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 Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]

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Theodora Rose KnightTheodora Rose Knight
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MessageSujet: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyDim 20 Jan - 9:11

Mai 2001
Trente-sept ans ! Etait-ce l’âge pour fréquenter une bibliothèque universitaire ? Si elle y pensait, cela ne faisait pas si longtemps qu’elle avait arrêté l’exercice. Les études de médecine sont suffisamment longues pour cela et sa plongée presque ‘immédiate dans le monde de la recherche ne l’avait en fait jamais faite oublier le chemin des travées de rayonnage et comment on va au plus court vers le document recherché ou bien comment on se laisse porter par les titres connexes de cette recherche. En fait entrer dans une bibliothèque c’était possiblement ressortir cinq minutes plus tard avec l’ouvrage escompté sous le bras ou bien des heures plus tard, les mains vides après une lecture digne des plus grandes fringales ou bien les bras chargés d’ouvrages sur lesquels on passerait la nuit en prenant des notes et en s’abimant les yeux sur les pages ou les écrans.

Si elle se posait la question de son âge aujourd’hui c’est sans doute qu’elle allait se jeter dans ce qui ressemblait à la gueule du loup, possiblement du loup garou. Elle le savait elle allait croiser la jeunesse sorcière et les deux mots avaient de quoi l’effrayer.

Le temps qui passe occupait les moments de solitudes de la chercheuse et l’horreur de la décrépitude encore davantage. Elle guettait la désapprobation de son miroir qui semblait lui laisser encore lui laisser un sursis et ajoutait pour le moment à ses traits le charme des fruits mûris au soleil à celui parfois fade de la jeunesse estudiantine. En tant que médecin, elle savait qu’il n’y avait pas grand-chose à faire contre la marche inexorable du temps, en tant que spécialiste en génétique elle ne savait que trop que son ADN comme celui de tout un chacun allait se fatiguer et qu’elle ne pouvait que retarder l’échéance. Mais la femme ne pouvait se résigner à l’absurdité de la vie et de ses cycles. Aussi depuis ces trente ans elle avait décidé de lutter pour retarder l'échéance de sa décadence. Sa vie était loin d’être triste et elle vivait à plein les sorties et les loisirs qu’une vie de célibataire autorise, mais elle faisait aussi attention à son alimentation et se glissait dans des fuseaux de running deux fois par semaine pour arpenter une douzaine de kilomètres des chemins qui sillonnaient l’île. Aussi rien de bien étonnant qu’elle gravisse d’un pas alerte malgré ses talons effilés, les marches du parvis de la bibliothèque. Elle avait revêtu en sus d’une chemise simplement framboise assorti à son rouge à lèvre, sur une jupe de lin droite au-dessus du genou, un tailleur classique en accord avec son élégance personnelle. Elle profitait ce jour-là de ne pas être service pour garder les cheveux soigneusement brossés mais lâches et qui caressaient ses épaules.

Derrière les verrières de l’immeuble, on distinguait par intervalles des silhouettes furtives et silencieuse explorer les différents niveaux de la bibliothèque qui semblait avoir requis tout le talent de son architecte. Elle semblait pouvoir faire l’alliance de la modernité en même temps qu’elle rayonnait d’un charme désuet. Le gouvernement avait décidément mis les moyens dans ce projet utopiste !

Se jeter dans l’antre de la sorcellerie n’était pas non plus pour la rassurer. Si elle ne portait pas cette engeance dans son coeur, elle ne l’avait jamais considérée comme un ramassis de déficients intellectuels et, prendre des précautions même exagérées faisait partie de son quotidien depuis qu’elle avait posé le pied sur l’île. En même temps, la crainte et les défis de ce qu’elle s’imposait chaque jour depuis qu’elle avait perdu ses parents, n’étaient jamais parvenus à la faire renoncer à ce qu’elle projetait. Si elle se demandait quels regards allaient se porter sur elle, une “vieille” Moldue dans le département magie, elle n’allait pas pour autant renoncer à explorer la nouvelle piste qui l’avait réveillée quelques jours plus tôt. Ses analyses, ses séquençages méticuleux se heurtaient à un mur et elle n’avait pas encore été capable d’isoler l’empreinte génétique qui se rapportait à l’exercice de la magie. Elle était donc obligée de travailler sur plusieurs pistes à la fois, ouvrant pas là-même le champ de ses recherches et de ses compétences. Acquérir de nouvelles connaissances n’était pas pour lui déplaire dans l’absolu, mais elle avait l’impression de perdre un temps précieux pendant lequel les ennemis du monde moldu s'affairaient à sa perte, elle le savait. Le dossier cracmol était un axe de recherche, comme la neurologie, et maintenant, et c’était la raison de sa présence devant l’aile “magie” de la bibliothèque de l’UPA, l’essence de la magie qui devait nécessiter les capacités que le gène recherché pouvait activer.

Comme à chaque fois, même si elle n’en manifestait rien, cette nouvelle piste la remplissait d’excitation et d’espoir et elle s’était arrangée pour ajourner ses activités de fin de journée pour tenter de compiler un maximum de sources et de données sur le sujet et la voici dans son tailleur impeccable à présenter sa carte d’usagère censée lui ouvrir les portes de toutes les collections et lui permettre d’emprunter peu ou prou, tout ce qu’elle désirait. Cette perspective ne cessait de la surprendre mais cela allait avec sa façon de voir les choses.

Comment les moldus et les sorciers pouvaient-ils partager toutes leurs connaissances sans arrière-pensée alors que tout indiquait, en tout cas elle en était persuadée que la guerre était inévitable. Pourtant, l’hôtesse, derrière son comptoir de chêne patiné en apparence par des siècles, aux lignes pourtant avangardistes, lui rendit sa carte en lui souhaitant bonne lecture. Cette fille ne se comportait pas comme une ennemie et la rouquine en tailleur avait déjà les yeux sur la signalétique de la bibliothèque, dont une partie insolemment animée par la magie tandis que l’autre avait cru bon de lui faire concurrence avec des indication en diodes d’un rouge agressif, mais elle n’était pas là pour une nouvelle fois se désoler de l’intrusion des sorciers dans l’univers moldu. Elle suivrait les indications magiques pour trouver les rayonnages consacrés à la magie. Elle verrait bien si ce serait aussi efficace que de procéder à une recherche informatique sur un des postes mis à disposition dans l’antichambre d’entrée.

Ses pas sonnèrent doucement sur le parquet de la bibliothèque qui avait été choisi pour absorber le tintement des talons comme les siens. Bientôt elle arriva dans la section magie et se résigna à utiliser les banderoles autonomes qui voletaient entre les enfilades de rayonnage disposées perpendiculairement aux grandes baies vitrées et profitant d’une luminosité inhabituelle dans ce genre d'endroit... Elle laissa de côté celles qui indiquaient les étagères dédiées aux invocations et incantations diverses pour se concentrer sur celles qui semblaient traiter de l’essence même de la magie. Evidemment la plupart d’entre les auteurs lui étaient inconnus et elle ne put même pas trier comme elle faisait lorsqu’elle travaillait dans sa partie par fiabilité de source ou d’auteurs, seuls les quatrièmes de couverture souvent animées de façon grotesque par le portrait de son auteur pouvaient la renseigner et, magie obligeait, certains d’entre eux se présentaient tout seuls dès qu’ils croisaient le regard de la rouquine. L’impression de ne pas avoir droit à la parole ni d'exercer son libre arbitre s’insinuait de façon désagréable dans l’esprit de la chercheuse. Alors qu’elle en était à se charger du quatrième ouvrage, elle soupira en guise d’appel à ce qui lui restait de concentration. Elle était là en mission et pas question de se laisser aller à des sautes d’humeur d’autant que sa paranoïa lui disait que ces maudits grimoires pouvaient bien être capable de lire en elle en retour de leur manipulation par les doigts qu’elle imaginait jugés comme hostiles. Pourtant comme n’importe quel livre elle se montrait des plus précautionneuses. De ce point de vue, un livre restait un livre pour elle et avait l’importance d’un trésor à ses yeux.

Bientôt, elle se retrouva à se cambrer sous le poids de dix ouvrages à l’épaisseur impressionnante. Les livres des sorciers étaient-ils tous obligés d’être aussi épais? De toute évidence, ils n’avaient pas adopté le papier bible, loin de là, et même le quatre-vingt gramme semblait encore trop léger ou trop fin pour eux. Elle se dirigea vers une table de lecture déserte afin de finir son tri, elle ne se voyait pas sortir tous ses ouvrages d’autant qu’ils ne devaient pas tous avoir le même intérêt. La question était de se donner des critères de sélection, ce qu’elle savait ne pas être la phase la plus aisée pour elle. Elle sortit donc son ordinateur portable et s’empressa de profiter d’une prise réseau encastrée présente à sa grande surprise dans un coin de la table. Elle pianota les noms des auteurs sur plusieurs moteurs de recherche afin de croiser les informations sur les auteurs et parfois leur contenu.

Bien vite l’ouvrage d’Adalbert Lasornette ressortit du lot mais pour ce qui était des autres, elle eut bien vite l’impression d’être livrée au hasard le plus complet. Les sorciers semblaient s’être mis à l’internet, mais leur sitothèque n’était ni des plus développée ni des plus précises ou alors peu référencée par les moteurs de recherches qu’elle utilisait. Il faudrait peut-être qu’elle se renseigne sur l’existence d’un ou plusieurs plus spécifique aux sorciers, preuve, si ses recherches étaient positives, une fois de plus de l’hypocrisie de la mixité. Si les tenant de la magie n’utilisaient pas les mêmes canaux d’information et de publication que les modus c’était bien qu’ils n’avaient aucune intention de se mêler sans arrière-pensée au reste du monde.

Elle se résolut à consulter les sommaires et se retrouva bien vite contrainte de converser l’un ou l’autre les livres. Elle dut bien admettre que c’était parfois bien pratique car certains d’entre eux possédait leur contenu sur le bout des doigts ou des lignes devrait-elle dire. D’autres au contraire se contentait d’énoncer des têtes de chapitre bien abscons. Comme chef les moldus, les grimoires pouvaient plus ou moins aboutis et elle résolut de se passer de ceux qui affichait une moindre qualité. Il ne lui resta bientôt plus que quatre ouvrages ce qui était raisonnable voire un peu trop lorsqu’elle ouvrit celui du sorcier Lasornette qui la renvoya bien vite à d’autres ouvrages du même auteur qu’elle courut chercher dans les rayons appropriés. Le portrait d’une sorcière au-dessus de sa table de travail la considérait visiblement perplexe devant le manège de la Moldue.

“Visiblement vous n’êtes pas habituée à fréquenter les lieux de culture, ma belle.”

Il ne manquait plus que cela ! Se faire interpeller par un tableau qui représentait une personne sans doute décédée depuis bien longtemps. L’idée lui vint que l’âme de cette personne pouvait être en partie conservée dans cette représentation mais cette pensait lui parut si vertigineuse qu’elle s’empressa de la chasser de son esprit qui devait se consacrer à une tâche plus importante que de se demander si la mort n’était pas en quelque sorte vaincue par ce procédé artistique ou si ce n’était pas plus qu’un film des non sorcier qui répète toujours les mêmes choses.Pourtant la brune en robe noire qui l’avait interpellée l’avait fait parfaitement à propos et son ton dédaigneux avait été parfaitement dosé. Elle se détourna du cadre de style gothique qui dénotait un peu dans le cadre moderne de la bibliothèque, sur le point de prendre le parti de l’ignorer quand lui vint une idée. Elle étala la douzaine d’ouvrage maintenant sélectionnés, comme si ses efforts pour trier ses sources étaient aussi vains que ceux des Danaïdes. Elle se tourna vers la sorcière car ce devait en être une qui avait été peinte ici. Elle posa la main droite sur sa hanche et indiqua de l’autre la table couverte d’écrits.

“Vous pouvez…”

Elle s’interrompit aussitôt. D’abord elle n’était pas bien certaine d’être assez discrète pour les autres lecteurs. Mais surtout, elle se rendait compte de l’ironie qui la piégeait de devoir se servir de la magie elle qui la combattait de toute son âme. Mais encore une fois, elle était en mission et passa outre son hésitation pour poursuivre.

“Vous pouvez peut-être m’aider alors ? Parmi tous ces ouvrages, si vous deviez en garder quatre ou cinq ?...
_ Mais comme le saurais-je, petite péronnelle ?! Je ne suis pas bibliothécaire !!”


Visiblement au ton pincé et au menton relevé sur le côté de celle qui tentait de prendre des allures de grande dame, qui l’était sûrement, mais que Theodora Rose ne connaissait pas, elle venait de vexer son interlocutrice suspendue à un mur depuis trop longtemps pour garder assez de bienveillance ou peut-être ne savait-elle même pas lire. La scientifique jeta un regard dépité à sa table de travail et quand elle reporta son regard sur le tableau, la femme avait disparu.

Theodora soupira, résignée et s’assit sur le banc croisa les jambes et ouvrit un tableur sur l’écran de son portable qu’elle enregistra aussitôt sous le titre : « ouvrages sorcier magie ». Puis, après avoir déterminé les entrées du tableau, elle se saisit du premier ouvrage. Celui-ci, était protégé d’une magnifique couverture de cuir repoussé couvert de signes cabalistiques qu’elle était incapable de déchiffrer mais qui étaient, elle devait bien l’avouer, du plus bel effet. Des filets d’argent venaient en rehausser le décor. “Magie théorique” était apparement la bible incontournable d’Adalbert Lasornette. Elle était certaine de le garder et le mit de côté. Les choses seraient plus difficiles pour les autres. Elle se résigna donc à commencer par les autres ouvrages du même auteur et à les écouter ressasser leur contenu, prenant frénétiquement des notes dans son tableur, obligée parfois d’y rajouter une entrée à laquelle elle n’avait pas pensé de prime abord. Elle finit par en garder encore un du même auteur et se tourna vers les sept autres qui semblaient la narguer. Il lui faudrait au moins en éliminer la moitié et elle n’avait rien trouvé pour guider ses choix. Elle ne s’imaginait pas les lire tous ici… Elle plissa le nez de dépit avant de faire légèrement rouler les épaules comme avant d’entamer son jogging sur les chemins de l’île de Manadh. Elle allait avoir besoin d’une belle motivation pour le marathon d’exploration livresque qui l’attendait.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyDim 27 Jan - 17:05

Plus un matériau était noble, mieux il répondait à la magie. Ca avait été un de mes premiers enseignements, tiré d’abord de mes expérimentations à Poudlard et ensuite rapidement confirmé par les différents maîtres qui m’avaient formé. Les nés-moldus tendaient à trouver une attitude pompeuse aux longues lignées de sorciers, particulièrement les sang-purs, pour leur goût du décorum et un besoin apparent de répandre la visibilité de leur richesse et de leurs héritages. Adolescent, je m’étais posé la même question avec une curiosité toute candide, considérant parfois les décorations de notre salon avec perplexité. Ma famille était fortunée, mais aussi assez proche du monde moldu pour s’être frottée aux velléités de grandeur des grands industriels. Entre les voitures de mon frère et l’amour de mon père pour les baies vitrées, j’avais mis un certain temps à comprendre pourquoi nous gardions de vieilles reliques en acajou et en or. Ces matériaux sont simplement plus aptes à recevoir un enchantement que n’importe quel alliage sans valeur et sans pureté que les moldus passent tant de temps à développer. Si l’acier valait encore vaguement quelque chose, tous les dérivés du pétrole n’étaient qu’impureté dans la matière. Jusque là, la logique était claire, la théorie, limpide. Cependant, ça ne m’expliquait pas pourquoi le même enchantement pratiqué sur la même forme, mais dans un matériau différent produisait parfois un résultat diamétralement opposé. L’ébène et l’argent devant pourtant tous deux être reconnus comme nobles.

C’est habité de cette réflexion – ou frustration peut-être – que je tournais dans la bibliothèque de l’UPA depuis presque deux heures déjà, sans vraiment savoir ce que j’y cherchais. Les étudiants avaient cessé de me décrocher des regards surpris vers moi après mon deuxième tour de la section enchantements, et la plupart n’avait même pas daigné lever les yeux. La plupart me connaissaient assez bien pour s’être habitués à mes errances passionnées et débordantes entre les rayons, à mes exclamations réjouies lorsque je tombais enfin sur l’information que j’avais si longtemps cherché. J’en suspectais même certains de s’entourer de sortilèges afin de préserver le calme qu’inévitablement je venais troubler. D’ordinaire, ces réactions ne m’auraient pas gêné, pas plus que je ne me serais laissé arrêter par l’opinion qu’ils pouvaient bien avoir de mes agissements. Aujourd’hui pourtant, je les ressens comme un doigt pointé vers ma question encore sans réponse, vers mon incapacité à expliquer pourquoi diable l’ébène sera toujours une meilleure base que n’importe quelle forme de plastique, et la raison pour laquelle certains enchantements résultaient en un véritable chef d’œuvre lorsqu’ils étaient pratiqués sur du chêne, mais se refusaient à être plus que médiocre dès lors qu’ils étaient pratiqués sur du fer.

Cela ne pouvait simplement pas juste venir du matériau.

Certaines combinaisons étaient profondément ancrées dans des légendes ; l’argent contre les vampires, les cendres pour brûler, la cape pour protéger, les pierres de sang pour les blessures… Leur lien était presque physique. La magie avait ses formes et ses vulnérabilités, toutes pouvaient être exacerbées par des formes particulières et j’étais convaincu qu’il s’agissait là d’un savoir qui s’était transmis, malheureusement partiellement, de génération en génération, au fil des contes et mystères. Toutes ne pouvaient cependant s’expliquer ainsi, et suggérait aussi que la magie n’était pas un tout unique et homogène, mais une sorte d’entité vivante et multi-forme.  La veille au soir, j’avais eu une épiphanie en regardant ma baguette. Toutes étaient capables de produire les mêmes sorts pourtant, elles choisissaient leur propriétaire, s’adaptaient mieux à certaines formes de magie ou à des utilisations particulières. La forme n’y changeait rien, la magie ne venait pas du bois, mais bien du cœur qu’on décidait de lui attribuer. La magie se liait donc d’une matière particulière pour…

Un grognement de frustration m’échappe et m’attire le regard courroucé d’un jeune étudiant, probablement paniqué à l’idée de passer ses premiers examens. J’ai le sentiment de devoir comprendre la magie en elle-même pour déterminer comment elle ensorcelle, enchante et possède. Soudain, je claque des doigts, exalté et je m’élance en dehors de la section des enchantements. J’ai déjà passé trop longtemps en terrain conquis, ressassant constamment les mêmes auteurs, les mêmes connaissances, les mêmes questions. Je dois remonter d’une étape et me demander à nouveau ce qu’était la magie, en fin de compte.

Je déboule entre les rayons, sans prendre le temps de répondre à l’assistante de bibliothèque qui me demande aimablement si elle peut m’aider – ou quelque chose de similaire, je n’ai pas vraiment écouté en vérité – et déjà, mes doigts courent sur les tranches en cuir épais.

« Spangle, Spangle... » Je me saisis d’un ouvrage avant d’immédiatement le remettre en place. Je me souviens d’un livre, vaguement parcouru lors de mes premières semaines à Atlantis, rédigé par le spécialiste des Patronus. Il y devisait de la similitude et surtout des différences entre les Patronus et les fantômes, souvent confondus dans l’histoire à cause de leur forme éthérée. Tous deux étaient des manifestations de magie puissante, mais absolument détachés de toute matière. Dans le rayon, plusieurs ouvrages semblent manquants, alors je me dirige d’un pas empressé vers les tables de lecture. Là, je reconnais presque immédiatement l’ouvrage et son dos de cuir d’un vert sombre, presque noir, sur lequel dansent des entrelacs couleur argent. Il est enterré dans un tas d’autres livres, qui cachent partiellement une adulte aux longs cheveux rougeoyants. Je m’arrête le temps d’une demi-second, surpris de ne pas reconnaître le visage d’une collègue, avant de mentalement hausser des épaules. Après tout, ce n’était pas à moi de faire le portier dans cette bibliothèque.

« Je vous emprunte ceci, puisque vous ne le lisez pas. Merci ». D’un coup de baguette je fais léviter les ouvrages du haut de la pile, trop respectueux pour risquer de les laisser tomber, mais aussi trop dépendant de ma propre magie pour faire l’effort de poser les premiers de côté, afin de saisir mon trésor. Je m’installe en face et sans plus porter attention à ma vis-à-vis, je parcours la table des matières.

« Patronus, fantômes, fantômes, histoire des fantômes, invocation du patronus, différences de forme… Hmm, oui j’imagine que c’est bien de ça qu’il s’agit, d’une différence de forme... »
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyLun 28 Jan - 18:22

Lorsqu’il est arrivé, Theodora s’était presque dit que, peut-être, elle pourrait obtenir de l’aide de cet homme visiblement parfaitement à son aise dans ces rayon et cette salle. Elle aurait du voir à son air absorbé qu’elle était totalement transparente à ce regard aiguisé qui semblait ne même pas pouvoir profiter de l’excuse de la distraction. En d’autres circonstances, elle aurait pu apprécier ce visage ouvert malgré le bouc qu’il arborait avec élégance, mais un fort soupçon de sorcellerie pesait sur lui à se trouver là de façon aussi dégagée dans un endroit qui ne devait pas être si fréquenté que cela par les moldus. Évidemment dans cette analyse elle omettait la possibilité que le monde héberge des non sorciers favorables à la magie et curieux d’en découvrir la culture. Elle savait que ces individus existait, mais les prenait pour de doux rêveurs ou des ignorants ou encore des négligents tout comme elle avant que les conséquences de la magie ne s’abattent sur elle. Lui au contraire, aurait sans doute pu deviner qu’il en était tout autrement pour la rouquine, perdue dans un univers dans lequel elle s’était engagée sans réfléchir à ce qu’elle pouvait y rencontrer. En fait depuis l’apparition de la “marquise” comme elle avait décidé de surnommer la femme du tableau, elle se rendait compte de son incompétence en matière de sorciers, sorcières et de leur environnement et pour tout avouer, elle se trouvait un peu (irrémédiablement) stupide. L’idée ne lui venait que maintenant qu’on ne combattait bien un ennemi qu’en le connaissant pour en savoir les forces et les faiblesses, le terrain qui l’avantage et celui qui le dessert…

Depuis qu’elle avait engagé sa vie à trouver un remède à cette maudite magie, elle s’était contentée de la rejeter en bloc exceptées peut être quelques applications médicales dont elle ne doutait pas qu’elles seraient bientôt dépassées par la science. La nécessité de s’ouvrir à ce monde lui sautait soudain violemment au visage. Sans doute, comme on le lui reprochait trop souvent au sein de Gloriam n’était-elle pas suffisamment en guerre ou alors de façon trop romantique pour être dangereuse à ses ennemis. C’était quelque chose sur laquelle elle devrait revenir mais pour l’heure, elle était là pour quelque chose de bien précis qui compenserait peut être un peu cette négligence qu’elle devait remiser dans les armoires d’un passé trop tendre. Et donc, même si elle était pour l’heure aussi invisible qu’une des vitres des baies vitrées qui inondaient la pièce de lumière, elle se faisait forte de pouvoir attirer l’attention de ce sorcier, de mettre son amour propre dans sa poche son mouchoir par dessus et de lui demander conseil pour la suite de ses recherches.

Elle lui adressa un sourire de bonjour ou de bienvenue, au choix et se proposait de l’aborder mais elle n’en eut pas le temps. A quel genre de personnage avait-elle donc affaire? Si elle était peu familière, avec l’univers de la magie, elle côtoyait cependant des sorciers par la force des choses et tous n’étaient pas des goujats. La suite des événements la laissa sans voix. Mais quel genre de personne était-elle elle pour se laisser marcher sur les pieds de la sorte? De l’espèce qui est encore trop tendre pour la vie? De celles qui pensent pouvoir faire la guerre au monde entier et qui ne savent pas réagir en fasse du simple sans gêne du premier venu? En tout cas de celles qui ne sont pas assez familière avec la magie et se laisse impressionner par un simple tour de cabaret.

Mais bien sûr il le lui empruntait! Il ne fallait pas se gêner! S’était-il posé au moins la question de savoir si elle n’en avait pas besoin? A dire vrai, la sensation d’être une petite fille tout juste sortie du monde des bisounours ajoutait grandement à son irritation qui aurait même pu se muer en humour en d’autres temps ou d’autres lieux. Car après tout, elle devait juste avoir affaire à un excentrique un peu direct. les deux mains encore appuyée sur la table de lecture, médusée, elle regarda les ouvrages du haut de la pile s’élever dans les airs en même temps que son irritation s’élevait en elle. Bien vite, l’ouvrage convoité par le sans gêne rejoignit ses mains tandis que la lévitation cessait progressivement en même temps que l’homme au bouc s’installait sans autre forme de considération pour la femme qu’il venait de spoiler. Cette dernière prit une respiration afin de lui expliquer sa façon de penser avant de surseoir à l’expression de son mécontentement.

*Non ma fille, tu es plus intelligente que cela. Il y a sans doute mieux à faire*

Histoire de se calmer et mettre son sens de l’improvisation en branle pour déterminer quelle attitude adopter, elle se mit en devoir de ré empiler machinalement les ouvrages restants, orientant les tranches de cuir vers le lecteur indélicat tout en l’observant avec insistance tandis qu’il parcourait le sommaire de l’ouvrage qu’il venait de lui subtiliser. Le genre d’insistance qui relève de la magie, vous savez lorsque vous sentez le poids d’une regard sur votre nuque ou en l’occurrence le sommet de votre crâne. Vous pouvez bien sûr faire comme si elle n’existait pas et même parfois on peut y arrive bon an mal an jusqu’au moment où on se sent obligé de se tourner dans la direction d’où on ressent cette insistance. Et là, pas de chance, il n’y a personne, ou il n’y plus personne et on se trouve stupide au plus haut point. Dans le cas présent, pas de danger que Theodora disparaisse, elle n’avait pas l’intention de lâcher sa proie quel que fût son immersion dans sa lecture. Pas certaine que son tour de magie personnel fonctionne elle décida en effet de sauter sur la première occasion de s’imposer dans la dite lecture, dans une attitude innocemment rentre dedans.

“Une différence de forme, dites-vous?”

Sans attendre que l’homme relève son regard elle lui tendit une main énergique, le pouce bien écarté prêt à serrer celle de son vis à vis, le regard pétillant de celle qui saute sur l’aubaine d’une nouvelle rencontre..

“Theodora Knight. Enchantée.”

Le sourire qu’elle arborait transmettait l’enchantement qu’elle disait ressentir, mais aussi un ‘hep! je suis là vous savez?” Elle n’était pas contre instiller chez lui une petite dose de culpabilité pour son attitude envers elle.

“Il se pourrait bien que vous travailliez sur le même problème que moi et que vous soyez bien plus expert que moi.”

Elle étira légèrement la bouche sur le côté en une moue faussement dépitée avant de poursuivre. Elle commençait presque à oublier l’aile magique de la bibliothèque pour entrer dans son personnage en quête d’aide auprès de celui qui pouvait devenir son chevalier servant.

“Comme vous semblez vous retrouver dans les ouvrages d’ici…”


Elle jeta un regard lourd de sens sur le livre en face de son interlocuteur.

“Je me disais que vous pourriez peut être me conseiller?...”

Elle n’avait pas l’habitude de se montrer aussi directe mais après tout, le bonhomme n’avait pas pris de pincettes avec elle et puis finalement poussée d’abord par le mécontentement, elle finissait maintenant, par trouver la situation cocasse. Elle ne serait pas face à un sorcier, le plaisir aurait sans doute été complet, lui rappelant les années où elle cherchait de la compagnie pour la nuit.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyMar 12 Fév - 16:43

Une fois installé, je ne porte plus la moindre attention à la femme qui se trouve à l’opposé de la table. Mes pensées virevoltent, s’entrechoquent et se combattent alors que je parcours le sommaire du livre, levant parfois la tête, les lèvres dansant en silence au rythme des idées que je formule et rejette au gré des secondes. J’ai l’habitude de travailler seul, et encore plus, l’habitude que mon travail soit critiqué, pris de haut et incompris. Poudlard m’a rôdé au travail dans une bulle et à une complète indifférence de ce qui m’entoure. De plus, je suis bien loin, bien loin, de considérer que quelqu’un ayant montré un intérêt pour le même livre que moi puisse être à la recherche de la réponse à ma question. Que ce soit de l’arrogance ou de la naïveté – et c’était sans doute un peu des deux – j’étais convaincu que mes réflexions étaient trop particulières et trop ancrées dans mon travail d’automatier qu’il était presque impossible qu’elle puisse traverser un esprit autre que le mien. Et surtout pas au point de pousser un autre être jusqu’à la bibliothèque.

Alors, quand la rouquine m’interpelle, je lève des yeux surpris. J’avais déjà oublié qu’elle se tenait face à moi, encore plus que je venais de lui piquer un bouquin. Je bats des cils plusieurs fois, comme si je tentais de chasser de l’eau, du sable, ou quoi que ce soit qui puisse être une manifestation physique de la confusion, de mes yeux avant de replonger sur le sommaire. Une différence de forme. En effet, les mots se tenaient devant moi, et je devais les avoir prononcés à voix haut sans m’en être rendu compte. Je hoche la tête sans plus la regarder, sans non plus lui rendre le sourire qu’elle m’a adressé, et je me mets à feuilleter le livre à la recherche du chapitre 11. Lorsqu’à nouveau sa voix vient briser le silence, je me redresse avec un peu d’agacement. J’observe sa main tendue pendant une demi-seconde avant de me décider à la lui serrer, d’une poigne douce et évasive.

« Keith Campbell. »

Et pas de moi-de-même. Ces conventions allaient au-delà de ma capacité à m’adapter à cette société pleine de règles et de ronds de jambe. Je n’avais pour ainsi dire jamais été enchanté de rencontrer qui que ce soit. A posteriori, peut-être, mais jamais sur le moment même. Ses phrases dispersées parvinrent cependant à attirer un brin de curiosité en moi, ou peut-être à rappeler à mon bon souvenir ma fibre professorale. Tirant un rouleau de parchemin et une plume de mon sac, je consens enfin à garder une partie de mon attention tournée dans sa direction.

« Je suis bien plus expert que beaucoup de gens, en ce qui concerne mon domaine. Je doute cependant que nous ayons cela en commun. Si c’était le cas, nous ne nous rencontrerions pas maintenant et dans une bibliothèque. »

Malgré mon désamour pour les relations sociales, j’avais mis un point d’honneur à me renseigner sur les automatiers et enchanteurs actifs en Grande-Bretagne et dans le reste du monde. J’avais rencontré la plupart des premiers et listés assez des seconds pour être plutôt convaincu que Theodora Knight n’était pas une automatière anglo-saxonne. Si elle avait été asiatique, je lui aurais laissé le bénéfice du doute, mais la probabilité me semblait raisonnablement faible.

« Mais je connais plutôt bien cette bibliothèque, si vous souhaitez me partager vos questionnements et votre sujet de recherche, je pourrais peut-être vous pointer dans la bonne direction. »

Je fais l’effort de rester aimable, même si les jointures qui blanchissent sur ma main gauche, serrée au milieu du livre afin de le garder ouvert, laissent comprendre à l’observateur attentif que je brûle de retourner à mes propres recherches. Néanmoins, je ne m’y replonge pas de suite, suffisamment poli pour lui donner le temps de répondre, et pendant ce temps, je prends note mentale des livres qu’elle a rassemblé autour d’elle. Certains me sont familiers, d’autres purement étrangers, cependant leurs thèmes disparates ont tous un dénominateur commun, et celui-ci est suffisamment peu ordinaire pour que je prépare déjà ma prochaine question. Qui êtes vous, et que venez vous faire ici.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyMer 13 Fév - 9:04

A première vue, elle n’est pas tombée sur la personne la plus sociable et ravie d’entrer en relation avec son prochain. Son premier regard sur la rouquine lui ferait même penser qu’il est lui-même surpris d’être l’objet d’une attention particulière. Evidemment cette attention est toute intéressée, mais la plupart des relations ne commencent-elles pas ainsi ? J’ai besoin de toi, tu as besoin de moi et si l’on se voue une estime réciproque on est amené à se revoir… ou pas. La chercheuse n’en était pas là, loin s’en fallait ne serait-ce que qu’à cause de la nature de son interlocuteur. Mais les choses étant ce qu’elles étaient et ses dernières réflexions l’ayant amenée à s’intéresser d’un peu plus près au camp adverse, elle allait faire contre mauvaise fortune bon cœur, persuadée de toute façon que des esprits brillants se cachaient parmi les sorciers aussi fréquemment que parmi les Moldus, il n’y avait pas de raison.

Il est tout de suite évident à la rouquine qu’elle dérange. La poignée de main est de celles qu’elle déteste et si ce n’était son besoin d’informations, elle aurait coupé court à la conversation qu’elle avait elle-même initiée. Cette poignée de main de signifiait qu’une chose, le désir de l’homme de reprendre ses occupations et de signifier à la rouquine son intrusion dans des pensées bien supérieure à l’intérêt qu’elle pouvait susciter. En outre, elle avait de son point de vue le bon droit de son côté, car c’était lui qui avait eu l’outrecuidance de lui dérober un ouvrage qu’elle avait eu tant de mal à extirper de la somme de livres et autre parchemins soigneusement rangés dans ce côté de la bibliothèque. En croisant le regard embrumé de lecture de son vis-à-vis, toujours appuyée sur la grande table de lecture, elle eut tout de suite la sensation que son pouvoir de séduction ne lui serait d’aucune utilité. Il semblait être de ceux qui lui avait fait si longtemps douter qu’elle pouvait avoir un quelconque intérêt en tant que femme. Cela avait participé à la faire plonger dans des comportements un peu extrêmes à une certaine époque, perdue entre prouver qu’elle pouvait être un cerveau à défaut d’une fille en même temps que de s’évertuer à prouver qu’elle en était bien une. Ces préoccupations étaient loin à présent mais le doute sur son pouvoir de séduction était une cicatrice sensible que la mauvaise volonté évidente du Sorcier à entrer en contact ne pouvait manquer de titiller. Cela ne l’empêcha pas pourtant de se montrer souriante. Cela fait partie des choses que l’on offre spontanément à quelqu’un surtout si on attend quelque chose de lui en échange et il ne s’agissait pas pour elle de rond de jambe mais des choses qui font partie des conventions sociales et de savoir-être élémentaires. Mais tout le monde sait parfaitement que ce genre de choses ne sont pas universelles. il faudrait peut-être qu’elle apprenne ça aussi.

Inévitablement le patronyme de son interlocuteur lui fit penser au Whisky bon marché en vogue chez les étudiants qui ont besoin de penser à autre chose, pour ne pas dire qui ont envie de ne plus penser à rien. Elle incline la tête en signe d’assentiment et pour remplacer l’inévitable formule “enchantée”, ce qu’elle n’est pas plus que cela, mais encore une fois il est des choses qui se font...

Et puis son sourire de bienvenue si l’on peut ainsi décrire celui qui va avec les prises de contact un peu formelle se mua en un sourire mi amusé, mais admiratif. Si elle s’en tenait aux propos de l’héritier Campbell, elle pourrait facilement le taxer de prétention et un peu de mépris pour elle, mais le ton n’est pas hautain ou agressif et il pourrait bien venir de quelqu’un qui sait simplement ce qu’il vaut. En tout état de cause, il avait de ce point de vue une longueur d’avance sur elle qui était en perpétuel doute quant à ses compétences et d’autant plus aujourd’hui qu’elle s'apprêtait à aborder un sujet dans lequel elle était somme toute novice. Il se conduisait un peu comme ces grands pontes de la médecine qui se disent que les personnes rencontrées dans les bibliothèques n’ont pas assez d’intérêt s’ils ont encore besoin de les fréquanter et que seule une invitation à un congrès où eux-mêmes interviennent légitimise une telle rencontre. Elle savait de quoi elle parlait ayant dû faire parfois des pieds et des mains pour rencontrer la fine fleur de la génétique à une certaine époque avant, et elle n’en était pas peu fière, d’en faire partie à son tour. Ce genre d’expérience lui permit de ne pas se laisser déstabiliser par la morgue apparente du sorcier. Elle hocha la tête pour approuver cette remarque. Il était inutile de jouer la comédie quant à ses connaissances ou compétences en matière de magie. En outre, ils étaient à Atlantis oui ou non ? Il devait y être de bon ton, normalement, d’échanger sur la magie ou la science. Le contraire aurait été un peu triste même pour une anti-magie comme elle.

“Il est évident que vous êtes de toute façon plus expert que moi en la matière. Je ne suis qu’une simple… comment dites-vous ? Oui une simple Moldue qui se pose des questions sur l’essence de la magie en dehors de ce qui se dit au cinéma…”


Une mine des plus sérieuses peinte sur son visage, elle avait tenté une pointe d’humour mais comme à l'accoutumée elle se demandait quel serait son effet sur le sorcier. Elle ne passait pas d’ordinaire pour quelqu’un de très portée sur les plaisanteries, et elle avait souvent l’impression que ses tentatives dans le domaine tombaient à plat. Elle ne savait même pas si les gens de son espèce allaient au cinéma et s’ils allaient voir les mêmes films. Elle avait en tête les Midi-chlorien de Star Wars, sans aucune notion de la pop culture des magiciens. Après une brève, aussi brève qu’un battement de cils, pause pendant laquelle elle put mesurer l’impact de sa tentative pour détendre Keith Campbell, elle poursuivit en indiquant de la main les ouvrages posés sur la table.

“J’ai eu toutes les peines du monde à isoler ces quelques ouvrages sans même savoir si mon choix était pertinent ou pas. Donc oui un peu d’aide pour choisir les sources les plus à même de m’éclairer ne serait pas de refus.”

Elle avait réussi à faire sa demande avec le sourire malgré la crispation qu’elle sentait chez l’homme assis en face d’elle qui ne semblait pas très chaud pour mettre en application sa proposition. Pour sa part, si elle avait vraiment voulu donner un coup de pouce aux recherches bibliographiques de quelqu’un, elle serait déjà levée, mais lui restait figé sur son livre et même à moitié dedans si elle en jugeait par sa main obstinément coincée en guise de marque page et son regard sans enthousiasme à la pensée de quitter sa lecture. Elle se contenta donc de garder son regard vert sur son potentiel sauveur
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyMar 11 Juin - 16:38

Je reste stoïque à l’évocation de son statut de moldue. J’ai un faible pour la magie, c’est un fait, d’ailleurs, la magie me définit. Certains sorciers auraient pu se passer de magie, quelque part, car il n’était pas déterminant pour un bibliothécaire ou un joueur d’échec professionnel d’être capable de se servir d’une baguette magique. Cela rendait la vie infiniment plus facile, c’était évident, mais néanmoins pas indispensable. Être automatier et enchanteur en tant que moldu devenait un défaut mortel. Néanmoins, je n’avais jamais considéré les moldus comme inférieurs – bien que j’étais au courant des rumeurs qui m’en accusaient – tout au plus, inintéressant. Au pire. Mon travail de professeur m’avait permis de réaliser qu’il existait aussi des esprits et des artisans brillants parmi les moldus. Même s’il restait dommage que leurs capacités soient à ce point limitée.

Au contraire, ce qui me frappe chez mon interlocutrice, maintenant qu’elle est parvenue à attirer mon attention c’est qu’elle a cette stature des intellectuels pratiques. Ceux qui ne se contentent pas seulement de réciter des platitudes du haut d’un podium, mais qui ont dans les mains le sommet de leur art. Sans pouvoir déterminer sur sa simple apparence en quoi Theodora est une experte, il ne fait aucun doute qu’elle a l’aura de celle qui est quelqu’un. Et cette élégance, dans son attitude, son port de tête, ses vêtements, m’est bien plus important que son statut du sang. Je manque de lui sourire, si ce n’est pour la référence au sujet du cinéma, qui me fait pincer les lèvres. Dire que je n’en ai pas entendu parler serait un mensonge, mais ce qu’est le cinéma, ça, je n’aurais toujours pas su le dire. Cela ne m’intéressait pas.

Je me contente de hocher la tête, pour l’encourager à continuer. Après tout, la collection de livre entassée devant elle n’est pas anodine, et même plutôt surprenante si on considérait la réflexion du moldu moyen qui voudrait répondre à la question « Qu’est ce que la magie ? ». La plupart se serait arrêté à une vieille publication de Merlin – cela m’avait longtemps étonné avant que je ne finisse par apprendre que les moldus en avaient fait une figure folklorique, et cela avait soudainement beaucoup changé le regard que je portais sur les étudiants moldus qui empruntaient ces livres – d’autres pousseraient peut-être vers des ouvrages un peu plus contemporain. Mais ses choix à elle étaient beaucoup plus poussés. Beaucoup plus scientifiques. Je suis si perplexe que j’en oublie même d’être enthousiaste.

« C’est un sujet vaste, délicat et malheureusement, beaucoup moins éclairé qu’on aurait pu le croire, après des siècles de publication au sujet de la magie. En dehors de quelques inventeurs de sortilèges du Moyen-Âge et les grands maîtres de la Métamorphose, c’est une question assez rarement abordée. J’en suis actuellement à fouiller les écrits sur les créatures magiques éthérées dans l’espoir de trouver quelques nouvelles pistes... »

Je me gratte le menton, réfléchissant déjà presque plus pour moi-même que pour répondre à la question de Theodora.

« La magie n’est pas uniforme, on pourrait presque dire qu’elle est vivante, bien que ce ne soit pas le cas, évidemment… Ses utilisations sont multiples, car elle a plusieurs nature, et nul ne sait vraiment si la magie qui anime une licorne est fondamentalement différente de celle qui est déclenchée quand on prononce Expelliarmus !. Je pense, mais ce n’est qu’une supposition, que l’essence est universelle, mais que son déploiement dans le monde, lui, est mouvant… Un peu comme un arc-en-ciel, formé de plusieurs couleurs. Certaines formes de magie serait un équilibre différent entre ses différentes couleurs… »


Je m’interromps, avec un soupir à mi-chemin entre la peine et la frustration. C’était une théorie, rien de plus, et je n’avais rien pour l’étayer. Je n’étais même pas sure qu’elle tiendrait la route pendant plus de dix minutes.

« Bref, le sujet est vaste et je trouve qu’il est un peu plus facile à aborder quand on a une question précise en tête, que par un déchaînement abstrait de pensée. Qu’est ce qui vous a amené à vous poser une question pareille ? Peu de sorciers se le demandent déjà, alors venant d’une moldue, je suis surpris. »

L’intérêt dans ma voix n’est pas feint, pas plus que les mots ne soient souligné de plus d’arrogance que le reste de la conversation. J’étais honnêtement surpris, et les rares individus qui parvenaient à me surprendre étaient également ceux qui rentraient sur la liste des gens potentiellement intéressants – bien que l’indélicatesse des questions qui leur tombait alors dessus avait permis à peu d’entre eux de prendre conscience du compliment.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyLun 17 Juin - 17:44

La chercheuse réalise à peine qu’elle a réussi à adresser la parole à un sorcier. Ce n’est certes pas la première fois qu’elle le fait mais d’ordinaire, c’est dans le cadre de son métier et leur nature magique n’est pas en première ligne, elle peut parfaitement en faire abstraction. D’ailleurs, autant que possible elle tente d’ignorer si les personnes qui entrent dans son cabinet sont moldues ou sorcières. Bien sûr ce n’est pas toujours aussi simple et l’histoire de chacun prend souvent plus de place qu’un simple technicien de la médecine pourrait le prétendre. Ecouter les personnes qui lui font face fait partie intégrante de son métier. Même si elle n’est ni psychologue ou psychiatre, elle a depuis longtemps intégrer que la dimension historique de la maladie a toute sa place dans un diagnostic mais également dans le pronostic et le traitement et ce d’autant plus que l’affection est sévère.

Ici, tout est différent. Elle n’est pas sur son terrain, pas sur son territoire et c’est de son propre chef qu’elle s’adresse à un sorcier. Elle se demande si elle ne s’est pas jetée dans la gueule du loup et tente de maîtriser un battement cardiaque plus rapide que sa condition physique ne le lui permet d’ordinaire. Déjà elle sait qu’elle va être sur des charbons ardents. Mais Atlantis est le territoire de la mixité et nulle suspicion ne devrait altérer ce genre de rencontre. Petit à petit elle tente de se convaincre que son interlocuteur est dans cette disposition et qu’elle peut parler sans arrière-pensée. Mais comment ne pas en avoir alors que la moitié de ses activités sont clandestines et qu’elle le veuille ou non, elle est hors la loi et coupable de vouloir sauver le monde d’une magie qui y a fait irruption de manière violente et ne pourra qu’engendrer le désespoir. Chaque fois elle imaginait le pire. Non le jour où un sorcier mettrait fin à ses jours comme d’autres l’avaient déjà fait avec ses parents, mais d’être démasquée arrêtée. Elle n’avait pourtant pas apprivoisé le mort. Elle n’était pas assez philosophe sans doute ou trop jeune pour envisager la fin de toute chose. Le néant qu’elle présentait la plongeait dans un vertige effrayant. Pourtant lorsqu’elle envisageait de comparaître devant la justice des homme sa terreur était encore plus grande. Assez grande parfois pour qu’elle se pose la question de renoncer, mais le renoncement n’était pas une option. Ne serait-ce que pour ses parents, elle se devait de mener sa mission à bien. Tous les grands résistants, se disait-elle, étaient passés par une période de clandestinité et de transgression avant d’être reconnus comme des héros. Elle n’attendait pas d’accéder au statut d’héroïne, elle avait juste une mission à accomplir.

La personne qu’elle avait en face d’elle n’arborait aucun signe qui puisse révéler sa nature. C’était une ambivalence difficile à qualifier. D’un côté, elle haïssait cette capacité qu’ils avaient à se fonder n’importe où et de l’autre cela lui simplifiait grandement la tâche au quotidien. Comment aurait-elle fait s’ils avaient été reconnaissables au premier coup d’oeil? Ce n’était donc pas si difficile, essayait-elle de se convaincre, d’assumer sa nature tout en côtoyant un sorcier si cela pouvait lui apporter des informations sur ce qui les définissait. Elle n’avait qu’à se persuader que cet entretien allait être un des plus important de ses recherches. Elle n’avait qu’à se persuader que la clé de ses recherches allait lui être fournie aujourd’hui, ici et maintenant et que lorsqu’elle sortirait de cette bibliothèque, elle rirait de ses hésitations et de ses craintes.

Il lui suffisait de se concentrer sur le personnage en tant que tel et puis elle commençait à avoir l’habitude de ces faux-semblants qui faisaient partie de sa vie même s’ils étaient contraires à ce qu’elle était aux tréfonds d’elle-même. Elle se demandait par contre qui était l’homme qui se cachait derrière cette identité presque banale. A première vue, après les premières paroles qu’il lui avait accordées, il ne devait pas être facile d’accord et elle se demanda s’il n’était pas un peu hautain de nature. Avait-il les compétences qui lui permettait de se penser au-dessus du commun des mortels ? Si oui, elle pouvait bien être tombé sur la personne qu’il lui fallait. Sinon, elle aurait du mal à lui passer ce défaut et leur rencontre tournerait sans doute court. En tout cas, au minimum, il était apparemment des plus conscients de sa valeur et ne souffrait pas de fausse modestie. Elle n’avait su comment interpréter ce pincement de lèvre qui ressemblait à une politesse contrite en direction d’une ignorante, à moins que ce ne soit celui de l’enfant qui ne veut pas laisser éclater le fou rire qu’il sent monter en lui. Elle qui passait son temps en remises en causes se motivait pour garder l’assurance qu’elle avait tenté d’afficher depuis le début de leur rencontre. Le meilleur moyen était de faire abstraction de tous ces petits signes qui pouvaient le rendre antipathique. Enfin, si elle le pouvait car c’était quelque chose qu’elle avait cultivé au contact de ses mentors de l’Imperial College qui lui avaient appris à être attentive aux signaux qui pouvaient lui éviter de commettre d’impairs avec ses malades. Petit à petit c’était devenu un réflexe même si elle percevait bien les limite de ses compétences dans le domaine.

Heureusement, il avait fini par sortir de son quant-à-soi pour paraître l'écouter enfin réellement et même parvenir petit à petit à la mettre à l’aise. Peut-être allait-il finir par répondre à sa question, malgré tout. De son côté, elle n’avait aucun effort de concentration à effectuer pour être toute ouïe. Cela n’était pas un gage de compréhension tant cet univers lui était étranger, mais elle s’appliqua à en retenir tous les éléments. Elle était pour le moins étonnée par ce qu’elle apprit. Même si elle acceptait qu’elle pût ne pas avoir la même logique que les sorciers, il lui pensait impensable qu’ils n’aient pas plus cherché que cela à percer le secret de la magie. Depuis que le monde est monde, les hommes ont toujours voulu percer les mystères de ce qui les entourait mais aussi de tout ce qu les constituait. Alors imaginer qu’il n’en soit pas de même pour les sorciers et la magie était des plus surprenants. C’est comme si la médecine en était restée aux connaissances des Romains. Mais après tout, peut être que la magie rendait les sorciers en cela différent des moldu qu’elle émoussait leur curiosité ? Cela lui paraissait tellement improbable, elle dont la vie était vouée à percer les mystères du vivant. Elle ne comprenait pas non plus cette histoire de créatures magiques éthérées qui pouvaient éventuellement lui dévoiler de nouvelles pistes. Mais qu’à cela ne tienne ! En trois phrases, il avait réussi à aiguiser la curiosité de la généticienne qui n’en avait pourtant pas besoin. En tout cas la main cherchant l’inspiration sur le menton du sorcier la rassure. Sa question n’est pas si stupide et l’homme ne la prend pas à la légère. L’arrogance qui avait commencé à lui apparaître ne semble pas une bonne piste. Et puis ça l’arrange de penser alors qu’elle est tombée sur une pointure parmi les sorciers. Cela lui évitera de perdre son temps.

Ses yeux se plissent de concentration tandis qu’elle tente de saisir le sens de chaque phrase. Finalement, elle se rassit pour se mettre en capacité de prendre des notes. Se cacher derrière son écran aurait été fort incorrect se disait-elle surtout face à un sorcier qui n’en utilisait peut-être pas et qui pourrait y voir une forme de désinvolture à son égard. Elle se positionna donc de trois-quarts par rapport à la vaste table de bibliothèque et son laptop de même. Cela lui permettait de pouvoir croiser le regard du sorcier sans obstacle tout en pianotant des notes à la volée sur une page vierge de son traitement de texte. Tandis qu’il se perdait un peu dans ses pensées orales, elle lui indiqua de son index droit son écran les sourcils haussé une interrogation muette sur la permission qu’il voudrait bien lui accorder de le prendre en note. L’image de l’arc en ciel lui parla particulièrement et s’empressa de la noter. Les rayonnements électromagnétiques avaient différents effets selon leur fréquence et leur longueur d’onde mais avaient tous la même nature. Lorsqu’il s’interrompit, elle en profita pour enregistrer le fichier, on ne savait jamais, en même temps elle gardait son visage et son attention tendus vers lui comme une enfant qui attend la fin de l’histoire et n’imagine pas que son père referme le livre avant que le dénouement ait été atteint. Hélas ce qui suit ressemble beaucoup à une conclusion et si elle ne provoque pas une suite, elle imagine assez bien qu’il retourne à ses livres et à ses propres recherches. Heureusement, la curiosité de Keith Campbell n’est pas en reste et permet à la chercheuse de relancer ce qui pourrait bien se transformer en interview si les questions ne fusaient des deux côtés. Le fait que les sorciers ne se posent que rarement la question étonne et amuse la généticienne qui adresse un sourire en demi-teinte à celui qui s’érige peu à peu, pour elle, en professeur. Elle se détourna franchement de son ordinateur pour se rendre totalement disponible à la conversation qui s’engageait.

“Je ne vois pas ce qu’il y a de surprenant. Et c’est mon tour d’être étonnée. Je pensais que vous aviez de tout temps cherché à percer ce mystère…”

Le “vous” pudique comprenait bien évidemment l’ensemble des sorciers, mais comme lorsque deux civilisations se rencontrent et marchent sur des œufs, la rouquine avait pris soin de ne pas utiliser le terme de sorcier.

“J’aurais pensé également que nombre de personne qui habitent Atlantis se la posaient. Après tout en savoir davantage sur l’autre me paraît naturel. D’ailleurs je m’en veux de ne pas me l’être posée plus tôt. Mais vous avez peut-être raison, ma question est peut-être trop vaste.”


Accoudée sur la table, elle se pinça légèrement la lèvre inférieure entre le pouce et l’index et prit l’air grave de la réflexion tandis qu’elle tentait de formuler une question de départ pertinente. Au bout de quelques secondes, elle reprit un peu hésitante, pas certaine que son interrogation soit bien claire et bien formulée.

“En fait c’est au départ une question de médecin... Je vois défiler de nombreux patients de tout nature, des utilisateurs de la magie et des moldus..., et aussi certaines qui pouvaient le faire et ne le peuvent plus. La question de ce qui permet ou pas d’utiliser la magie s’est tout naturellement posée. Je me trompe sans doute et c’est pour cela que je suis ici mais j’ai envisagé la magie comme un phénomène, une entité… En fait je ne sais pas trop, mais votre métaphore de la lumière me parle assez. Et si la magie est de cet ordre, il doit y avoir quelque chose en vous qui vous prédispose à l’utiliser… Votre introduction me fait penser que ma conception de la magie est très réductrice, mais comme vous l’avez fort bien dit, il faut bien commencer quelque part. Non ?”

Elle trouvait qu’elle avait presque plus parlé que Keith Campbell et qu’il était temps pour lui de dire ce qu’il en pensait. Aussi avait-elle repoussé la question des animaux magiques éthérés et par prudence éviter d’envisager la perte de la possibilité d’utiliser la magie par les cracmols. Son projet n’était-il pas, peu ou prou, de tous les faire passer du statut de sorcier à celui de cracmol? En fait ce qui la dérangeait le plus c’était de sentir qu’il y avait moyen d’avoir une conversation passionnante avec quelqu’un qu’elle ne pouvait considérer que comme un ennemi. Cela confirmait son postulat de départ qui était la présence de gens intelligents des deux côtés de cette guerre.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyVen 28 Juin - 14:46

Sa réflexion me ramène dans le port d’Orban, parmi ses containers industriels et ses réflexions de poids, de mesures, de temps de chargement qui impactaient le revenu. Les sorciers avaient une économie particulière, étrangement parallèle, qui dépendait aujourd’hui presque entièrement des moldus sans pour autant, s’y connecter vraiment. De son point de vue, c’était la meilleure preuve des considérations différentes par essence qui animait les deux peuples, malgré leur proximité géographique. Les sorciers étaient installés parmi les moldus presque par hasard, profitant certes de leurs épiceries, mais rarement de leurs infrastructures ou de leurs prouesses technologiques. Ils avaient, depuis le début de leur histoire, eu un avantage sur la nature, et si je n’aurais pas été jusqu’à prétendre que ça avait rendu les sorciers paresseux, cela les avait certainement aidé à considérer certaines questions comme acquises.

« Le fait que vous pensiez ça est probablement une preuve criante de la différence fondamentale qui existe entre moldus et sorciers. »

Mon ton est détaché, naturel. Je sais, rationnellement, que ce genre de réflexions peut s’avérer blessante pour celui à laquelle je l’adresse, mais je ne peux m’empêcher d’exprimer mon idée. Après tout, c’est elle qui m’a lancé sur ce sujet. Malgré mon intérêt pour la mixité, le développement de la technomagie et un certain mélange des cultures, je ne fais pas partie de ceux qui poursuivent l’idéal de l’égalité à tous prix. Je perçois les deux civilisations comme différentes, et non conciliables. Les sorciers ne cesseront pas d’utiliser la magie, et les moldus, n’auront jamais le pouvoir de s’en servir. Peu importe les statuts de sang, nous faisions partie de deux peuples dont les ressources et les compétences ne se rejoindraient jamais. C’était un fait, juste un fait.

« Vous avez longtemps essayé de comprendre le monde qui vous entoure parce que vous ne le maîtrisiez pas. Le feu, la médecine, l’électricité, ces choses là. La magie nous a placé bien plus en avant sur le cycle de l’évolution, depuis la nuit des temps. Même si l’électricité est un confort, et que certaines techniques médicales sont tout à fait surprenantes et intéressantes, le sorcier n’en a fondamentalement pas, et n’en aura jamais, besoin. Nous tenons la magie pour acquise, et le monde avec lui. »

Je hausse les épaules, soulignant que malgré ce que mes mots pourraient faire croire, ce n’était pas une attitude de hauteur que je prenais vis-à-vis d’elle. En tant que chercheur, et perfectionniste, j’ai un mépris évident pour ceux qui se contentent du minimum, et profitent du monde tel qu’il leur est donné.

« Il me semble dès lors naturel que les moldus se demandent d’où viennent la magie, parce que c’est une nouveauté, une inconnue, une curiosité. Parfois la personnification d’une peur et d’un danger, aussi. Ce que je conçois tout à fait, par ailleurs. En revanche nous, sorciers, avons toujours côtoyé les moldus, vu votre évolution, vos recherches. Même si c’était de loin, et sans intérêt particulier, la supériorité numérique fait qu’inévitablement, il est difficile de vous ignorer. »
Je réfléchis une seconde. « Là où vous avez du comprendre, pour pouvoir développer et utiliser, nous avons pu nous contenter d’utiliser tout de suite. La magie nous est innée, c’est un fameux raccourci. »

C’est une vérité qui me paraît logique, mais je comprends au fur et à mesure que j’énonce ce que j’ai toujours su, par intuition, à quel point il serait difficile pour un moldu d’en arriver spontanément aux mêmes conclusions. Indirectement, je trouve que cela explique parfaitement pourquoi, à Atlantis, on trouve bien plus de personnes de tous bords se posant des questions similaires. Devoir répondre aux interrogations d’un moldu force un sorcier à un certain retour sur lui-même.

La révélation que la médecine est le point de départ de ses recherches me fait me redresser un peu. Je suis fasciné par les avancées de la médecine moldue, en particulier de la chirurgie, et le fait que Theodora se révèle simple guérisseuse me déçoit presque. J’aurais sans doute préféré l’entendre parler de boyaux, de vaisseaux sanguins et d’accessoires étranges et aux fonctions bizarres, destinés à toute sorte de manipulation du corps humain. Je m’efforce cependant de garder un intérêt poli, car après tout, elle s’est déjà prouvée plus digne de mon attention que la majorité des sorciers présents dans cette bibliothèque. Ce n’était pas peu dire.

« Je vois. Malheureusement, je ne peux pas vous en dire plus. Je n’ai jamais cherché à dissocier ou insuffler de la magie dans un être vivant. » Pourquoi pas, d’ailleurs et mes yeux doivent sans doute grandir un peu sous la stupéfaction que me cause cette idée. « Je ne peux parler que des objets que j’enchante, car eux, ne sont pas crées directement magiques ; ils le deviennent. C’est aussi un point de vue réducteur. Je ne pourrais pas vous parler des plantes, qui elles, sont magiques de nature et encore moins de métamorphose qui, techniquement, change magiquement la nature d’un être ou d’une chose, sans en changer l’essence. Il faut bien commencer quelque part, et le particulier est un chemin vers le général. »

Je pose le regard sur elle, plus précisément cette fois, enfin curieux de sa réaction – qui ne m’a guère tracassé durant tout le reste de mon laïus. Je ne jette qu’un œil distrait sur son ordinateur, dont le ronronnement exacerbé m’agace un peu, mais je retiens une réflexion sarcastique. La qualité de la conversation est une raison suffisante pour endurer une heure à côté d’un gadget.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyDim 30 Juin - 10:59

Elle devait bien l’avouer, les réponses de son interlocuteur avaient de quoi la dérouter et ce depuis son apparition. Il avait montré en peu de temps qu’il pouvait être des plus goujats, très intéressé, disponible et ouvert. Elle avait décidé malgré sa nature de sorcier de lui accorder le bénéfice du doute et de la classer dans les esprits au-dessus de la norme, de ceux qu’elle aimait côtoyer et avec lesquels il était toujours bon d’échanger et dont vous apprenez toujours quelque chose au risque même de se faire bousculer dans ses certitudes. Au cours de sa vie elle en avait rencontré quelques-uns à qui elle vouait une reconnaissance éternelle ne serait-ce que parce qu’elle s’en était trouvée changée et de son point de vue en bien. Cela allait de sa vieille maîtresse de fin Key Stage 2 qui lui avait fait découvrir la rigueur des sciences à son professeur d'éthique à l’Imperial College qui l’avait bousculée dans sa manière d’envisager la relation soignant/soigné. Entre les deux, elle ne pouvait oublier son professeur de mathématiques de Key Stage 5 qui l’avait épaulée alors qu’elle avait complètement perdu confiance dans ses capacités. Depuis des collègues étrangers avaient aussi pu la déstabiliser à l’occasion mais surtout lui ouvrir de nouveaux horizons de travail lors des congrès ou des séminaires de génétique bien qu’elle préférât les échanges plus interpersonnels.

Keith Campbell avait pour l’instant la chance d’être catégorisé dans le cercle des esprits brillants qui peuvent lui apprendre quelque chose malgré le malaise qu’il y avait à le fréquenter. Sa nature et ses manières n’étant pas des plus engageantes pour la rouquine. Elle était maintenant capable de faire avec lorsqu’elle rencontrait un sorcier et c’était heureux dans une ville où la mixité était de mise et même un critère de peuplement, on l’on pouvait dire. Cependant elle se sentait comme en pays étranger, pire, comme une espionne en territoire ennemi qui devait faire comme si elle épousait la culture et les convictions du milieu dans lequel elle était plongée. Les questions qu’il lui avait renvoyées dénotaient une capacité à sérier les problèmes et à dégager des pistes de réflexions et elle avait bon espoir que leur échange la mènerait quelque part, ou en tout cas lui donnerait des pistes à explorer.

Sa réflexion me ramène dans le port d’Orban, parmi ses containers industriels et ses réflexions de poids, de mesures, de temps de chargement qui impactaient le revenu. Les sorciers avaient une économie particulière, étrangement parallèle, qui dépendait aujourd’hui presque entièrement des moldus sans pour autant, s’y connecter vraiment. De son point de vue, c’était la meilleure preuve des considérations différentes par essence qui animait les deux peuples, malgré leur proximité géographique. Les sorciers étaient installés parmi les moldus presque par hasard, profitant certes de leurs épiceries, mais rarement de leurs infrastructures ou de leurs prouesses technologiques. Ils avaient, depuis le début de leur histoire, eu un avantage sur la nature, et si je n’aurais pas été jusqu’à prétendre que ça avait rendu les sorciers paresseux, cela les avait certainement aidés à considérer certaines questions comme acquises.

Mais il serait dit que le sorcier devait jouer à souffler le chaud et le froid sur la généticienne qui ne put retenir un regard incrédule à la première partie de la réponse qu’il lui assena. Car elle n’avait été teintée d’aucune précaution oratoire et transportait une sorte de condamnation de ce qui n’était pas sorcier. En tout cas c’est ainsi qu’elle reçut cette sentence définitive et elle se demanda ce qu’elle pouvait bien répondre à ça. C’était le genre de jugement définitif et non argumenté contre lequel sa raison ne pouvait pas grand-chose. La différence fondamentale entre sorcier et Moldu était l’usage de la magie mais le fait de se poser des questions… Mais elle n’eut pas le temps de se demander plus longtemps si elle allait tenter de rétorquer quelque chose que la suite du discours la plongeait de nouveau dans les plus grandes interrogations mais surtout l’offusquait au plus haut point. Non mais quelle prétention ! Une tornade d’humiliation et de contre arguments balaya son esprit en même temps qu’elle cherchait sur quel mode elle allait bien pouvoir répondre à tant de suffisance. Au fur et à mesure qu’il déroulait ses certitudes, elle sentait les inexactitudes de sa position et même, alors qu’elle ne faisait pas partie de son monde certaines contradictions.

Comme ça, il se situait plus loin sur le cycle de l’évolution, elle voulait bien admettre que le terme employé était un abus de langage et elle ne releva pas que l’évolution n’avait rien d’un cycle. Il suffisait de l’observer pour s’apercevoir que la nature ne “s’entêtait” (terme anthropocentré) pas dans une seule direction, mais admettons. Dans ce cas comment expliquer que la curiosité intrinsèque de l’homme ait disparu avec l’acquisition des compétences magiques ? C’était difficilement concevable sauf à admettre l’accès à une plus grande sagesse de l’homo sapiens magicus qui serait capable comme il le dit de ne pas chercher à comprendre le monde puisqu’il le maîtrise grâce à la magie.

Cette dernière pensée la révolta et elle fusilla du regard le sorcier. Elle était bien placée pour savoir que de sagesse supérieure, il n’en était rien du côté des sorciers sinon comment expliquer leur guerre et même si elle était argumentable, comment en expliquer les dégâts qu’elle avait provoqué chez les non mages ?! L’image de ses parents sans vie sur le quai de la tamise lui revint une nouvelle fois, éternelle torture. Elle ouvrit la bouche pour répondre et peut être même se laisser emporter, mais une nouvelle fois et après un haussement d’épaule bien difficile à interpréter, il poursuivit son raisonnement tandis que les bribes de sa première intervention résonnaient encore dans la tête de Theodora. Par tous les patients sorciers qu’elle avait soignés comment pouvait-il soutenir ses positions ?!

Les mâchoires crispées plus qu’elle ne l’aurait voulu, elle se résigna donc à écouter la fin de la réponse de M. Campbell. Son regard effaré devant tant de suffisance pouvait très bien être interprété comme celui de la curiosité voire la concentration, mais il semble que cet individu ait été posé sur son chemin pour justifier tout ce qu’elle pense de la magie et de ceux qui l’utilisent sans réfléchir aux conséquences. Tant de suffisance et d'arrogance dans une seule personne ! Mais si le monde est acquis et prêt à l’emploi, pourquoi se retrouver dans une bibliothèque ? Pourquoi même son existence ? Elle se rend compte alors qu’elle n’a pris aucune note de tout ce qui vient d’être prononcé par le sorcier, tout n’est que jugement de valeur sur la recherche et la vanité de comprendre les choses plutôt que de les tenir pour acquises et de se contenter de les utiliser ! Elle se demande même un instant si elle ne devrait pas remettre la main sur les ouvrages qu’elle avait eu tant de mal à collecter, fermer son laptop et laisser mon seigneur Campbell à ses certitudes. Une boule d’amertume se forme dans sa gorge alors qu’elle décide de boire le calice jusqu’à la lie. Après tout, il sortira peut-être une parole sensée voire respectueuse de tout cela et peut être aura-t-elle l’occasion de lui instiller une parcelle de doute au milieu de ses certitudes. Elle se redonna contenance en retirant le clavier vers elle et tenter de taper les quelques propos acceptables qui lui parvenaient à travers la rancœur qu’elle ne parvenait pas à faire taire.

Il allait falloir compter sur un renversement de style d’échange pour que celui-ci se prolonge et ce n’était pas la conclusion du discours du paon pompeux qui lui faisait face qui allait y participer. En plus de la colère rentrée qu’elle tentait de dominer, la frustration de ne rien apprendre à la fin de ces tirades condescendantes grandissait en elle alors qu’elle reposait les yeux sur les derniers mots qu’elle s’était forcée à prendre en note. Le particulier vers le général, pourquoi pas ? En outre, le domaine d’expertise du sorcier semblait être de celui de l’enchantement d’objet, allons-y pour explorer ce domaine.

Alors qu’elle relevait la tête, elle croisa le regard curieux de son interlocuteur allant et venant entre elle et son ordinateur. Elle pinça les lèvres pour finir de reprendre le contrôle de ces mots avant de rebondir sur le seule vraie piste qu’elle avait réussi à isoler dans cette avalanche de suffisance.

“Je comprends en effet que nous avons des manières très différentes d’appréhender les choses.”

Choses ! Elle qui aimait tant la précision n’avait trouvé que ce pauvre terme. Elle avait rejeté le mot “monde” peut-être parce que qu’il était trop divers pour pouvoir l’embrasser dans son ensemble contrairement à ce que pouvait penser le sorcier, peut-être aussi parce qu’elle avait toutes les peines du monde à considérer les sorciers comme en faisant partie, surtout après ce qu’elle venait d’entendre. Puis elle poursuivit d’un ton conciliant dans lequel trainait pourtant un soupçon d’ironie dont elle n’avait pas réussi à se débarrasser. L’ironie était à sa décharge la moindre des émotions qu’elle pouvait laisser s’exprimer après l’humiliation qu’elle et l’homo sapiens sapiens avaient subie.

“Il vaut mieux, en effet, poursuivre sur un domaine que vous maîtrisez si ce n’est que vous comprenez. J’espère avoir bien compris votre appréhension de la magie...”

Sa voix avait un peu tremblé sur les premiers mots mais avait retrouvé de son assurance et mise en confiance, elle poursuivit.

“Lorsque vous exercez votre… art… Vous devez bien être conscient de certains phénomènes. Arrivé à un certain degré d’expertise je suppose qu’on ne se pose plus ce genre de question, mais lors de votre apprentissage… Car vous avez bien un parcours d’apprentissage ? Ou… je me trompe ?... Enfin… Je suppose qu’au début tout ne doit pas couler de source et vous êtes obligés de conscientiser une certaine essence de ce que vous mettez en œuvre en même temps que vos procédures, vous devez sans doute ressentir quelque chose qui vous indique que la magie est à l’œuvre ou pas...”

Petit à petit, sa curiosité faisait son œuvre et mettait en arrière-plan sa colère bien qu’elle sentait qu’il ne fallait pas qu’une occasion se présente de lui faire comprendre sa façon de penser. Pour l’heure elle se contenta d’encourager sa réponse d’un sourire reconnaissant.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyLun 15 Juil - 14:11

La tension nouvelle dans son visage ne m’échappe pas, et je me doute que certains de mes propos n’ont pas du la réjouir. Je ne m’en formalise cependant pas, pas plus que je ne ressens le besoin de présenter des excuses. Mon explication se voulait factuelle, bien que partie prise probablement, et malgré ma conscience d’une certaine absence de curiosité chez les sorciers, je ne peux pas dire que ce soit une attitude que j’approuve. Après tout, je suis moi-même là, assis dans une bibliothèque, à me frustrer de ne pas trouver d’informations à propos de l’essence de la magie. Pourtant, je conçois ce morceau de conversation que nous venons d’avoir comme une étape nécessaire afin de nous faire avancer tous les deux vers les réponses que nous sommes venus chercher. Ainsi, arriver à la fin de mes tirades, je me tais, et, attentif, la laisse démêler ses idées.

Sa tournure de phrase me fait hausser un sourcil. Que vous maîtrisez, si ce n’est que vous comprenez et j’ai même envie d’en rire. Je suis un artisan, pas un chercheur ou un théoricien et j’ai bien plus besoin de maîtriser l’utilisation du ciseau à bois que de comprendre pourquoi, quand je tape sur un rondin, celui-ci s’effiloche au lieu de se casser comme le ferait la pierre. Je me retiens cependant de relever la pointe d’absurdité et de biais dans ce qu’elle vient de riposter avec un ton froid, dans lequel je perçois une volonté d’insulte. J’ai de toute évidence touché une corde sensible, mais à nouveau, je ne m’en formalise pas. L’émotionnel n’est jamais un allié de la réflexion rationnelle.

« Les premières utilisations de la magie sont, en vérité, totalement inconscientes. Un jeune sorcier fait généralement appel à son pouvoir sous le coup d’une émotion forte. Comme la peur ou la colère. Dans certains cas, on pourrait même relier ça à une forme d’activation de l’instinct de survie. Le corps n’a pas les moyens physiques de se défendre, alors c’est la magie qui prend le relai. »

Je prends ensuite le temps de me remémorer, avec agacement, mes premiers mois à Poudlard. Mon apprentissage de la magie fut chaotique, pour ne pas dire pire, et je rechigne un peu à faire remonter les détails à la surface.

« Oui, il y a un parcours d’apprentissage, mais… Je ne sais pas si c’est tellement de la magie même qu’on doit prendre conscience. Dans l’esprit d’un enfant encore jeune, tout cela acquiert rapidement une dimension naturelle, particulièrement pour ceux qui ont toujours eu conscience de l’existence de la magie. La concentration se fait plutôt sur la baguette, les incantations, les gestes à poser. Je ne me souviens pas avoir jamais fait la démarche de me concentrer sur le fait de… rassembler mon pouvoir, ou quelque chose de ce genre. »

Je lui adresse un sourire un peu désolé, honnête. Rien dans la pratique de la magie ne m’a jamais vraiment paru artificiel.

« Pour ma part, j’ai toujours plutôt eu l’impression que c’était tout ou rien. Soit l’incantation et le maniement de la baguette était juste, et il se passait quelque chose, ou alors, il ne se passait rien. Il n’y a pas tant de... »

Je m’interromps, comme frappé par la foudre, et relève vers elle un regard exalté.

« Sauf pour les patronus. Savez-vous ce qu’est le sortilège du patronus ? »

Pour une fois, je prends le temps de m’arrêter, de la laisser répondre à ma question, bien que le reste de l’explication me brûle les lèvres. Ses interrogations viennent de rejoindre les mêmes d’une façon plus que percutante, et je m’en serais voulu de lui gâcher la prise de conscience par une tirade sinueuse et incompréhenisble.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyLun 29 Juil - 20:55

Un instant elle reste figée dans la considération des réponses de cet homme qui pourtant n’est pas un imbécile. Est-ce cela la confrontation de deux cultures ? Chaque échange semble mesurer le fossé qui existe entre la rouquine et le sorcier. Elle a le choix entre s’impatienter ou bien mettre en application ce qui lui est apparu quelques instants plus tôt. S’impatienter ne mènerait à rien si ce n’est à abréger la conversation, alors elle préfère opter pour la seconde. Tenter de se comporter comme quelque chose entre le nouveau-né qui découvre les relations et l’ethnologue qui rencontre le premier membre d’une nouvelle civilisation, notant et théorisant avant de confronter avec le général. Certaines réponses sont incompréhensibles pour elle, mais si elle veut retirer quelque chose de cette incursion dans le rayon magie de la bibliothèque, elle doit sans doute l’accepter et arrêter de prendre les répliques de son interlocuteur comme des agressions, même si elle ne sait pas bien comment les prendre autrement.

Après tout, avant d’être sorcier, il devrait être humain et britannique avant tout. A moins que là aussi elle ne se fourvoie ? Est-on sorcier avant tout ? Cette différence les marque-t-elle à ce point qu’ils sont comme les membres d’une autre espèce comme l’ont été en leur temps les Néandertaliens et les Magdaléniens ? Malgré les incertitudes qui persistent sur l’extinction des premiers, une des hypothèses est bien que les seconds aient provoqué leur disparition. Trouvera-t-elle là encore une justification à son combat ? Ce serait facile, mais elle le sait les choses sont bien différentes et son honnêteté scientifique ne peut se permettre de tels raccourcis aussi commodes soient-ils.

De toute façon, elle est assez prise par le nouvel exercice qu’elle décide de s’imposer pour ne pas en même temps échafauder de nouvelles théories vacillantes. Prise entre son désir d’en apprendre sur ses ennemis et son numéro de comédienne pour le fréquenter comme si rien n’était plus normal, une nouvelle préoccupation serait sans doute superflue voire nuisible aux deux premières. Elle déglutit pour ne pas avoir à prendre une respiration trop marquée après cette nouvelle résolution. Autant que cette conversation serve à quelque chose, même si d’évidence, sauf retournement de situation, elle n’imagine plus avoir de réponse à sa question initiale. En outre, en dehors de son arrogance affichée, Keith Campbell fait preuve d’une écoute remarquable et elle s’insulterait à ne pas se montrer à sa hauteur.

La première explication est des plus frustrante. L’inconscient qui révèle la magie comme une poussée d'adrénaline ne la satisfait évidemment pas surtout si elle pense à sa remarque sur le fait de savoir expliquer les choses. L’adrénaline, on sait ce que sait d’où ça vient comment c’est sécrété et les effets qu’elle a et les scientifiques ont travaillé dessus pour le comprendre. Cela lui semble tellement simpliste et preuve d’un tel manque de curiosité de ne pas se demander toutes ces choses pour la magie ! Mais cela lui donne une piste. Ce pourrait-il que quelque chose active la magie et son utilisation dans le corps des sorciers ? Si tel était le cas, elle finirait bien par trouver car ce sont ces pistes qu’elle explore ! Mais peut être le cerveau n’est-il pas le siège de cette émanation. Cela risque de demander des adaptations de certains appareils pour leur permettre d’analyser l’activité de tout le corps et non simplement du cerveau. Intuitivement cet organe était tout désigné pour être le siège du contrôle de la magie mais après les pseudos explications de son interlocuteur, c’est peut-être elle qui s’est laissée aller à trop de facilité. Cependant elle garde ses réflexions pour elle. De toute façon, M Campbell semble être bien parti dans ses explications et elle aurait tort de vouloir l’interrompre et ce qu’il a exprimé de sa vision des non mages n’incite pas la chercheuse à tenter de lui expliquer son nouveau point de vue, lui-même en perpétuel construction à chaque fois qu’une nouvelle information lui arrive.

La baguette qui pourrait être considérée comme un élément de folklore, semble des plus intéressantes et semble agir à la fois comme antenne ou paratonnerre que comme catalyseur. Cela nécessite une question et les doigts de la femme se mettent à pianoter sur le clavier pour ne rien oublier. Ce ne sont que des mots jetés à la volés mais l’esprit du sorcier semble vouloir brûler les étapes passant à ce qu’il appelle un Patronus. L’homme semble tellement maintenant désireux de transmettre son savoir et sa vision des Moldus tellement péjorative, qu’elle décide de se montrer aussi modeste que possible, histoire qu’il consente à poursuivre ses explications à la pauvre sans magie qu’elle est. Elle prend un air navré avant de répondre.

“Hélas je vous l’ai dit je n’y connais rien en ce qui concerne la magie. Et donc un Patronus pas plus que le rôle de la baguette que vous avez commencé à aborder.”

La mine de rouquine est entièrement tournée vers tout ce qu’elle pourra apprendre et elle n’a pas besoin de jouer la comédie pour cela.

“Tout cela est nouveau pour moi et vous semblez être un enseignant… hors pair. Aussi, je vous serais reconnaissante de m’expliquer tout cela. Cela ne vous dérange pas que je continue mes prises de notes ?”


De sa main paume tournée vers le plafond, elle indique l’écran de son ordinateur dont la luminosité diffuse rayonne vers elle.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyMar 30 Juil - 21:49

Je hoche la tête, en signe d’excuses, cette fois. Deux ans passés à enseigner à Atlantis m’ont au moins appris une chose : on doit respecter le rythme de celui qu’on a en face de soi. Mes premiers cours ont été chaotiques, chargés de frustration, tant pour moi que pour mes étudiants. J’ai appris mon art sur le terrain, auprès de maître, et cet apprentissage n’a pas vraiment été organisé. Je n’ai pas pris notes, je n’ai pas songé à un examen, ni à un programme. Il faisait, je regardais, je posais des questions, et je tentais de reproduire. Une université ne fonctionne pas comme ça. Les étudiants ont d’autres attentes, et leurs attentes conditionnent leur manière d’apprendre. Je suppose que mon interlocutrice a les mêmes biais, et j’accepte désormais de m’y conformer. Je n’aime pas tant enseigner que partager, et j’ai découvert que je n’y prenais pas autant de plaisir quand la personne en face de moi ne semblait rien en retirer.

« Pardon, c’est l’enthousiasme qui m’emporte. » Je prends quelques secondes pour organiser mes idées, et décide de revenir sur le terrain de la baguette. « Je ne sais pas si l’utilisation de la baguette magique vous aidera tellement pour répondre à vos questions, mais... » Je prends ma propre baguette en main pour la lui montrer. « Chaque baguette est unique au sorcier. Ce sont toutes des pièces uniques, leur longueur, leur flexibilité, et les matériaux dont elles sont faites leur donne des caractéristiques particulières. Elles choisissent leur sorcier, et non l’inverse, car elles ont une sorte de… personnalité ? » Le doute est clair dans mon infléxion. Je marque une nouvelle pause pour lui laisser le temps de considérer ce point, que je trouve moi-même étrange. « Certaines baguettes sont plus efficaces dans certaines situations, ou avec certains types de magie, certaines sont si loyales à leur sorcier que ce ne sont que de vulgaires bouts de bois dans les mains d’un autre que leur propriétaire. En revanche, malgré ces particularités, elles s’utilisent toutes de la même manière. Prenez le sort de lévitation, par exemple. »

Du regard, je lui désigne le livre qui se trouve juste devant moi, afin de lui faire comprendre qu’il sera ma cible. J’y pointe ma baguette, et prononce « Wingardium Leviosa » tout en effectuant le geste caractéristique, si souvent répété à Poudlard. Je laisse le livre léviter quelques secondes, avant d’interrompre le sortilège. « Seule cette incantation précise, et ce geste, permettent de faire léviter un objet. Si j’avais bégayé, ou que j’avais secoué ma baguette de haut en bas, l’effet n’aurait pas été le même. Ma baguette aurait sans doute provoqué quelque chose mais je ne peux pas vous dire quoi. »

Je m’abstiens, pour le moment, de lui parler des incantations silencieuses et de la magie sans baguette. Elle est pleinement maîtrisée par si peu de sorciers, que les détails ne me paraissent pas suffisamment pertinent pour la confusion que cela risquerait de créer chez elle. Sans attendre – car de toute façon, Theodora prend note – j’enchaîne sur les patronus.

« Le sortilège du Patronus vous intéressera particulièrement, du moins, je l’espère. Il est utilisé pour repousser les Détraqueurs, qui sont des créatures gardant une prison pour sorciers. Ce sont des êtres effroyables, qui ont la capacité d’aspirer toute chaleur et toute joie dans leur environnement direct. Le seul moyen efficace de les contrer, est le Patronus. Il s’agit d’une sorte de créature, éthérée et éphémère, qui puise sa force dans les souvenirs de joie du sorcier. Pour en créer un, il faut se concentrer sur un souvenir particulièrement heureux, car c’est de là que le Patronus tirera sa force. » Je lui laisse une nouvelle pause, pour qu’elle prenne des notes, et dans un murmure, j’incante le sortilège du Patronus. Le cheval ailé s’élance alors dans la bibliothèque, causant des exclamations de stupeur chez les étudiants. « Ici, c’est une tâche aisée, car il n’y a pas de menace. Face à un détraqueur, c’est un acte de magie extrêmement compliqué et rares sont les sorciers qui y parviennent. »

Le Patronus vient galoper autour de notre table et après avoir marqué une volte complète, s’arrête pour nous regarder d’un œil curieux, avant de s’évaporer, délaissant derrière lui une brume argentée.

« Je me disais que cette combinaison d’un souvenir, d’une émotion et de l’acte magique pourrait vous intéresser. »


Et je lui souris, franc et honnête cette fois, apaisé comme toujours par la présence de mon Patronus, bien que celle-ci ne fut que fugitive.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyJeu 1 Aoû - 10:40

Décidément le sorcier est imprévisible ! Mais comment pourrait-il en être autrement et pourquoi en est-elle étonnée ? N’est-ce pas ce qui motive son combat ? Ces créatures sont capables de passer de la plus grande arrogance à la plus grande bienveillance en tout cas en apparence. Le chemin inverse est aussi facile et leur magie est une arme elle ne doit pas l’oublier. Comment le pourrait-elle ? Elle qui a vu mourir ses parents par la main de ses manieurs de sortilèges ? La comédie qu’elle joue jour après jour peut se payer de sa vie et elle a vraiment trop peur de mourir. Elle n’est pas si vieille qu’elle n’attache plus d’importance à la vie. Elle n’est pas assez mystique pour penser que quelque chose l’attend après et qu’une vie vaille la peine d’être sacrifiée pour quelque chose de supérieur. Cette peur du néant qui l’attend est aussi sa plus grande arme. Le désespoir dans lequel l’a plongé la perte de ses parents aurait pu la faire avoir envie de disparaître. Et par la suite, l’impatience de porter des coups à la magie aurait pu la pousser à commettre des faux pas et de se faire prendre par le la loin par les ennemies des non mages. Elle aurait pu mourir des dizaines de fois sans cette peur qui la tenaille au quotidien.

De même les revirements de son interlocuteur, ne peuvent que raviver cette crainte qu’elle avait chassée avant de pénétrer dans cette aile de la bibliothèque. Elle ne peut pas oublier qu’elle est derrière les lignes ennemies et que les ennemis sont les dernières personnes à ne pas prendre au sérieux. Elle s’en voudrait presque de s’être sentie presque à l’aise. La joute d’esprit par laquelle leur conversation avait commencé pouvait-elle la délier de cette prudence indispensable ? Elle ne sait d’ailleurs pas pourquoi soudain la peur est revenue la tenailler au creux de l’estomac. Si elle le meilleur moyen de garder à l’esprit les enjeux et la prudence, mère de sûreté comme disait sa mère, elle ne devait pas en revanche la paralyser. Déglutit un peu avec peine comme pour ravaler la raideur qui s’était un instant emparé d’elle et parvient à répondre d’un regard indulgent aux excuses du sorcier en veine de réponse.

“Ne vous excusez pas, vous n’avez pas forcément affaire à une bonne élève...”

La baguette qui sort devant les yeux un peu ébahis de la rouquine est un bel objet, elle doit bien le concéder. Comment soupçonner qu’un si petit objet, même pas métallique puisse causer autant de souffrance ? Les informations sur elle et ses sœurs sont des plus intéressantes. Bien sûr elles tirent un trait au moins provisoire sur la possibilité de trouver un moyen un tant soit peu universel de les contrer mais le fait qu’elle semblent se conformer à la magie ou à la nature de son porteur pourrait représenter une piste intéressante. Elle ne sait pas très bien comment théoriser tout cela mais une intuition lui murmure que ce rapport entre la baguette et son porteur pourrait être creusé avec succès. Alors, elle note mot pour mot les explications du sorcier. Ce n’est que l’irruption de la magie qui paralyse ses doigts sur le clavier. Les yeux effarés elle regarde le livre décoller de la table et léviter quelques secondes. Elle sent la sueur perler à sa tempe et sa respiration s’arrêter. Ses yeux fixés sur le phénomène ont les plus grandes peines à redescendre vers son écran. Une suite de W ininterrompue témoigne de l'effet que la démonstration a eu sur elle. Rien ne lui serait donc épargné aujourd’hui. Elle a une envie irrépressible de fuir cet endroit et le sorcier qui réveille ses peurs les plus intimes sans même s’en rendre compte. Sa main se pose sur le sommet de son écran comme si elle allait le refermer mais se ravise. Si elle parvient à survivre à cette entrevue elle sera sans doute mieux préparée par la suite à la confrontation avec la magie. Un peu comme lors d’un vaccin où le corps résiste face à un virus affaibli, son esprit deviendrait plus fort devant une magie inoffensive. Elle déglutit et cherche quelque chose en rapport avec tout ce qu’elle vient d’entendre et ne parvient à articuler dans un souffle qu’un :

“Fascinant.”


Elle ne sait pas comment Keith Campbell entendra sa réaction, mais c’est certainement moins stupide que de prendre la fuite. Bien vite, elle efface les trois lignes de W. Le mouvement de ses doigts agi comme la sortie d’une anesthésie et elle sort de ce qui lui semblait être la paralysie de ses pensées et de ses réflexes.
Un sourire engageant invite le professeur de poursuivre avec le sortilège qu’il appelle Patronus. Elle est au moins aussi intéressée par l’existence des Détraqueurs que du sortilège développé pour les repousser. Si les sorciers sont des monstres, ces créatures de cauchemar semblent l’être tout autant surtout si elle a bien saisi la crainte qu’il suscite chez les sorciers. Fébrilement elle note tout cela. Une question s’échappe de ses lèvres angoissées par la possibilité de l’existence de ces monstres.

“Ces détraqueurs comme vous les appelez s’attaquent aux sorciers uniquement ou bien aux non mages aussi ?”

La question pour les Moldus de s’en protéger se pose inévitablement à son esprit mais l’apparition du cheval ailé ne lui laisse pas le temps de la formuler. Elle reste bouche bée à suivre les cavalcades de l’invocation. Elle ne peut s’empêcher d’admirer la beauté de l’apparition. Les larmes lui viennent aux yeux mais la disparition du patronus lui fait le même effet que la sortie du sommeil. Elle se sent ridicule et referme la bouche ne sachant comment traduire ce qu’elle vient de voir sur son clavier de plastique. Comment réfléchir après tout cela ? Ses mots s’échappent de ses lèvres comme les premiers pas du nouveau-né, hésitants et prenant petit à petit de l’assurance.

“Très int.. Intéressant en… effet, mais j’ai peur que… cela complexifie pour moi le problème”

Comment se prémunir d’une chose qui puise sa source de façon aussi diversifiée et complexe ? Il faudrait donc s’attaquer à chacune de ses sources. Les souvenirs, les émotions, les mots, la baguette. Le visage comme éclairé de son interlocuteur le fait paraître tellement solaire qu’on aurait envie de lui accorder sa confiance malgré sa nature de sorcier et malgré l’arrogance dont il a pu faire montre auparavant. Elle lui rend son sourire, sourire admiratif de la performance et de ses explications

“Ce sortilège… Comment l’appelez-vous déjà ? Patronus ? ...doit être bien difficile à maîtriser et je suppose qu’il suffit qu’un seul élément que vous avez mentionné manque pour qu’il échoue non ? Chasser des créatures comme les détraqueurs, c’est ça ? …implique une grande puissance de la part de votre invocation... ”

Elle marque une respiration avant de s’excuser du peu de clarté de ses réflexions.

“Vous devez me trouver un peu brouillonne… C’est tellement nouveau et tellement passionnant !”

Toutes ces réponses pourraient simplifier ses propres recherches et c’est avec une nouvelle excitation qu’elle les attend avant d’en formuler une autre qui aurait sans doute dû émerger en même temps.

“Est-ce qu’on peut dire qu’à des proportions diverses chaque usage de la magie implique de faire appel à ces différents ingrédients : émotion, souvenir, incantation, gestuelle, le tout catalysé par la baguette ?”

Au fur et à mesure de ses questions de nouvelles lui viennent à l’esprit elle sent qu’elle va finir par en déborder, alors la suivante s’enchaîne sans lien apparent comme le trop plein d’une baignoire.

“J’ai cru reconnaître du latin dans vos incantations. Quel est le rapport entre cette langue et la magie ? Je me disais qu’elle ne devrait normalement pas s’attacher à un idiome plus qu’à un autre. Comment un sorcier éloigné de cette langue peut-il réaliser comme vous l’avez dit à ses pouvoir sans cette maîtrise ?”

Elle n’est pas bien certaine que cette interrogation soit en lien direct avec ses travaux, mais sa curiosité naturelle ne peut s’y limiter Tant qu’à se forcer à cette entrevue, autant en profiter pour en savoir le plus possible et qui sait, la solution pourrait venir de petits détails apparemment sans intérêt. La rouquine sent une nouvelle résolution s’affermir en elle. Elle plonge ses yeux dans ceux du professeur.

“En tout cas merci de prendre le temps de me répondre. Je crois que vous étiez la bonne personne pour répondre aux questions d’une ignorante comme moi.”

Un compliment n’a jamais fait de mal à personne tant qu’on ne force pas le trait et c’était bien peu cher payé pour tout ce qu’elle avait appris et qu’elle pouvait encore apprendre grâce à Keith Campbell.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyLun 12 Aoû - 18:21

J’adresse un sourire un peu amusé à Theodora, bien qu’un peu touché par sa réaction. Pour moi, pour nous, quelque chose d’aussi simple qu’un sortilège de Lévitation a perdu toute qualité fascinante, mais je suis heureux qu’elle trouve une forme de beauté dans un geste si simple. Années après années, j’ai continué à être fasciné par la magie, ce qu’elle nous apporte, et son fonctionnement si complexe, et si intuitif à la fois. Je suis heureux de pouvoir partager un peu de ce ressenti avec quelqu’un, pour une fois. La plupart de mes compères sorciers se contentent d’utiliser la magie comme un vulgaire outil, sans se pencher sur le sortilège en lui-même, le fait qu’il existe des formes de magie plus élégantes que d’autres et ce, sans même évoquer la question de la magie noire.

Je me retiens de continuer plus loin dans mes explications, malgré tous les détails que la baguette en tant que catalyseur et les patronus m’inspirent. Je l’observe prendre des notes, tapoter sur son clavier avec ardeur, et je me prends à me demander comment son drôle d’objet peut bien fonctionner. Je devine simplement que l’interface horizontale lui permet d’écrire, et les coups d’oeil réguliers qu’elle jette vers le plan vertical me fait supposer qu’elle y voit les mots qu’elle rédige. Cette distance entre la main, l’outil d’écriture, et la production écrite me perturbe pour des raisons que je ne parviens pas vraiment à mettre en pensées. Comme si une partie de moi était vexée que la main ne joue plus un rôle direct dans le procédé. Sa question m’oblige, ou me permet, selon le point de vue, de revenir à des considérations moins lourdes pour ma conscience.

« Les détraqueurs s’attaquent à tous. Ils se nourrissent de souvenirs heureux, et nous les éprouvons tous. Je ne sais pas si les … conséquences, de leur attaques sont pareilles, cependant. Je n’ai jamais analysé la question en détail. Je crois qu’ils ne sont pas visibles pour les moldus, mais nous ressentons tous leur présence de la même manière. Tout semble devenir triste, la température chute. »

Je hoche la tête, indulgent, quand elle me répond à l’apparition du Patronus en évoquant la complexité du problème. J’aurais voulu la détromper, mais ç’aurait été malhonnête.

« En effet, comme je vous le disais, rares sont les sorciers qui maîtrisent ce sortilège. Il est aussi extrêmement rare d’en avoir l’utilité. Les détraqueurs ne se rencontrent normalement pas dans la nature… La puissance du sentiment heureux est absolument indispensable à la réussite d’un Patronus capable de chasser sa cible. Le fait de se concentrer sur un souvenir est un moyen de… Comment dire… Recréer l’émotion. Je suppose que quelqu’un qui serait capable de songer à une événement qui ne s’est pas produit, mais qui le remplirait d’un bonheur pur, pourrait invoquer un Patronus efficace. »

Je repousse ses excuses d’un geste de la main.

« Je suis professeur, et je peux vous promettre que j’ai eu affaire à nombre d’étudiants bien plus brouillons que vous. Il ne faut pas retenir les questions, la réflexion la plus sauvage est aussi souvent la plus brillante. »

Ou du moins, c’était ce que j’aimais croire. Mes réflexions n’étaient jamais organisées, j’avais un but, je connaissais des méthodes, mais le tout se mélangeait allégrement selon mes idées, mes inspirations, et ma marotte du moment.

« L’incantation et la gestuelle sont les éléments principaux. Tous les sortilèges ne sont pas liés à un mouvement particulier, la plupart se contentent d’un coup de baguette dans la direction de la cible. Mais ça reste un geste, je suppose. L’émotion et le souvenir ne rentrent en ligne de compte que pour des cas très particuliers. » Je m’interromps, hésitant. A l’exception du Patronus, je ne connais qu’un seul autre sortilège majeur pour lequel l’émotion est centrale. Je décide cependant de m’abstenir de lui décrire l’importance de vouloir faire souffrir, lorsqu’on utilise le Doloris. « L’état émotionnel du sorcier peut cependant influencer les résultats. Un peu comme… Un peu comme les émotions peuvent influencer l’intonation de la voix. Le mot prononcé sera le même, mais la voix sera néanmoins différente. Si je suis déprimé et que j’essaie d’utiliser un sortilège qui permet de faire rire ma cible, je vais probablement y arriver, mais le résultat ne sera pas aussi éclatant que si j’avais envie de rire moi-même. »

Lorsqu’elle évoque le latin, en revanche, je hausse les épaules. J’avais vaguement commencé à m’intéresser au sujet, quand j’étais en Suisse, mais j’avais rapidement abandonné. Les sources étaient trop rares quant à la magie pré-latine, et je n’étais pas assez grand voyageur pour tenter de remonter les traces des druides et sorciers vikings, pour autant qu’il en reste encore, ce dont je doutais fortement.

« Je ne pense pas que la langue joue un rôle particulier. Je crois plutôt, mais ce n’est qu’une supposition, que l’usage d’incantations latines s’est répandu à cause de l’écriture. Les langues contemporaines du latin n’étaient guère écrites, l’ancien germanique, et ses dialectes… C’est un hasard de l’histoire, sans doute. Les anciennes runes ont aussi un certain pouvoir magique, mais ce n’était pas une langue de communication, leur utilisation est donc beaucoup plus restreinte que les sortilèges qui eux sont très flexibles. »

J’accepte ses remerciements avec, à nouveau, un simple hochement de tête.

« Je serais un bien mauvais enseignant pour cette université si je refusais de parler de ce qui me passionne, et ce dont je suis spécialiste. Vous ne m’avez rien dit sur vous-même, cependant. Vos questions sont précises, votre but semble l’être tout autant. Qu’est ce que vous cherchez, vraiment ? »

Si sa présence ne m’avait guère intéressée, au début, la précision de ses interrogations et la finesse de sa réflexion faisait d’elle plus qu’un simple étudiant parmi d’autres – outre le fait qu’elle n’était pas du tout étudiante. Je commençais à me dire que j’avais potentiellement autant à apprendre d’elle qu’elle ne venait d’apprendre de moi.
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MessageSujet: Re: Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]   Essence de la magie. [ Keith R. Campbell] EmptyDim 18 Aoû - 22:03

Finalement, elle avait bien fait de poursuivre l'entretien. De fil en aiguille, elle se rendait compte qu’elle en apprenait bien plus ce que à quoi les premiers échanges l’avaient préparées. Le regard allant frénétiquement de son interlocuteur à son écran, on pouvait lire sur son visage la concentration de la bonne élève qui s’en voudrait de laisser passer une information même minime et qui pourrait lui manquer lors du prochain examen.

Le professeur avait délaissé son attitude un peu condescendante pour adopter un ton très pédagogue qui reprenait toutes ses questions et elle lui en savait gré, même si le dit professeur était un sorcier. Le genre de sorcier qu’elle aurait bien aimé savoir non-mage. Elle admirait son savoir et son analyse autant que son expertise. Le problème étant que quelqu’un de sa trempe pouvait aisément devenir un ennemi redoutable. Cette guerre la mettait dans des positions tellement inconfortables, entre sa haine de la magie et son respect pour les personnes intelligente ou avenantes!

Bien sûr, elle note que sa question sur la baguette et son importance reste sans réponse, mais elle abreuve Keith Campbell de tant de questions qu’elle comprend qu’il ne puisse pas répondre à toutes et elle aura peut être l’occasion de revenir sur le sujet. Visiblement la question des patronus et des détraqueurs semble motiver son interlocuteur si bien qu’elle finit par se demander si son intérêt pour eux n’est pas un peu morbide, à moins qu’il en ait déjà rencontrés et vue la description qu’il en fait, elle comprend qu’il ait besoin ou envie de développer cet aspect de la magie.

De son côté, la généticienne réprime un frisson d’horreur à leur description, d’autant que si les sorciers semblent avoir développé une défense contre eux, qu’en est-il des non mages? Autre inégalité, le fait que les moldus ne puissent pas les voir. De quoi raffermir encore sa volonté de lutter contre la magie. Les non sorciers, en plus d’être démunis face à elle, sont encore plus vulnérables car soumis à ses effets sans pour autant en connaître la cause. Il est de plus en plus urgent que ces derniers se dotent de quoi combattre la magie sous toutes ses formes. Elle compte bien y être pour quelque chose, mais le problème est si complexe! En outre, devoir agir dans le clandestinité ne facilite pas les choses comme les échanges qui sont si utiles lorsqu’on travaille dans la recherche. Elle ne le sait que trop bien elle qui profite tant des travaux des collègues américains et japonais dans son domaine de la génétique.

S’interrompant, songeuse à la perspective de se trouver face à un de ses démons, elle intercepte le regard du sorcier vers son ordinateur. Elle ne s’était pas vraiment posé la question de l’effet que pourrait avoir cet outil sur un sorcier et il lui vit soudain à l’idée qu’il pourrait bien opérer sur eux le même effet que le patronus, toute proportion gardée, sur l’ébahissement dont elle avait été prise quelques secondes plus tôt. Un instant elle pense à tourner le laptop vers lui, mais bien vite l’intérêt qu’elle y voyait, pour lui s’évanouit. Il n’a certainement pas envie de relire ce qu’il lui a dit sur un écran luminescent. De toute manière elle est trop impressionnée par ce qu’elle apprend malgré la précision sur la rareté des détraqueurs, pour envisager de sortir de cet entretien somme toute édifiant.

Elle n’aurait sans doute pas pu trouver d’autre terme pour qualifier cette conversation qui lui en apprend tant et dont les conséquences effraient autant. En même temps que les informations qu’elle recueillent font monter l’excitation en elle, elle mesure l’inconnu qui s’ouvre devant elle et le travail qui lui reste à accomplir. Elle se demande quel visage elle doit bien présenter à son interlocuteur, mais heureusement, le sourire et les paroles bienveillantes qu’il lui adresse la rassurent, d’autant que le premier abord qu’elle a eu de lui ne l’incite pas à penser qu’il soit du genre à faire preuve de complaisance. Elle n’est pas loin de penser que s’il avait trouvé leur conversation ennuyeuse, il serait parti en la privant, en prime, des ouvrages qu’elle avait isolés, s’il les avait convoités. A cette pensée, elle ne sut, pendant un instant, si elle devait se féliciter de cette rencontre ou laisser remonter le début de colère qui était la sienne au départ. Mais la colère ne faisait pas partie des sentiments qu’elle mettait en avant. Elle demandait trop d’énergie pour des résultats souvent décevants.

Elle préférait la méthode et avait fini par devenir maîtresse en sériation de problèmes. A mesure qu’elle prenait des notes, elle était capable de les renvoyer à des pistes à explorer et ce, de façon systématique. Lorsqu’elle en avait le temps elle parvenait à classer les items de ses pensées et des recherches en tableaux, diagrammes et cartes mentales, auxquels elle se référait régulièrement et qu’elle modifiait au fur et à mesure que sa pensée progressait ou, tout simplement, évoluait. C’était un moyen qu’elle jugeait assez sûr pour planifier ses travaux et les décliner en expériences, analyses et évaluations.

Pour l’heure, elle revient en arrière pour préciser les notions de geste et incantation que Keith Campbell s’applique à préciser. Au fur et à mesure de ses notes, elle opine du chef et adopte une moue approbatrice, preuve s’il en fallait qu’elle prenait de plus en plus de soin dans ses notes. Quelques pistes concrètes commencent à se faire jour dans son esprit, mais elle se garde bien de les faire apparaître dans ses notes. Il vaut mieux pour l’heure de faire confiance à sa mémoire et à la qualité de ces mêmes notes qu’elle reprendra avec avidité une fois rentrée chez elle. Elle se demande en particulier si l’état émotionnel serait une piste exploiter ou au contraire à éviter. L’exemple du sortilège du rire la fait sourire en même temps qu’elle s’interroge sur un substance type gaz hilarant sur la magie d’un sorcier

Elle est en revanche un peu déroutée par l’explication sur les langues. D’après Keith Campbell la langue n’a pas d’influence, alors comment expliquer l’importance de l’incantation aborder plus tôt? C’est une question qui sera sans doute à creuser. Comment un sorcier européen et un sorcier asiatique, pour faire dans l’intuitivement plus éloigné possible, peuvent-ils lancer un sort d’effet identique sans la même incantation? Doit-elle considérer que l’on peut lancer un sort sans incanter, mais simplement en se focalisant sur l’effet désiré? Elle aurait bien relancé le débat, mais l’aveu de son professeur lui fit renoncer, un peu à contre coeur.

Elle ne peut qu'acquiescer à la digression sur l’enseignement de son interlocuteur. Elle-même n’avait-elle pas profité largement de professeurs exceptionnels à l’Imperial College qui avaient su lui communiquer la passion pour son futur métier. C’était au quotidien qu’elle pensait à eux dans les nouveaux pas qu’elle se trouve contrainte de faire, tant en médecine qu’en action clandestine.

La question qui suit est trop commune pour la mettre en difficulté et de toute façon, même si elle est parcellaire, ce n’est que la vérité qu’elle lui livre presqu’avec légèreté. Son regard délaisse complètement son écran pour croiser le sien et lui donner satisfaction.

“Comme je vous l’ai dit, je suis médecin et complètement novice en terme de magie. Comme je suis de plus en plus amenée à soigner des sorciers _ doit-on dire ainsi?_ je crains de plus en plus de commettre des erreurs peut-être irréparables alors je tente de me renseigner. C’est le moins que je puisse faire je pense. De plus, cela permettrait peut-être de faire progresser la médecine… S’il y a des données biologiques à prendre en compte lorsque l’on soigne des mages?... Décidément j’ai peur de me montrer insultante... Bref, cela ne m’est pas apparu tout de suite, mais depuis quelques temps cela me turlupine...”

Elle rabat le couvercle du laptop avant de poursuivre.

“Vous avez peut-être des conseils à me donner dans cette optique?...”
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Essence de la magie. [ Keith R. Campbell]
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