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 Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]

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Theodora Rose KnightTheodora Rose Knight
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MessageSujet: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptySam 19 Jan - 8:52

Son regard balaya sans le voir le mur blanc et le liquide amer et chimique glissa dans sa gorge sans en avoir l’air; C’est comme cela qu’on devrait avaler le dernier poison, celui qui vous emportera ailleurs, sans en avoir l’air. Voyait-elle le gobelet en plastique dans lequel le vert de ses yeux se posa un instant avant qu’il ne tombe dans la poubelle vidée quelques minutes plus tôt par une technicienne de surface zélée? Ce qu’il y avait de bien dans les structures expérimentales et Atlantis ne faisait pas exception, c’est que tout est mis en œuvre pour que ça marche jusqu’aux protocoles d’entretien. Elle se demandait parfois quel budget national l’île engloutissait chaque année. Mais pour l’heure, elle était bien éloignée de ces préoccupations.

Il y avait eu des journées plus prometteuses que celle-ci et, à une heure ou un peu plus d’aller rejoindre son laboratoire de recherche, elle en faisait un bilan mélancolique qui lui ressemblait trop de son point de vue et qu’elle détestait. Depuis ce jour de juillet à la sortie d’un train qui gommait Southampton derrière un soleil couchant assassin, elle ne s’accordait pas le droit au spleen de peur de sombrer dans la mélasse noirâtre qu’elle ne connaissait que trop bien pour l’avoir affrontée durant des semaines à ne plus savoir à quoi la grande absurdité pouvait bien la mener.

Elle ne devrait plus regarder son grimoire! De plus en plus, elle se disait qu’il est une faiblesse qu’elle ne peut pas se permettre. En même temps elle se disait que si elle s’en débarrassait, elle perdrait la dernière partie d’humanité qui lui restait. Est-ce que toutes les guerres changent les gens en machine ou en animal? Elle avait donc cédé à la tentation de revoir les visages chers qui avaient disparu, elle avait très mal dormi et ce main s’était levée froissée par des pensées interdite avant d’aller livrer bataille contre la mort et la maladie, pour tisser des filets contre ses ennemis jurées la magie et la mort.

Elle secoua la tête pour chasser ces pensées négatives. il n’était pas trop tard pour transformer cette journée désastreuse en triomphe. La méthode Coué marchait parfois sur elle et lui permettait ensuite de convoquer des arguments plus rationnels. Son index gauche vérifia machinalement qu’aucune mèche indisciplinée ne s’était échappée du feu de ses cheveux tirés en arrière et méticuleusement épinglé sur son pariétal en un chignon professionnel qui lui dégageait le front et le regard.

Avec sa blouse blanche, cela lui donnait un air un peu froid en même temps qu’elle pouvait croiser sans faux-semblant le regard de ses patients. Elle avait gardé ce principe de ses études. Son premier maître de stage lui avait asséné après une première journée de consultation que les seuls_ les seuls avait-elle bien compris?_ qui avaient le droit de baisser la tête étaient les malades ou leur famille. Elle était la professionnelle qui devait regarder la douleur en face pour mieux la combattre et les accompagner. Cette douleur lui labourait le cœur et elle avait dû longtemps prendre sur elle pour mettre en pratique cette injonction.
Ses yeux ne devaient pas se détourner de ce que la maladie provoquait de misère et dont elle était souvent la messagère. Elle gardait de ses parents la considération pour l’être humain qui se cachait loin derrière, parfois, le diagnostic mais qu’elle ne devait jamais oublier. Aussi les sourires qu’elle leur adressait étaient toujours sincères et bienveillants. Pourtant il y avait tant de circonstances dans lesquelles ils semblaient déplacés et dérisoires! Si le fonctionnement du centre médical ne permettait pas toujours de cantonner chaque médecin à sa spécialité et qu’ils étaient souvent amenés à faire de la médecine généraliste, son domaine de prédilection amenait des consultations portant sur des maladies douloureuses, difficiles à soigner et à accompagner et son empathie était une alliée précieuse, même si parfois elle pouvait ronger la praticienne autant qu’elle aidait le patient. Au fil des mois, cependant, les patients lui renvoyaient l’humanité qu’elle tentait de préserver dans ses rapport d'intermédiaire entre la maladie et son hôte.

Lorsqu’elle parvenait à se recentrer sur sa mission de médecin, la partie était en partie gagnée. C’était un peu le phare d’où émanaient la plupart des lumières qui la guidaient encore. Après tout, son domaine c’était bien les lumières blanches de l’hôpital et le mélange des odeurs d’anesthésiques et de détergents. Elle était donc chez elle ici autant que dans son appartement du quartier des abondances.

Elle regarda l’horloge qui trônait au dessus du couloir en chiffre digitaux et froids et vérifiant du bout des doigts le col de sa blouse.. Un chariot en inox poussé par un brancardier et accompagné par une infirmière le regard fixé sur la poche de perfusion, tourna dans son champ de vision, dans un murmure de roulements à billes sur la surface unie du sol. Comme en lévitation il soutenait un corps inerte sous un champ vert anis. Les regards sereins des deux soignants en blouses bleue et blanche lui indiquèrent que la prise en charge était efficiente. Elle avait encore un peu de temps avant son dernier rendez-vous sauf si elle était requise pour une urgence. Son dossier, elle le connaissait pour l’avoir consulté ce matin, bien avant l’ouverture des consultations, comme à son habitude.

Elle sortit les quelques pences nécessaires à un nouveau thé. Elle secoua doucement la tête en pleine autodérision. Ce thé était tellement indigne de ses goûts un peu bourgeois! A ce demander pourquoi elle s’obstinait à le boire encore. Cela ne l’empêcha pourtant pas de glisser les pièces dans la fente de la machine dans laquelle elles tombèrent dans un bruit métallique mat. A chaque fois, elle pensait à l’introduction de “Money” du groupe préféré de son père, les Pink-Floyd. L’ancienne batteuse sentit monter en elle rythme à cinq temps du morceau et son talon se mit à battre la mesure sur la carrelage blanc alors qu’elle se penchait pour récupérer le gobelet plein d’un liquide fumant et dont l’ambre tirait sur le verdâtre. Elle le regarda en silence durant une seconde alors que les premiers vers de la chanson s’égrenaient dans sa tête: Money, get away
Get a good job with good pay and you're okay.


Elle porta le récipient à hauteur de ses lèvres qui avaient adopté ce matin une belle couleur framboise et qui avait assez bien résisté jusque là. De sa bouche un peu pincée, elle expira doucement un filet de souffle supposé faire refroidir le liquide et qui dispersa la légère vapeur qui s’élevait au dessus de la boisson chaude. Elle prit la première gorgée en regardant alentour au dessus du bord de plastique ourlé sur lui-même. l’endroit était désert mais la blouse blanche blanche d’un médecin passa le coin du renfoncement où se terrait la machine à café et la rouquine. Elle fit un pas en arrière pour céder la place devant l’automate à boissons et adressa un sourire poli au nouveau venu.

Jonathan Rowle, c’est ce qu’indiquait son badge et son œil de lynx n’eut aucun mal à le déchiffrer. C’était la première fois qu’elle se trouvait si proche de lui, même si elle avait déjà aperçu sa silhouette au détours des couloirs. C’était le genre d’homme qui vous fait maudire les inégalités homme/femme. Les dernières sont bonnes à mettre au rebut passée la trentaine alors que les hommes sont capables encore de se montrer attirants la quarantaine bien sonnée, même mal rasés et des fils argentés dans les cheveux. Leurs pattes d’oies leur donnent plus d’expression alors que celles des femmes sont la preuve des kilomètres qu’elle ont au compteur. Elle le regarda chercher ses pièces au fond de ses poches se demandant ce qu’il allait choisir comme boisson.Le caractère de son visage lui fit parier pour un café fort qu'il trouverait aussi médiocre que son thé.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptySam 26 Jan - 10:37

Quand vient le jour, la peur d'affronter la vie

- Jonathan Rowle - Théodora Rose Knight -


"All around me are familiar faces, worn out places, worn out faces. Bright and early for their daily races, going nowhere, going nowhere : their tears are filling up their glasses, no expression, no expression. Hide my head, I want to drown my sorrow, no tomorrow, no tomorrow." Mad world - Gary Jules
Je commence à connaître ces longs couloirs impersonnels, avec leurs lumières blafardes et leurs murs dénudés, mieux que la paume de ma propre main. Lorsque je me surprends à vouloir prendre un raccourci en me disant que, si j’en crois mon expérience, une aile du centre médical va probablement être submergée de monde, tandis que mes souvenirs de l’agencement du manoir familial des Rowle s’estompe peu à peu dans mon esprit, je ressens comme un vertige, un tournis dévastateur qui me renvoie à ma propre condition. Je suis malade. J’ai beau vouloir le nier, j’ai beau essayer de toute mes forces d’aller mieux, ma condition ne s’améliore pas, et je commence à me dire qu’il en sera ainsi jusqu’au reste de ma vie. Je ne tiens qu’à grand renfort de potion de sommeil et de déni : et si Annie me donne la force d’avancer, je me sens terriblement coupable de ne pas pouvoir lui offrir l’enfance qu’elle mérite, alors qu’elle a pour tuteur une carcasse vide plutôt qu’un oncle. J’ai cru que je pourrais me jouer de ma propre psychée, mais j’avais tort. Et je marche, encore et encore, dans ces corridors qui sentent la mort et la douleur, et c’est comme si à chaque pas j’appartenais encore davantage à ces lieux, chien des Enfers caracolant au milieu des flammes et du souffre.

Ce jour-là n’est pas différent d’un autre. J’avance à travers les files d’attente en fixant le sol devant moi, mes cernes pour seuls compagnons et mes poings serrés dans mes manches un peu trop grandes. Lorsque ma nièce n’est pas avec moi, je n’éprouve pas le besoin de faire semblant. Aucun sourire sur mes lèvres, aucune détente apparente dans mes épaules : je suis l’image même de l’affliction. Sans tomber dans la détresse, mes traits sont tendus par la souffrance, et on pourrait croire que je suis victime d’un cancer ou d’une pathologie semblable, tant je suis blanc comme un linge et maigre comme un clou. Mais il n’en est rien. C’est mon propre esprit qui lutte et j’ai l’impression de me noyer dans mes pensées, jour après jour, nuit après nuit. Mon psychomage me dit qu’il est optimiste, mais je peine à le croire, alors même que mes yeux croisent un miroir et que je peine à reconnaître cet homme qui fut un Auror respecté, un héros de guerre, un membre honorable de la société. Je ne me considère plus comme un réel être humain. Je suis là sans être là ; j’existe sans réellement vivre.

Les souvenirs sont le seul fuel de mes journées.

Mais qui pourrait savoir à quel point mes pensées sont sombres ? Qui pourrait se douter de la portée de ma douleur, sans l’avoir expérimenté ? Je me lève chaque jour, j’accompagne Annie à l’école, je vais au travail, je m’autorise même quelques divertissements de temps en temps, en me rendant à la librairie ou au cinéma. Ce sont des mécanismes de routine, m’a expliqué mon physicien. Il est plus facile de mettre en place une façade plutôt que de se laisser aller à ses démons, c’est un moyen comme un autre de ne pas lâcher prise. Dieu seul sait combien de temps je vais pouvoir tenir ainsi : et étant donné que je ne crois plus en Lui, j’ai bien peur que mon temps n’arrive bientôt à sa fin.

Je finis par arriver devant le comptoir du secrétariat de l’aile de psychiatrie, et Suzanne, que j’ai appris à connaître, m’indique que le docteur a pris du retard dans ses rendez-vous. J’hoche la tête. L’attente ne me dérange pas. Je reste assis quelques minutes dans l’un de ces fauteuils inconfortables qui règnent en maitre dans les salles d’attente, puis me lève pour aller chercher un café à l’une des machines, un peu plus loin. Elle se trouve dans un renflement de mur, un peu à l’égard des regards, comme s’il était indigne de vouloir prendre une pause au milieu de la désolation de ce lieu de transition, entre la vie et la mort.

Je remarque à peine la femme en blouse blanche qui se trouve à proximité : il y a bien longtemps que j’ai cessé de contempler les soignants qui travaillent au centre médical, ne récoltant, aux choix, que des sourires de complaisante sympathie ou des regards tellement indifférents qu’ils en deviennent glaçants. Je ne vois même pas son visage, qui, pourtant, est loin d’être repoussant, et qui m’aurait probablement fait agir de manière différente si seulement mon état m’avait enlevé jusqu’à mon statut d’homme, aux instincts primaires et bestiaux. Je prends de la monnaie dans ma poche et appuie sur les boutons. Le café n’est pas bon, je le sais : mais ça n’a pas vraiment d’importance. Le goût amer n’est qu’un moyen, comme un autre, de distraire mon esprit des vicissitudes de mon existence.

Mais la machine ne coopère pas. Au lieu de laisser échapper le liquide noir, il se met à crachoter une fumée bien peu rassurante, et un petit son strident retentit. Je soupire. Un sorcier tel que moi devrait utiliser sa magie pour réparer l’appareil d’un tour de main, mais bien sûr, j’en suis incapable, et ma baguette reste posée, bien sagement, tout contre mon torse, dans la poche intérieure de ma veste, témoin silencieux de mon incapacité. Je laisse échapper un juron entre mes dents, dans un sifflement à peine audible qui ne manque pas, pourtant, de se parer des ourlets de mon accent gallois si caractéristique. Je ne suis pas en colère. C’est encore une fois la force de l’habitude qui me pousse à réagir, qui me fait lever le pieds pour donner un petit coup à la machine. J’ai mal à l’orteil : ça veut dire que je suis en vie.

C’est peut-être ce qui me pousse à adresser la parole à la blouse blanche, peut-être ce qui me pousse à me comporter comme un être humain. La machine est cassée, moi aussi.

« -Et bien, ce n’est pas mon jour, visiblement. »

Une exclamation qui ne demande pas forcément de réponse, mais mes yeux sont tournés vers la rouquine et ne peuvent laisser d’ambiguïté quant à son destinataire. Je passe ma main dans mes cheveux, honteux, déjà, d’avoir troublé le silence de l’hôpital, une sorte de contrat tacite qui dit de laisser tranquille les malades, car ils souffrent bien trop pour rajouter à leurs maux, et les soignants, car leur fonction est bien trop importante pour les déranger avec des trivialités. Mais j’ai parlé, je ne peux plus revenir en arrière. Je ne peux plus faire semblant, je ne peux plus prétendre être un cadavre quand je suis debout, et, en apparence au moins, bien portant.

Je me dois de me confronter à la réalité, que je le veuille ou non.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptySam 26 Jan - 14:18

Deuxième thé, équivalent de deuxième départ d’une journée morose. Un rien suffit parfois à vous remettre en selle. Nouvelle rencontre aussi qui vous déstabilise parce que vous avez commencé à observer un homme plus séduisant que ce qu’un couloir d’hôpital peut promettre. Vous n’êtes pas forcément intéressée plus que cela mais pourquoi bouder votre plaisir? Le charme ne se rencontre pas à chaque coin de couloir hospitalier. D’autant que, comme vous faite office de plante verte pour le nouvel arrivant rien ne vous empêche d’apprécier votre chance. Évidemment lorsque vous vous en rendez-compte, vous avez un peu honte et détournez le regard vers votre gobelet.

La rouquine laisse un sourire d’autodérision se dessiner sur son visage. Elle ne saurait pas dire ce qui fait évoluer les gens et elle sans doute pas plus, malgré les séances trop nombreuses d’introspection.Elle se dit juste que la fille qui avait du mal à croiser les regards masculins est bien loin et qu’il lui est bien difficile de savoir si c’est un mal ou un bien. En fait depuis William, son complexe de la princesse qui attend son prince charmant à fait long feu. Elle a consommé. Beaucoup à une époque. Mais je s’est jamais attachée. Elle se demande si cette époque n’a pas simplement servi à la rassurer sur le potentiel de séduction qui lui restait après la mauvaise passe que la perte de son fiancé et de son enfant . Puis elle s’est lassée de la quantité pour se montrer plus sélective et sans doute plus respectueuse d’elle-même. Et puis le temps de la méfiance est arrivé avec la difficulté à se livrer à faire confiance…Oh, bien sûr elle renouvelle les préservatifs au fond de son sac à main, mais plus par peur de leur dégradation qu’à cause de leur usage. Et puis lorsqu’on a vécu l'avènement du SIDA et qu’on a perdu des collègues pourtant informés des suites de cette saloperie, on ne prend plus jamais de risque.

Lorsqu’elle relève les yeux de son thé l’homme lui tourne à moitié le dos et elle a fini de se moquer d’elle même et de sa façon de détailler les consommateurs de café. C’est à peu près tout ce qu’elle sait après l’avoir observé tirer ses pièces de monnaie et sélectionner le bouton sur le tableau de bord du distributeur de boissons. Elle ne sent même pas le sang qui monte à ses joues, preuve qu’elle a passé le stade de la honte. Et puis elle a juste envie de rire. Parfois elle se demande si elle en est encore capable, si la guerre lui a laissé cette possibilité. Souvent elle se dit qu’elle doit passer pour un glacier austère incapable de rire et de prendre la vie du bon côté. En effet, pour la chercheuse entièrement tournée vers le but de ses travaux, les moments de détentes sont rares, mais quelques moments comme celui-ci où une machine tient tête à l’humain même s’il s’agit du plus séduisants des spécimens, viennent la rassurer sur sa faculté à faire preuve d’humour même si c’est au dépend de son prochain et qu’on est plus proche de la tarte à la crème que du trait d’esprit si réputé chez les britanniques.

La machine donc à décidé de jouer une autre partition que celle qu’on attend d’elle. Le gobelet est bien tombé dans le pince de plastique noir d’ordinaire si réticente à laisser le consommateur récupérer son dû. Et puis elle toussote, crachote et finit par siffler une vapeur brunâtre puis grisâtre avant de s’arrêter dans un sifflement ironique. Theodora étire une bouche sceptique sur la possibilité de récupérer quoi que ce soit de l’automate. Il lui arrive d’être en panne de poudre qu’un technicien en uniforme gris et rouge vient renouveler. De temps à autre il fait les frais d’une coupure de courant et alors que les équipement médicaux peuvent compter sur les générateurs de secours, il se voit contraint d’attendre le rétablissement du secteur. La centrale thermique de la ville est parfois elle-même victime d’une rupture d’approvisionnement. C’est un peu le talon d'Achille de la cité… Pour le moment cependant c’est bien la machine à café elle-même qui semble avoir un sérieux problème. D’ailleurs si la chercheuse en croit le fumet de plastique fondu qui agresse ses narines, ce n’est pas juste un petit dysfonctionnement que l’on règle d’une bonne tape sur son flanc de laque grise et blanche, ni même…

Oui ça fait mal, mais quelle idée?! Elle pince les lèvres pour ne pas laisser un sourire peu charitable s’y dessiner puis les retrempe dans le thé brûlant pour se redonner une contenance indifférente même si les étincelles espiègles de ses yeux pourraient bien la trahir. Le bas de la caisse est sans doute la partie la moins souple et la plus rigide et lourde de l’appareil. En y pensant, le médecin plisse le nez comme si c’était ses orteils qui avaient rencontré les limites de ce qu’ils peuvent encaisser. Il faudrait peut être qu’elle s’en inquiète. Elle tend le bras pour poser son gobelet sur le dessus de la machine. Elle ouvre un regard interrogateur en direction du blessé comme pour savoir si la douleur est supportable ou s’il faut envisager l’entorse ou la fracture, aussi stupide que celle qu’on s’inflige en se levant dans le noir et pieds nus contre la commode qu’on ne heurte jamais d’ordinaire, mais qui semble s’être mise en travers de votre chemin pour gâcher votre journée avant même qu’elle ait commencé.

Malgré le regard contrit et déconfit de l’homme, elle ne sait pas trop si sa réplique lui est adressée, mais elle n’a pas l’habitude de se montrer impolie dans ce genre de situation gênante pour cette pezrsonne auquel la déconvenue ajoute un charme particulier. A la rudesse de ses traits mûrs se mêlent un elle ne sait quoi de gauche et aussi, oui, d’un peu abattu. La chercheuse est confrontée à des situations bien plus dramatique et elle n’est pas prête à fondre pour un petit bobo, d’autant que cette réplique est tellement frappée au coin du bon sens qu’elle ne sait dans un premier temps que répondre. Lorsqu’on est contraint de fréquenter un hôpital c’est rarement le gage d’une bonne journée en effet, et elle se demande bien à quelle pathologie le buveur de café doit sa présence au Centre Médical d’Atlantis.

“Visiblement… “


C’est aussi convenu et stupide que lui et elle n’a pas l’excuse de la douleur et de se trouver sur le territoire inconnu et hostile des arcanes hospitalières. Elle lui adresse un sourire encourageant pour se faire pardonner cette piètre entrée en matière avant de retrouver un peu de sens de la relation qui la caractérise pourtant.

“Je crois qu’il n’y a plus rien à espérer d’elle.”

Elle jette un regard nécrologique au distributeur qui semble avoir rendu l’âme, au moins momentanément avant de machinalement lui tendre la main.

“Théodora Knight. Comment va votre pied? J’espère que ce n’est pas trop... douloureux…”

Elle aurait pu remplacer “douloureux” par amoché mais il était inutile d’inquiéter celui qui était en passe de devenir son patient. Après tout, c’était le genr de blessure qui faisait presque aussi mal lorsqu’il n’y avait pas de lésion que lorsque quelque chose est cassé. Dans le premier cas, il pourrait rentrer chez lui et la marche lui ferait passer l’incident dans les non-souvenirs alors que dans le second il pourrait bien rentrer chez lui avec, au minimum, une atèle. Sauf s’il se faisait soigner dans l’aile opposé par un de leur médico-mages comme ils disent. Cette pensée ne la révolta pas autant que celles qui avaient trait à la magie d’ordinaire. après tout, si leurs pouvoirs ne leur servaient qu’à soigner les malheurs de l’humanité, ils seraient les bienvenus dans tous les domaines de la médecine. Mais elle était bien placée pour le savoir, ils étaient des armes autant que des médecins… Un citoyen lambda se voit confisquer ses armes par les forces de l’ordre mais pour eux, la seule façon de se prémunir de leur violence était d’en extraire ce qui faisait d'eux ce qu’ils étaient.

Elle indiqua du regard la petit banquette qui permettait de s’asseoir.

“Si vous voulez que je regarde…”

Evidemment ce n’était pas sa spécialité mais reconnaître une fracture ou une entorse était encore dans ses cordes.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyMer 30 Jan - 5:48

Quand vient le jour, la peur d'affronter la vie

- Jonathan Rowle - Théodora Rose Knight -


"All around me are familiar faces, worn out places, worn out faces. Bright and early for their daily races, going nowhere, going nowhere : their tears are filling up their glasses, no expression, no expression. Hide my head, I want to drown my sorrow, no tomorrow, no tomorrow." Mad world - Gary Jules
Alors que les aiguilles de l’horloge sur le mur continuent leur course inexorable, je prends un instant pour contempler la vacuité de l’existence. Parfois, j’ai l’impression que le temps s’arrête. Que chaque particule de l’univers prend, comme moi, conscience de l’absurdité du destin, depuis le Big Bang et l’origine de la vie, jusqu’à arriver à cet instant précis où plus rien n’a vraiment de sens, et qu’elle se doit de faire une pause pour calmer son cœur qui bat. Je me confonds avec le cosmos : ça pourrait sembler arrogant, si ce n’était pas si pathétique. Je suis là, devant cette machine à café, à côté de cette femme magnifique, mon pied me lance douloureusement, et je peux embrasser des yeux la salle d’attente où sont assis des inconnus au regard las, mais je me sens bizarrement détaché de la situation, comme si j’en étais un spectateur passif et non un acteur de chair et de sang. Chaque chose est décalée, juste sans l’être, chaotique et ordonnée. Paradoxale, en fait. Je sais que c’est une illusion, que c’est, comme d’habitude, mon esprit malade qui dicte ces pensées incohérentes, mais je ne peux m’empêcher de me noyer dans mes propres réflexions, lorsque seul mon cœur qui bat me rappelle que je suis en vie. Je m’accroche. C’est le mieux que je puisse faire.

Lorsqu’elle me sourit, je le fais en retour par un vieux réflexe, reliquat d’une époque oubliée. Sa voix est douce, et étrangement réconfortante. Ce doit être une soignante de talent, si elle peut, d’un simple regard, d’un simple mot, mettre un peu de chaleur dans l’âme d’un vieux briscard comme moi : je ne pourrais certainement pas travailler dans le corps médical, je serais incapable d’une chose pareille. Moi, je suis l’Auror brisé, la silhouette vide qu’on doit trainer comme un boulet à sa cheville, et c’est la raison pour laquelle je préfère briser les chaînes de mes proches. Ils ne méritent pas de porter un tel fardeau. Je les libère et reste, seul, dans la prison de mon esprit, en attendant que vienne mon heure.

Et pourtant, je sens le sol sous mes pieds, et pourtant, je rigole doucement. J’ai beau le nier, j’ai encore la force d’exister. Jonathan Rowle a toujours été connu pour être un battant, et s’il n’est plus que l’ombre de lui-même, celle-ci ne se mêle pas encore avec les ténèbres.

« -Elle a eu une belle vie, dis-je avec le sérieux qui me caractérise, sans cacher la pointe d’humour pince-sans-rire sous-jacent.

La voilà qu’elle se présente, alors même que mon regard se pose machinalement sur le badge qui orne sa poitrine, le même que le mien, si on excepte le "MD" qui suit son nom. Ça n’a pas vraiment de sens d’énoncer son identité, mais c’est ce qu’on doit faire dans cette situation, n’est-ce pas ? La politesse est un concept si inhéremment humain qu’il en devient presque inconscient. Elle ne pense plus, c’est son éducation qui prend le dessus et qui la pousse à agir de la sorte, et je ne peux certainement pas la blâmer pour ça, puisque j’en fais de même.

-Jonathan Rowle. Je me racle la gorge, essayant de casser mon ton rauque, renforcé par mon accent. Ne vous inquiétez pas pour mon pied, il s’en remettra.

J’ai connu bien pire : mais je ne vais pas le révéler à voix haute, pas devant cette docteure qui prend une pause certainement bien méritée et qui ne veut rien d’autre que se détendre tranquillement sans qu’un taré ne vienne lui raconter sa triste vie. Je n’aime pas parler de moi, de toute façon. Pas des choses qui comptent, et mon psychomage doit redoubler d’inventivité pour réussir à grappiller des éléments personnels qui m’aideront sur le chemin de la guérison. Ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté (même si, j’en ai conscience, je suis un patient difficile), c’est un moyen d’oublier certains événements douloureux, en les enfonçant, bien profondément, sous les couches de mon subconscient.

-Vraiment, ne vous inquiétez pas pour moi, c’est gentil de votre part, mais ce n’est pas grand chose… Si quelqu’un ici a besoin de soins médicaux, c’est cette satanée machine. Mais je ne suis pas sûr que ça soit dans vos cordes…

Qui est cet homme et qu’a-t-il fait de moi ? Il est bien rare que je me laisse aller ainsi, si ce n’est, peut-être, en présence d’Annie, de Kingsley ou d’Adrasteia. Mais Théodora est une étrangère, et sa blouse blanche me rappelle douloureusement ma condition… Peut-être que mon psychomage a raison, en fin de compte. Peut-être que je fais bel et bien des progrès. Peut-être que la lumière au bout du tunnel est possible : à moins que je ne m’égare.

-En fait, je suis bien plus chagriné à l’idée de devoir patienter sans café qu’autre chose, mais bon, c’est ainsi. »

Je suis diablement philosophe, aujourd’hui. Moi qui ait pris l’habitude de me passer de la compagnie de quelqu’un d’autre qu’une fillette de 8 ans, je suis fier de la capacité que j’ai à maintenir la conversation. Qu’on ne vienne pas m’accuser d’être taciturne : je sais que ce n’est pas grand chose, pour le commun des mortels, mais c’est un exploit pour moi que d’être à ce point sociable.  
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyVen 1 Fév - 15:16

Elle cille,un peu surprise. C’est un peu comme si les aiguilles du temps avait tourbillonné en sens inverse. Quelle est cette nouvelle impression? Pourtant, il n’a rien à voir avec lui. L’homme qui lui fait face est bien plus vieux, et marqué par le temps et d’autres choses encore qu’elle ne saurait définir, et pourtant quelque chose chez lui, lui parle de William. C’est stupide mais pendant un instant elle a eu l’impression de se retrouver à la sortie de l’amphi d’immunologie lorsqu’un athlète était venu la percuter; Plus tard il lui avait avoué que c’était calculé en s’excusant du cliché du mauvais dragueur qu’il était. Tout de suite son humour pince sans rire l’avait séduite après l’avoir déroutée. Lorsqu’il l’avait invitée la première fois à la cafétéria de l’Imperial College, le micro-onde avait été traversé d’un éclair qui l’avait faite sursauter et avait rendu l’âme par le même occasion. “Il a eu une belle vie”. La phrase résonnait encore en elle comme tant d’autres qui avaient émaillé leur relation, des importantes ou des anodines qui vous restent cependant en tête pour le restant de vos jours, même si les souvenir sont reforgés à chaque fois que vous les convoquez embellissant les plus beaux et enlaidissant les mauvais.

Tous les deux étudiants en médecine savaient qu’il ne s’agissait que de chimie comme le leur rappelait cyniquement un ami commun. Mais la chimie avait si bien opéré jusqu’au bout qu’elle leur convenait et qu’ils voulaient bien assumer qu’il en soit ainsi, même si une part d’eux comme de tout un chacun sublimait pour parler d’alchimie! Si elle avait sû à cette époque que ce terme lui ferait horreur!

Elle sentit comme une vague submerger son esprit. De ce genre de vague qui vous remplissent d’aise tout en vous faisant sentir le doigt de la mort, qui ramène le délicieux parfum du passé tout en vous raidissant l’esprit de désespoir. Ses paupières de nacre baissèrent leur rideau sur des iris embrumés de passé en même qu’un sourire amusé communiquait sa complicité avec le détachement amusé de l‘homme envoyé par naguère, lorsque la magie n’existait pas et que le monde n’était pas en danger, naguère quand seul soigner les gens était important, naguère quand la communion de deux esprit suffisait. Naguère lorsque Southampton faisant des signes d’amour de la main. Oui on pouvait dire cela: elle avait eu une belle vie.

Elle ne doutait plus maintenant que le passé était aussi ce qui avait patiné cet homme aux pattes d’oie désabusées et à l’allure droite et chamboulée. Quelque chose lui dit que pour lui aussi , un éclair venu du ciel devait avoir rendu les choses dérisoires. Elle eut envie de croiser son regard, mais la bienséance ne le lui laissa pas faire et elle se contenta de relever la tête et de rester dans son rôle de soignante et d’hôtesse. Qui pouvait mieux accueillir quelqu’un dans un hôpital qu’un médecin? Ses yeux pétillèrent et elle acquiesça du chef.

La poigne est ferme, preuve s’il en fallait que l’homme est bien vivant et n’est pas simplement un messager du passé; Le trouble et les souvenirs se sont envolés pour l'heure pour ne laisser que l’intérêt pour la blessure infligée par une machine moribonde. Il prétend que tout va bien et que son pied est en un seul morceau et elle n’a pas de raison d’en douter hormis si elle tente de se rappeler du bruit de tôle contrariée et le juron étouffé ou qu’elle suppose un amour propre mal placé le mâle qui doit prouver que même s’il avait été pied nu et avait décoché un coup de pied de rugbyman dans un bloc de granit rien ne pouvait l’ébranler. Elle scruta brièvement le visage mûri par le temps et peut être plus et conclut qu’il n’en ata    it rien.

“Enchantée!”

Elle n’était jamais avare de formule convenue, mais c’est avec des rituels et ce genre de formules toute faites que se nouent des relations cordiales et bienveillantes. Theodora rêvait d’un monde où toutes les relations seraient cordiales, mais il y avait la magie. Il y avait les sorciers. Lorsqu’elle pensait ainsi elle pensait à tous les dictateurs et autocrates de tout poil qui avaient pensé et agi au nom de l’harmonie qu’ils avaient comme idéal mais ne pouvait s’accommoder. Etait-elle ne la même veine qu’Hitler ou Staline? Tout son être lui criait que non mais comment ne pas être dérangée par ses propres pensées lorsque l’on connait un peu l’histoire? Comment concilier la nécessité de la guerre et de l’action et ses aspirations? Qui connaissait les doutes qui l'assaillent le soir lorsque la solitude plante ses griffes dans son cerveau tourmenté?

Mais l’homme en face d’elle lui permet de rejeter ce genre de considérations Le doute pourtant sur la gravité du choc et son invitation du regard ont été perçus par Mr Rowle. C’est quelqu’un de fin et elle aime ce genre de qualité. en même temps elle pourrait redouter cette finesse d’esprit qui pourrait la percer à jour. Cette fois elle ne peut réprimer un petit éclat de rire.

“Non en effet. Je donne plutôt dans ce qui peut crier lorsque j'interviens.”

Il n’était pas utile au vu de son air enjoué de rassurer son interlocuteur sur la boutade qu’elle venait de commettre. C’était le progrès qu’elle avait encore à accomplir pour assumer pleinement un humour parfois un peu noir mais dont elle avait parfois un peu honte.

“Mais je ne voudrais pas vous effrayer…”

Les médecins pouvaient susciter cette réaction chez la gens qu’ils rencontraient en particulier si cela se passait à l'hôpital. Pourtant pour sa part,, elle se demandait bien ce qui chez elle pouvait effrayer quiconque. Elle n’était pas taillée comme un géant des highlands et même si elle manquait de beaucoup d’assurance et de confiance dans son pouvoir de séduction, elle était parfaitement consciente de ne pas offrir une physionomie repoussante et inspirant la crainte à ses patients ou ses rencontres de hasard comme aujourd’hui.

Derrière son humour détaché et un rien désabusé, elle a envie de discerner une certaine franchise et peut être que l'importance se trouve dans un café et l’instant présent à savourer et que s’en trouver frustré est plus contrariant qu’un choc contre un morceau de tôle tout massif qu’il soit. Se résigner est- peut-être le début de la sagesse, mais elle sent qu’elle n’a pas atteint ce stade et elle ne parvient pas à se dire que le buveur de café est dans le vrai. D’ailleurs son esprit est déjà en route pour trouver la solution à cette petite déconvenue qui peut tout de même vous gâcher votre journée. Après tout elle est un peu la maîtresse de maison. elle regarda brièvement sa montre. Elle avait parfaitement le temps de trouver une solution à la pénurie de café.

“Si vous avez un peu de temps devant vous?...”

La question était si on l’entendait de façon plus poussée. A quelle heure est votre rendez-vous? La rouquine avait appris à emprunter les chemins de traverse pour ne pas se montrer trop intrusive et elle poursuivi un sourire plein de promesses d’un café à venir.

“Vous avez de la chance j’ai un creux dans mon planning…”

Elle montra son bip clipsé à sa poche droite qui pouvait toujours servir pour l’alerter en cas d'urgence ou d’imprévu comme seuls savent en réserver les hôpitaux.Heureusement, l’environnement insulaire les mettait à l’abri de la plupart des calamités que seul l’homme et sa technologie peuvent engendrer: accidents de la route, rixe de stade et autres explosion de gaz.

“... et y a une autre machine à quelque couloirs d’ici. Si vous voulez je vous accompagne et comme je représente la maison, je vous invite.”

Elle se donnait un rôle qui n’était pas le sien et des responsabilités qui ne lui incombaient pas, mais l’arrivée de Mr  Rowle avait fini par lui redonner un certain allant malgré l’apparence un peu désabusée qu’il véhiculait. Elle fit un pas dans le direction du service de neurologie. Le couloir qui y mène donne une idée de sa taille. les plafonnier font jouer les nuances de blanc et la perspective donne le sentiment qu’un monstre affamé attend au bout, quelque part derrière une de ces portes à doubles battant qui en coupe la longueur.

“Vous me suivez?”

L'intonation est assez douce pour laisser le choix de résister mais assez assurée pour laisser supposer qu’il ne serait pas loin de l’affront s’il refusait. Elle termine son invitation par un sourire encourageant et sincère. Les premiers mètres se firent en silence. Elle ne se voyait pas poser trop de question à celui qui était devenu son invité et il ne lui restait plus qu’à parler d’elle et c’était quelque chose qu’elle ne faisait pas très facilement. Pudeur et secret jouaient comme le rôle de la censure. Le café fut alors sa planche de salut pour rompre le silence.

“Aménager un espace de détente où on servirait le café aurait sans doute été une bonne idée, mais il paraît que les crédits ne le permettaient pas.”

Elle tourna une moue dubitative et désabusée vers son invité en poussant de sa main gauche la première porte battante.

“Je vous en prie.”


Elle laissa Jonathan Rowle entrer dans le tronçon suivant de couloir avant de s’enhardir tout en tentant de na pas avoir l’air d’y toucher.

“Vous venez visiter quelqu’un?”

L’homme ne semblait pa malade et sa physionomie peu en jouée pouvait bien appartenir à quelqu’un d’inquiet pour un proche hospitalisé. Dans ce cas on pouvait avoir besoin d’exprier cette anxiété.  Décidément, elle ne laissait jamais bien loin ses réflexes professionnels. S’il venait pour lui, il aurait le loisir d’en parler ou pas.
Jonathan RowleJonathan Rowle
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyJeu 7 Fév - 12:19

Quand vient le jour, la peur d'affronter la vie

- Jonathan Rowle - Théodora Rose Knight -


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Plus le temps avance, plus il est difficile de rencontrer de nouvelles personnes. Quand on est enfant, il suffit de tendre la main pour trouver de nouveaux amis, à l'école, au parc, lors de diverses activités artistiques ou sportives : mais plus les aiguilles de l'horloge tournent, plus on se surprend à contempler les murs des pièces vides, et à interrompre le silence par nos pensées prononcées à voix haute. C'est précieux, une amitié à l'âge adulte. Et d'autant plus volatile, puisque les affres de la vie ont tendance à nous emmener vers des destinations auxquelles on ne s'attend jamais : qui aurait pu croire, par exemple, que Jonathan Rowle, Auror, traître à son sang, espion pour l'Ordre du Phénix et meilleur ami de Kingsley Shacklebolt, actuel Ministre de la Magie, serait devenu cet homme sans autre identité que celle d'un oncle fatigué, professeur incapable d'utiliser sa magie, et malade susceptible de subir une crise à tout instant ? Certes, toutes mes anciennes connaissances ne se sont pas détournées de moi (et je ne peux blâmer celles qui l'ont fait, car cette distance qui a tué notre amitié, c'est moi et personne d'autre qui l'a créé), mais elles sont si peu nombreuses que je peux les compter sur les doigts d'une main, et leur présence n'en est donc que plus appréciée.

À moins, peut-être, que tout ceci ne soit que conjoncture de ma part. Car je les vois bien, ces hommes et ces femmes dans la rue, ces anonymes dans les bars devant lesquels je passe sans jamais m'attarder, ensemble, riant aux éclats. Peut-être que je suis le seul à ressentir cette solitude écrasante dans ma poitrine, qui ronge mes os et blanchit prématurément mes cheveux. Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr de vouloir savoir. Parfois la connaissance fait plus de mal que de bien, car le retour de flamme est trop brûlant pour pouvoir être contenu.

Toujours est-il que cette main tendue, bien qu'amicale et appréciable, est tout à fait inattendue. Je n'ai pas hésité à la saisir, mais alors que Théodora me parle d'une voix douce, de ces paroles banalement réconfortantes, je ne me sens pas à ma place. Je suis un imposteur. J'essaie de jouer à l'être humain, mais bientôt, quelqu'un verra les contours du masque que je porte et me jugera pour ce que je suis vraiment. La boule d'angoisse, au fond de mon ventre, grandit. Pourrais-je supporter un regard plein de pitié et de jugement, de la même nature que ceux que je reçois chaque semaine lorsque je passe chez le pharmapoticaire quand je vais chercher mes médicaments prescrits, ou quand j'ai le malheur de faire une crise en public et qu'un anonyme me tend la main pour m'aider ? Toujours des questions sans réponses. Seul l'avenir pourra nous révéler la vérité.

“-De même, je réponds pourtant en hochant de la tête. Je m'accroche. Je fais semblant. Je me permets même de sourire. Oh, il en faut plus pour me faire peur, croyez-moi sur parole.

J'ai du mal à cerner la femme qui se tient devant moi. Elle semble toujours se trouver là où je ne l'attend pas : tantôt sarcastiquement piquante, tantôt apaisante, même, si j'osais, charmante. Cependant, je me doute que c'est ce qu'on pense également de moi. Je sais que je suis lunatique, soumis à la neutralité de mes antidépresseurs jusqu'à ce que leur effet ne s'estompe. C'est l'une des malédictions de ma maladie.

-Je suis soumis aux horaires capricieux du médecin, il semble être débordé, aujourd'hui. J'ai l'habitude de l'attendre au moins un quart d'heure avant mon rendez-vous, sans que la secrétaire ne m'informe d'aucun retard : comme c'est le cas aujourd'hui, je pense ne pas m'avancer en disant que je vais devoir prendre mon mal en patience.

Je dévoile sans dévoiler. C’est une valse, quelque part : il faut en dire sans trop en révéler, pour ne pas passer pour le fou que je suis réellement. Je viens souvent à l’hôpital, mais je ne dis pas pourquoi. Le tempo est là, sans être vraiment précis.

-Avec plaisir, dis-je donc avec révérence.  

Et nos pas s’accordent dans le couloir, leur son se réverbérant dans ses longueurs austères. Mais le silence, bientôt, se rompt alors que le ton mélodieux de sa voix retentit à nouveau. Je ne m’en rends pas compte, mais mon petit sourire n’a toujours pas quitté mes lèvres.

-Je travaillais au Ministère, et c’était la même chose… Le service public manque cruellement de moyens, il faut bien avouer. Après, je préfère que le budget de l’hôpital soit dirigé vers du matériel médical que des machines à café. Certes, boire un expresso est l’une de mes joies les plus simples dans la vie, mais je pense que je peux m’en passer… Un accent taquin ourle chacune de mes paroles. Enfin, je crois. Ce n’est pas moi le docteur, après tout : qui suis-je pour renier les potentielles capacités thérapeutiques d’un bon café ?

Les mots sortent de ma bouche, irrésistibles, incontrôlables. Ma réputation d’homme austère serait-elle usurpée ? On pourrait le croire, tant je me laisse aller dans cette conversation si agréable. Je n’ai pas besoin de réfléchir, de mettre en évidence des faux-semblants. Certes, je dois rester vague dans mes discours, mais je ne joue aucun autre rôle que moi-même, et c’est diablement rafraichissant.

Et puis tout s’effondre. C’est peut-être la question de trop, celle qui fait tout chavirer. Elle est pourtant légitime, pourtant anodine, pour n’importe qui sauf pour moi. Comment expliquer à une inconnue mon mal, sans sombrer dans le pathétique ? Je choisis la solution de facilité.

-Non. Un ton neutre, pour ne pas faire lever de sourcil, avant de changer de sujet, vite. Quelle est votre spécialité, Théodora ? Vous devez voir passer toute sorte de gens, ici, à l’hôpital… »

Je passe du coq à l’âne, ma question n’a pas de rapport avec la discussion, ni avec les mots que j’enchaine à toute vitesse. Je prie pour qu’elle ne remarque pas mon œil paniqué, ma langue qui fourche quelque peu à cause de la pression, ce qui ne fait pas bon ménage avec mon accent. J'espère, sans trop y croire : mais cette discussion me fait trop de bien pour que j'y renonce ainsi.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyVen 8 Fév - 14:59

La guerre de peut pas tout tuer. Et pourtant, les derniers mois se sont attaqués à ce qu’elle avait de plus cher. Des formules telles que la fin justifie les moyens ou bien encore à situation exceptionnelles, mesure exceptionnelle avaient eu raison d’une partie de ce qu’elle était.. Dans les mesures exceptionnelles il y avait l’isolement ou plutôt l’isolement était devenu la conséquence de ces dites mesures. Méfiez-vous des sorcier car aucun ne sera de notre côté et méfiez vous des moldus car il en est qui ont pris le parti des sorciers. Voilà à quoi cette guerre qui avait fait irruption dans sa vie avait abouti.
Elle n’avait pas été éduquée ainsi et était une personne sociables qui entrait en relation plutôt facilement malgré une réserve naturelle qui l’empêchait de tomber dans la mondanité superficielle. Maintenant elle mettait son ancien talent au service de sa cause et cherchait les recoin de la vie qui lui permettaient de retrouver ce qu’elle était au plus profond d’elle. Et le plus sûr de ces endroits était sa vie professionnelle pourtant le plus exposé à la guerre. Elle mettait plus souvent qu’elle ne le voulait son métier au service de la lutte contre la magie et pourtant la relation avec les patients gardait une saveur qu’elle ne pouvait trouver ailleurs. Les gens qu’elle croisait au Centre Médical étaient avant tout des gens qui pouvaient avoir besoin d’elle avant d’être magiciens ou non magiciens et en tant que tels elle tentait toujours de les soulager et de les accueillir avec bienveillance et le professionnalisme le plus éclairé possible. Ce n’était qu’en suite qu’ils devenaient des membres d’un bord ou d’un autre et parfois cela restait un mystère pour elle et elle appréciait le confort de cette ignorance.

Moment de faiblesse, instinct de survie, expression de doute? Combien de fois ‘était-elle posé la question en rentrant chez elle? Combien de fois avait-elle omis des rapports à Gloriam? En parallèle, elle menait ses recherches avec acharnement en explorant toutes les piste possibles et imaginables pour terrasser la magie. Personne ne pouvait l’accuser de faire preuve de découragement ni de renoncer à la lutte. Au cours de celle-ci, son métier de médecin était forcément un handicap. Comment concilier, la volonté de guérir et de soigner en même temps que vous souhaitez la destruction du camp adverse? Elle se révoltait énergiquement contre cette question; il ne s’agissait pas de détruire des personnes mais un phénomène. Sophisme lui répondait-on au sein de l’organisation. Les Sorciers sont les vecteurs de la magie tout comme les moustique celui du paludisme et les moustique, on les extermine chaque fois que cela est possible. Elle s’accusait parfois d’hypocrisie, elle se disait que forcément, ils avaient raison et pourtant ses convictions revenaient à l’assaut de sa conscience.

Alors aujourd'hui elle n’avait pas besoin de faire d’effort pour se préoccuper de l’homme qui la suivait dans les couloirs de l’hôpital. Elle n’avait pas évacué la question de son appartenance à telle ou telle faction, elle ne s’était même pas posé la question, comme si le Centre Médical devenait un sanctuaire où la guerre n’avait pas cours. Ne soyons pas hypocrite, combien de sujets intéressants pour ses expériences y avait-elle repérés? Combien de matériel médical avait-elle prélevé sur eux? Cela s’était fait presque contre son gré, elle n’était pas aveugle et devait lire les dossiers de patients et certaine aubaines ne se laissent pas passer lorsque l’on mène des recherches! Sa plus grande faiblesse résidait dans sa propension à l’introspection qui lui imposait de se montrer intègre et honnête vis à vie d’elle-même et de ses actes. Elle lui faisait souvent craindre une perte d’elle même dans les méandre de ses scrupules sur lesquels elle était bien souvent obligée de s’asseoir. Elle devenait une personnalité multiple contrainte d’exposer un visage différent suivant son public qui craignait un dédoublement de la personnalité, même si ses modules de psychiatrie étaient là pour la rassurer. Si cela devait arriver cela fait belle lurette qu’elle en serait atteinte et son tableau clinique comme elle se plaisait à l’appeler ne laissait en rien pencher pour une telle hypothèse. Elle ne pouvait nier être soumise au stress et être une proie rêvée pour un éventuel burn out, mais sa santé mentale n’avait pas se préoccuper de dissociation quelconque.

Elle savourait donc chaque parenthèse dans le conflit dans lequel elle était engagée, et en l'occurrence, elle remerciait le patient égaré en quête de caféine de la lui offrir. Quoi de plus anodin qu’une envie de café et qu’un pied traumatisé par un geste d’impatience? Il a de l’humour et une certaine dérision mêlée de fatalisme plutôt rafraîchissants exempt de rancœur ou d’accusation, contre le personnel médical en particulier. Elle même pouvait-elle se targuer de ne jamais avoir fait attendre des patients sans les prévenir? Elle faisait son possible pour que cela n’arrive pas et aucune critique ne lui avait été faite sur le sujet, mais elle se souvenait d’assez d’entretiens qui avaient nécessité plus de temps pour expliquer les choses à un patient ou le rassurer pour ne pas porter de jugement sur son collègue qui cependant semblait avoir fait sa marque de fabrique de ce genre d’indélicatesse. On ne pouvait préjuger des motivations et des causes de ces multiples retard. en tout cas, ils avaient au moins l’avantage de mettre à son aise M. Rowle et de lui permettre de se mettre en quête d’une nouvelle machine à café en compagnie du docteur Knight. Cette dernière n’est pas bien certaine que sa fantaisie et son humour soient à la hauteur de ses compétences médicales, mais ils ne semblent pas rebuter son invité.

Au contraire il entre facilement dans la conversation se laissant aller à des comparaisons entre les services publics, provoquant un sourire complice de la rouquine. De son côté, elle aurait mauvaise grâce de se plaindre car les crédits n’ont pas été compté pour permettre au Centre Médical de fonctionner correctement, les appareils et es blocs sont dernier cri et le personnel compétent avec ses défauts et qualités évidemment mais Theodora a l’avantage d’estimer ses collègues et c’est déjà beaucoup.

“Vous savez on sous-estime souvent la capacité thérapeutique du plaisir tout simplement et sans doute aussi les nuisances de la frustration.”

Elle s'effaça devant un chariot de soins et accéléra le pas pour revenir à la hauteur de son invité. Le merci de l’infirmier s’éteignit derrière eux tandis que sans se retourner la rouquine agita la main à hauteur de main pour signaler que c’était la moindre des choses.

La machine n’est plus très loin et la femme en blanc a bien reçu le message. Il n’est pas là pour une visite à un proche et c’est donc pour lui qu’il se trouve à l’hôpital et il n’a pas envie d’en parler. Comment lui en vouloir? Elle n’est pas son médecin et certaines choses doivent rester secrètes ou bien tout simplement n’a-t-il pas envie de s’étendre quoi de plus naturel? Il rétorque par des questions sur elle. Ici elle est un peu un personnage public et se doit de répondre à tout ce qui concerne son métier et ses fonctions. Alors au diable la pudeur et il a visiblement besoin de cela pour éviter de sentir la curiosité de sa guide se poser sur lui de façon trop pressante même si ce n’était pas son intention.

“Ma spécialité? La génétique,mais l’île est peuplée, mine de rien et les médecins pas assez nombreux pour prétendre n’exercer que dans leur spécialité, surtout la mienne..”

Un petit rire s’échappe de sa gorge qui laisse supposer qu’elle n’accorde pa spécialement une grande place à sa dite spécialité dans le champ médical, même si elle le sait elle prendra de plus en plus d’importance qu’au fil des années et des découvertes. C’est un fait que si elle s’investit complètement dans ses recherches dans sa spécialité, heureusement les maladies qui y sont traitées ne sont pas si nombreuses et ne touchent surtout pas autant de monde que le grippe.

“Alors chacun fait de la médecine généraliste et ce n’est pas plus mal. C’est toujours dommage de ne pas réinvestir tout ce qu’on a appris…”

La contrainte d’exercer un métier sur deux versant était très bien acceptée par le professeur Knight et c’est souvent grâce à cette particularité qu’elle pouvait rencontrer un peu de monde, même si en ce moment ce n’était pas tout à fait le cas.

“Alors forcément on voit passer beaucoup de gens différents mais pas plus qu’à Londres ou dans le Yorkshire. Les gens sont les mêmes si on veut bien y regarder de plus près.”

Une infirmière dans son uniforme de service et une pince à cheveux entre les lèvres réajuster sa coiffure avant de la recouvrir d’un calot médical, le tout en courant presque. Sans doute une urgence dans une chambre ou dans un bloc… Les regards des deux soignantes se croisèrent brièvement échangeant au passage leurs stress et  encouragements.

Plus loin au contraire, deux internes visiblement en pauses croisèrent la chercheuse et son invité. L’un d’eux les mains dans le poches de sa blouse ouverte semblait expliquer un cas clinique à son collègue dont le gobelet fumant semblait confirmer la proximité de la machine à café tant espérée. Enfin au détour d’un couloir, un recoin révéla l’automate supposé délivrer sa dose de caféine au consommateur qui lui en ferait la demande. Sortant une pincée de pièces de monnaie, Theodora s’arrêta devant et y glisser de quoi offrir comme promis une boisson chaude à M. Rowle.

“Un café donc?”

Les pièces disparurent dans un tintement métallique avant qu’elle ne presse sur le bouton approprié et ne déclenche la chute du gobelet et son remplissage du liquide noir et odorant. Elle regarda le jet noir s’évanouir et attendit le bruit caractéristique de la fin de la procédure avant de tendre le gobelet à la main ferme qui l’avait suivie jusque là pour le simple plaisir d’assouvir son frustration de café.

“Tenez…”

Elle glissa deux autres pièces dans la fente et pressa le bouton “thé”. Elle ne savait pas trop si elle était autorisée à s’enquérir des occupations de son invité alors même qu’elle avait répondu sans ambage à sa propre question. Comme il ne semblait pas vouloir s’étendre sur lui, elle lui laissa l’initiative de la conversation et trempa les lèvres dans le liquide fumant qui venait de lui être délivré.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyDim 17 Fév - 0:04

Quand vient le jour, la peur d'affronter la vie

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Je lève un sourcil, alors que mes mains tiennent nerveusement le gobelet en plastique d’où s’échappe un fumet brûlant. Mon majeur effleure le bord de l’objet dans un va-et-vient inconscient, symptomatique d’un esprit perplexe : on a presque l’impression que c’est de mon cerveau que s’échappent les volutes blanches, tant mes yeux s’égarent dans le lointain lorsque j’écoute Theodora me parler avec toute la candeur du monde. Car la scène est si étrange, pour moi, elle s’apparente à un reliquat des temps passés, revenant au goût du jour dans un cycle éternel et mystérieux. Tout va bien. La terre ne s’est pas mise à trembler, le plafond ne s’effondre pas, aucune catastrophe à l’horizon. Je vis, et c’est suffisamment bizarre à mes yeux pour que je ne ressente d’étranges palpitations dans le corps, et que mon esprit ne s’échappe dans des pensées paranoïaques. J’essaye de respirer par à-coup pour dissimuler mon trouble auprès de la doctoresse, je ne sais pas vraiment si je réussis, mais je ne peux pas faire mieux. Je l’écoute avec attention, mais la petite voix dans ma tête qui ne cesse de me rappeler mon trouble semble toujours parler plus fort qu’elle. Si j’étais croyant, je prierai pour qu’un jour elle me laisse enfin tranquille…

« -Ça m’a l’air passionnant… Complexe, certes, c’est une branche de la médecine qui peut sembler presque… ésotérique, pour un profane comme moi, mais je suis sûr que vous devez vous penchez sur des cas très intéressants.

Je n’ai pas de honte à étaler ma fascination pour des pratiques qui me sont pourtant inconnues. J’aime apprendre des nouvelles choses, je suppose qu’elle aussi : il le faut pour exercer une telle profession. J’hausse les épaules, dans un mouvement qui se veut nonchalant mais qui a surtout pour but de détendre mon cou, qui me fait mal à force de serrer ma mâchoire. Je dois mobiliser tous mes muscles, tous mes os pour maintenir les apparences.

-Et la médecine générale est une profession bien assez noble pour ne pas la renier, de toute façon, dis-je de mon ton trainant, appuyé par mon accent gallois.

J’ai connu des dizaines, voire des centaines de praticiens, dans ma vie. Le département des Aurors a de nombreux docteurs détachés aux soins des différents agents, et après la guerre, j’ai bien cru qu’il me serait impossible de croiser une blouse blanche sans que je ne me mette à repenser à tous les blessés qu’ils ont rafistolés du mieux qu’ils pouvaient après la Bataille finale, ou aux cadavres dont ils ont fermés les yeux après avoir prononcé l’heure du décès. Heureusement, ma pathologie m’a épargnée à ce sujet, et je peux continuer à arpenter les couloirs de l’hôpital sans craindre les méandres de mon esprit (jusqu’à ce qu’il ne se rappelle à moi pour une toute autre raison, bien sûr).

-L’homme est une créature d’habitude, c’est sûr… Mais j’ai aussi appris, au fil des années, à ne pas confondre analogie et homologie. Les ressemblances sont indéniables, mais chaque individu peut vous surprendre, cela même si vous le connaissez depuis des dizaines d’années.

Un visage apparaît dans ma tête : celui d’Abraham, l’homme que je considérais comme l’un de mes amis les plus proches, et qui m’a trahi au moment où j’avais le plus besoin de lui. Son manque de loyauté laisse encore un goût amer dans ma bouche, même des années plus tard, et j’essaie de cligner des yeux pour ôter l’image de mon esprit, en vain. L’association vient probablement de son métier. Un docteur, tout comme Théodora, mais bien que je l’ai rencontré il y a seulement quelques minutes de cela, je ne peux imager qu’elle soit capable d’une telle perfidie. Quoique. Je n’aurai pas pensé que l’irlandais puisse faire une chose pareille non plus.

Je remercie la rouquine d’un geste de la tête avant d’ingurgiter le liquide chaud, comme un assoiffé dans le désert. La caféine est le seul vice que je m’octroie, et dans les moments comme celui-ci, il est celui qui m’empêche de me cogner la tête contre les murs. En une gorgée, j’oublie Abraham, et ma nervosité ne se rappelle plus sans cesse à moi. Elle est présente, mais elle n’obnubile pas chacune de mes pensées : c’est tout ce à quoi je peux aspirer, dans mon état. Une si petite chose, une tasse de café, et pourtant, elle est capable d’apaiser mes sueurs les plus froides.

Un silence commence à s’installer. Je ne suis pas des plus habiles dans l’art de la conversation, et je peine à trouver un sujet qui soit pertinent dans la situation actuelle. Je n’ai pas envie de m’enfuir, cependant. Il est bien rare que je rencontre une femme telle que Théodora, et je me surprends à vouloir continuer d’entendre les subtilités de sa voix chaloupée. Essayant de ne pas bredouiller, je reprends donc :

-Je ne sais…

-Mr Rowle ?

C’est l’agente d’accueil qui m’a dit de patienter, précédemment. Elle a un air un peu ennuyé peint sur le visage, elle a sûrement dû me chercher pendant un petit moment. Je lui adresse un petit sourire contrit.

-Le Dr Kertekian  va vous recevoir.

Je hoche de la tête. Me tournant vers la rouquine qui m’a délivré de mes solitudes durant cette attente, je la salue dans ce que je crois être la dernière fois que je lui adresse la parole.

-Merci pour le café, et pour la compagnie. Bonne fin de journée, Dr Knight.

Un dernier sourire, je serre la tasse en plastique dans ma main pour mieux la déposer dans la poubelle prévue à cet effet. J’aurai beaucoup à raconter à mon psychomage, lors de cette séance.

***

Le temps passe. Une semaine, très précisément, puisque c’est le temps qui s’écoule habituellement entre mes visites au centre médical, pour mes séances de thérapie obligatoires. Je traîne les pieds, ce jour-là. Je ne suis pas de très bonne humeur, j’ai mal dormi, Annie s’est mal comportée et j’ai du la punir, mes étudiants ne m’ont pas donné entière satisfaction. Un mélange de circonstances qui me font grommeler dans ma barbe alors que je longe les longs couloirs froids, un peu en avance, comme à mon habitude, pour mon rendez-vous. La ponctualité, c’est l’art de mettre en vigueur la rigueur au moment approprié.

Un éclat roux attire pourtant mon attention, et je relève la tête pour croiser le regard d’une femme en blouse blanche, dont le visage harmonieux et la tenue impeccable aurait pu faire défaillir bien des hommes. Je souris. Peut-être que ma journée n’est pas si désagréable que ça, finalement.

-Bonjour, Dr Knight. Je vous promets que, malgré les apparences, je ne suis pas un stalker. »

Et mon expression s’éclaire, comme par magie. Theodora a le don inné d’apaiser mon esprit, c’est un talent inconscient et incontrôlable, mais bien réel : nos rencontres sont peut-être fortuites, mais elles restent précieuses à mes yeux.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyDim 24 Fév - 7:51

Parfois, elle se demande si les patients ou même n’importe qui a vraiment envie de l’entendre parler de son métier. C’est le sien et elle l’adore mais ceux qui sont dans son cas, le pratiquent aussi… Tandis qu’elle se penche pour récolter le gobelet qui lui est destiné, et qu’elle baisse brièvement les yeux vers le liquide qui lui brûle un peu les doigts à travers les parois fines de plastique, elle se demande ce que l’homme qui l’accompagne dans les couloirs du Centre Médical peut bien faire des non révélations qu’elle vient de lui faire. Bien sûr, elle n’est pas assez naïve pour se dire qu’une rencontre de hasard va donner lieu à de grandes discussions philosophique, et de plus la compagnie du_ quel âge pouvait-il avoir ? quadragénaire mais sans doute atteint par la maladie peut être ? _ sa compagnie en tous las cas était agréable et elle devinait un esprit curieux et lune intelligence vive, même si elle n’avait pas beaucoup de d’indices pour l’affirmer en dehors de quelques phrases qu’ils avaient déjà échangées, son humour un peu désabusé et peut-être la petite lueur derrière un regard qu’elle ne saurait qualifier. Soucieux n’était pas le terme, désabusé peut-être… En tout cas la petite lueur était bien là et ce regard était de ceux qu’elle aimait rencontrer.

En tout cas celui qu’elle croise au-dessus de son gobelet qui manque bien sûr de s’écraser entre ses doigts pourtant délicats, est plein d’une réelle attention et peut être plus, à son propre étonnement. Lui-même n’a pas vraiment montré de désir de se révéler mais elle comprend que ce ne soit pas facile de se livrer à une médecin. Un sourire à la fois modeste et reconnaissant de l’intérêt qu’il porte à ses occupations, se peint sur ses lèvres.

“Passionnant c’est un fait”

Toutes les nuits de veille pour ses révisions d’étudiante et ses recherches ensuite et les instants lumineux où l’on est certain d’avoir progresser sur un cas difficile et tout le coeur qu’elle met à l’ouvrage jour après jour élargissent encore son sourire avant de s’évanouir derrière le sérieux qu’elle met à la suite de sa réponse, le thé soigneusement à l’abri entre ses deux mains qui semblent rechercher sa chaleur au travers la pellicule blanche qui lui sert de calice.

“Je crois qu’il en est de même chaque fois qu’on est confronté à une matière qui nous est étrangère. Je ne sais pas ce que vous faites mais sans doute serais-je perdue dans votre domaine.”

Pour la suite, elle hésite à répondre aussi franchement. Le secret professionnel n’est pas un vain mot pour la rouquine et on est si vite amené sans s’en rendre compte à confier des choses qui devraient rester confinées entre les quatre murs d’un cabinet… Mais elle est convaincue par ce qu’elle lui renvoie, les yeux pétillants de la passion qu’elle met dans son travail.

“Vous savez, chacun des cas que l’on rencontre est intéressant, encore que le terme intéressant ne soit pas forcément le plus respectueux de patient. Je ne sais pas ce qui vous amène chez votre médecin, mais au moment où vous êtes dans son cabinet, devenez la personne la plus importante de la terre.”

Evidemment il y avait un peu d’exagération dans ce discours un peu péremptoire d’une femme qui n’avait qu’à se soucier d’elle de ses recherches et de ses malades. N’importe quel médecin pouvait avoir une ado à la maison avec qui se prendre la tête et vous distraire ensuite de votre métier, mais elle espérait que son auditeur avait compris l’idée qu’elle avait voulu résumer en peu de phrases. Consciente de s’être laissée un peu emportée, elle replongea doucement dans sa boisson, tout en tentant de garder le contact visuel avec Jonathan Rowle. Pour s’intéresser autant à ce qu’elle faisait, elle aurait presque pu se dire qu’il était lui-même médecin, s’il n’avait confessé une certaine candeur dans le domaine. Elle adore entendre parler ainsi de l’utilité de sa profession sa profession et hoche la tête au compliment qui lui est fait.

“Vous prêchez une convaincue !”

Et puis la conversation semble prendre un nouveau tour, c’est comme une confidence qu’elle aurait suscitée à son insu. Tentant de ne rien laisser paraître, elle se sente un peu désarçonnée par cette réponse et se demande ce qui a pu la motiver. Soudain elle réalise qu’elle s’est sans doute mal fait comprendre lorsqu’elle tentait d’évoquer l'universalité de de l’humanité ou en tout cas des patients où qu’ils se trouvent avec peu de nuance, elle devait l’admettre. Toujours est-il que le décalage entre la rouquine et le buveur de café, n’est pas anodin aux yeux de la femme. Un rien de pensif passe dans les yeux de M. Rowle. Le vécu est palpable dans ses propos et le malaise qui s’insinue dans l’esprit de la généticienne lui souffle que ce n’est sans doute pas de bons souvenirs qui animent ces paroles. C’est dans ce genre de situations où on se demande si on est heureuse d’entendre son interlocuteur se livrer ou si on aimerait être à l’autre bout de la terre pour échapper à ce qui ressemble à quelque chose qu’on ne pourra pas maîtriser dans une relation qui dépasse son domaine de compétence. Quelle est cette chose étrange qui vous permet de gérer les confidences de vos patients, même avec leurs vagues émotions capables de vous submerger à chaque instant et vous rend démunie lorsque cela se produit dans un cadre informel où vous ne pouvez-vous retrancher derrière vos compétences professionnelles ? Quel est ce paradoxe qui fait que votre métier devient plus porteur dans les relations qu’une rencontre de hasard ? Pourquoi cette nécessité d’avoir le dossier ouvert devant les yeux pour se sentir soudain plus aguerrie et en même temps spontanée ? Les dés sont pipés lorsqu’elle est médecin. Elle a toujours une longueur d’avance, elle maîtrise, elle oriente, elle apporte quelque chose, en tout cas, elle est là pour ça. Mais le hasard d’une machine à café, c’est tout autre chose et elle se rend compte qu’elle est aussi gauche que lorsqu’elle est arrivée à Londres pour entamer ses études de médecine et qu’elle était si facilement déstabilisée par la moindre blague de ses condisciples qui lui donnait facilement la réputation d’une oie blanche ou d’une nunuche empotée. Heureusement que ses résultats parlaient en sa faveur

Les mains en coupelle autour, elle reporte le gobelet a sa bouche qui ne trouvent rien à répondre au risque de paraître indiscrète et qui pourtant sent que ce ne peut pas en rester là. Alors elle lance une bouée à la mer. Elle ne sait pas trop si c’est en direction de Jonathan Rowle ou dans la sienne. Elle ne sait pas si c’est très habile non plus c’est tellement convenu et en même temps résume ce qu’elle a ressenti.

“Ça sent le vécu.”

En même temps, qui n’a jamais été surpris par quelqu’un qu’il croyait connaître ? Non, chez lui cela semble plus… profond. C’est le terme qui semble aller le moins mal à ce qu’elle ressent chez lui qui se réfugie à son tour dans son café. Peut-être s’est-il rendu compte qu’il était allé un peu trop loin. Peut-être même regrette-il ce moment de confidence qui n’en est pas un si la chercheuse voulait bien analyser les choses avec un peu de recul. Elle s’était peut-être laissée envahir par trop de subjectivité. L’accent gallois, un certain regard ? Cela ne devrait pas suffir à l’envahir de la sorte. Une des choses encore qu’elle devait travailler, être capable de mettre des mots sur les impressions qui lui arrivaient. Son besoin grandissant au fil des années de maîtriser tout ce qui la traversait serait à ce prix. Elle savait déjà que cet homme ne disparaîtrait pas tout de suite de ses préoccupations…

Pour l’heure sa petite tentative pitoyable reste sans réponse et elle commence à se dire que tout comme elle, le buveur de café gallois a senti un malaise ou alors se dit qu’il est allé au bout des confidences et que tout n’est pas bon à aborder ou pas trop profondément avec une femme rencontrée au détour d’une machine à café. Qui pourrait l’en blâmer ? Elle regarde le fond du gobelet avec son inévitable dernière goutte qui s’est répartie dans la rainure qui court tout autour avant de lui faire finir ses jours dans la poubelle dont le couvercle s’ouvre automatiquement à l’approche de sa main. Au son de la voix qui semble vouloir reprendre le fil de la conversation, elle relève le regard vers lui, mais une voix leur fait tourner la tête à tous les deux. Le professeur Knight ne sait pas si elle doit remercier l'assistante de mettre fin à une conversation qui pouvait se révéler très impudique ou si elle devait la maudire de mettre fin à une rencontre qu’elle aurait du mal à qualifier mais qui avait eu au moins de mérite de de lui couper la matinée.  Elle répondit au remerciement par un sourire complice et un petit geste de la main signifiant que ce n’était rien un petit café ou plutôt que s’il l‘avait apprécié elle en était heureuse.

Dr Kertekian? Elle ne le connaissait pas mais nombreux étaient de ses collègues dont elle ne savait que peu de choses et par discrétion pour le l’homme qui tournait déjà les talons, elle allait s’interdire d’aller se renseigner sur lui, même si sa curiosité, elle devait bien l’avouer était aiguisée par l’intérêt qu’elle portait désormais à cette nouvelle rencontre. Elle regarda sa montre en même temps que du coin de l’œil elle regardait Jonathan Rowle disparaître au détour du couloir précédée de la jeune assistante. Elle avait plus que le temps de rejoindre son cabinet et même de faire le point avec sa propre secrétaire sur les nouveaux rendez-vous ou désistements…

***
Le dossier est incomplet. Elle avait demandé une IRM du cerveau de la patiente dont la visite était prévue heureusement bien plus tard dan sle matinée. D’où l’intérêt de vérifier les dossiers avant que les malades n’arrivent. Bien sûr elle avait reçu le compte rendu de l’équipe de manipulation, mais elle aimait bien avoir les résultats de l’imagerie entre les mains surtout pour se faire sa propre opinion et pouvoir éventuellement montrer ce qui conduisait à un diagnostic ou un autre. Ce n’était qu’un oubli et Theodora ne s’en formalisait pas. D'ordinaire Maggie Peterson, son assistante s’occupait de palier à ces avatars, mais elle était déjà à la poursuite de bons de consultation pour un autre patient désorienté qui attendait dans la salle d’attente pour sa consultation prochaine, avec le docteur Knight également. Perdue dans ses pensées et les yeux sur la fiche de prescription, elle tourna dans le couloir à sa droite avant de s’arrêter net. Sa vision marginale lui avait indiqué l’élégance particulière d’un homme dont la rencontre n’était pas si lointaine et avec lequel elle avait partagé un café. Elle fit deux pas en arrière pour pencher le buste en arrière pour s’assurer qu’elle n’avait pas fait erreur. Son regard vert croisa le regard avec ce rien de désabusé mais que dominait quelques étoiles d’humour lorsqu’il s’adressa à elle. Elle jeta un œil à sa fiche avant de se diriger vers l’homme qui l’interpelait et lui tendit une main chaleureuse et un sourire ravi du hasard qui l’avait mis sur son chemin. L’homme restait depuis leur rencontre de la semaine dernière une énigme charmante et leur courte entrevue s’était révélée assez agréable pour qu’elle soit heureuse de le revoir. Sa curiosité et cette sorte de philosophie qui transparaissait de lui en faisait quelqu’un de hautement fréquentable.

“Monsieur Rowle, il y a pire comme stalker et puis, la sécurité n’est jamais très loin…”

Ses yeux pétillaient du même humour dont son vis-à-vis avait fait preuve. La sécurité c’est ce qui faisait le plus défaut dans l’hôpital comme dans la plupart de ceux qu’elle connaissait, pourtant ce n’était pas les motifs de violence qui manquaient dans leurs univers ne serait-ce que si l’on considérait les produits qui y étaient accessibles… Mais la médecine semble ne pas devoir se départir d’un certain angélisme ou tout simplement ne pas vouloir ajouter au stress des patients et les membres de la sécurité se tenait à l’écart se montraient discrets et étaient peu nombreux, il fallait bien l’avouer.

“Toujours en quête d’une machine à café à martyriser ?”

Machinalement, elle vérifia de son index gauche qu’aucune mèche rousse ne faisait des sienne autour de son oreille.

A l'observation de sa physionomie, l’homme semblait moins soucieux que lors de leur première rencontre et elle s’en félicita. Peut-être était-ce aujourd’hui sa dernière visite au centre médical qui mettrait fin à ses soins...
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyVen 8 Mar - 3:07


Quand vient le jour, la peur d'affronter la vie

- Jonathan Rowle - Théodora Rose Knight -


"All around me are familiar faces, worn out places, worn out faces. Bright and early for their daily races, going nowhere, going nowhere : their tears are filling up their glasses, no expression, no expression. Hide my head, I want to drown my sorrow, no tomorrow, no tomorrow." Mad world - Gary Jules
J’ai beau essayer de convaincre le monde entier que je n’ai pas de problèmes, je m’aperçois de plus en plus que je ne trouve de réconfort que dans l’habitude. Ma vie est bien rangée, et si un seul grain de sable vient enrayer la machine, je me retrouve confronté à des angoisses existentielles inhérentes à ma maladie. Je hais l’hôpital, mais pas pour les raisons habituelles des personnes anxieuses de la maladie ou de la mort : je les connais bien, ces concepts, si bien qu’ils font partie de moi. Non, si je déteste le centre médical, c’est qu’il me rappelle ma condition à chacun de mes pas, car lorsqu’on est ni docteur, ni visiteur, on est forcément malade. En souffrance. Ayant besoin d’aide. Alors j’abhorre la simple vision du bâtiment qui trône, fier, dans les faubourgs d’Atlantis : pourtant, je risque la crise si je ne m’y rend pas chaque semaine, et ça n’a pas de rapport avec une prise de médicament ou ma thérapie (enfin, c’est ce que j’essaye de prétendre). Chaque jeudi soir, de manière régulière, je sais où je suis, et ce simple fait m’ancre dans la réalité. Je me raccroche à ce que je peux, même les choses les moins tangibles, pour éviter crises et sueurs froides.

En fait, j’essaye surtout de me convaincre moi-même que je n’ai pas de problèmes.

Et ce sont des petits riens qui me rappellent que je suis humain, comme la sensation d’une tasse de café chaud entre mes doigts, ou de croiser le regard d’une jolie femme. Eléments qui me rappellent, indubitablement, le docteur Theodora Knight, et notre rencontre, certes brève, mais ma foi des plus sympathiques. C’est probablement la raison pour laquelle je l’interpelle avec tant de ferveur dans ma voix, moi qui préfère, habituellement, raser les murs et éviter toute confrontation. Elle me rappelle que malgré le brouillard dans lequel j’évolue chaque jour, il existe peut-être une lumière qui peut me guider, et qu’elle n’est pas forcément là où on pourrait l’attendre.

Elle répond à mon trait d’humour par un autre, et un petit ricanement s’échappe de mes lèvres pincées, un son incongru à mes oreilles, mais qui devient de plus en plus familier, je me surprends à penser. Si je regarde en arrière, il y a quelques mois à peine, je ne pouvais me rappeler du bruit que faisait ma propre voix : peut-être que j’ai réussi à parcourir quelques lieues, finalement. Si je n’ai pas encore atteint ma destination, je suis engagé sur un chemin, et la terre laisse peu à peu place à des dalles pavées.


« -Je ferai attention, dans ce cas, à garder mon dos tout contre le mur et à rester alerte à tout instant : je pense ne pas faire le poids bien longtemps face à de tels mastodontes.

Mon ton est ourlé de dérision et de légèreté : je ne pense pas vraiment à mes mots, ils sortent par cascade irrésistible et je n'ai pas envie d'y mettre plus de poids que de raison. Après tout, j'ai passé la plus grande partie de ma vie à combattre de tels gorilles, ainsi que des gens plus frêles, comme moi, mais qui étaient outrement plus dangereux que des brutes sans cervelle.

-J'ai abandonné ce combat, je décide de continuer d'une voix toute aussi badine. Georges Orwells nous a prévenu, de toute façon, que les machines anéantiront l'humanité telle que nous la connaissons : il faut que nous acceptions notre sort.

Je regarde ma montre. J'ai un peu de temps avant l'heure de mon rendez-vous, comme à mon habitude, mais je suis sûr que le docteur Knight a mieux à faire que de discuter avec un pauvre quidam tel que moi. Je lui souris doucement, et j'ai tout à coup conscience de mon propre souffle, de la façon dont je bouge, ces choses inconscientes que l'on effectue tous les jours sans y penser, et qui se rappellent maintenant à moi. Plus qu'un anonyme dans la foule de personnes qui peuplent l'hôpital, je suis un patient, et ma maladie se transforme en une malformation physique qu'elle pourrait saisir au premier coup d'oeil. Je sais que c'est idiot, bien sûr : on ne peut détecter un syndrome post-traumatique d'un simple regard, mais je ne peux m'empêcher de fourrer mes mains dans mes poches pour les arrêter de trembler. Trois pas en avant, deux pas en arrière. À la seconde où je crois pouvoir m'en sortir, une pensée me persuade du contraire. Ma phrase se fait donc plus hésitante, moins assurée, alors que j'essaie d'effacer cette éventualité de ma tête.

-Et puis je ne suis pas sûr que mon pied apprécie forcément de se faire maltraiter chaque semaine que je passe ici. Je suis sûr que le service de podologie est très compétent, mais je préfère me passer d'une énième visite. »

Je m'aperçois tout à coup que, malgré ma nervosité manifeste et mes pensées qui s’échappent dans tous les sens, ma mauvaise humeur précédente s’est envolée. Je ne pense plus au mauvais comportement d’Annie ou à mes étudiants. Peut-être que c’est vrai ce qu’on dit, que les médecins ont cette aura de calme et de sérénité qui apporte la paix à ceux qui les entoure. A moins que la raison ne soit toute autre.

Je n’ai pas noué de réelles amitiés depuis la fin de la guerre. Il est difficile d’apprendre à connaître de nouvelles personnes lorsqu’on reste, la plupart du temps, cloîtré chez soi, et mon caractère a tendance à repousser d’éventuelles connaissances plutôt que de les attirer. La seule réelle connexion que j’ai réussi à construire à Atlantis est avec Adrasteia, mais les circonstances ont voulu qu’elle se fasse dans le sang et le désespoir, plutôt que dans un contexte plus simple et plus doux : alors ce contact que j’ai avec le docteur Knight est tellement rafraichissant qu’il me semble presque irréel. J’évolue dans une autre réalité que la mienne.

Et elle est bien appréciable que mon quotidien.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptySam 9 Mar - 9:39

Malgré l’humour évident de la réponse de Jonathan Rowle, la femme ne peut s’empêcher de laisser un regard anatomiste parcourir celui qui prétend ne pas faire le poids face au service de sécurité. Il faut bien admettre qu’il n’est pas vraiment du genre tout en muscle et de ceux dont on attend à priori de prouesses physiques mais il est loin d’être fluet et quelque chose de nerveux émane de lui, du genre de puissance qui permet aux fondus de varappe de se hisser dans des positions incompréhensibles pour une non initiée comme elle. Bref elle lui accorderait un rapport poids/puissance plus qu'intéressant. Et puis le sourire aux dents, elle se demande depuis quand elle n’a pas échangé de plaisanteries sans arrière-pensée avec quelqu’un. Depuis quand n’a-t-elle ressenti la connivence nécessaire à des traits d’esprit sans crainte d’être jugée ? Depuis qu’elle était arrivée à Atlantis son univers avait pris les couleurs de la guerre et de la clandestinité et ses relations ne pouvaient pas se targuer d’être relations de confiance. Il y avait bien eu cette incartade avec Alistair Fawley, mais ça n’avait été que l’espace d’un soir et elle ne saurait dire si c’était de son fait ou de celui du cracmol mais leur complicité n’en avait pas été accru et même, en ressentait une certaine gêne surtout depuis qu’elle s’intéressait pour ses essais à une des protégées de son ancien patient. Elle savait que ce n’était pas la peine d’insister. Son assistant Maggie Peterson était une jeune femme professionnelle et agréable et elle pouvait échanger quelques mots sur ses enfants et la difficulté de les faire garder parfois mais elle gardait avec la chercheuse une distance révérencieuse qui n’autorisait pas de rapprochement entre elles deux et Theodora respectait cela.

Elle devrait se contenter de la bouffée de légèreté que lui offrait cette rencontre de hasard mais c’était plutôt l’occasion pour elle ne mesurer sa solitude. Ce n’était sans doute pas la première fois qu’elle s’y trouvait confrontée, mais cela ne lui arrivait pas si souvent au bout du compte. Son emploi du temps ne lui en laissait pas le loisir et elle n’était plus de celles qui s'apitoient sur leur sort une fois qu’elles ont pris une décision, même si certaines conséquences ne sont pas celles qu’elle avait imaginées. En fait il ne fallait pas réfléchir longtemps pour convenir que ses patients étaient les personnes les plus proches d’elle et ce n’était pas l’étrange danse qu’elle jouait avec un jeune homme au détour des expositions et des concerts qui la distrayait quelque peu de sa condition de conspiratrice, qui changeait quelque chose en tout cas pour le moment.

Elle était tellement occupée à calculer les implications de chacune de ses actions qu’elle en oubliait souvent d’être juste là et maintenant sans autre arrière-pensée. Qui est cette personne ? Que veut-elle vraiment ? Ami ou ennemi ? Peut-il être utile. Toutes ces questions revenaient en permanence à chaque nouvelle rencontre. Jonathan Rowle lui offrait pour la deuxième fois, de ne pas se préoccuper de tout cela. De quoi lui donner une place à part même si ce qui existait entre eux se résumait à un gobelet de mauvais café et à des boutades faciles au détour d’un couloir d’hôpital. D’ailleurs y aurait-il plus que ça, est-ce que cela ne briserait pas la magie de cette insouciance qui existait entre eux ? Alors ce n’est que de façon fugace que son sourire enjoué se ternit comme le rouge d’une cerise qu’aurait survolée un corbeau avant de recéder la place au soleil de juin.

L’homme mit fin de façon légère et élégante à la passe d’humour qui comme toute devait prendre fin à moins de se prendre pour des cabots de music-hall. La rouquine, les yeux encore pétillants d’amusement se fit la réflexion qu’en effet, l’homme avait une propension à fréquenter les hôpitaux qui frisait l’obsession ou son affection était plus sérieuse qu’il ne paraissait. En conséquence, elle ne pouvait qu’admirer l’humour dont il était capable malgré le suivi dont il semblait faire l’objet. C’était le genre de prouesses qui aidaient ceux qui en étaient témoins à ne plus trop faire attention à leurs petits états d’âme. De son côté elle avait presque fini par s’oublier complètement de peur de paraître à elle-même et au monde, égocentrée. Et puis un jour, elle s’était regardée dans une glace et s’était effrayée. Combien de temps faut-il aux gens pour atteindre un état d’équilibre ? Il lui avait semblé alors que les dix dernières années n’avaient servi qu’à cela la faisant basculer d’une extrême à l’autre avant de lui permettre d’atteindre un équilibre satisfaisant. Satisfaisant ! S’il n’y avait pas cette guerre il pourrait bien l’être mais elle avait fait la tare sur la balance de son comportement. La question était de savoir quand elle finirait. Le plus tôt serait le mieux. Elle n’était pas faite pour ça et elle mesurait chaque jour tout ce qu’elle y sacrifiait.

Mais pour l’heure, elle n’avait pas eu besoin de réfléchir pour profiter des quelques secondes de légèreté que la rencontre inattendue lui offrait. Il n’était que l’heure de la savourer comme si le monde n'était peuplé que d’harmonie, comme si elle avait pu garder ses illusions et son ignorance d’avant. Ainsi il venait toutes les semaines. Décidément, il ne devait pas simplement souffrir de cors aux pieds, surtout si l’on en croyait sa dernière remarque sur le service de podologie.

Elle regarde ses mains plonger dans ses poches et se dit qu’elle a sûrement manqué quelque chose, mais tant pis. Et puis elle n’est pas son médecin, elle pourrait tout aussi bien ne pas porter cette blouse blanche avec qui elle s’est mariée il y a bien des années déjà… Alors au diable les questions hospitalières !

“Mais l’humanité résistera toujours non ? Alors ne nous privons pas pour exploiter ces boîtes de conserves.”

Comme par mimétisme elle regarde sa fidèle montre de poignet à l’éternel bracelet parme. Une petite demie heure, c’est plus qu’il n’en faut pour partager un moment près d’une machine, futur tyran de l’humanité, si les sorciers ne les exterminent pas à leur tour. Pourquoi devaient-ils toujours gâcher ses pensées qui avaient pourtant promis d'être innocentes et frivoles?

Elle ne sait pas trop pourquoi elle a fait cette proposition. Peut-être les gens ont-ils besoin de reproduire les situations qu’ils ont appréciées, comme les enfants qui ont mis toute une après-midi pour se plonger dans un jeu qui les accapare et qui se promettent à l’appel des adultes, de recommencer très vite, demain, oui très vite. Mais demain est décevant et le jeu a perdu sa saveur et il faut se réinventer éternellement. Elle préfère penser que déjà à la deuxième rencontre fortuite un rituel tacite s’installe entre eux. Mais pour quoi faire ? Un auteur français à parlait de s’apprivoiser. Elle ne se souvient pas bien du texte exact, ça parle de l’attente et de l’inquiétude et de la joie de se retrouver. Cette référence enfantine lui laisse un drôle de sourire un peu nostalgique aux lèvres. Elle se demande des deux qui est le renard et qui est le petit prince ? C’est sûrement lui le petit prince, tombé dans un monde qui n’est pas le sien…

Tout en gardant ses yeux dans les siens si vivants de tristesse, elle penche la tête vers le couloir d’où elle est arrivée et point la même direction de l’extrait de dossier qui se cachait jusque-là derrière elle. Oui, elle y sent un peu de tristesse, mais aussi les étoiles qui tombent du ciel et font scintiller les regards qui en ont perdu l’envie. C’est ce genre de regard qu’elle aime. Ceux qui se demandent à quoi sert la vie mais qui sont capable d’en apprécier chaque parcelle lumineuse. C’est juste traduire des lueurs et elle se trompe sans doute mais elle aime bien croiser ce regard.

“J’ai un peu de temps sauf urgence”

Elle tapote le bip clipsé à sa poche de gauche.

“Je vous offre un café avant mon prochain rendez-vous ? ou voulez prendre votre revanche sur celle du bout du couloir ?”

C’est facile de filer la métaphore. Vraiment trop facile en fait et ça en devient ridicule. D’autant qu’elle n’est absolument pas certaine qu’il ait envie de partager un moment de plus avec elle, représentante du corps médical qu’il n’a déjà que trop l’occasion de côtoyer. En outre, elle ne s’est pas posé la question de savoir si lui avait du temps devant lui.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyMar 12 Mar - 4:52

Quand vient le jour, la peur d'affronter la vie

- Jonathan Rowle - Théodora Rose Knight -


"All around me are familiar faces, worn out places, worn out faces. Bright and early for their daily races, going nowhere, going nowhere : their tears are filling up their glasses, no expression, no expression. Hide my head, I want to drown my sorrow, no tomorrow, no tomorrow." Mad world - Gary Jules
Parfois je me demande si je ne suis pas mort lors de la bataille de Poudlard, et que depuis, je rêve d’un après au goût doux-amer, où la réalité se brouille avec les limbes de l'au-delà. Car tout me semble si étrange, si abstrait, que j'ai l'impression de perdre pied avec l'essence de la vie elle-même, comme lorsqu'on se réveille en ayant eu la sensation tenace d'avoir passé la nuit à cauchemarder, sans se rappeler de ce qui nous a tant effrayé. Les crises me semblent être la seule constante, dans le flou qu'est mon existence. Lorsque les tremblements me prennent et que je me sens partir, je ressens tout de manière si vive que je me surprends à penser que je suis mort revenu à la vie, comme ces zombies que les moldus aiment à représenter dans leurs films. Je souffre tant dans mes souvenirs que la réalité semble fade dans sa continuité. C'est terriblement effrayant, bien plus que n’importe quelle scène de Romero.

Mais c'est aussi la raison pour laquelle je ne comprends pas ce qu'il m'arrive. Lorsque je parle avec Théodora, tout est plus clair, plus simple. Même les couleurs semblent plus vives à ses côtés, et ses cheveux roux, dont la teinte tranche si clairement avec le morne décors de l'hôpital, sont pour moi tels l'astre solaire, dont je ne suis qu'un vague satellite qui ne peut que tourner autour pour se repaître de son éclat. Ce n'est pas un coup de foudre ou même un vague sentiment amoureux : je suis bien loin de toutes ses considérations. Non, c'est quelque chose d'entièrement différent. C'est se remettre à exister dans les choses les plus simples, c'est retrouver le goût de l'existence dans la candeur de l'humanité. C'est recoller les morceaux de l'Auror brisé, pour qu'il retrouve une forme humaine. Et si le catalyseur est bel et bien la docteure, il n'est pas difficile de déduire que les raisons sont bien plus complexes et profondes. Je vais peut-être mieux, tout simplement. J’avais beau prétendre ne pas avoir de problèmes, autrefois, cela ne se révèlent que mieux lorsque le voile se lève réellement.

Pour l’instant, je ne veux pas y penser, en réalité. On m’a toujours dit que je réfléchissais trop, et il est vrai que je suis un homme qui mise sur le cérébral, plutôt que sur le ressenti : c’est le lot de la plupart des anciens élèves de la maison du corbeau. Mais je me dis qu’il faut que je change, que j’évolue, pour pouvoir avancer. Ou plutôt, que je me réconcilie avec celui que je vois, encore et encore, brandir sa baguette sur le parvis d’une école de sorcier, pour tuer son frère qui a fait des choses si terribles.

« -J’ai du temps aussi, dis-je en passant distraitement une main dans mes cheveux, dans un geste instinctif et qui me donne quelque peu l’air, il faut bien l’avouer, d’un aliéné. Heureusement qu’elle ne sait pas encore la raison pour laquelle je viens au centre médical. Que ce soit pour une boisson chaude, ou simplement, pour discuter en appréciant votre compagnie.

Il n’y a pas de sous-entendus dans ma phrase, et l’on ne peut détecter dans mon ton et ma stature qu’une candeur bien réelle. Peut-être la prendra-t-elle autrement : cela ne m’inquiète pas outre mesure. Je pense la vérité plus importante que n’importe quel quiproquo éventuel, et je ne vois pas de raisons particulières de prétendre que je n’apprécie pas nos échanges, si anodins qu’ils soient. Je n’ai jamais compris les personnes qui minimisent l’amitié, comme étant, quelque part, un ersatz de sentiments amoureux. Partager des moments chaleureux et bienveillants n’a rien à envier à une relation, et ceux qui mettent le sexe sur un piédestal comme créant un lien indicible ne sont certainement pas des gens équilibrés, à mon sens.

Je rigole doucement alors qu’elle continue de plaisanter sur notre première rencontre, et de ce fait, de ma précédente maladresse. J’ai suffisamment de recul pour faire preuve d’autodérision, et il n’y a rien d’autre dans mon regard qu’une étincelle espiègle. Ma langue se remet à l’œuvre et je craque mes vieux os, dans un mouvement délié.

-Mais je vous avoue que je ne suis jamais le dernier à accepter un bon café, alors je préférerai une machine qui marche. Je me fais donc pion dans vos mains, et vous laisse me guider. »

Je fais un geste de la main devant elle, pour l’inviter à avancer devant moi. Je ne suis pas le plus habile dans l’art subtil de la conversation, mais je ferai de mon mieux. Je le peux, donc je le dois. J’ai cru, pendant bien trop longtemps, que j’étais condamné à m’enfermer dans ma condition, et aujourd’hui, je pense pouvoir m’en sortir. A moi de faire le premier pas vers la guérison : et quoi de mieux que la compagnie d’une médecin pour ça ?
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyMer 13 Mar - 7:29

Pourquoi n’est-elle pas surprise qu’il accepte son invitation ? Elle ne saurait le dire. Une sorte de connivence semble exister entre eux et si elle cherchait à en creuser les raisons elle serait bien ennuyée pour les déterminer. Derrière la sorte de mélancolie, elle a l’impression de retrouver son propre désarroi devant le monde qui n’est pas celui qu’on lui avait appris, petite fille. Les magiciens de ses contes de fées sont trop réels trop nombreux et trop effrayant pour se contenter de donner des frissons au lecteur crédule. Cela fait maintenant une quinzaine d’années qu’elle a découvert leur existence maintenant et c’est comme si cette découverte pesait de plus en plus sur elle. Après le meurtre de ses parents il ne pouvait sans doute rien arriver de pire et pourtant… La tâche qu’elle s’était fixée aurait pu la soulager lui donner un but dans lequel elle aurait pu se noyer et se donner l’impression de rendre hommage à ses parents mais les événements l’avaient dépassée. Se faire recruter par Gloriam l’avait entraînée dans un engrenage contre lequel elle luttait parfois mais qui lui donnait aussi les moyens d’atteindre ses objectifs.

Cet homme en face d’elle avait-il vécu lui aussi l’indicible tout comme elle ou peut-être même pire ? Avait-il vu des proches mourir en se sentant impuissant ? Ou peut-être encore avait-il été forcé à faire des choses dont il n’était pas très fier tout comme elle ? Lorsque les prisonniers avaient été libéré par la faction adverse, elle en avait presque été soulagée. Elle gardait de cette phase de ses activité un goût amer. Elle savait que les tests étaient prématurés et puis cette façon frontale de s’en prendre aux sorciers était de son point de vue du suicide. Ils ne connaissaient pas tous les moyens que les manieurs de baguette pouvaient déployer pour se sortir de ce genre de situation et rien que de tenter de les maintenir prisonniers était une imprudence à ses yeux. Leur faire des injections alors que les recherches n’étaient qu’à leurs balbutiement était stupide également. Cela pouvait donner à leurs ennemis sur leurs objectifs. Elle rencontrait assez de sorciers dans son travail pour prélever à leur insu les échantillons qu’il lui fallait pour ses recherches ou même pour effectuer des tests si besoin sans éveiller l’attention et même en observer les effets voire les contrer s’ils étaient comme on dit, indésirables. Le fiasco passé avait au moins eu comme effet de donner plus de crédit à ses positions et à la faire monter dans l’organigramme de l’organisation, même si cet aspect ne la touchait pas plus que cela. Du moment que sa parole de scientifique était écoutée, elle était satisfaite. Satisfaite mais pleine de doutes et elle n’aspirait qu’à une chose, que la fin de cette guerre arrive au plus vite. Pourtant la voie médicale qu’elle avait choisie ne pouvait aboutir rapidement, elle le savait, malgré les différentes pistes qu’elle avait mises à jour ces derniers temps.

Mais pour l’heure la complicité du moment qu’elle ressentait avec le Gallois lui permettait de mettre toutes ses sombres pensées au second plan. Elle sentait une belle personne derrière ses allures désabusées, et ses airs égarés, une personne qu’il serait agréable de fréquenter au quotidien. Une personne que chacun devait aimer compter parmi ses proches ou tout au moins connaissances régulières. L’idée était aussi séduisante que l’homme, mais bien loin d’être une bonne idée. Il avait le mérite de lui éviter la méfiance et les faux-semblants incontournables dans sa situation de clandestine et qu’elle devait entretenir avec chacune de ses relations et faire de leurs rencontres, de leur jeu autre chose que ce qu’ils étaient. S’intéresser à l’autre de façon plus profonde impliquerait de se poser des questions en savoir plus l’un sur l’autre et elle savait déjà qu’elle ne pourrait pas être loyale et que la question de la réciproque se poserait inévitablement. Sans doute était-il préférable que leurs chemins se contentent de se croiser brièvement au détour des couloirs hospitaliers. Même envisager ce genre de collusion en dehors du centre médical représentait un danger pour la sorte d’alchimie qui se produisait pour la deuxième fois en l’espace de quelques jours.

Elle se contenta de sourire, les yeux pleins d’étoiles à sa réponse et à son air un peu halluciné qu’elle aimait bien chez lui. Elle qui ne vivait en paix que lorsqu’elle maîtrisait tous les paramètres de sa personne et de son environnement se sentait comme face à un poète maudit dont elle pourrait lire les vers dans la sécurité de son appartement d’Atlantis. Elle le savait, c’était très bourgeois comme attitude, mais elle ne prétendait pas être autre chose. Elle ne prétendait rien de toute façon si ce n’était se sentir le mieux possible dans ce qu’elle faisait. Ses activités professionnelles, conspiration incluse, lui donnait assez de motif d’insatisfaction sans qu’elle ne culpabilise du reste de son mode de vie.

Elle apprécie la délicatesse de ses réponses. Elle devine un homme d’esprit et de respect, le genre de personne avec qui elle a toujours plaisir à échanger, même si ce ne sont que des banalités. Ses phrases semblent sorties d’une geste courtoise du moyen âge et elle se demande qui parle encore ainsi au XXIème siècle ? Elle doit sans doute côtoyer le dernier spécimen dans ce cas et le décalage entre le centre médical et sa froideur et le verbe de Jonathan Rowle provoque un rire franc de la rouquine. Elle accepte d’un hochement de tête reconnaissant l’invitation à le précéder et s’engage dans le couloir en direction de l’objet de leur quête.

“Je suis ravie de voir que vous n’êtes pas rancunier. Ce matin elle fonctionnait encore alors j’espère que nous aurons plus de chance que la semaine dernière. Pour ce qui est du BON café, je ne peux rien vous promettre mais je ferai de mon mieux pour être de bonne compagnie.”


Elle ne put réprimer un sourire espiègle.

Derrière les guichets d’accueil aux hôtesses pressée de se montrer les plus efficaces possible en même temps qu’aimables et accueillante, les couloirs étaient déjà très austères. Ils menaient à des salles de consultation d’urgence et de premiers examens de base. Dans une ambiance à la fois feutrée et fébrile, les secrétaires croisaient les infirmières sans qu’elle ne se voient réellement, déjà concentrées les unes et les autres, sur leur prochaine tâche.

Pas forcément aisé de savoir comment poursuivre la conversation. S’enquérir de la forme de quelqu’un qui fréquente un hôpital relève un peu de la stupidité et pourtant c’est la première chose qui vient à l’esprit même pour un médecin d’autant que Jonathan Rowle semble plus serein que la dernière fois, plus souriant aussi. Tournant son visage vers l’homme qu’elle laisse se porter à sa hauteur pour la commodité de la conversation, elle poursuit.

“Vous avez passé une bonne semaine ?”

C’était une manière de contourner la difficulté, astuce pas forcément pertinente mais autant elle avait développé des compétences dans l’enceinte de son cabinet, autant elle se sentait toujours un peu empruntée lorsqu’il fallait s’enquérir des états intérieurs d’autrui. Et puis sa difficulté et ne pas voir le danger derrière chaque visage devenait un handicap dans les relations spontanées.

“Je suis à la fois surprise et ravie de vous revoir ici.”

Voilà ! Cela pouvait être une belle bourde, mais il était vrai qu’elle était enchantée de revoir le destructeur d’automates à boisson avec qui elle n’avait pourtant échangé que quelque mots une semaine plus tôt.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyLun 18 Mar - 14:33


Quand vient le jour, la peur d'affronter la vie

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Il y a une certaine légèreté dans cet échange, une insouciance qui m’a été arrachée pendant si longtemps, que j’ai du mal à l’appréhender dans son entièreté. Tout semble surréel. Et si je m’accroche à ce que je peux, pour éviter de faire une crise ou même, plus simplement, de passer pour un complet idiot, il est difficile, pour moi, de relancer la conversation autant que je le voudrais. Je ne suis, certes, pas le plus expansif des hommes, et me repait bien plus du calme qu’apporte la solitude que de l’agitation du monde extérieur, mais il n’empêche que j’ai plaisir à partager des moments avec les autres, notamment avec des personnes comme Theodora. Alors, j’essaie de faire un effort. Je m’accroche, autant que je le peux. C’est un combat que je me dois de gagner, au risque de finir ma vie en total ermite.

Ce serait peut-être l’un de mes pires cauchemars, si j’y pense bien. De finir seul, à cause de mes propres erreurs, de ce jour terrible du premier Mai 1998, sur le parvis de Poudlard, où j’ai levé ma baguette pour que mon frère ne puisse jamais rouvrir les yeux. De mourir sans que personne ne vienne à me regretter, à part peut-être à travers de vagues souvenirs de l’Auror que j’étais, et certainement pas de celui que je suis devenu. Je ne peux qu’espérer qu’un autre sort me soit réservé.

Qu’est-ce que le rire de la docteure sonne doux à mes oreilles, alors que je me morfond sur ma solitude. As-t-elle conscience du creux qu’elle comble dans ma poitrine, des peurs qu’elle apaise par sa simple présence ? Probablement que non : après tout, elle n’a rien fait de particulier, à part être rigoureusement elle-même, et c’est ce que j’apprécie tant chez elle. Il n’y a pas d’artifice, pas de tours de passe-passe. Tout est clair, les cartes sont étalées sur la table, et il n’y a pas besoin de calculer les mises et les mains de tout un chacun. Les jeux sont faits, comme on dit.

Je la suis donc à travers les dédales de l’hôpital, pour arriver jusqu’à la sacro sainte machine à café m’ayant fait tant de misères lors de notre dernière rencontre. La vie grouillante du centre médical m’a toujours fasciné, je me suis toujours senti observateur de ces mouvements d’insectes allant d’un point A à un point B avec une conviction certaine, pendant que je végète, habituellement, dans ma salle d’attente sans identité, attendant mes rendez-vous. Aujourd’hui, pourtant, je suis acteur, au même titre que les autres, de l’agitation de la bâtisse. Tout arrive.

Elle me pose enfin une question, à la réponse plus complexe qu’elle n’en a l’air. C’est pourtant simple, normalement, que de poser un bilan sur sa propre semaine. Mais moi, je suis toujours sur la corde raide. Pas tout à fait mal, pas tout à fait bien : dans mon état, je ne peux pas dire avec aplomb que je n’ai pas de problèmes, mais comme rien ne s’est passé de particulier, je ne peux pas décemment, non plus, dire que ma vie est sans dessus dessous. Cet entre-deux est difficile à comprendre, pour quelqu’un qui ne connaît pas les effets pervers de la dépression. C’est comme un brouillard informe, dont on peine à discerner les contours : dès qu'on semble avoir défini la forme, elle change du tout au tout. Je décide de ne pas trop réfléchir. Après tout, je doute que quiconque ne soit tout à fait honnête, quand il répond à ce genre de question, qui est plus une convention qu’une réelle prise de nouvelles.

« -Je ne peux pas me plaindre, dis-je finalement en haussant les épaules. J’essaie de préparer au mieux mes étudiants à leurs examens de fin d’année, mais je doute qu’ils soient tout à fait prêt. C’est… difficile, pour un enseignant, de se confronter au possible échec des élèves qu’on est sensé avoir formé du mieux qu’on peut. Comme si on échouait nous-même, quelque part.

Je n’ai pas de mal à parler de mon travail, et au moins, ce n’est pas un terrain miné. Je suis peut-être un professeur relativement débutant, car si j’ai formé des jeunes Aurors, lorsque j’étais au Bureau, il est bien différent de prendre des stagiaires sous son aile plutôt que de leur faire cours dans un amphithéâtre, mais j’ai pris à cœur cette nouvelle vocation. Je ne crois plus vraiment en ce que le Bureau promet aux nouvelles recrues, mais j’ose espérer que mes élèves pourront changer les choses. C’est peut-être un peu naïf, quand on parle d’une aussi vieille institution, mais malgré mon apparence cynique et mes mots acerbes, je reste un idéaliste.

-Enfin, je sais que c’est loin d’être aussi… dur que ce à quoi vous pouvez être confronté tous les jours dans votre métier. J’ai côtoyé de nombreux médecins, tout au long de ma carrière, et j’ai toujours hautement admiré l’aplomb que vous pouvez déployer, dans les moments les plus difficiles.

Je réfléchis un peu tout haut : c’est plus une observation qu’autre chose, et ça n’attend pas forcément plus de détails. C’est donc ça, faire la conversation ? Peut-être que je ne suis pas si mauvais que ça, alors.
Je rigole doucement face à la nouvelle réflexion de la rouquine, m’éclaircissant quelque peu la gorge alors que je manque de partir dans une quinte de toux. Je n’ai pas l’habitude de me laisser ainsi au rire. C’est comme si mon corps se réhabituait à cet instinct, pourtant si naturel.

-Moi de même, Dr Knight, moi de même. Enfin… Non, je n’irais pas jusqu’à dire que je suis surpris de vous voir ici, après tout, il s’agit de votre lieu de travail, mais le centre médical est vaste. Je crois bien que c’était la première fois que je vous croisais ici, la dernière fois, alors que je me rends ici chaque semaine depuis… un an, presque ? Diable, le temps file tellement vite. Je ressens un léger tiraillement dans mon cou, et je ne peux m’empêcher de rajouter un énième trait d’humour désabusé. Enfin, si je m’amuse à l’oublier, ma vieille carcasse se fait un malin plaisir de me le rappeler. »

Les rides sur mon visage, accentuées par ma maigreur, également. Mais ça, je ne l’aborde pas, alors que nous continuons notre chemin dans l’hôpital. Deux personnes qui marchent, paisiblement. Deux personnes qui discutent, simplement. C’est si étrange. On pourrait presque croire que ma maladie s’est envolée : mais je sais bien qu’elle rôde encore, tout contre la lisière de ma peau, et si je n’y prend pas garde, elle pourrait ressurgir comme la vérole sur le bas-clergé.
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MessageSujet: Re: Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]   Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle] EmptyDim 24 Mar - 6:16

Elle regarde ce visage visiblement marqué par la vie. Quelle vie? Elle ne saurait le dire, mais elle ne peut s’empêcher de le trouver séduisant. Les traits tirés et écartelé par les rides, ses propres ennemis. En tant que médecin, elle sait que ces marques du temps et de la dégénérescence l'atteindront elle aussi, comme tout le monde et ce serait trop facile de dire que c’est en tant que femme qu’elle lutte contre les effets du temps. Elle ne pourrait dire combien de fois devant le miroir les doigts glissant sur sa peau et le regard impitoyable elle a traqué la ridule assassine qui sonnerait le glas d’une jeunesse apparente tout en se disant que cela ne prouverait rien qu’elle était certainement manipulée par les canons d’une société qui lui imposait un diktat d’apparence auquel une fille intelligente comme elle ne devrait pas raisonnablement se plier. Oui mais s’aimer ! Oui mais être présentable ! Oui mais avoir peur de la mort qui pousse sous sa peau ! Oui mais… Faire partie d’une société imposait tant de choses même à son insu, surtout lorsqu’une autre guerre canalisait sa révolte et pouvait lui servir d’excuse ! Alors crème de jour, crème de nuit, altères et abdominaux, footing et maquillage… Ses rides à lui ajoutent elle ne sait trop quoi, pas le charme de la maturité. Penser qu’en s’approchant de la fin les choses deviennent plus belles est contraire à ce que sait un médecin. Alors ? Alors peut être que la biologie n’a rien à voir avec l’esthétique et que la complicité entre deux êtres peut aussi passer par ces stries de décrépitudes. Elle se sent assaillie par des pensées qui ne devraient pas avoir cours pendant ce moment béni d’innocence que la guerre lui a fait perdre. Pourquoi ne se contente-t-elle pas d’accepter de simplement aimer regarder ce visage qui cache toute une vie et pourtant se montre elle l’ode l’espérer complètement sincère ?

La sincérité ! Connaît-elle au moins encore le sens de ce mot ? Combien de fois depuis qu’elle a fait le choix d’entrer dans la clandestinité avait-elle pu se montrer sincère ? Sa vie d’illusion du meilleur des mondes possible est fini depuis trop longtemps pour qu’elle se pose encore la question. Cela fait longtemps qu’elle a réalisé que petite abeille au milieu d’un nid de frelons, elle se devait de donner l’illusion qu’elle était l’une d’elle et que la confiance qu’elle devait inspirer chez les autres n’était plus de mise chez elle. Pourtant combien de fois avait-elle rêvé de ces moments où elle pouvait laisser son âme s'épancher dans une autre comme au temps de William, au temps de ses parents. Il allait encore se passer bien des années elle le savait avant que ce ne soit de nouveau possible alors Jonathan Rowle était comme une bouée de sauvetage dans une mer de faux semblant, jusqu’à ce qu’ils ne finissent par parler d’autre chose que du café ou de la pluie et du beau temps et que la dissimulation redevienne de mise.

Alors avant que cela n’arrive car forcément cela va arriver elle savoure ces moments d’innocence qui permettent à deux inconnus de se rendre compte que l’humanité pourrait être aussi simple qu’un rire, une boutade et un café partagé autour d’une machine à café. Aussi belle que des étoiles triste et amusées dans le ciel d’un regard étonné que la seule magie ne réside que dans ces quelques minutes et que les seules lois ne sont écrites que par les lignes qui zèbrent les visages à force de trop sourire.

Elle est toute ouïe pour les réponses de son invité et trop tard elle se rend compte que par sa faute, elle les engagés sur le chemin qui va leur en faire apprendre trop l’un sur l’autre. Pourtant elle ne peut que se réjouir d’avoir ouvert une porte qui ne donne pas simplement sur une boutade, ultime feinte des âmes qui s’apprécient mais progresse sur un terrain mouvant. Elle tourne son visage vers lui. Professeur. Pourquoi en est-elle étonnée ? Les enseignants n’ont-ils pas le droit à l’humour, à être désabusés, à suivre un protocole à l’hôpital, à aimer le café ? Si bien sûr, mais elle de son côté s’est imaginé plutôt un artiste, un poète maudit comme il se doit. Pourtant elle sait ce qu’elle doit à cette grande corporation qui guide les enfants de la petite enfance jusqu’à ce qu’ils soient totalement insérés dans la vie. Elle pourrait faire la liste de tous ceux qui ont eu une influence sur elle et pas simplement au cours de son cursus universitaire durant lequel on est sensée être la plus consciente possible des apports de nos aînés des maîtres à penser… Et puis, de toute façon, elle est certaine qu’il est un excellent enseignant. Un mauvais enseignant n’accepte pas l’échec de ses élèves comme le sien. Pourtant c’est si vrai. Qu’est-ce qui nuit à la réussite d’un étudiant ? Bien sûr sa capacité de travail et sa volonté de progresser mais aussi, la pédagogie du professeur, sa capacité à rendre son enseignement indispensable, son désir de le mettre à portée de main des élèves qui à la base sont là pour lui. Et puis il y a le regard posé sur les disciples. Cette certitude que chacun d’entre eux peut parvenir là où le cours veut l’emmener. Cette assurance que si difficulté il y a un petit coup de pouce peut faire la différence. Elle se souvient du professeur qui l’a convoquée dans son bureau à son retour sur les bancs de l’Impérial collège après sa dépression. L’entretien avait démarré pr le peu de chance qu’elle avait d’avoir son année, de quoi lui donner envie de rentrer chez elle mais c’était poursuivi par une main tendue vers l’élève impliquée dont il avait le souvenir afin de lui donner les moyens de rattraper les semaines de retard. Grâce à lui elle se souvenait des soirées à résumer les cours qui lui manquaient les retours dans sa chambre d’étudiante, éreintée. Les crises de découragement, les séances de motivation et les larmes en cachette de son mentor et pour finir la publication des résultats récompense à ces mois de stress et ses kilos perdus qui lui auraient donné l’air aussi lamentable qu’au cœur de sa dépression s’ils ne se faisaient pas oublier par son sourire radieux et vainqueur.

Heureusement, Jonathan Rowle ne la laisse pas enchaîner avec une autre question qui les entraînerait sur une pente encore plus glissante. Du genre savoir de quels étudiants il peut bien parler et de quels enseignements il a en charge, autant de motif de curiosité et d’admiration car elle en est persuadée cet homme n’est pas ordinaire. Et puis la machine est en vue alors qu’il oriente la conversation vers le corps médical. Elle agite modestement la main devant son visage. Après tout chacun son domaine d’expertise et les choses ne sont pas comparables. Chaque spécialité développe ses compétences et ses réflexes. Que donnerait-elle devant un assemblé d’étudiants aux yeux braqués sur elle prêts à relever ses incompétences ? Elle préfère sa place à celle des professeurs même de médecine.

Tandis qu’elle l’écoute, elle sort ce qu’il faut de monnaie. Elle n’a pas envie de le couper avec des histoires de rondelle de métal. Elles sont promptement enfilées dans la fente presqu’en aveugle pour ne pas perdre son interlocuteur des yeux et hausse un sourcil interrogateur le doigt sur le bouton café et attends l’approbation silencieuse. Elle est heureuse d’en savoir un peu plus sur le gallois _ même si ce ne sont que des banalités sans avoir besoin de se livrer. Elle n’aurait pas parié que cet homme en apparence si taciturne lors de leur première rencontre soit capable d’entrer dans une conversation presqu’à bâton rompu. D’ailleurs elle-même n’a pas dit grand-chose et sait gré à son complice de pose café-thé de ne pas se montrer curieux. Elle lui tend doucement le gobelet, une maladresse est si vite arrivée et se rend compte, tout en rechargeant la machine de son dû de pences, que le sourire plein d’intérêt qui s’est peint sur son visage n’a pas disparu et elle se sent soudain stupide et superficielle. Pourtant il ne s’agit que de partager une parenthèse sur deux chemins qui ne se croiseront sans doute pas si souvent comme le fait si bien remarquer le buveur de café. Quelle était la probabilité pour que cela se produise et se reproduise ?

Elle ne peut s’empêcher de goûter l’autodérision du quadragénaire et se laisse aller à un nouveau petit rire qui l’empêche de porter son propre gobelet à ses lèvres.

“Vieille carcasse !!? Je v…”

Une vibration accompagnée d’un bip insistant bien qu’en sourdine l’empêche de dire une bêtise. Elle porte prestement la main à la poche de sa blouse pour en déclipser sèchement son boîtier d’alerte. Les cristaux liquides y défilent avec une précision implacable.

[Bloc 3 - Toxicologie - Surdose/stupéfiant]

Son sang ne fit qu’un tour et déjà elle déposait son gobelet sur le premier support venu sans se demander s’il était approprié. Le signal de Bip était en lui-même un stimulus qui déclenchait les réflexes d’urgence, comme appuyer sur le bouton de confirmation de réception mais la nature de la cause de l’appel lui fit penser immédiatement à Dylan, une jeune patiente qu’elle suivait depuis quelques temps. Elle semblait stabilisée, mais avait déjà replongé et Theodora ne pouvait rien exclure de ce côté.

*La petite conne ! *

Ce n’était pas une pensée dépréciative juste le premier moment de panique qui vous font craindre le pire pour quelqu’un dont on a investi au moins en parti le destin. Et puis ce n’était pas forcément elle.

Les premiers pas à reculon lui permirent de manifester son impuissance face aux événements qui les empêchaient une nouvelle fois de finir leur conversation. Les mains tournées le plafond et les épaules brièvement haussées, elle fit volteface et partit en courant, profitant d’une porte d’ascenseur ouverte pour y disparaître et presser le bouton de l’étage où elle était appelée. Les quelques secondes de solitude dans la cabine lui permirent de se poser toutes les questions possibles et d’anticiper les gestes d’urgence. Qui ? Quel âge ? Sexe ? Produit ? Conscience ?...
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Quand vient le jour, La peur d'affronter la vie. [Jonathan Rowle]
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