partir dans tous les sens et qu’elle ne pourrait pas dire un mot avant que chacun ait posé sa question. Elle a même envisagé avec horreur que ses paroles puissent être mal entendues, mal interprétées. Aussi se réjouit-elle de n’avoir que de bonnes nouvelles à apporter. Une mèche rousse vient lui caresser la pommette. La soirée est déjà avancée et elle ne se sent plus aussi impeccable qu’à son arrivée au centre médical. Un index vient machinalement remettre le rebelle en place derrière l’oreille. Ce pourrait-il qu’elle soit fatiguée ?

Une femme d’une cinquantaine d’année s’avance pour la saluer et Theodora lui serre la main. Elle n’est pas certaine de bien avoir en tête l’identité de chacune et chacun. Les deux femmes les plus âgées ont été identifiées comme les mamans du jeune sorcier et hasard que nous réserve parfois la vie, les deux hommes qui les accompagnent font partie des patients du Docteur Knight. Seule l’identité de la jeune femme qui est avec eux reste incertaine. D’ailleurs cette dernière ne semble avoir que faire de la présence de la généticienne et préfère entretenir le lien visuel avec son frère.

“Bonsoir.”

Un sourire satisfait mais un peu las aux lèvres, Theodora aurait bien temporisé, mais les questions qu’elle avait anticipées lui ont été envoyées comme une rafale et il est de son devoir pour commencer à tranquilliser la famille d’y répondre.

“Oui, tout s’est très bien passé, ne vous inquiétez pas. Il vient juste de se réveiller. Il est encore sous l’effet des anesthésiants et des anti-douleurs donc ne vous inquiétez pas s’il ne réagit pas à vos sollicitations.”

Du coin de l’œil, elle observe les lettres tracées par la magie et préfère se concentrer sur ses interlocutrices pour chasser le malaise qu’elle sent monter en elle. Pourtant elle est obligée d’admettre que cette façon de communiquer peut-être très utile et est même assez esthétique ce qui ne gâche rien. Milo et l’autre jeune femme semble d’assez bonne humeur ou en tout cas donnent parfaitement le change au convalescent. Il a de la chance d’être aussi bien entouré et ce ne pourra que l’aider dans la suite des événements. Encore une fois tiraillée par ses sentiments, cette dernière pensée lui tire un sourire amusé sans doute pas très en rapport avec la réponse qu’elle fait à la maman inquiète.

“Non, pas trop. En tout cas nous faisons tout ce qu’il faut pour lutter contre la douleur. Il y aura peut-être une phase un peu pénible d’une journée, en fin de première cicatrisation lorsque les antalgiques seront arrêtés même si nous le faisons progressivement”

Par contre la dernière requête ferme un peu l’expression du médecin. C’est le genre de requête dont elle a horreur. D’abord le protocole de visite avait été stipulé par avance : pas de visite dans la chambre avant une semaine, et il est toujours désagréable de devoir le rappeler à des personnes affectivement impliquées dans l’opération. Et c’est bien la deuxième raison qui rend les choses désagréables, devoir reposer le cadre médical à des personnes qui ne pensent, et c’est légitime, qu’avec leur coeur fussent-ils des sorciers. L’air navré qui se peignit sur le visage de la rouquine n’était donc pas feint pas plus que la nuance de sérieux qui s’y mêlait. Remonter son armure contre ses propres sentiments, voilà une des choses les plus difficiles qu’elle avait eu à apprendre au fil des ans quitte à paraître dure et froide aux deux mamans.

“Je suis navrée. Ce n’est pas possible. Comprenez que pour le succès de l’intervention, il nous faut éviter tout ce qui serait susceptible d’envoyer à son oreille des stimuli qui compromettrait la greffe qui lui a été faite. Il serait dommage qu’il ait enduré tout cela pour rien.”

Elle espérait que le bon sens et la possibilité de tout gâcher pour ce qui n’était pas un caprice mais tout de même pas essentiel face à l’enjeu, les convaincrait, mais sa compagne lui vint en aide et elle fut obligée à son grand dam de faire preuve de fermeté.

“Je comprends votre demande, mais je ne peux pas me permettre de mettre en péril le succès du protocole qui est expérimental. Je ne peux pas donner mon accord pour Irvin _ vous permettez que je l’appelle Irvin _ mais aussi pour vous. Imaginez, en cas d’échec… Vous risquez de vous en vouloir et ce n’est certainement pas ce qu’il veut. Pensez aux années à venir en comparaison avec la semaine qui nous attends.”

Elle se demandait si elle avait eu raison d’évoquer la possibilité du fiasco, mais les deux femmes lui paraissaient être intelligentes et de bon sens. Elles étaient certainement capables de comprendre tout cela même si dans les secondes qui allaient suivre elles lui en voudraient sans doute un peu. Justement elle aurait pu ajouter que les professionnels médicaux étaient formés à subir la rancœur des familles en cas d’échec et qu’il valait mieux qu’elle soit dirigée vers eux plutôt qu’elle coure entre les proches impliqués. Mais cela ne les concernait pas et c’était à elle se gérer ce retour de flamme s’il y avait lieu. Ce n’était jamais facile et dire qu’on en sortait indemne était faux, mais cela faisait partie du métier comme on dit et devait être accepté comme tel.

Elle fit une pause pour laisser le temps aux deux femmes de digérer la frustration qu’elle leur imposait puis poursuivit, pleine de bonne volonté.

“Mais ne vous inquiétez pas, nous lui ferons parvenir ses panneaux et ses livres dès les prochains soins. Les infirmières du service sont très bien formées à tout cela…”

Elle jeta un coup d’œil aux trois jeunes gens qui étaient restés près de la vitre et sourit. Ils étaient sans doute dans le vrai à communiquer avec leurs propres moyens au lieu de tenter d’outrepasser ce qui avait été décidé et qui était connu de tous. Elle les indiqua d’un petit geste du menton aux deux mamans poules.

“Il sera content de vous voir même s’il est encore très fatigué et ne pourra pas beaucoup vous répondre. Mais peut être avez-vous d’autres questions ?”

Le médecin comprenait les questions et les requêtes des deux femmes et ne prenait pas les choses trop à cœur en tout cas moins que le fait de se montrer disponible. Elle s’attendait aussi qu’elles la plantent là pour rejoindre les trois autres soutiens du patient sans même la saluer mais ça aussi elle pouvait comprendre. De toute façon si c’était le cas, elles auraient d’autres occasions de se rencontrer durant la semaine qui allait venir...
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