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 Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]

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Jonathan RowleJonathan Rowle
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] - Page 2 EmptySam 30 Mar - 8:39

Quand vient le jour, la peur d'affronter la vie

- Jonathan Rowle - Théodora Rose Knight -


"All around me are familiar faces, worn out places, worn out faces. Bright and early for their daily races, going nowhere, going nowhere : their tears are filling up their glasses, no expression, no expression. Hide my head, I want to drown my sorrow, no tomorrow, no tomorrow." Mad world - Gary Jules
La vie est composée d’instants fugaces, qui peuvent sembler futiles au premier abord, mais qui constituent ce que nous sommes. Seul le poids des années détermine les réels moments marquants de notre existence, et s’ils sont incontournables, ils n’ont été rendus possibles que par l’amoncellement de petits riens qui forment le quotidien. Ce matin, je me suis réveillé, et ces quelques secondes fugaces entre le rêve et la réalité, où tout se brouille pour ne former qu’un maelström de sensations, ne sont pas moins importantes que celles durant lesquelles j’ai prononcé le terrible sort qui a tué mon frère. Elles forment un tout, qui nous construit et nous fait grandir, peu importe notre âge, nourrisson ou vieillard.

Pourtant le temps semble s’échapper d’entre mes doigts à chaque fois que je rencontre Theodora. Un instant, les minutes s’allongent alors que je peine à trouver un moyen de prolonger la conversation, me sentant si bien à ses côtés que j’essaie de grappiller la moindre seconde passée à ses côtés, et l’autre, elle est partie plus vite encore que cet infime temps nécessaire pour cligner des yeux, ou pour prendre une inspiration. J’ai un mouvement instinctif d’épaule pour me rapprocher d’elle, alors que je sens qu’elle doit partir accomplir son devoir : mouvement que je réprime rapidement, bien sûr. J’ai beaucoup de défaut, mais je ne suis certainement pas quelqu’un d’égoïste, et peu importe le réconfort que je tire dans nos conversations si banales, si simples, elles ne prévalent pas sur la santé de quelqu’un. J’esquisse un petit sourire alors qu’elle recule doucement, s’excusant silencieusement, et je fais un petit mouvement de la tête, comme pour l’inciter à se dépêcher.

C’est peut-être ce qui rend nos rencontres si particulières, au final. Le fait qu’inlassablement, le moment viendra à passer, comme la beauté d’une fleur qui vient à faner l’aube venue. On se raccroche à des temps éphémères, et si l’ont regrette leurs durées bien trop courtes, c’est ce qui fait en réalité leur qualité.

***

Je n’ai pas rendez-vous, aujourd’hui. Cela fait presque trois semaines que je n’ai pas vu Theodora : oh, bien sûr, je n’ai pas manqué d’essayer d’entrapercevoir sa chevelure rousse entre deux coins de couloir, lorsque j’attendais mon tour pour entrer dans le bureau du Dr Kertekian, la cherchant sans le montrer, espérant pouvoir partager un autre café avec cette femme qui me fait oublier, l’espace de quelques minutes, le brouillard qui obstrue mon existence. Mais peine perdue. Le centre médical est grand, sa vie est probablement bien occupée, et j’ai passé l’âge de m’amuser à lancer un jeu de piste dans l’espoir d’une conversation.

J’ai parlé d’elle à mon psychomage. Ce n’était certainement pas prévu : pourquoi diable évoquer une rencontre qui, en apparence, a tout d’échanges quelconques sans réel intérêt. Mais le médecin a bien vu que j’étais plus détendu, ces derniers temps. Plus… moi-même, en fait. Et si elle n’en est pas la seule responsable, il faut bien avouer que le simple fait qu’elle ait réussi l’exploit de débrancher mon cerveau pour me concentrer sur l’instant présent est suffisant pour la placer en haut de la liste. Je n’ai pas évoqué son nom, ou même le fait qu’elle travaille à l’hôpital. J’ai simplement raconté la nature de ces frugales rencontres, et la sérénité qui s’était installé en moi alors qu’elle m’a fait penser que peut-être, un jour, je pourrais redevenir humain à nouveau. Peut-être pas l’homme que j’étais auparavant, mais un être neuf, qui s’était créé dans la douleur et les larmes, mais qui en était ressorti, quelque part, lavé de ses péchés.

Le docteur Kertekian ne m’a pas ri au nez, à ma plus grande surprise. Il m’a même encouragé, me disant à demi-mots que, peu importe la nature singulière de cette relation qui n’en est pas vraiment une, elle m’avançait sur le chemin de la guérison, et c’est tout ce qui importe, au final. Mais maintenant que je suis privé de ces quelques minutes d’oxygène, et que je ne peux plus discuter avec la médecin de choses pourtant banales, je me ressens étouffer à nouveau.

C’est pour ça que je marche en plein milieu des faubourgs, en cet après-midi de mai où mes étudiants sont en examens, et que ma nièce est à l’école. Je ne voulais pas pénétrer dans le centre médical sans bonne raison, mais rien ne m’empêche de profiter du soleil de printemps en espérant, peut-être, croiser Theodora qui se rend, ou sort du travail. Ma réaction est puérile, je sais. On dirait un adolescent en mal d’amour qui se torture pour sa belle : mais les apparences sont trompeuses. Loin de moi cette idée. Tout ce que je veux, c’est pouvoir me sentir, encore une fois, comme quelqu’un qui peut parler, plaisanter, bref, vivre.

Et seule Theodora semble capable d’un tel exploit, pour l’instant.

Mes pas résonnent sur les pavés tandis que mes yeux sont perdus dans le vide. Les faubourgs d’Atlantis sont charmants, il y a quantité de zones boisées qui jouxtent des maisons charmantes : Annie serait parfaitement à sa place dans ces jardins avec des sets de balançoire et des niches pour les chiens familiaux, mais je n’ai, pour l’instant, pas réussi à rembourser mes dettes passées pour prétendre pouvoir déménager dans un pavillon, bien plus adapté pour une petite fille que mon appartement du centre-ville. Je croise quelques familles, des joggers, des personnes âgées qui roulent des caddies emplis de victuailles derrière elles. Tout est étrange : je ne suis pas à ma place, dans un cadre aussi anodin. J’ai vécu pendant si longtemps dans ce Londres grouillant où je côtoyais seulement Aurors et malfrats, que j’ai presque oublié la candeur des personnes que je protégeais de par mon métier. Maintenant, je suis l’un d’entre eux. En tout cas, je l’essaie, de toutes mes forces, de toute mon âme. J’essaie de me rappeler de ce que c’est, d’être un civil.

Perdu dans mes pensées, je manque presque d’entendre une voix qui m’appelle pourtant, et alors que je tourne la tête, un sourire ourle déjà mes lèvres. Car j’ai reconnu cette voix et ces intonations chaloupées. Car j’ai l’impression de revenir à la surface après avoir retenu mon souffle pendant trop longtemps.

Car Theodora est là, en fait. Merlin, mon plan a marché et je ne peux m’empêcher de me sentir un peu bête, maintenant que je suis mis face à elle. Au centre médical, nous avions une bonne raison d’être là, tous les deux, et une bonne excuse pour nous côtoyer, comme une couverture, quelque part. Là, il n’y a plus de faux-semblants. Je l’apprécie, je ne peux pas le nier ; nos rencontres font parties de ma vie, et elles sont importantes, comme chacun des instants que je passe sur cette bonne vieille Terre.

Et je la dévisage, sans savoir quoi dire. Les bras ballants, le long de mon corps, j’ai envie de fuir pour ne pas me rendre plus idiot encore. Mais je reste là. Je combats ma maladie qui me crie que je suis inutile, que je la gêne, que je n’ai pas ma place à ses côtés. Et je me force même à lui adresser la parole.

« -Bonjour, docteur. »

Une phrase anodine, encore une. Mais c’est suffisant pour moi. En fait, c’est un grand progrès.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] - Page 2 EmptyMer 3 Avr - 15:30

La violence des hommes semble être sans limite mais la pire est sans doute celle qu’il s’inflige à lui même ! Elle n’avait pas pu en vouloir une seconde à son bip, une fois qu’elle s’était trouvée en présence du jeune homme, un étudiant apprendra-t-elle plus tard. Pâle, la respiration quasiment inexistante yeux révulsés et le visage cadavérique, les lèvres bleues et les extrémités froides. Il ne devait sa survie à sa petite amie qui avait eu les bons gestes au bon moment et en premier lieu celui d’appeler les secours. Le reste n’avait été qu’une histoire de technique mais le jeune homme l’avait échappé belle. Le Docteur Knight avait oublié toutes les pensées annexes pour pratiquer calmement les protocoles qui avaient fait leurs preuves.

Ce n’est qu’ensuite qu’elle s’était autorisée à des pensée personnelles. Maudire les dealers et les petits cons qui se croient plus malins que les autres et puis aussi se réjouir que Dylan n’ait pas été celle qu’on amenait comateuse sur le brancard. La jeune femme était en progrès mais avait rechuté plusieurs fois et Theodora ne savait pas encore si elle était vraiment stabilisée…

Et puis son esprit était reparti vers Jonathan Rowle qu’elle avait planté comme une mal élevée près d’une machine à café impersonnelle. Elle savait pertinemment que ce n’était pas de sa faute et que les événements avaient parfois souvent raisons des conventions sociales, mais elle ne put s’empêcher de ressentir un petit pincement au coeur, comme si l’image que le Gallois avait d’elle était si important… En fait, elle le savait, l’image que le monde avait d’elle était toujours trop importante à ses yeux et celle de quelqu’un d’appréciable comme le buveur de café encore plus. Comment pouvait-elle être certaine qu’il était si estimable? Était-il utile de savoir pourquoi? Elle ne sentait c’est tout. Si elle creusait elle pouvait arguer de son humour, des étoiles tristes dans ses yeux. Pour quelqu’un d’aussi cartésien qu’elle s’était un peu trop intuitif pour être complètement satisfaisant. Sans doute que l’image de femme de tête, cérébrale et froide ne correspondait pas tout à fait à la réalité. Quelque part survivait encore vaille que vaille mais peut-être malheureusement la petite fille pleine d’illusion qui voyait les monde comme on le lui avait dépeint, plein de bons sentiments et avec la certitude que l’humanité était perfectible et des raisons d’y croire à tous les coins de rue.

Jonathan Rowle avait certainement terminé sa consultation. Elle regarda sa montre par réflexe, comme si elle pouvait avoir un doute. Tant pis, ce serait pour une autre fois et puis cette urgence l’avait peut être sauvée de la nécessité de se livrer plus que de raison. La journée s'était donc terminée comme toutes les autrs non sans qu’elle ait eu le temps en rentrant chez elle d’évoquer le professeur et ses élèves. Elle se surprit même à avoir un petit rire amusé en y songeant. Elle avait mis un plat préparé au micro-onde qu’elle avait trouvé dans le mini congélateur qui composait le dernier niveau de son réfrigérateur qu’elle avait refermé du bout des orteils en lui tournant le dos. Le reste de la soirée avait promis d’être aussi routinière que les autres, relevé des derniers mails, réponse à des confrères avec qui elle partageait les mêmes recherches, sans doutes quelques chapitre de son roman du moment, le dernier tome de l’Assassin royal dont elle avouait se lasser en ce moment. D’ailleurs le livre avait vite décrit une gracieuse courbe jusqu’au pied du lit sur lequel elle était assise, un genou remonté contre elle, son oreiller dans ses bras contre sa poitrine. Malgré sa brièveté, sa rencontre avec Jonathan Rowle était la seule chose qui avait rompu son quotidien comme une petite perle de nacre sur le sable d’une plage, terni par le soleil. Elle baissa le tête vers la taie vert anis comme pour la respirer, leus yeux rivés sur le mur en face d’elle, se demandant si la routine l’avait complètement phagocytée. Mais ce n’était pas vraiment le cas. En fait c’était surtout la légèreté qui l’avait abandonnée et le Gallois désabusé représentait tout ce qui lui restait de frivole et d’innocent et pour cela elle le remerciait à distance d’exister et de lui avoir offert ces deux petites rencontres en dehors du temps et de la guerre.

Les semaines qui suivirent furent un peu folles et chaque fois que ses pensées allaient vers le quadragénaire, c’était à l’occasion d’une brève pause au distributeur de boissons. Cela avait au moins le mérite de la faire sourire, mais pas d’imaginer quand une rencontre serait à nouveau possible. Entre ses recherches officielles, les clandestines, et ses consultations auxquelles s’ajoutaient des commandes inattendues mais passionnantes qui lui arrivaient et qu’elle était incapable de refuser, elle s’étonnait de pouvoir encore trouver le temps de dormir. La consolation, si toutefois elle ne avait besoin, était qu’elles touchaient toutes à sa spécialité et lui permettaient d’ouvrir son esprit à de nouvelles pistes. Rien d’étonnant dan ce contexte que les rencontres impromptues avec Jonathan Rowle ne se soient plus reproduites et que le hasard des deux rencontre consécutives ait fini par passer au second plan et au niveau des coïncidences improbables. Elle avait bien regardé sa montre au moment de ses visites régulières au centre médical, mais à chaque fois elle se trouvait bien loin d’une machine à café ou des couloirs dans lesquels elle l’avait croisé et son emploi du temps ne lui laissait guère le temps pour traîner du côté du cabinet du Dr Kertekian et puis quel intérêt?

Ce n’était pas parce qu’elle appréciait sa compagnie et qu’elle avait la sensation que c'était réciproque que leurs rencontres devaient aller plus loin. D’ailleurs combien de fois s’était-elle fait la réflexion que c’était aussi bien ainsi? Mais les deux petits diamants qu’elles avaient constitué lui étaient assez chers pour qu’elle y repense régulièrement. C’était peut être leur rareté qui en faisait le prix. Elle ne pouvait s’empêcher de penser que les rendre routinières les rendrait moins précieuses. Elle avait donc accepté de se contenter du sourire qu’elles lui dessinaient sur le visage lorsque leurs souvenir venaient la visiter. Elle n’avait pas beaucoup de temps à consacrer à des pensées métaphysiques et encore plus sombres que la réalité qui l’engluait. Pas le temps de se demander si se contenter de l’éclat lointain de leurs deux rencontres n’était pas déjà renoncer. Renoncer à la vie renoncer à la jeunesse qui lui aurait fait peut être il y a peu encore imaginer s’investir dans ses petites choses qui font le bonheur des gens, le flirt, la séduction, le copinage et plus si affinité. Mais vraiment elle n’avait pas de disponibilité pour ça, même si c’était encore une victoire de la guerre et de la vieillesse que les café impromptus lui faisaient si bien oublier.

Trois semaines ce n’est pas long mais suffisamment pour oublier bien des choses en particulier le mauvais café d’une machine d’hôpital. Et puis si elle ne fait pas preuve d’égoïsme, le suivi de son buveur de mauvais café préféré a peut être cessé. C’est ce qu’elle peut lui souhaiter de mieux. D’ailleurs, elle n’a pas vu l’ombre d’un gallois désabusé traîner sa silhouette élancée et ironique en attendant que l’heure de son rendez-vous arrive. Il est de toute façon sûrement plus à sa place devant ses élèves à les encourager ou les aider dans leurs révisions que devant un médecin à rendre compte d’un traitement ou de l’évolution d’une maladie. Elle ne se demande pas ce qu’elle doit faire de ces deux souvenirs. Advienne que pourra. Elle est juste certaine qu’elle sourira s’ils reviennent.
Parfois elle se trouve un peu gourdasse. Avec le réseau qu’elle a autour d’elle elle pourrait aisément en savoir plus sur lui et sur son devenir, mais mêler ce genre de ressource à la petite magie de ces dernières rencontre le rebutte. Ni le secrétariat du Centre Médical ni Gloriam ne sont concernés. C’est sa petite parenthèse enchantée à elle. Nul besoin de la partager. encore si elle avait ce qu’on pouvait appeler un ami avec qui la partager… Mais l’amitié ça se mérite et ce ne doit être son cas et quelle amitié pourrait-elle offrir dans sa situation? Elle avait parfois besoin de tout son pouvoir d’auto-suggestion pour ce convaincre que ses engagements valaient toute sa solitude. Il y avait eu quelques soirées amères passés en compagnie de son album fétiche. Heureusement elles étaient suivies de nuits réparatrice et de réveils pleins à chaque fois d’une nouvelle motivation. Elle se réjouissait de cette capacité à rebondir même si parfois elle se demandait quand elle l’abandonnerait.

Il y avait eu de meilleures journée. Le séquenceur numéro 1 était en panne et compromettait le programme d’analyse. Le fils de Maggie Peterson avait la varicelle et la maman était restée auprès de lui. Theodora avait conscience de son efficacité, mais des jours comme aujourd’hui, elle réalisait davantage encore combien elle était indispensable. Il n’y aurait une remplaçante que le lendemain et encore ne connaîtrait-elle pas les dossiers aussi bien que la titulaire. C’était la promesse de malentendus à dissiper et d’énervement chez les patients dont on ne pourrait leur tenir rigueur mais qu’on ne pourrait pas reprocher à la secrétaire qui serait nommée pour le temps de l’absence de Maggie. Theodora se préparait psychologiquement à faire preuve de patience et à accepter que tout ne roule pas comme à l’accoutumée. Au moins ne serait-elle pas obligée de jongler entre ses patients et le téléphone comme aujourd’hui. Elle espérait simplement s’être montrée aussi professionnelle qu’elle se l’imposait.

18h30. Son dernier rendez-vous venait de se terminer et les choses étant ce qu’elles étaient, rentrer chez elle était le mieux à faire. Avec les jours qui allongeaient, elle irait peut être courir un peu prendrai un bonne douche et suivant son degré de courage, s’autoriserait une sortie, une fois n’était pas coutume. Lorsqu’elle sortit du Centre Médical, elle avait jeté son tailleurs sur l’épaule et maintenait son sac par dessous afin qu’il ne lui batte pas la hanche au bout de sa bandoulière, au rythme de son pas son talon claquant sur le parvi de l’hôpital. Au risque de révéler les marques des séquelles laissées à ses cheveux par le chignon qu’elle avait arboré toute le journée, elle les avait relâchés. Elle avait besoin de sentir le vent jouer avec. Les murets de béton lissés les arbustes et les massifs de fleurs s’enivraient du clapotis obsédant des petits jets d’eau et elle aspira goulûment l’air presque estival, les fontaines lui donnaient une agréable sensation de soif, de celle qu’on se laisse en bouche devant un verre d’eau fraîche avant qu’il ne vous désaltère.

Quelques rues plus loin, elle ralentit le pas à presque s’arrêter. Cette silhouette… Évidemment, l’île n’est pas très grande et Atlantis encore moins mais quelle est la probabilité pour qu’il se trouve ici, sur son chemin? L’homme lui tournait le dos et semblait à la recherche de quelque chose de très évanescent. Il cherchait quelque chose ou quelqu’un mais lui même ne savait sans doute pas quoi. Cela pourrait être n’importe qui mais n’importe qui n’a pas cette allure à la fois défraîchie et élégante. N’importe qui n’a pas ce port de tête à la fois noble et modeste.

Un instant elle se sent décontenancée comme si cette rencontre en dehors de son territoire la déstabilisait. Elle sent son coeur accélérer et ce n’est pas la marche qui en est la cause… En fait cette fois elle a comme l’impression d’être en danger. En danger de quoi elle ne saurait le dire, mais un instant elle pense bifurquer dans une venelle pour éviter la rencontre pourtant tant souhaitée. La seule chose, c’est qu’elle n’avait jamais envisagé qu’elle puisse avoir lieu ailleurs que dans le Centre Médical, là où tous les événement semblaient bien ordonnés pour couper leurs conversation naissantes. La ville pourrait bien les laisser aller au bout de la connaissance l’un de l’autre au risque de les les laisser déçus et de briser le charme.

Et puis au diables toutes ces craintes, ces peurs absurdes! Que pouvait-il arriver? Elle avait décidé de s’accorder un peu de temps ce soir alors pourquoi pas en compagnie de son buveur de café préféré? Le programme serait sans doute différent de ce qu’elle avait projeté, mais ce n’était pas comme si elle avait noté ses projets dans son agenda depuis des lustres ou qu’elle devait décommander quelqu’un. Son regard un instant perdu et hésitant se fit alors rieur lorsqu’elle interpella le Gallois qui lui présentait son dos. Un peu hésitante sur le trait d’humour qu’elle avait envie de mettre dans son approche mais pour lequel elle n’était pas préparée ni très douée.

“Encore en manque de café?”

Elle aurait pu ajouter “Monsieur Rowle”, mais elle voulait le laisser comprendre seul que c’était à lui qu’on s’adressait. C’est sûr, il va la trouver stupide avec son entrée en matière redondante comme s’il n’existait que le café entre eux… Même si c’était en partie vrai, elle devait bien l’admettre. En tout cas quelque soit l’indice qui le mit sur le voie, il tressaille et se retourne et sourit à la rouquine en partie rassurée. Au moins n’est il pas chagriné de se trouver nez à nez avec elle ailleurs qu’à l’hôpital. Sans doute qu’au contraire, cela doit mieux lui convenir. Pourtant il a l’air aussi perdu qu’elle quelques secondes plus tôt comme s’il était improbable qu’elle puisse se trouver ailleurs qu’au centre médical en train de monter la garde à proximité d’un distributeur de boisson. Il a quelques secondes durant l’air de ces enfants qui rencontrent leur maîtresse au supermarché tout étonnées qu’elle ait besoin de faire des courses peut être même de manger et de faire la lessive. Elle ne sait si cet attitude un peu empruntée qui la rassure mais son sourire s’élargit alors qu’il lui adresse enfin la parole.

Elle pose son index sur sa bouche comme pour partager un secret.

“Chuuuut! Personne ne sait que je suis ici…”

Puis elle finit de le rejoindre en lui tendant la main.

“Bonjour Monsieur Rowle. Il semblerait que nous ayons une vie en dehors des hôpitaux?...”

Elle aurait pu ajouter qu’il se faisait rare ces derniers temps, qu’il faisait tout pour l’éviter mais pouvait-elle même faire semblant de lui reprocher son propre emploi du temps de folie?
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] - Page 2 EmptySam 13 Avr - 8:28


Quand vient le jour, la peur d'affronter la vie

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Qu’est-ce que la vie, sinon son caractère éphémère ? Le temps vacille comme la flamme d’une bougie, et c’est à nous de saisir les moments importants pour les transformer en souvenirs durables. Les instants coulent, tel le liquide contenu dans une clepsydre, et glissent entre nos doigts, sans qu’on ne s’en rende réellement compte. On né, on cligne des yeux, et on se retrouve sur notre lit de mort. C’est cruel, d’être humain. Et tant d’individus ont brûlés leurs ailes en se rapprochant trop près du soleil, en essayant désespérément de briser la précarité de leurs existences : les alchimistes avec leurs pierres philosophales, le Seigneur des Ténèbres avec ses horcruxes, même ces femmes moldues qui courent après leur jeunesse en s’étalant toute sortes de crèmes sur le visage. Ce sont des espoirs vains qui sont condamnés à s’éteindre.

Et puis il y a ceux qui survivent, voilà tout. Je fais partie de ceux là. Nous sommes sur Terre, à la même échelle qu’un insecte ou qu’un grain de poussière qui volète dans les airs, et si les sentiments qui tournoient dans nos entrailles sont importants et bien réels, il n’empêche que nous n’avons pas d’autres destinées que celle de vivre pour mieux mourir. Certains me traiteraient de pessimiste, à penser de la sorte, mais je me vois bien plus comme étant un réaliste. Ce n’est pas que la condition humaine est maudite, à proprement parler, c’est qu’elle est neutre. Nous vivons dans un Purgatoire, des limbes qui ne s’éclairent que par des rares occasions, comme lorsque j’entends le rire de ma nièce ou que j’aperçois la chevelure de feu de Theodora. Ces lueurs vives sont fugitives et périssables, et elles n’en sont que plus précieuses.

Elle me parle d’une voix douce et mutine, comme à son habitude. C’est presque un jeu, entre nous, que de se saluer l’air de rien, de parler sans réfléchir, de plaisanter comme s’il n’y avait plus de lendemain. Trois semaines sans la voir, mais elle a fait partie de mes pensées, je dois bien l’avouer. Nos conversations sont les seuls instants que j’ai réellement appréciés depuis la fin de la guerre, si j’omets, peut-être, les souvenirs que j’ai forgés en tant qu’oncle, et peut-être le mariage d’Adrasteia et de Léandre. Tout le reste n’a été que ténèbres et chaos, entre des attentats dans une Atlantis déchirée par des conflits de pouvoir, des attaques étranges de créatures blanches comme la mort et d’humains à la morale douteuse, et ces animaux qui ont semés le trouble à travers la ville lors de la nuit de Beltane. Là, je parle à la doctoresse et c’est une bouffée d’air frais après avoir été asphyxié trop longtemps. Un sourire. Le brouillard s’efface pour laisser passer au soleil, même si ce n’est que pour quelques secondes.

« -Promis, je ne romprais pas votre anonymat…

Elle me tend la main et je suis presque tenté d’y apposer mes lèvres, comme un vieux gentleman qui aurait gardé les manières éculées d’une époque passée, mais je me retiens pour me contenter de la serrer entre mes doigts. Je ne voudrais pas la faire fuir, surtout après avoir eu tant de mal à faire mine de ne pas la chercher : et puis, cette politesse pourrait avoir des échos d’intention que je n’ai pas à l’esprit. Je sais que mon attitude démontre le contraire, mais je ne cherche aucune galanterie dans nos échanges, et j’ai passé l’âge de jouer le bellâtre qui conterait fleurette à sa belle.

-Oui moi aussi, quand je suis dans ce satané hôpital, j’ai tendance à oublier à quel point le ciel peut être bleu au dehors. C’est probablement la raison pour laquelle je m’accorde une promenade, de temps en temps, dans les Faubourgs. C’est important de faire une pause dans nos vies, peu importe à quel point elles sont chaotiques, vous ne pensez pas ?

Il n’y a rien de bien exceptionnel dans ma conversation, qui pourrait s’apparenter à des dires de mégères échangeant entre deux étals de marché, j’en ai conscience. Mais pour quelqu’un de réservé, il est facile de se retirer dans des conventions toutes faites : et comment mettre sur le tapis des sujets qui me passionnent réellement ? D’autant plus qu’elle doit être occupée, et ne veut probablement pas s’embarrasser d’un bougre comme moi.

-Mais il est probablement temps que je rentre chez moi, il commence à se faire tard. Vers quelle direction vous dirigez-vous ? J’habite au centre-ville, je serais ravi de faire un bout de chemin avec vous.

Je me surprends à entendre ces mots sortir de ma bouche. Il est vrai que rien ne me retient réellement que de faire ma route avec cette femme, Poppy garde Annie et je peux sans problème m’abstenir de transplaner pour rentrer chez moi. Cela n’empêche que ce n’est pas habituel, pour moi, de chercher de la compagnie ainsi. A croire que, décidément, la présence de Theodora fait des miracles.

-Enfin, je ne voudrais pas m’imposer…»

J’ose espérer qu’elle me fera sentir si, de quelque manière que ce soit, ma présence devient une gêne, car il n’y aurait rien de pire que de se sentir boulet à son pied. Je n’ai plus grand chose dans ma vie à laquelle me raccrocher, mais mon honneur est intact. Certes, je suis fratricide, malade, et fatigué, mais j’ai toujours agis selon mon âme et conscience, et importuner une femme représenterait tout le contraire de ce en quoi je crois.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] - Page 2 EmptyDim 14 Avr - 9:20

Qu’est-ce que la vie sinon la défaite ? Qu’est-ce que sa vie sinon l’obligation de se relever à chaque fois ? Qu’est-ce sa vie sinon une boisson amère faire de larmes et de renoncements ? Qu’est-ce que sa vie sinon une anesthésie pour oublier la douleur. Les soirs de faiblesse comme elle se plaisait à appeler les soirs de bilan, elle contemplait ce qu’elle jugeait être le grand gâchis de sa vie. Mais c’était stupide et surtout inutile de voir les choses ainsi et elle se maudissait ces soirs où elle se complaisait dans de sombres pensées, cela ne lui ressemblait pas. Cela ne devait pas lui ressembler à moins de se dire que cette absurdité qu’on appelait la vie ne valait pas la peine d’être vécue et en tant que médecin elle connaissait bien des moyens d’en tirer la conclusion, depuis ceux qui servent à chacun jusqu’à tous ceux que l’on trouve dans les armoires et les tiroirs des hôpitaux, ces pilules ces fioles, ces molécules toutes plus actives les unes que les autres, toutes ces aiguilles, ces lames. Une overdose pour les explosions au moyen orient, un scalpel pour les bébés qui meurent dans les entrailles des mères et les vide de leur sang et de leur sens. Une anesthésie pour ne plus revoir les parents qui tombent sous les éclairs et laissent leurs filles seules avant que le chemin ne soit tracé. Et enfin un peu trop de ceci ou de cela pour foudroyer le temps qui vous permet de vous souvenir de tout et vous ôte soigneusement chaque parcelle de vous de son ruban soyeux et indolore qui vous caresse le corps et l’esprit au fur et à mesure qu’il se déroule et tourbillonne autour de vous.

Elle se maudissait d’avoir de telles pensées et avait décidé de faire partie des survivantes et même des immortelles. De quoi se plaignait-elle ? Elle avait le travail, ultime exutoire pour rejeter le temps au loin, elle avait le travail pour rejeter le malheur au loin, elle avait le travail pour tout réparer. Elle avait le travail dont le flot l’emportait plus sûrement que le fil de ce temps. Elle avait le travail qui finirait bien par la mener vers la fin de la magie et des sources du malheur et il y avait le travail qui peut être la ferait survivre dans le corps et l’esprit de ses patients ? Rien de tout cela n’était vraiment réel, hormis peut-être quelques petites lumières qui clignotaient çà et là dans un ciel vide et muet. Les petites lumières d’un résultat d’expérience prometteur. Les petites lumières de patients qui vous montrent une certaine confiance et puis une petite lumière pour ses rencontres avec un Gallois désabusée et pourtant souriant dont les blessures inconnues lui faisaient oublier les siennes. C’était toutes ces lumières qui lui permettaient de rire de ces soirs de défaite et de faiblesse et de repartir à l’assaut de l’absurde et de l’ébrécher jusqu’à le faire tomber, elle en était certaine. Alors le plus souvent il n’était pas question d’optimisme ou de réalisme, il était juste question de vie, de pommes à croquer lorsque que les rameaux du temps lui en tendaient une et la rendaient immortelle à leur façon.

Elle sent ses yeux rire comme pour se moquer d’elle et cette joie de retrouver une âme sœur qu’elle ne connait même pas. Elle se demande si elle a les mêmes allures qu’une collégienne à son premier flirt. Elle est sans doute ridicule d’autant que le flirt n’est pas d’actualité. Sur sa tempe, elle passe ses doigts dans ses cheveux comme pour se donner une contenance et marquer sa gratitude au hasard d’avoir placé le quadragénaire sur son chemin. A moins que ce ne soit pour apprécier qu’il entre dans son jeu un peu puéril. Si elle fait le tour de toutes ses plaisanteries convenues qu’elle a débité depuis qu’ils se connaissent, elle ne se souvient pas de l’ombre d’un jugement ou de la plus petite expression de dépit ou d’ennui de la part de Jonathan Rowle. Peut-être est-il aussi peu à l’aise qu’elle en matière d’humour, mais elle en doute. Il a un côté pince sans rire et aimablement grinçant à la fois qui lui prouve le contraire et qu’elle regrette de ne pas maîtriser. Combien de fois à l’Imperial Collège lui avait-on fait sentir qu’elle avait l’humour attendu des petites filles sages qui n’en impose à personne ?! Un humour de fille ! Si elle en avait baissé les yeux au début, cela l’avait vite agacée et l’avait forcée à se questionner sur ce que pouvait bien être un humour de fille. Et puis elle avait tenté d’acérer sa langue mais sans beaucoup de succès. Elle avait juste réussi à se montrer plus âpre et cinglante dans la relation, ce qu’elle jugeait ne pas être en accord avec elle, mais lui avait permis de mordre lorsque cela s’était révélé nécessaire. Elle avait donc expérimenté la différence entre l’humour et la méchanceté et regrettait souvent de ne manier que la seconde, même si elle lui avait construit une carapace à même de décourager nombre d’agresseurs. Son buveur de café préféré, lui, semblait capable d’accueillir ses traits d’humour avec bienveillance tout en étant capable de montrer un esprit plus fin que celui de la généticienne. Pour ça elle avait de l'admiration et sentait qu’elle n’avait pas affaire à n’importe qui.

D’où pouvait bien venir cette certitude alors qu’il n’a été question entre eux que de café et de distributeur de boissons ? Quelle alchimie passait entre les mots pour qu’elle en soit persuadée ? En tant que médecin elle pouvait invoquer la chimie corporelle et les signaux indépendants de notre volonté, mais même les scientifiques les plus cartésiens peuvent accorder à ce qui leur arrive une part de mystère. Une part de mystère capable de les faire échapper aux griffes acides du temps et dont elle n’avait pas envie de se défaire. La façon de l’homme de lui prendre la main a quelque chose d’infiniment respectueux qu’elle ne saurait qualifier. Quelque chose de délicieusement suranné qui agrandi son sourire alors qu’il ne s’agit somme toute que d’une poignée de main...Elle ne saurait dire si sa main est douce ou calleuse tant le contact en a été délicat. Elle incline la tête sur le côté comme pour ponctuer leur retrouvaille alors que le gentleman semble en veine de conversation.

Il a parfaitement raison mais dans tout ce qu’il avance mais elle ne peut s’empêcher de constater que la vie qu’elle mène va à l’encontre de ces sages paroles. Que s’accorde-t-elle comme plaisir simple et comme pause dans le tourbillon à peine maîtrisable de sa vie ? Bien peu de choses ce qui ponctue sa journée ne sont dictée par une nécessité objective ou non. Et si en plus d’être un esprit affuté, Jonathan Rowle était aussi un sage ? Cela n’aurait rien d’étonnant et irait et les eux iraient sans doute très bien ensemble. Sa mine enchantée s’efface brièvement pour laisser la place ensuite à un sourire approbateur en même temps qu’elle ne sait que répondre, hésite, déglutit avant d’oser un misérable :

“Vous avez sans doute raison”

Elle lève alors les yeux vers le bleu vif de cette journée de printemps comme pour reprendre pied dans une réalité qu’elle a mise trop longtemps de côté. Les odeurs de miel et de chlorophylle en profitent pour lui parvenir avec plus d’acuité accompagné de tous les sons, appel amoureux et joyeux des oiseaux, bourdonnements affairés que seule la saison peut offrir avant la langueur de l’été. Même les gens autour d’eux semblent habités par une vigueur nouvelle et les rumeurs de conversations leur parviennent plus enjouées et chantantes qu’il y a quelques semaines encore. Ou alors n’avait-elle pas eu la chance de rencontrer le professeur Rowle pour en prendre conscience. Elle sent qu’un peu de mélancolie va ternir ses pensées que la présence du Gallois avait égayées, d’autant qu’il semble impatient de prendre congé.

C’est sans doute le lot de leur relation et elle ne devrait pas s’en émouvoir. Cette déception n’est donc pas légitime et la rouquine s’arrange pour la chasser d’un revers de pensée légère et un peu curieuse. Curiosité, sans doute injustifiée mais dont elle parvient à s’amuser.

“Je comprends. Vous devez être attendu...”

Elle tente de deviner qui peut être cette personne qui l’attend à la maison. Une épouse ou tout au moins une compagne ? En tout cas une personne qui ne l’accompagne pas à ses rendez-vous médicaux ni même dans ses promenades. Quelqu’un qui ne pourrait sortir profiter de ces pauses dont il parlait tantôt ? Le médecin qui ne sommeille jamais vraiment en elle, tressaille intérieurement. Quelqu’un dont l’état ne lui permettrait pas de profiter de ces moments avec le sage mélancolique ? De son côté, elle a perdu depuis bien longtemps l’habitude d’être attendue ailleurs qu’à l’hôpital. La solitude ne lui pèse pas plus que cela hormis les soirs de défaite où la seule personne à qui se confier c’est elle même, bien consciente de la fausseté du débat qui s’engage alors. La guerre et le reste de son travail sont à peu de chose près, ses seuls compagnons. Quelle vie de toute façon pourrait-elle offrir à une personne qui partagerait sa vie ? Une vie de secrets ? Une relation où les jardins secrets seraient des forteresses et où les échanges se limiteraient à la pluie et au beau temps ? Le sexe aussi ? Les aventures d’un soir suffisaient parfaitement à cela et encore fallait-elle que son travail ne la laisse pas éreintée en fin de journée et lui permette alors d’envisager de sortir. Alors oui elle allait profiter de cette rencontre fortuite et du plaisir qu’elle avait de côtoyer le professeur. Professeur de quoi ? Elle ne le savait pas et cela n’avait que peu d’importance. La valeur d’un enseignant ne se mesure pas à sa matière mais plutôt à sa manière de la transmettre à ses élèves.

“Vous imposer ? Pas le moins du monde. J’habite au centre-ville également et un bout de conduite comme disait ma mère serait un plaisir partagé, mais je ne veux pas vous retenir loin de vos obligations, qui pourrait m’en vouloir de vous retenir...”

Cela faisait deux fois qu’elle tentait une ouverture vers l’intimité du buveur de café. en d’autres temps elle se le serait reproché mais aujourd’hui, elle avait pris le parti de s’en amuser voire même de trouver cela normal. Elle indique des épaules la direction à emprunter s’il considère qu’il a le temps de l’accompagner ne serait-ce qu’un peu…

Son talon reprend son claquement régulier et décidé sur le sol macadamisé. L’homme à ses côtés est décidément plus grand qu’elle, et Theodora est obligée de lever un peu la tête pour s’adresser à lui. Autour d’eux les patients dévient leur marche à contre sens pour les laisser passer et détournent parfois le regard pour considérer la rouquine et le barbu. La première se demande bien quelle vision ces anonymes ont de couple, préoccupation futile d’une femme bien trop sérieuse pour s’y laisser aller. Mais ce soir, la vie est légère.

“Vos élèves se sont bien sortis de leurs examens ?”

Elle ne sait pas trop pourquoi elle vient de poser cette question, un peu abruptement. Sans doute en souvenir de leur dernière rencontre et parce qu’elle a envie d'entendre qu’ils ont brillamment réussi, aussi brillamment que leur professeur émérite leur a fait cours. Et puis s’il ne veut pas parler de ce qui l’attend bientôt et va, sans doute, rompre comme à l'accoutumée leur rencontre, sa vie professionnelle pourra lui être une échappatoire... En dernier lieu, c'est aussi un moyen de prouver qu'elle accordait de l'importante à leurs échanges.
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Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]
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