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 Où l'on entend le cri des loups - ft Tatiana Voronkova

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Vassili A. SterenkoVassili A. Sterenko
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MessageSujet: Où l'on entend le cri des loups - ft Tatiana Voronkova   Où l'on entend le cri des loups - ft Tatiana Voronkova EmptyDim 23 Déc - 17:55

La brise marine faisait voltiger les pans de son manteau. Le vent balayait les versants abrupts de l’île, griffait l’herbe rase, ébouriffait les quelques buissons qui poussaient là, sur ces hauteurs rocailleuses, au-dessus de la mer. Une fine poussière se levait, imperceptible nuage fauve qui courait le long des pentes nues, s’écoulait le long des étroits sentiers. Face à l’azur du ciel et de l’eau, la roche se dressait, crevait le sol pour s’élancer vers les airs. Elle fendait les bottes de terre, surgissait en longues parois raides, murailles infranchissables pour l’île, s’élevait en pointes, en promontoires et en défilés. Patiemment, les éléments avaient façonné cet univers minéral, avaient construits ces monuments de terre et de pierre, suspendus au-dessus de l’onde, comme un défi aux tempêtes.

Soufflez, vents d’orage, roulez, puissantes déferlantes, vous n’emporterez pas ce navire-là ! Toujours, vos rouleaux s’écraseront sur ses flancs, toujours, vos bourrasques se heurteront à sa puissante mature de roches et d’herbe.

Mais la mer, aujourd’hui, était calme.

La houle paresseuse ne se brisait que péniblement en blancs moutons. Les flots se soulevaient doucement, retenant toute leur puissance depuis le grand large, pour finalement s’élancer contre les parois côtières, se heurter en grandes gerbes immaculées contre les blocs rocheux. Le bleu profond de l’horizon fleurissait alors en mille teintes océanes, se drapait de vert et de cyan, avant de s’épanouir en explosions d’argent sur le roc noir.

Il y avait quelque chose d’apaisant, dans cette vision. Le doux mugissement des vagues berçait l’île, régulier ; l’immensité océane captait le regard pour mieux le noyer, dans les plis azur de ses vagues, bien loin de la terre, bien loin des soucis terrestres et des préoccupations du quotidien. Rien que ce chant, ce chant infini qui se perdait dans l’horizon.

Adossé à la paroi rocheuse, Vassili regardait la mer, à ses pieds. Non, c n’était pas la mer noire, songeait-il. L’océan était bien plus sombre, bien plus tourmenté. Mais en ce jour-là, sous ce pâle soleil d’avril, on aurait pu s’y méprendre. Le calme, la beauté des paysages. Tout était lumineux, bercé de flagrances de bruyère. La pierre était seulement plus sombre que les calcaires de Crimée, la végétation plus rase, plus rare. Peu d’arbustes, peu de fourrés ; des herbes fines habituées aux grands froids, peu de bêtes. L’île était bien plus décharnée que la campagne de Yalta. Il y manquait le soleil. La douceur de vivre.

A moins qu’il ne se perde dans ses propres illusions. Les souvenirs de l’enfance sont toujours plus joyeux, toujours plus ensoleillés qu’ils ne l’étaient en réalité.

Mais pourquoi chasser ces réminiscences ? Le présent était suffisamment âpre et désagréable pour en salir le passé. Peu importait ce à quoi pouvait réellement ressembler ce morceau d’Ukraine à présent. Peu importaient la misère et la dégradation, les sanatoriums qui tombent en ruine, les arrêts de bus déserts, la longue ligne de trolleybus brinquebalante avec son matériel bien trop vieux à présent. Le soleil, l’eau bleue resteraient les mêmes. Et l’on trouverait toujours ces confiseries au miel, dégoulinantes de graisse, au détour d’un chemin poussiéreux, servies par une imposante grand-mère, ses rides éclatantes d’un sourire radieux. Il y aurait toujours tous ces chats sans propriétaires, avançant l’air majestueux sur les rambardes des cafés, libres et soignés par tous, et qui venaient chercher de tous les caresses. Manadh pouvait être riche, créature de toutes les élites du Royaume-Uni, jamais elle n’aurait cette douceur méridionale, cette tendresse humaine bercée de mille flagrances.

Anya. T’en souviens-tu de tout ça ? On en avait mangé, de ces galettes au miel, dérobées à quelques babushki moldues. Et on s’était caché sous ce buisson pour les manger, sur cette pente raide, et à quelques mètres de nous : le vide, la mer, l’immensité d’azur. La liberté.

Quelles conneries on peut faire, quand on est gamins.

Mais nous ne sommes plus les mêmes, à présent.

Je ne t’avais pas reconnue, dans les rues d’Atlantis. Tu as tellement changé. Tu n’es plus une gamine. Te voilà devenue élégante, presque majestueuse, si on y prête bien attention. D’aucuns diraient hautaine. Pourquoi ne t’ai-je pas croisée plus tôt ? L’île n’est pas grande, pourtant. Mais peu importe. On retrouve toujours les siens. On retrouve toujours ceux de son sang, ceux de sa terre. Il est de ces choses qui ne mentent pas. Chez toi, c’était ton accent. Ton anglais hésitant, un peu le même que le mien. Peut-être plus fluide, plus chantant. C’est que tu t’y connais, en musique, toi. Mais malgré tout, on comprenait aisément que tu ne venais pas d’ici, que tu n’étais pas natives de ces îles britanniques, ni même de ces pays d’occident. Tu es de chez nous. De notre terre russe.

Je t’avais interpelée. En Russe, naturellement. Hey.

Tu viens d’où ?

Je ne sais même plus quand précisément on s’est reconnus. Chacun tirés de part et d’autres par notre emploi du temps, par nos obligations. Des retrouvailles éparses, désordonnées, déchirées par la course du quotidien. Seulement quelques mots, quelques sourires de circonstance. Allez, Tatiana, on se revoie. Promis. Comme on se retrouvait, à Yalta, loin de ta nourrice, loin de mes parents, quand nous n’étions encore que des gamins et que l’on pouvait encore t’appeler Anya.

On se revoie.

Sur la côte sauvage, loin de la foule. Comme avant, du temps de notre enfance.

Vassili se redressa un peu, laissa glisser la sacoche de son épaule, avant de s’accroupir sur un rocher. Il n’entendait qu’à peine le bourdonnement de la ville, du tramway qui remontait en direction des étendues sauvages, sans oser s’y aventurer, laissant ses rails d’argent s’échouer là où s’arrêtaient la brique et le bitume. Il fallait encore marcher pour arriver là, pendant un bon quart d’heure, pour aller se perdre au milieu des rocs et des herbes rases, face à la mer. Il ignorait si elle arriverait à le retrouver. Ils n’avaient pas vraiment réfléchi à ces détails pratiques. Cela sonnait comme un pied de nez à la grisaille urbaine, une joyeuse plaisanterie, un clin d’œil à leur enfance.

Mais après ?

Il ignorait tout d’elle à présent. Cela faisait bien longtemps qu’ils ne s’étaient plus envoyé le moindre hibou. Où était-elle partie ? Où avait-elle vécue ? Dans quelle école s’était-elle rendue ? Durmstrang ? Cela ne lui ressemblait guère. Ou, du moins, cela ne ressemblait guère au souvenir qu’il avait d’elle, de cette gamine.

Mais peut-être n’avait-elle pas échappée à son rang. Peut-être n’avait-elle pas échappé à son milieu. Sorcière brillante, chantre de la pureté de sang, aussi froide que cruelle, résolument conservatrice, comme tous les siens, comme tous ces sorciers de Russie. Peut-être même faisait-elle partie de ceux qui enlevaient, insultaient, tuaient ceux qu’ils estimaient indignes de porter une baguette. Et lui. Lui, le cracmol. Que diable trouverait-il à dire devant ces yeux méprisants ?

Ils s’étaient perdus de vue trop tôt pour qu’elle sache ce qu’il était. Mais peut-être les rumeurs avaient-il porté son nom jusqu’à elle ? Le fils de Sterenko est un cracmol. Le message volait tellement vite, de bouches médisantes en bouches médisantes, toujours cruel, sur les ailes noires du ragot. Mais elle était jeune alors, lui en aurait-on parlé ?

Il faudrait alors tout recommencer. Affronter le regard. Le mépris. Le dédain. De nouveau, être renvoyé à son rang. A sa nature. A ce sang défectueux, à ce handicap qui l’empoisonnait, qui le rendait inapte à toute magie, débile. Il lui faudrait de nouveau manger de ce pain amer, de cette violence, de cette souffrance, se taire, baisser les yeux, contenir sa rage, tourner le dos, ne rien dire surtout, ne surtout rien dire… Intouchable, rebu de sorcellerie. La déchéance des siens. De nouveau, encore et encore, l’humiliation.

Il aurait voulu fixer la mer, intensément, goûter au vent salé, se perdre dans l’immensité. Mais il restait nerveux, beaucoup trop nerveux. Fréquemment, il jetait des regards inquiets du côté du chemin de douaniers qui courait le long de la côte. Elle devait bientôt arriver, elle allait arriver, et quoi après ? Il avait peur, oui. Peur de son regard, à elle, face à ce qu’il était. Il croisait si peu de gens de sa terre, de gens qui parlaient sa langue, de ceux qui pourraient enfin le comprendre. Mais elle ne pouvait que le rejeter : il était un cracmol.

Pourquoi, pourquoi donc s’étaient-ils promis de se retrouver ? Comme si les regards insistants à son passage, dans les couloirs de l’université, n’étaient pas suffisants. Il lui fallait s’attirer le mépris d’une autre, d’une Russe, qui plus est.

Il regrettait cette promesse. N’osait pas se lever, jetant des regards de plus en plus fréquents en direction de la ville. Sur sa montre, il comptait les minutes, calait son esprit sur la fréquence des tramways, calculait mentalement le temps qu’il lui faudrait pour le rejoindre. Elle n’allait pas tarder, normalement. Et il avait peur. Ses entrailles se nouaient.

Il se haïssait, à ces moments-là. Pourquoi, pourquoi donc était-il ce qu’il était, pourquoi n’aurait-il pas pu être un gamin ordinaire, un sorcier ordinaire, même pas talentueux, même pas exceptionnel, juste coulé dans la norme, ou même médiocre, tout sauf ce stigmate.

Brusquement, il se leva, récupéra sa sacoche.

Non.

Pas cette fois.

C’en était trop. Il ne voulait plus voir ces sourires se figer, ces yeux se vider, le masque bienveillant se dissoudre pour ne laisser transparaître bientôt que la haine envers ce qu’il était. Il n’en voulait plus, il n’en pouvait plus. Elle était Russe, certes, et ils avaient joué ensemble, là-bas, à Yalta, oui. Mais il ne faut pas toucher au passé. Jamais. Les souvenirs sont faits pour ne rester que des souvenirs, sinon, ils se brisent. Sinon, ils disparaissent. Il était encore temps de préserver ceux-là, de sauvegarder encore ces temps d’insouciance. Il lui restait quoi, quelques minutes, plus, si elle se décidait à être en retard, pour s’enfuir. Il lui fallait détaler. Couper par les landes. Tant pis pour la distance à parcourir, il ne fallait pas prendre le risque de la croiser.

Il lui enverrait un mot, bien sûr, pour s’excuser. Il lui proposerait de se revoir. Enverrait de ses nouvelles, un peu, juste ce qu’il faut, sans entièrement lui répondre quand elle lui demanderait de ses nouvelles. Il la ferait attendre suffisamment pour que cela passe pour une négligence, lui proposerait de se revoir, plus tard parce qu’il avait beaucoup à faire, déjà, avec ses cours. Ils trouveraient bien une date, finalement, après plusieurs impossibilités. Et puis, au dernier moment, il lui faudrait annuler. Un impératif de dernière minute, un devoir à rendre, il trouverait bien une excuse. Leurs messages se feraient plus distants, et peu à peu, ils se perdraient de vue. Et ils n’existeraient plus l’un pour l’autre.

C’est si facile de s’effacer d’une vie, de disparaître. Il le ferait, une fois de plus, pour ne plus avoir à affronter le mépris et la haine, pour ne plus être renvoyé à ce qu’il était.

Un cracmol, un foutu cracmol.

Il jeta un dernier regard vers l’océan, rajusta la sangle de sa sacoche sur son épaule, et se détourna des flots. Allez. Il fallait y aller. Précautionneusement, il escalada un rocher, pour s’écarter du chemin douanier. Mais, déjà, il était trop tard.
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MessageSujet: Re: Où l'on entend le cri des loups - ft Tatiana Voronkova   Où l'on entend le cri des loups - ft Tatiana Voronkova EmptyVen 1 Fév - 10:46



OÙ L’ON ENTEND CRIER DES LOUPS
15.04.01 § ft. Vassili A. Sterenko
Douce qu’elle était, cette journée d’avril, pensait Anya depuis son appartement. Fraîche, certes, mais douce. La brise légère l’appelait de l’autre côté de la fenêtre, tandis qu’elle glissait ses mets préparés dans son panier. Les yeux rivés vers l’extérieur, les mains occupées à tout organiser, elle s’égarait dans les pensées de ces retrouvailles tant anticipées. Vassili. Qu’était-il devenu, après toutes ces années ? Enfants, ils profitaient de chaque seconde passée ensemble, laissant derrière eux tous les soucis qu’ils pouvaient porter sur leurs frêles épaules juvéniles. Enfants, ils se permettaient de rire, de courir, de se taquiner sans peur des représailles, sans regard derrière leur épaule pour trouver les yeux réprobateurs d’un père. Enfants, rien d’autre que le jeu n’existait. Il n’y avait pas de circonstances, pas de conditions, pas de rang. Rien que des gamins, heureux, qui dépensaient leur énergie ensemble quelques jours par été.

Puis il eut le déménagement, et elle ne le revit pas. Ce petit garçon qui, aujourd’hui, devait être devenu un sorcier prospère. Étudiait-il ? Travaillait-il ? Qu’est-ce qui pouvait bien intéresser le petit Vass, maintenant devenu grand ? Peut-être était-ce les potions, ou bien les sortilèges. Peut-être aspirait-il à devenir un grand auror, ou un fabricant de baguette. Que faisaient donc les sorciers, une fois adulte, pour gagner leur pain ? Elle lui demanderait. Elle prendrait la peine de s’intéresser à ce monde auquel il fait parti, duquel elle était exclue.

En empoignant son panier et en revêtant son gilet, elle se promit de faire des efforts. Tous les efforts du monde. Vassili était un ami, un allié. La barrière entre leurs deux mondes ne devait pas être significative. Ils partageraient un repas entre potes, se raconteraient leurs aventures, rieraient des temps passés. Comme des copains. Comme des gamins.

Le vent contre la figure, Anya se lança dans le chemin la menant au lieu de rendez-vous. Plus elle se rapprochait de la mer et plus la brise se changeait en bourrasque. Elle ne caressait plus ses cheveux, désormais ; elle les réveillait, les énervait, et ils s’agitaient frénétiquement au fil de ses pas. Sa veste de laine protégeait une grande partie de son tronc, mais quelques frissons réussissaient tout de même à se glisser à travers les mailles. Lorsqu’elle se présenta devant les rochers, elle coinça le manche du panier dans le creux de son coude et enfourcha l’énorme pierre de son habileté hésitante. Elle grimpa avec peu d'agilité et, lorsqu’elle fut assez haute, déposa le panier pour terminer sa course les mains dégagées. C’est lorsque ses doigts s’aggripèrent au sommet du rocher qu’elle remarqua une paire de pieds qui se trouvaient là, prêts à descendre ce qu’elle venait de monter, et elle releva la tête en se hissant de ses bras frêles. « Vass ! Hey ! fit avec avec enthousiasme dans sa langue maternelle. Tu me files un coup de main ? » Avec son aide, elle atteignit la plateforme et, en se penchant pour vérifier que rien n’avait été renversé dans son panier, lui demanda avec surprise : « J’croyais qu’on avait dit un peu plus vers la mer ? Enfin, ça fait rien ! Ça m’arrange que tu sois là, c’était pas facile à monter, ces pierres ! » Elle reprit son panier et posa les mains sur les hanches, toute sourire, avant de remarquer l’expression de Vassili.

Regard perplexe et désolé, sacoche à l’épaule, il n’avait pas l’air de quelqu’un qui arrivait, mais plutôt de quelqu’un qui partait. Alors Anya comprit. « Tu… tu t’en vas ? » Elle tenta, probablement vainement, de chasser la peine qui teintait son regard, et se mordit la lèvre en soupirant doucement. Ce n’était pas surprenant ; Atlantis n’était pas bien grande. Il suffisait d’une seule personne pour que tous soit au courant ; Vassili avait probablement entendu parlé de sa situation particulière et, pour éviter le malaise de la regarder en face, avait tenté de fuir le rendez-vous. Elle comprenait. Elle avait l’habitude. « Je vois… j’aurais dû me douter que tu finirais par l’apprendre. Tout finit bien par se savoir, n’est-ce pas ? » Elle détourna le regard et le posa sur la mer, perdue dans ses pensées troubles. « J’aurais quand même voulu te le dire moi-même. C’pas tous les jours qu’on découvre que son amie d’enfance est Cracmole, hein, alors je voulais faire ça bien… » Et elle le regarda à nouveau, en plongeant ses yeux dans les siens. Si elle haussait les épaules d’un air indifférent, ses prunelles, elles, ne mentaient pas ; à travers elles, on pouvait lire la déception de ce rendez-vous qui tombait à l’eau, la douleur d’un rejet qu’elle ne croyait pas vivre aujourd’hui.

« Tant pis, j’imagine. »
code by bat'phanie


the night is dark and full of terrors
The day is bright and beautiful and full of hope. There is ice and there is fire. Hate and love. Bitter and sweet. Male and female. Pain and pleasure. Winter and summer. Evil and good. Death and life. Everywhere, opposites. ▬ Everywhere, the war.
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MessageSujet: Re: Où l'on entend le cri des loups - ft Tatiana Voronkova   Où l'on entend le cri des loups - ft Tatiana Voronkova EmptySam 20 Avr - 14:43

Une bourrasque. Chargée des parfums de l’océan et de la terre mêlés. Et elle était là. Tatiana. Ses cheveux au vent, souriante, insouciante.  Essoufflée, peut-être, un peu. Ses pommettes réajustées d’écarlate.

« Vass ! Hey ! »

Le cracmol restait là. Interdit.

La mer était là, immense, face à lui. L’horizon paraissait prêt à l’engloutir.

Et au milieu, il y avait ce visage qui surgissait de nulle part, qui surgissait du chemin douanier, de cette piste sinueuse dévorée par les immenses blocs de pierre. Juste en face de lui, tout juste en contrebas. Il ne la reconnaissait qu’à peine.

C’était sa voix, qui l’avait touché. Comme un trait. Cet accent. Les mélodies de la langue russe. A peine écorchées par l’habitude du parler anglais. Il retrouvait le chant des intonations de sa terre. La douceur des lettres, bercées par ces inflexions du langage.

L’apostrophe l’avait stoppé net sur son chemin. Il regardait sans trop la voir la jeune femme. Incapable de répondre. Elle n’était plus sensée venir. Elle devait le mépriser. Cracher sur lui. Le moquer. Répéter tous les ragots, toutes les insultes, toutes les mauvaises plaisanteries que l’on sort d’habitude sur ceux de son sang. Mais elle se tenait là.

« Tu me files un coup de main ? »

Il ne répondit pas. Il tentait de réfléchir, de se demander ce qu’elle faisait là. Voulait-elle lui lancer le mot à la face ? Cracmol. Lui réserver un mauvais sort. C’était d’usage, parmi les siens. Il le savait. Les chasses. Les rapts. La torture, et les morts. Cette obsession de la pureté, qu’entretenaient les grandes familles, et qui éclatait brusquement, parmi les étudiants de Durmstrang.

Les enfants grandissent, Vassili. Et en grandissant, ils rentrent dans la tradition.

Même la petite Anya ne pouvait déroger à la règle.

Sans rien dire, il se courba, attrapa son poignet pour la tirer à lui. Que pouvait-il faire d’autre ? Il était déjà trop tard. Il n’y avait rien ni personne à quoi se raccrocher, aucun autre échappatoire. Sinon le vide qui se révélait face à lui. L’océan.

Il sentit son corps basculer vers l’arrière, une impulsion brusque, elle était à ses côtés. Un panier glissé sous le bras. Souriante, toujours. Il la regardait avec méfiance.

« J’croyais qu’on avait dit un peu plus vers la mer ? Enfin, ça fait rien ! Ça m’arrange que tu sois là, c’était pas facile à monter, ces pierres ! »

Oui, elle avait elle aussi attrapé cet accent britannique.  Mais elle parlait encore parfaitement la langue, malgré toutes ces années. Elle se tenait face à lui, les mains sur les hanches, comme le défiant. Lui restait indécis. Sa sacoche sur l’épaule, le poids du verre pesant sur son omoplate.

La mer était calme. Son cœur bouillonnait. Il avait peur. Peut-être. Il n’en était pas sûr. Il ne savait pas vraiment en fait. Mais d’un seul coup, il voyait surgir les monstres hideux de son passé, sous les traits de ce visage qui ne l’était pas. La voix de la jeune russe était mélodieuse, elle sonnait pour lui comme une sentence de procureur.

Elle allait sortir sa baguette, triomphale. Le récit était déjà ancré en lui. Répété par tant de personnes, sur le ton de la plaisanterie.

Tiens. Un cracmol a disparu. Paraît-il qu’il ait appris à voler. Ces gens-là ne sont donc pas dépourvus de talents. Et les rires, mesquins, et les verres qui trinquent, heureux de cette bonne plaisanterie qu’il avait entendue tant et tant de fois, sous toutes ses variantes, se contraignant à garder le silence. Une chappe de plomb par-dessus son adolescence.

Cette fois c’était elle qui allait la lui raconter. C’était elle qui le ferait au choix danser de souffrance, chanter de terreur. A moins qu’elle ne lui apprenne à voler.

« Tu… tu t’en vas ? »

Et un soupir.

Comme quelque chose qui se brise.

« Je vois… j’aurais dû me douter que tu finirais par l’apprendre. Tout finit bien par se savoir, n’est-ce pas ? »

Il continuait à garder le silence. Immobile. Les sourcils froncés.  L’étudiant russe se sentait comme en apesanteur.  Le ventre noué, et cette sensation de vide qui l’envahissait. Il lâchait prise, il ne comprenait plus, mais toujours la peur le nouait, et cette appréhension, cette appréhension qui le dévorait. Il fixait la jeune femme. Attendre, encore attendre, le corps au bord du gouffre, prêt à basculer.

« J’aurais quand même voulu te le dire moi-même. C’pas tous les jours qu’on découvre que son amie d’enfance est Cracmole, hein, alors je voulais faire ça bien… »

Tatiana plongea ses yeux dans les siens. Haussa les épaules. Il ne lui répondit rien. Ne fit pas le moindre geste. Froid, distant.

« Tant pis, j’imagine. »

Il se contentait de la regarder.

C’était comme un choc sourd, en lui. Il se sentait propulser hors de lui, hors de son corps, estomaqué par cette onde de choc, par le poids de la nouvelle. Essoufflé sans avoir fait le moindre effort physique. Etranger de lui-même. L’air lui manquait, et il restait là. Une statue de glace. Froide, menaçante. Mais ce n’était pas lui, ce n’était pas lui. Lui, il dégringolait, il ne savait où. Il n’avait plus rien à quoi se rattacher. Ce regard fixé sur lui le transperçait, mais il n’était plus là, déjà. C’était. Il  ne savait comment réagir. Il ne savait si elle se moquait de lui. Mais elle ne pouvait pas mentir. Pas avec ces yeux-là. Pas avec ce soupir.

Il se détourna d’elle, posa sa sacoche sur le sol. Le tintement du verre sur la pierre résonna un bref instant, troublant le chant monotone des vents et des mers.

Il pensait à vide, agissait machinalement.

D’un geste, il sortit la bouteille, les deux verres, de ces verres industriels que l’on trouve dans les cantines. Il se retourna vers Tatiana. Toujours silencieux.

« Cinq lacs », se contenta-t-il de lâcher, d’une voix trop rauque pour paraître intacte. Il lui montrait l’étiquette bleu étincelante, et ses cinq vagues argentées. « Ça suffira ? »

Glissant un verre sous son coude, il ouvrit la bouteille de vodka, remplit un premier verre, qu’il lui tendit. Puis versa le liquide translucide dans le sien.

L’odeur de l’alcool l’assaillit.

« Aux sous-races », marmonna-t-il.

Il but d’un seul trait.

C’étaient les vapeurs d’alcool, sûrement, qui lui piquaient les yeux.
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