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 Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday

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Jonathan RowleJonathan Rowle
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MessageSujet: Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday   Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !  ft. Shawn Faraday EmptyDim 14 Oct - 3:15


Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !

- Jonathan Rowle - Shawn Faraday -


"May God bless and keep you always, may your wishes all come true, may you always do for others, and let others do for you. May you build a ladder to the stars, and climb on every rung, may you stay forever young." Forever Young - Bob Dylan
Le soleil de cette matinée d’Avril se reflétait dans les cailloux blancs des pavés. Quelques joggers me dépassaient, et je pouvais parfois entendre la musique de leurs Ipods alors qu’ils me dépassaient, m’emplissant de notes diverses qui se mélangeaient dans une symphonie discordante. Annie, elle, courait devant moi, enthousiaste à l’idée de cette journée qui allait être, elle le savait, exceptionnelle : je n’en étais pas si sûr.

Les luxueux appartements des Salines se dressaient, droits dans le ciel bleu, indécents dans leur modernité, et je me sentais déjà décalé, alors même que nous n’avions pas encore posé un pied à l’intérieur. Certes, j’avais grandi dans un milieu où l’argent coulait à flot, mais la richesse des Sang-Purs était bien différente de celle qui s’étalait devant moi. Elle était ancienne, impalpable, elle était dans des tableaux et des propriétés millénaires, elle se passait de main en main comme un droit inaliénable. Ici, ça sentait le nouveau riche, la décadence, la démonstration : il fallait montrer qu’on avait réussi.

Et ce n’était pas que je pensais mon collègue prétentieux. Je ne le connaissais pas assez pour penser ainsi, et je n’étais pas du genre à émettre des jugements prompts sur les gens : mais il fallait bien avouer que tout ce que je savais à son propos, ne me donnait pas vraiment envie de le connaître. Il ne faut pas écouter les bruits de couloir, je le sais bien. Merlin, ceux à mon sujet devaient me présenter comme étant un chien de garde du Ministère, un traitre à son sang austère et sévère, qui ne faisait aucune concession dans son travail comme dans sa vie personnelle, et si c’était plus ou moins vrai, je savais qu’ils ne me représentaient aucunement. Et pourtant, les préjugés ont la vie dure. On le dépeignait comme étant un homme sympathique, certes, mais qui n’hésitait pas à critiquer la politique de Kingsley derrière les portes closes, voire même, à dénoncer cette mixité qui était, pour moi, l’une des plus belles réussites de la ville d’Atlantis.

Mais outre le personnage, je n’étais pas particulièrement emballé à l’idée de passer toute une matinée dans l’appartement d’un homme que je connaissais peu, à surveiller des enfants bien trop intelligents pour leur propre bien. J’étais trop vieux pour ça, trop fatigué. Mais j’avais voulu faire plaisir à ma nièce, et maintenant, je m’en mordais les doigts.

Annie m’attendait devant la porte de l’immeuble, en me criant de me dépêcher, et je la rejoignis en grommelant, avant de sonner à l’interphone prévu à cet effet. Lorsque nous montâmes jusqu’à la demeure des Faraday, dans l’ascenseur, je prévins Annie, encore une fois, que nous n’allions pas rester trop longtemps.

« -T’inquiète pas tonton, je sais. Mais tu vas voir, Quin’ est trop cool ! En plus, tu sais qu’il va aller à Poudlard l’année prochaine ? J’aimerai bien être comme lui.

-Tu as encore quelques années à patienter, crevette. Ne sois pas trop pressé de grandir, tu verras, plus tard, tu regretteras ce temps.

Elle haussa les épaules, bien sûr. Il est impensable pour un marmot, qui ne saisit pas l’inexorable passage des années de la même manière que les adultes, de croire qu’un jour, on en viendrait à vouloir retrouver sa condition d’enfant. J’esquissais un petit sourire, passant mes doigts dans ses cheveux blonds qui cascadaient sur ses épaules. Annie, si tu savais.

Finalement, nous finirent par arriver jusqu’à la porte des Faraday, et je frappais à la porte en essayant de masquer le fait que j’aurais voulu être confortablement installé dans mon fauteuil en train de lire un livre, plutôt qu’ici. Lorsque le battant s’ouvrit, je fis de mon mieux pour délivrer un sourire de circonstance.

-Bonjour, Dr Faraday. A moins que vous ne préfériez professeur ? Je vous avoue que je n’ai jamais réellement appris la manière correcte de m’adresser à un membre du corps médical, travaillant également à l’université.

Je tendis la main pour serrer la sienne, formel, comme à mon habitude, mais pour ma défense, il est difficile de tirer un trait sur des années d’éducation stricte de l’étiquette avec ma Sang-Pure de famille et mes innombrables professeurs particuliers. Ma nièce, un peu timide, restait tout contre ma jambe en observant la silhouette imposante de l’homme en face de moi. Lorsque l’ombre d’un jeune garçon se présenta derrière son père, cependant, son visage s’éclaircit.

-Quinlaaaan ! » s’écria-t-elle en se précipitant vers lui, excitée comme une puce.

Elle commença à lui parler, bien trop vite, d’un sujet qui m’échappa instantanément, tant les mots qu’ils employaient m’étaient inconnus (que diable pouvait bien être un Pikachu ?!), et je restais à regarder dans le blanc des yeux mon collègue, un peu mal à l’aise. Je n’étais pas quelqu’un de très sociable – un doux euphémisme, et je ne savais pas vraiment quelles étaient les règle à suivre dans ce genre de situation. Je restais donc là, les bras ballants, attendant que le médicomage ne prenne une initiative.  
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MessageSujet: Re: Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday   Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !  ft. Shawn Faraday EmptyLun 3 Déc - 11:38



The Auror next door
Shawn, Jon, Annie & Quinlan

« Ce qu'on ferait pas pour nos enfants... »
Ça ne faisait pas spécialement plaisir à Shawn d'organiser ce goûter, mais il fallait bien se sociabiliser de temps en temps. Annie était une charmante petite gamine, quoiqu'un peu énervante sur les bords, mais Quinlan l'aimait beaucoup. Shawn n'avait invité son Auror de tuteur que pour les beaux yeux de son fils.

Avec pas mal de mauvaise volonté, Shawn avait préparé son appartement à recevoir leurs invités : il y avait de quoi manger et boire (toujours sans alcool, surtout pour les enfants), et quelques jeux étaient tout prêts à être sortis. Bien sûr, que des jeux sorciers, histoire de préparer son fils à ce qui l'attendait à Poudlard l'année prochaine.

Il s'était également habillé (ça ne se faisait pas de recevoir en étant en peignoir, paraissait-il), optant pour un simple t-shirt col V bleu clair, au-dessus d'un pantalon noir.

Les invités furent à l'heure : Quinlan avait bien du mal à contenir sa joie de recevoir Annie chez lui, et se précipita sur la porte pour l'ouvrir. Shawn le suivit de près, heureusement, et put saluer le professeur Rowle comme il se devait. Le problème, ce fut que la toute première phrase de ce dernier n'était pas des plus simples.

— Bonjour... Je pense que pour aujourd'hui, on peut se contenter de Shawn et Jonathan, non ? Ce n'est pas comme si on était en situation formelle. On peut se tutoyer aussi, si vous voulez.

En vérité, Shawn ne s'était jamais posé la question de savoir s'il était un professeur avant un médicomage, ou l'inverse. Dans le doute, il aurait sûrement préféré Docteur, mais étant chez lui, ça sonnait bizarre. Alors, autant n'aimait-il pas se rapprocher avec les gens avec qui il n'avait aucun atome crochu, autant il allait laisser Jonathan Rowle le tutoyer et l'appeler par son prénom.

De là où ils étaient, les enfants faisaient déjà pas mal de bruit, parlant de jeux et de personnages plus ou moins obscurs pour Shawn. D'un signe de la main, ce dernier invita son collègue professeur à passer dans le salon, où les attendaient les gâteaux.

— Je vais mettre en route la bouilloire : je ramène quel thé ?

Lui avait un faible pour les thés noirs fumés, mais ce n'était pas du goût de tout le monde, malheureusement. Autant demander, histoire de ne pas empirer leur relation déjà fort mal barrée.  
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MessageSujet: Re: Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday   Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !  ft. Shawn Faraday EmptyJeu 13 Déc - 11:06

Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !

- Jonathan Rowle - Shawn Faraday -


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On a tendance à me qualifier à tort et à travers de personne solitaire et renfermée. Je ne serais pas de mauvaise foi au point de dire que c’est totalement faux : après tout, c’est vrai que j’ai un caractère introverti, et que je préfère largement passer une soirée dans un fauteuil avec un bon livre et un thé, plutôt que dans un bar avec des amis, mais ça ne veut pas dire que je suis asocial. La vie m’a appris à me méfier des autres, avant de pouvoir leur faire confiance. Est-ce un effet secondaire de ma formation d’Auror ou de mon enfance auprès de Sang-Purs qui n’avaient de cesse de se planter des poignards dans le dos, je ne sais pas, mais toujours est-il que cette réputation d’homme sévère et froid n’est que la partie visible de l’iceberg. J’aime la compagnie de mes proches, même s’ils sont bien peu nombreux. Et lorsque je me regarde dans la glace, que je vois mon visage cerné et ma peau pâle, je suis terrorisé à l’idée de finir ma vie seul, sans personne avec qui la partager, une fois qu’Annie aura suffisamment grandie pour voler de ses propres ailes.

Mais non seulement je n’ai pas un caractère facile, ce qui fait que, bien souvent, je déplais plus que je n’attire les foules, mais de plus, les traumatismes que j’ai traversé dans ma vie m’ont peu à peu enfermés dans un cercle vicieux dont je n’arrive pas à me sortir. Le serpent qui se mange la queue : j’ai peur de l’autre à cause de ce que j’ai vécu, ce qui entraîne invariablement l’autre à me rejeter, sans essayer de comprendre pourquoi je me comporte ainsi. Peut-être que c’est la raison pour laquelle je me suis tant accrochée à ma nièce. Parce que les enfants ne se dissimulent pas derrière des masques ou des faux semblants, et ne vous jugent pas d’un simple regard. Leurs "pourquoi" peuvent être des plus embarrassants, mais ils restent toujours bienveillants, et c’est le plus important, au final. L’innocence est quelque chose de profondément pur et merveilleux.

Je n’aurai eu donc aucun soucis à recevoir Quinlan chez moi, mais les circonstances ont voulues que je me retrouve à regarder dans le blanc des yeux un collègue que je connais sans connaître, que je côtoie par obligation plus que par appétence, et avec qui je ne ressens aucun atome crochu en particulier. Je souffle intérieurement, désireux de conserver une apparence polie. Cette matinée va être longue, je le sens.

« -Très bien, Shawn, dis-je en essayant de garder une attitude avenante, sans vraiment y parvenir, je le sais bien. Merci pour votre invitation, Annie ne parle que de ça depuis des semaines.

Je ne réponds pas à sa proposition de tutoiement : il est déjà bien rare que j’autorise quelqu’un à m’appeler Jonathan (et j’ose espérer qu’il n’essayera pas de l’abréger), mais je ne veux pas passer pour le grognon de service, alors je laisse passer, pour cette fois. Mon éducation stricte se rappelle à moi, et je ne peux m’empêcher de me retrouver encore plus embêté qu’auparavant de devoir appeler cet homme que je connais si peu par son prénom.

Répondant à son invitation silencieuse, je me glisse à sa suite pour pénétrer dans le luxueux salon : mon appartement tout entier aurait pu rentrer dans la pièce. Je ne me sens pas à ma place, bien qu’ayant grandi dans un manoir ancestral encore plus fastueux que cette résidence si moderne. Tout cela remonte à si longtemps, après tout, et la demeure des Rowle, laissée à l’abandon, est aujourd’hui envahie par la poussière et la végétation, plutôt que par son ancien mobilier d’antiquités précieuses et de cabinets de curiosités hors de prix.

-Oh, ne vous en faites pas pour moi, je me contente de peu : n’importe quelle sorte de thé me conviendra parfaitement. Sans savoir pourquoi, je suis tout à coup extrêmement conscient de mon fort accent gallois, mettons ça sur le compte de l’anxiété glaciale qui parcourt mes veines en ce moment précis, et je m’efforce d’adopter un ton bien plus anglais. Sans sucre, avec un nuage de lait.

Je jette un œil sur ma nièce qui est occupé à refaire le monde avec son camarade. Bien qu’elle soit plus jeune que lui, et que c’est assez évident physiquement parlant, Quinlan dépassant Annie de plusieurs centimètres, la petite fille ne se démonte pas et lui parle en faisant des grands gestes de ses bras, comme une politicienne en plein discours. Je ne peux masquer mon petit sourire affectueux, alors que j’observe Annie. Si seulement elle ne grandissait pas si vite…

Captant mon regard, la blondinette me renvoie une mimique lumineuse et reprend sa discussion avec le jeune garçon, avant de remarquer les gâteaux, disposés sur une table basse. Elle s’en approche avant de demander d’une petite voix timide :

-Tonton, je peux en avoir un ?

-Tu devrais demander à Shawn, crevette, promis, il ne te mangera pas. »

Et difficile de manquer la différence entre le ton que j’emploie lorsque je m’adresse à ma nièce, et celui que j’utilise pour discuter avec le médicomage : après tout, je ferais un terrible comédien, j’en ai conscience. A-t-il remarqué la manière dont je bute sur son prénom ? A quel point cette situation me rend mal à l’aise ? Je ne sais pas, mais je dois essayer de prendre sur moi. Pour Annie.  
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MessageSujet: Re: Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday   Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !  ft. Shawn Faraday EmptyMer 2 Jan - 15:56



The Auror next door
Shawn, Jon, Annie & Quinlan

« Ce qu'on ferait pas pour nos enfants... »
S’il était plus ouvert d’esprit, plus enclin à discuter plutôt qu’à s’enfermer dans des a priori pas forcément fondés, Shawn se rendrait peut-être compte à quel point lui et Jonathan avaient des points communs. Une vie passée à regarder par dessus son épaule, à finir par se méfier de soi-même, à élever un enfant du mieux qu’ils le pouvaient tout en sachant pertinemment qu’ils ne pourraient pas les protéger de tout… Mais voilà, ils étaient deux reflets dans un miroir séparant leurs deux mondes, non-miscibles au possible.

Au moins avaient-ils réussi à faire l’effort d’être polis et de s’aligner plus que deux mots à la fois. Le médicomage tiqua un peu quand Jonathan accepta sa requête et l’appela par son prénom. « Shawn » n’était pas si difficile à prononcer, à moins qu’il ait un problème avec ce genre de familiarités ? C’était possible d’être coincé du derche à ce point-là, vraiment ? Shawn fit comme s’il n’avait pas capté et hocha la tête : au moins son invité n’était pas contrariant. Manquait plus qu’un gars du genre à vouloir un thé blanc fruits rouges tralala pouet pouet. N’importe quel thé ferait apparemment l’affaire, mais Shawn se garda bien de sortir son préféré. Déjà, parce que ça en ferait plus pour lui, et ensuite parce qu’il n’était pas sûr que son Oolong soit du goût de tout le monde. Son choix s’arrêta sur un Earl Grey tout ce qu’il y avait de plus classique et d’ennuyeux, parfait pour ce petit-déjeuner anglais tardif.

Il aurait pu refuser, mais c’était pour son fils qu’il faisait autant d’efforts. Pour les étoiles qu’il avait dans les yeux quand il écoutait Annie, lui qui ne cachait pas son admiration pour elle là où la plupart des garçons de son âge ne se seraient pas gênés pour la rabaisser. Son Queenie le disait souvent, il n’aimait que les gens intelligents, parce qu’il adorait apprendre et qu’il s’ennuyait sinon. Comment ne pas l’encourager, quand bien même cela voulait dire inviter le sheitan chez soi ?

Pour en revenir aux adultes, Shawn avait apporté la théière, les tasses, le sucre et le lait directement sur la table basse du salon : il était pas assez élégant ou subtil pour connaître le ‘nuage’ comme unité de mesure du lait. Mais non il n’était pas de mauvaise foi. Il se contenta de servir le thé quand il fut prêt et de se retenir de faire peur à Annie en lui faisant croire qu’elle ne pouvait pas avoir de gâteaux. À la place il fit un petit sourire qu’il voulait le plus sincère du monde, et lui répondit en riant à moitié :

— Oh sers-toi Annie, ils sont là pour être mangés. Fais comme chez toi… Vraiment, si tu te sens mal à l’aise ici, tu le seras partout.

Avec Nemesis et Locke qui se faisaient la guerre en arrière-plan, Shawn espérait que cet appartement n’avait pas l’air trop mort ou vide. D’ailleurs, il était plus que probable que l’un ou l’autre des compagnons à quatre pattes de Quinlan vienne l’embêter à un moment… Il fallait le voir prendre son chat sur ses genoux, le caresser d’une main ferme et partir d’un rire démoniaque. Trop mignon le petit mage noir en herbe !

Il vint d’ailleurs chipper un gâteau lui aussi, faisait croire à son père (loin d’être dupe) qu’il n’en avait pris qu’un, et repartit ensuite avec Annie pour une grande et importante conversation à propos des lutins.

— Alors, comment se passe les cours ? J’espère que tu as autant de chance que moi avec tes étudiants, j’ai vraiment des perles. Sans ironie, hein, ça m’épate toujours autant.

Mis à part le boulot, ils n’avaient pas vraiment de sujet de conversation disponibles, Shawn en avait bien conscience. Il ne faisait même pas exprès de ne médire personne et surtout pas ses étudiants, comme c’était malheureusement souvent le cas avec les profs : c’était juste comme ça qu’il fonctionnait et il ne réalisait que partiellement que ça pouvait lui permettre de se présenter sous un jour meilleur auprès de son collègue.
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MessageSujet: Re: Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday   Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !  ft. Shawn Faraday EmptyDim 6 Jan - 16:15

Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !

- Jonathan Rowle - Shawn Faraday -


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Sans Annie, probablement que je passerais tout mon temps libre prostré chez moi, sans personne avec qui parler, mes pensées pour le moins déprimantes pour seules compagnes. Si je clamais que ce genre de mode de vie me convenait parfaitement, moi le solitaire, l’érudit au nez toujours plongé dans une quelconque encyclopédie, ce n’était pas tout à fait la vérité, j’en avais parfaitement conscience. Je redoutais le silence d’une maison vide, le froid de l’absence : car tous ces éléments me rappelaient celui que j’avais été et qui n’était plus. Si mon caractère avait toujours été celui d’un introverti, je me souvenais d’un temps bien moins amer où je côtoyais mes collègues, la baguette à la main, avant de sortir avec des amis pour parler de refaire le monde. J’avais l’impression que c’était il y a des siècles. Jonathan Rowle, Auror. Il était peut-être devenu un héros de guerre, mais il avait perdu son titre d’être humain au passage. Cette petite fille était son seul salut : et je devais me le rappeler alors que je devais, pour elle, supporter cette situation pour le moins inconfortable, à mon sens, auprès de cet homme avec qui je n’avais –toujours selon moi- aucun atome crochu.

J’aurai été parfaitement content de rester à boire mon thé, à observer les deux enfants s’amuser d’un coin de l’œil, mais ce n’était visiblement pas dans les plans de Shawn. Il fallait que je fasse un effort. Je n’irais pas jusqu’à sourire, mais au moins pourrais-je ne pas passer pour un rustre de service en l’ignorant, jusqu’à ce qu’il cesse d’essayer de me faire la conversation.

« -Et bien, j’ai moi-même quelques très bons éléments… Mais le métier d’Auror n’est pas facile, et je me demande si la moitié de mes étudiants se rendent réellement compte des sacrifices qu’ils devront faire. Bien sûr, j’essaie de leur apporter toute l’aide dont je suis capable, mais j’ai peur que rien ne puisse réellement les préparer au terrain.

J’étais sincère dans mes propos, ne voyant pas vraiment de raisons de cacher mon inquiétude quant à ces gamins qui étaient sous mon aile, et que je devrais bientôt jeter dans le vide en espérant qu’ils soient capables de voler. Je n’étais pas un professeur né. Je ne savais pas vraiment ce que je faisais, improvisant au fur et à mesure en espérant que je faisais ce qu’il fallait pour que ces jeunes s’épanouissent. Probablement que Shawn était bien meilleur que moi… Et puis, lui, au moins, pouvait utiliser sa baguette magique pour montrer aux futurs médicomages les sortilèges qui leur permettront de sauver des vies.

Un petit silence. Parce qu’en plus, il fallait que je relance la conversation ? Je n’avais vraiment pas signé pour ça. Ce n’était pas mon truc, et en plus, je n’étais vraiment pas doué à ce sujet. Mon cerveau se mit en route, à toute vitesse. Que dire ? La première chose qui me passa par la tête. Et étant donné que le chat de la maisonnée passait près de mes genoux, se frottant à mes jambes en espérant probablement quelques friandises, avant de feuler à mes doigts innocents à la minute où j’essayais de le caresser, il ne fut pas étonnant que j’évoque les animaux de compagnie de Shawn.

-Ah, vous aussi, vous avez un de ceux là ? Annie m’a convaincu de prendre un chat, qu’elle a appelé Calin. Je n’ai jamais connu un animal aussi mal nommé : vous savez, je suis persuadé que la raison pour laquelle il me fixe sans cesse dès que je rentre dans la même pièce que lui, c’est parce qu’il se demande comment faire pour me tuer, faire passer ça pour un accident et être le seul maître de la maison.

Et bien, au final, je n’avais pas totalement perdu mon sens de l’humour, c’était déjà ça à prendre. Si mon accent gallois roulait sous ma langue alors que, miraculeusement, je réussissais à aligner trois mots sans faire preuve de ma légendaire mauvaise humeur, cependant, je sentais bien que mes tentatives étaient fausses, exagérées. Shawn était médecin. Il pourrait sûrement repérer la sueur froide qui coulait le long de mon cou, le tremblement léger, mais constant, dans ma main, cette impossibilité que j’avais de fixer trop longtemps le même point au risque de plonger dans un souvenir trop horrible pour que je ne fasse pas de crise. Et s’il connaissait le psychomage qui me prescrivait mes potions de sommeil et mes anxiolytiques, qu’il se fichait de moi en faisant mine de rien, s’il se gaussait et me trouvait pathétique ? Je fermais les yeux. Je pouvais sentir un vertige arriver, simplement à cause de mes doutes qui paralysaient mon crâne, mais je ne voulais pas montrer ma faiblesse devant le docteur Faraday.
Me levant un peu abruptement, ma chaise raclant contre le sol dans un grand bruit, faisant sursauter Quinlan un peu plus loin, je demandais du ton le plus neutre possible, pour cacher mon émoi :

-Veuillez m’excuser, puis-je utiliser vos toilettes ? »

Et Annie, bien sûr, me regarda avec un petit sourire, comme un encouragement pour me permettre d’aller mieux. Elle savait. Elle savait toujours. Elle était bien trop perspicace, ma nièce, et si j’essayais de cacher ma maladie au mieux, je savais qu’elle n’était pas dupe. Elle méritait mieux que moi, comme tuteur : mais cette vie lui avait tout pris à part son vieil oncle et elle devait bien s’en contenter. Ansi va le monde, je suppose. Injuste, violent, arbitraire. Il décide toujours de prendre sans jamais donner, et il fallait que nous nous maintenions à flot, nous, pauvres hères. Je chancelais, regardant Shawn en essayant de garder mon corps droit. Quelle terrible idée que cette sortie…
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MessageSujet: Re: Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday   Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !  ft. Shawn Faraday EmptyLun 25 Fév - 11:22



The Auror next door
Shawn, Jon, Annie & Quinlan

« Ce qu'on ferait pas pour nos enfants... »
Parler de leurs étudiants était sûrement ce qui s'approchait le plus d'un terrain d'entente entre l'ex flic et le voyou. Shawn ne voulait pas risquer l'incident diplomatique, même si ça le faisait bien chier d'avoir quelqu'un qu'il considérait comme un ennemi juré dans son propre appartement. Mais il n'était pas non plus têtu au point d'entraîner Quinlan dans son sillage : les enfants étaient innocents, et ils s'entendaient trop bien pour que Shawn ait le coeur de se mettre entre eux. C'était comme ça qu'il s'était retrouvé à être dans la même pièce que Jonathan Rowle, et ce de façon volontaire. Paie ton masochisme.

Ça ne faisait pas plaisir à Shawn de l'admettre (d'ailleurs, il ne le faisait pas), mais ils avaient pas mal de points communs. Du moins, leurs étudiants en avaient. Devenir Auror, aussi déshonorant que ça puisse être, demandait sûrement autant de sacrifices que de devenir médicomage. Sauf que bon, les seconds finissaient à réparer les conneries des premiers.

— Je pense que c'est toujours comme ça, et qu'il faut se résigner : on a la mesure de ce qu'il faut donner qu'une fois sur le terrain. La théorie peut préparer mais ça ne remplace clairement pas l'expérience pratique. Et si certains ne supportent pas le terrain, je me dis que c'est pas grave, ça arrive. Mieux vaut s'en rendre compte le plus tôt possible, histoire de pouvoir rebondir.

Ils avaient au moins pour eux la même conscience professionnelle, ce qui n’empêchait pas Shawn de continuer à mépriser tout ce que pouvait représenter Jonathan Rowle. L’ordre et la puissance au service du gouvernement scélérat qui prônait un rapprochement forcé avec les Moldus… Ce n’était pas étonnant que le cursus d’Auror figure sur la plaquette de l’UPA, mais ça n’en était pas moins choquant pour Shawn.

Nemesis se permit alors de les interrompre en venant quémander de l'attention. Il avait tout ce qu'il lui fallait dans sa gamelle, alors qu'est-ce que ça pouvait bien être d'autre ? Il lui arrivait parfois d'être câlin, mais ce n'était pas trop le genre. Parfois, Shawn s'en voulait de l'avoir nommé ainsi, car il portait magnifiquement bien son nom. Apparemment, celui de Jonathan n'était pas beaucoup mieux... Cela força Shawn à esquisser un sourire avant de répliquer :

— Au moins ai-je été assez stupide pour bien choisir son nom, alors ! Il a ses moments, mais généralement, il ne fait rien gratuitement. Hein, petit chenapan !?

Il tendit sa main vers le chat, qui sans feuler, la regarda comme si c'était une vieille crotte un peu molle. Rien de nouveau sous le soleil. Shawn secoua doucement la tête et laissa son regard dériver vers les enfants qui discutaient bruyamment non loin : il ne revint vraiment à lui que quand Jonathan fit grincer la chaise sur le sol. Du coin de l'œil, Shawn vit son fils sursauter, mais ne rien dire pour autant. Dans un réflexe tout médical et oubliant son ressentiment vis-à-vis de lui, Shawn indiqua la direction à prendre à Jonathan, tout en ajoutant :

— Si ça ne va pas, n'hésitez pas. Il y a sûrement quelque chose que je peux faire.

Parce qu'être une incarnation de tout ce qu'on déteste n'est pas une raison valable pour être aidé quand on en a besoin. Même si on finit par le regretter.
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MessageSujet: Re: Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday   Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !  ft. Shawn Faraday EmptySam 9 Mar - 14:58


Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !

- Jonathan Rowle - Shawn Faraday -


"May God bless and keep you always, may your wishes all come true, may you always do for others, and let others do for you. May you build a ladder to the stars, and climb on every rung, may you stay forever young." Forever Young - Bob Dylan
Je lève un sourcil alors que j’écoute le médicomage m’exposer son point de vue sur l’enseignement : s’il y a du vrai dans ses propos, une phrase m’interpelle, et je me demande s’il est de bon ton de le relever. Après tout, il y a des enfants qui jouent à nos côtés, et ce n’est pas le moment d’entrer dans un débat sur les tenants et aboutissements des professions à responsabilités : mais je me dois de dire quelque chose, au moins. Il faut que je me rappelle d’être diplomate, mais je ne peux réprimer bien longtemps mon opinion. J’ai du le faire bien trop de fois, à courber l’échine face à un Bureau à la politique trop souple ou trop sévère selon le politicien à la tête de notre pays, ou bien face à ma famille, plus jeune, lorsqu’elle exposait ses infâmes théories sur un sang qui vaudrait mieux qu’un autre. Aujourd’hui, je pense être suffisamment renseigné sur le sujet et apte à participer à la conversation : j’ai beau être un professeur débutant, j’ai côtoyé des Aurors et des médicomages toute ma vie, Abraham, que j’ai considéré comme l’un de mes amis les plus proches pendant des années, en tête de ligne. Je ne ferai pas de généralités selon mes expériences, mais ses propos me font tiquer, renforçant ce fossé que je sens, impalpable, entre nous.

« -Il est vrai que c’est en faisant face à la réalité qu’on prend conscience de notre place… Mais parfois, cela peut être bien plus grave que ce que vous semblez indiquer. Et cela m’étonne de vous entendre dire ça, Shawn… Vous êtes médicomage. Vos élèves auront des vies entre les mains à la sortie de la salle de classe, et il sera peut-être tragique pour eux de se rendre compte, en plein milieu d’une opération, qu’ils auraient dû choisir une autre voie que celle-ci. Les futurs Aurors ont autant de responsabilités. Protéger et servir… C’est peut-être un concept très américain, mais cela résume bien la vie des futurs diplômés, et une erreur peut autant les détruire eux-mêmes, qu’autrui. »

Je souffle doucement, entre mes dents, pour éviter de montrer de manière trop évidente la portée qu’à la conversation sur mon esprit malade. Il y a une raison pour laquelle j’évite de côtoyer mes semblables : n’importe quelle discussion, même la plus banale, peut tourner à la catastrophe. Je suis une bombe à retardement, quelque part. Si je n’ai pas la prétention de dire que je peux détruire tout ce qui se trouve autour de moi, il est évident que mes pensées peuvent bel et bien m’anéantir de l’intérieur.

Deux professionnels qui devisent de leur quotidien. Rien de plus banal, pourtant, n’est-ce pas ? Et même lorsque j’essaye de dévier la conversation vers un sujet banal au possible, rien ne va plus. J’en veux à mon esprit, et plus je peste intérieurement, plus mon anxiété augmente. Shawn a-t-il remarqué la manière incontrôlée dont ma jambe s’agite, les gouttes de sueur froide qui descendent le long de mon cou pour se réfugier dans le col de ma chemise, mes yeux qui se perdent dans le néant pour mieux se concentrer sur des détails sans importance, afin de m’ancrer dans une réalité qui s’estompe dans les souvenirs ? Peut-être, peut-être pas. Je n’ai aucun moyen de le savoir, et ça m’importe peu, finalement. Tout ce qui compte, c’est mes pensées qui s’agitent à cent à l’heure, alors que je me tue à essayer de masquer la réalité de ma condition. Je ne peux jamais réellement être moi-même. A la maison, je dois veiller sur Annie, au travail, je dois faire bonne figure devant mes étudiants. Ce n’est que durant mes séances auprès de mon psychomage que je peux me révéler : mais la honte de ma maladie m’empêche d’être assez à l’aise pour lâcher prise. C’est mon plus gros problème, selon mon docteur. Ma peur du regard de l’autre. D’être renié par mes semblables, jusqu’à ce que ma nature même d’être humain me soit refusée.

J’écoute la voix de Shawn qui s’ourle d’un ton inquiet, mais je n’entends que de l’écho dans ma tête. Tout se brouille. Tout devient noir, alors que j’essaye de me précipiter le plus rapidement possible vers les toilettes indiquées, pour me passer de l’eau sur le visage et essayer de me calmer. Peine perdue.

Ma dernière pensée, avant de perdre connaissance, est d’essayer de n’écraser aucun animal sous mon poids, et de me faire le plus discret possible, pour ne pas effrayer les enfants. Au moins ais-je la bonne idée de faire une crise de panique dans la demeure d’un médecin : il saura quoi faire.
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MessageSujet: Re: Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday   Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !  ft. Shawn Faraday EmptyMer 13 Mar - 15:47



The Auror next door
Shawn, Jon, Annie & Quinlan

« Ce qu'on ferait pas pour nos enfants... »
Au moins étaient-ils d'accord pour dire qu'ils n'étaient pas d'accord. Jamais toute la théorie ne pourrait préparer au terrain, selon Shawn, mais Jonathan semblait penser qu'il fallait y aller graduellement pour ne pas trop froisser les esprits (et les estomacs) impressionnables. Franchement, le médicomage était étonné qu'un ancien Auror soit aussi précieux avec ses étudiants. Sans vouloir passer pour le dur de service, Shawn savait que son métier pouvait être violent, à la fois avec les patients et les praticiens. Tout son art résidait d'ailleurs dans l'équilibre entre la dureté à avoir pour faire face, et la douceur à monter aux patients pour les rassurer et les suivre au mieux.

Shawn avait de toute façon la flemme de répondre, ce qui tombait à pic car Jonathan n'avait pas franchement l'air d'aller bien. Par acquis de conscience, le médicomage lui demanda s'il avait besoin d'aide, ce que son collègue professeur refusa, tout en se dirigeant vers les toilettes. Inquiet, Shawn s'était déjà levé quand il entendit le bruit lourd de la chute de Jonathan. Malheureusement, les enfants aussi : ils arrivèrent sur place un peu après Shawn, qui était déjà passé en mode full médicomage.

-- Quinlan, retourne dans le salon. Ça lui arrive souvent ?

Il s’était bien sûr tourné vers Annie, espérant quelques informations précieuses pour mieux aider son tuteur. Il avait beau ne pas l’aimer, il n’avait pas envie qu’il crève sur son carrelage. Et puis bon, c’est pas qu’il souhaitait jamais la mort de personne, mais s’il pouvait ne pas être aux premières loges non plus…

Sortant sa baguette d’aubépine, il fit un accio sur un coussin et une couverture, de quoi mettre Jonathan à l’aise en attendant qu’il reprenne ses esprits. La chute ne l’avait pas trop blessé, du moins en apparence : il faudrait faire d’autres vérifications pour s’assurer que tout allait bien. Conjurant un verre d’eau fraîche, Shawn en imbiba une serviette que Quinlan, ce brave petit, lui avait ramené par réflexe. Son père l’en remercia silencieusement, et attendit ensuite que Jonathan revienne à lui tout à fait.

-- Ça va mieux ?

On espérait hein, parce qu’il faudrait bien qu’il parte un jour.
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MessageSujet: Re: Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants ! ft. Shawn Faraday   Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !  ft. Shawn Faraday EmptyMar 19 Mar - 8:09

Ce qu'on ne ferait pas, pour nos enfants !

- Jonathan Rowle - Shawn Faraday -


"May God bless and keep you always, may your wishes all come true, may you always do for others, and let others do for you. May you build a ladder to the stars, and climb on every rung, may you stay forever young." Forever Young - Bob Dylan
Je ne suis plus là, dans le luxueux salon, entouré de Shawn, de Quinlan, d'Annie et d'animaux. Je ne sens plus le sol sous mon corps, l'air autour de moi, la réalité qui se désagrège lentement sous l'influence du temps. Je suis à Poudlard. Premier mai 1998. Une odeur de souffre et de sang flotte dans l'air : et je n'entends que des cris et des explosions, des râles d'agonie et des sortilèges hurlés. C'est chaotique et pourtant, bizarrement ordonné : un camp à gauche, un camp à droite, les blessés au sol, le ciel au dessus de nos têtes. Tout est un peu flou, pourtant, si je regarde un élément avec attention, je peux le détailler de manière extrêmement détaillée, comme si j'avais une loupe en main et que j'en étudiais jusqu'aux molécules qui le constituent. Mon regard s'attarde d'ailleurs sur la main d'un étudiant, allongé sur le sol. Le visage est juvénile, il ne doit pas avoir plus de 14 ans, mais je reste focalisé sur ses doigts, serrés de toutes leurs forces autour de sa baguette. Il s'est battu jusqu'au bout. Aucun enfant ne devrait s'accrocher avec autant d'ardeur à une arme.

Et moi, je vois ces silhouettes vêtues de noir, et je les attaque avec toute la férocité dont je suis capable, pour ce gamin mort par terre comme un cochon dans la fange, pour ses camarades que je vois combattre un peu plus loin, pour les valeurs en lesquelles je crois. Je pue le sang séché et la sueur. Je ne sais pas vraiment si je suis encore humain, à cet instant précis.

Thorfinn est là, tout à coup. Il a son masque de Mangemort dans la main, sa baguette dans l'autre. Il me ressemble, bien qu'il soit plus blond, plus costaud, et un peu plus âgé que moi. Mais ce qui me frappe, c'est qu'il a l'air tout aussi perdu que moi. Je l'aurai cru confiant, déterminé, lui qui a toujours voué une adoration sans borne au Seigneur des Ténèbres, mais en fait, il semble désorienté, comme un enfant sans sa mère : il est totalement vulnérable. Ca ne l’empêche pas de lever la main pour lancer le sort fatidique, la première lettre passe la barrière de ses lèvres, mais je suis plus rapide. C’est un réflexe instinctif, instauré par des années d'entraînement auprès du Bureau. L’éclat vert est immédiat, et il tombe, son visage déformé par un sentiment d’incompréhension. Il n’a pas compris ce qui lui est arrivé.

Je me réveille alors que mon propre cri envahit mes sens. Je sais que, dans la réalité, ma bouche est fermée, je n’émet aucun son, mais dans ma tête, j’ai l’impression de beugler comme un animal blessé, comme un martyr qui appellerait à quelques divinités de le sauver. Mes yeux papillonnent alors que je reprend pied dans la nature de l’univers. Il y a Shawn à mes côtés qui me regarde, Annie, elle aussi, me dévisage de ses grands yeux bleus, tellement immenses sur son visage enfantin. Que s’est-il passé ? Je ne me rappelle de rien que la guerre, que la désolation et l’horreur.

Et puis, les souvenirs de cette matinée me reviennent par vagues. J’ai eu une crise, bien sûr. Je me suis encore ridiculisé, et devant mon collègue, cette fois-ci : le pire, c’est que je ne l’apprécie pas particulièrement. Je lève une main tremblante, pour la passer devant mes yeux et les frotter doucement. Enfin, je souris doucement à Annie, pour la rassurer. Ce n’est pas la prochaine fois qu’elle assiste à un évanouissement de ma part, et ce n’est probablement pas la dernière, mais je sais qu’elle a toujours peur pour moi. Elle a tant perdu, à un si jeune âge : et si j'en venais à la laisser, à mon tour ?

Ma bouche est pâteuse, mais je me force à l’ouvrir pour fournir un semblant d’explication au médicomage, qui a eu la délicatesse de me couvrir d’une couverture, entre autre. Je n’ai pas envie qu’il se fasse de fausses idées à mon égard : il y a suffisamment de rumeurs qui courent déjà sur moi à l’UPA, pour qu’on n'en ajoute de nouvelles. Non pas que je pense Shawn être du genre à raconter des potins, mais on ne sait jamais.

« -Je… ça va, merci, dis-je d’une voix tremblante. Je suis vraiment désolé.

Je me redresse doucement. J’ai pris mon traitement ce matin, j’ai bien dormi la nuit dernière grâce à ma potion de sommeil, ce léger malaise n’est pas alarmant. C’est simplement la réponse de mon corps aux stimulus de stress induits par cette matinée bien inconfortable, il a tendance à presser le bouton d’arrêt lorsque tout va trop vite à son goût. Shawn comprendrait, probablement : mais lui évoquer ma PTSD, c’est parler du pourquoi, et je ne me sens vraiment pas à l’aise à cette idée.

-Je suis suivi par un médecin au centre médical, le Dr Kertekian, peut-être que vous le connaissez ? J’ose espérer qu’il le connaisse au moins de nom, que je n’ai pas à expliquer qu’un juge m’oblige à consulter un psychomage toutes les semaines. Je suis… pris en charge, ce genre d’épisodes m’arrive quelque fois.

Peut-être que ça lui suffira, je l’espère, en tout cas. Je n’ai pas la force nécessaire de m’expliquer, encore et encore. Tout ce qui m’importe, c’est Annie, que sa matinée ne soit pas totalement détruite, encore une fois, par mon état.

-Ca va, ma puce ? je demande à ma nièce en étalant mon sourire sur mon visage, pour bien lui montrer que tout va bien. C’est comme je t’ai expliqué, tu te rappelles ? Tonton est un peu malade et fatigué, mais ça va aller. »

C’est dur, d’être parent. Plus dur que ce que j’aurai imaginé, quand j’ai accepté d’adopter Annie suite au décès de son père, et à l’emprisonnement à Azkaban de sa mère. Il faut que je fasse bonne figure, à chaque instant, devant elle, que je lui montre un bon exemple, et que je la rassure. Même au plus bas. Même quand l’image de la bataille de Poudlard est encore inscrite sur mon iris, et que je n’arrive pas à l’oublier.
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