We were borderline kids with a book of disorders - ft. Lust Whitaker

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Sujet: We were borderline kids with a book of disorders - ft. Lust Whitaker | Sam 11 Aoû - 9:14


We were borderline kids with a book of disorders

- Finn W. Bowman — Lust Whitaker -


"Damn, who knew all the planes we flew, good things we've been through, that I'll be standing right here, talking to you about another path. I know we loved to hit the road and laugh, but something told me that it wouldn't last. Had to switch up look at things different, see the bigger picture, those were the days."
Il y avait des nouvelles inhérentes dans la vie d’un homme, qu’il était d’usage de partager. Un mariage, une naissance, une promotion, un décès : autant d’événements qu’il était de bon ton de communiquer à ses proches. Il n’y avait rien d’officiel, aucun grand livre qui recensait la manière de se comporter en société, et qui obligeait la population à parler avec ceux qui comptaient des choses importantes qui arrivaient dans leur vie, et pourtant, cette tradition persistait, encore et encore, constituant les mœurs de la collectivité dans une histoire tacite. Finn, pourtant, s’exemptait de cette habitude si naturelle, si instinctive. C’était une flamme vive au milieu d’un brasier, une étoile filante qui disparaissait aussi vite qu’elle était apparue, jamais stable, toujours inattendue. Il ne donnait pas de nouvelles. Ne répondait pas aux lettres. Il se créait des rituels qu’il brisait quelques mois plus tard, et n’était certainement pas de ceux auxquels on pouvait faire confiance sur du long-terme, ayant de la mémoire quand ça lui chantait, répondant à ses envies du moment plutôt qu’à une quelconque morale.

Lorsqu’il avait disparu, cela avait été du jour au lendemain, et ça lui ressemblait tellement que ça en faisait mal. Il avait fourré quelques affaires dans un sac de sport, mis la précieuse mallette qui contenait les dossiers de son père et la montagne de gallions qu’il lui avait volé dans une grande poche à part, et avait pris le premier avion qui partait vers une destination paradisiaque. Il avait expérimenté tant de choses lors de son périple. Il avait festoyé, goûté, touché, ressenti. Il avait vécu. Le temps, pourtant, à Atlantis, avait passé, et avec lui l’espérance de certains d’avoir des explications quant à son départ. Non pas qu’ils se pressaient à sa porte, après tout, les amis du jeune homme pouvaient se compter sur les doigts d’une main, et la plupart connaissaient sa nature volage, qui l’emmenait à ne pas donner de nouvelles pendant plusieurs jours. Certains, bien sûr, s’inquiétaient. Il n’avait pas de noms en tête, après tout, il ne pouvait imaginer compter suffisamment pour quelqu’un lorsque lui même se haïssait profondément, mais il y en avait. Peut-être bien que Lust en faisait partie.

Après tout, ils remontaient, ces deux là, des années en arrière. Le jeune Whitaker avait toujours fait parti de sa vie, d’aussi longtemps qu’il se souvienne : vous savez, ces enfants qui sont toujours fourrés ensemble, parce que leurs parents sont amis, qu’ils ont à peu près le même âge, donc on se dit forcément qu’ils vont devenir les meilleurs amis du monde ? Et bien… ça n’avait pas été exactement le cas. Ces deux là étaient si semblables. De vraies têtes de mules, même lorsqu’ils étaient enfants, et lorsqu’on les mettait dans la même pièce, ça faisait des étincelles. Impossible de les tenir, ça partait dans des disputes sans fin, des combats de petits coqs. Il avait fallu que les années passent pour qu’ils deviennent réellement proches, qu’ils se revoient à l’UPA, tous les deux changés par le poids du temps et de leurs expériences de vie respectives. Aujourd’hui, lorsque Finn pensait au concept même de l’amitié, son esprit allait vers Lust. Après tout, bien évidemment qu’il serait proche de quelqu’un avec un nom pareil, c’était évident, quand on connaissait sa nature.

Finn était parti sans rien dire, comme un souffle dans la nuit. Ce n’était pas qu’il n’avait pas pensé à Lust en son absence, c’était que d’envoyer une lettre, simplement pour lui dire qu’il allait bien, pour lui expliquer son départ, pour lui raconter les aventures qu’il vivait à l’autre bout du monde lui semblait bien trop creux. C’était ce que les gens faisaient, et ce n’était pas qu’il se sentait au-delà de la masse, bien au contraire, mais il n’avait pas l’impression d’appartenir, non plus, à la foule des anonymes. Il était Finn Bowman, et il s’était créé ses propres lois.

Cependant, il était revenu. Depuis plusieurs semaines, en réalité, mais il avait fait profil bas, depuis son retour. Après tout, il savait que son cher père n’en resterait pas là. Il avait pris ses précautions et savait qu’il ne courait pas vraiment de risques, mais l’avocat essayerait de le piéger, il en était persuadé, car c’est ce qu’il aurait fait, s’il était dans sa position. Il n’était pas le fils de son père pour rien. Mais maintenant, il sortait de l’ombre. Désormais à la tête de l’Atlantease, avec un objectif en tête, et son statut de rebelle parfaitement affirmé, il n’avait pas peur d’affronter le monde entier, petit roquet dont la mâchoire acérée ne lâchait jamais sa proie. Et il voulait voir Lust, parce que, malgré son attitude désinvolte, il lui avait manqué.

Mais Finn ne faisait jamais dans la banalité. Quelqu’un de plus équilibré lui aurait passé un coup de téléphone, envoyé un hibou, ou lui aurait rendu visite, au moins, en journée. Ce n’était pas son genre. Lui, il ne trouva rien de mieux à faire que de s’infiltrer dans la résidence universitaire où il créchait, sans en avoir l’autorisation bien sûr, et au nez et à la barbe du gardien des lieux, avant d’escalader le mur avec souplesse, pour se rendre à sa fenêtre. Avec un équilibre instable, sa baguette coincée entre ses dents, l’œil pétillant à cause de l’adrénaline, il avait donné quelques coups dans la vitre, assez fort pour pouvoir réveiller l’étudiant, si toutefois il dormait.

La lune était haute dans le ciel. Il était 3 heures du matin. Et Finn Bowman appelait, comme toujours, aux ennuis.  
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Kiss me on the mouth and set me free
Sing me like a choir. I can be the subject of your dreams, your sickening desire. Don't you wanna see a man up close ? A phoenix in the fire. You can coax the cold right out of me, drape me in your warmth. The rapture in the dark puts me at ease, the blind eye of the storm.

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Sujet: Re: We were borderline kids with a book of disorders - ft. Lust Whitaker | Dim 12 Aoû - 8:51

BORDERLINE KIDS
Feat. Finn

Il eut fallu que ce soir, mon cerveau ne s'agite et ne déblaie ces souvenirs consternés ; je me souvenais de ces matins – qui n'étaient guère si lointains – où je me levais, asthénique. Puis me rendormais à moitié toute la journée, dans l'unique objectif monotone d'attendre le soir venu et de dormir à nouveau. Hélas la nuit me réveillait et me tenait éveillé de mille pensées trop volumineuses pour mon cerveau que d'aucuns jugeaient creux : je songeais malgré moi à ces personnes engluées dans leur couardise et qui étaient parties du jour au lendemain sans m'en souffler mot. Cassandra, puis Finn. Jamais remise en question ne fut plus lancinante; l'on croit connaître son entourage, puis on s'aperçoit qu'ils t'expulsent avec l'indifférence avilissante d'un vigile de boîte de nuit. Bienvenue dans ta solitude, Lust Whitaker. Je m'étais néanmoins refusé à sombrer dans les affres d'une dépression qui m'aurait rendu aussi atone qu'un cadavre ou qu'un joueur d'échecs (notez au passage que mon arrogance m'intimait de ne pas me noyer dans la déprime, comme s'il put s'agir d'un exercice accablant de facilité et de self-control), et ainsi mon addiction pour les drogues dures avait été stimulée. Ah, quelle excuse. L'abandon c'est comme le vélo, cela ne s'oublie pas. Et quelques grammes de poudre blanche ne pouvaient prétendre à une convalescence de l'esprit. Contrairement à nombre de mauvaises langues me jugeant comme incapable de réflexion et de logique, j'avais conscience de l'engrenage dans lequel je me plongeais. Et j'aimais cela.

Il existe en vérité deux types de drogues classifiées non par les effets qu'elles procurent et les dangers qu'elles engendrent, mais par le contexte psychologique au moment de leur consommation : il y a ces drogues qui sentent les festivités, les pas de danse et les rires jusqu'au petit jour. Puis il y a celles qui puent la pisse dans les ruelles, les seringues des chiottes crades et les mauvais solvants. J'avais toujours été ouvert d'esprit ; je passais mon temps à déglinguer les cloisons sans me soucier des conséquences.

« Fait chier. » J'avais beau me retourner sans cesse dans mon lit, cela ne m'aidait guère à recouvrer le sommeil. Mon cerveau, cet enfoiré, ne cessait de me poser autant de questions qui m'éloignaient de Morphée : 'Tu penses qu'ils sont partis pour quoi, à ton avis ?' 'Etrangement, aucun signe de vie.' 'Fais gaffe à ton cul, Whitaker. Si ça se trouve, t'es juste un vrai connard populaire mais dans dix ans, tu finiras seul avec quinze boursoufflets domestiques.' Monde injuste. Les mecs populaires sont des connards, et c'est bien pour cela qu'ils sont populaires. Je n'avais rien à me reprocher.

Je me levai d'un geste rude, jetant cette couverture trop lourde et encombrante. De toute évidence, ma mauvaise humeur avait pris le pas sur mes réflexions et ce fut avec l'envie de me détendre que je me dirigeai vers mon placard de 'plaisance'. Nul mentions obscènes en cet endroit (quoiqu'une paire de menottes put bien traîner quelque part derrière deux ou trois flacons), mais des substances qui purent prêter à des nuits d'amusement. Je me roulai sereinement une cigarette de haschich, d'une main trop experte pour convenir d'un réflexe de débutant, puis la portai avec un peu trop de fébrilité à mes lèvres. J'étais un camé, c'était un fait. Et j'avais beau clamer à qui voulait l'entendre que j'étais clean, aucun sourire charismatique ne pouvait dissimuler ces tremblements ni cette perte d'appétit considérables. Mais mes comparses ici étaient agréables – ou hypocrites, qu'importait : ils feignaient de me croire, et cela convenait à tout le monde.

Putain, ce que ça faisait du bien. Je me laissai tomber sur mon lit, volute de fumée salvatrice échappée de mes lèvres. Certains actes désespérés, remplis de convictions, permettent de trouver la quiétude ne serait-ce que quelques heures. Aussi lorsque j'entendis quelques coups frapper à ma fenêtre, je dus faire la part des choses entre ce que mes sens dupés purent me faire croire, et la réalité vomitive. D'autres coups secs achevèrent de me décider ; je me levai enfin et me dirigeai vers la fenêtre.

« Finn Bowman, quel honneur. » Moue de connivence, un peu d'arrogance en bord de lippe, une hargne mauvaise brillant dans l'alcôve de ma pupille. Il ne pouvait m'entendre, mais qu'importait. Toujours est-il qu'il pouvait me voir : j'eus pour lui un geste obscène, doigt d'honneur plein de reproches, avant d'aller reprendre place sur mon lit. Troublé, en dépit de ma posture assurée et de ce visage flegmatique. Tant de pensées se heurtant contre ma boite crânienne en quelques secondes ; je finis par me lever à nouveau et lui ouvrir la fenêtre. « Un revenant. » Un signe de tête polaire, l'invitant à entrer. Je vins m'asseoir sur mon bureau, le fixant comme je dardais le monde ; avec courroux. Pour autant je ne parvenais pas à lui en vouloir, la faute à ce qu'il me miroitait. C'était foutrement con, mais Finn Bowman avait toujours été mon reflet. Pauvre petit gosse de riche, perdu et défoncé. A baiser à outrance, quitte à se refiler des MST. On aurait pu en faire un jeu ; cela nous aurait follement amusés. Pas parce qu'on était cons. Parce que dans le fond, on était suicidaires. Et notre putain de popularité foutait tout en l'air : on avait l'air de mecs hédonistes – pour employer les grands mots. Des connards, certes, mais d'apparence comblés et heureux.

J'eus pour lui un geste fraternel ; je lui tendis mon joint dans un silence bienveillant. Attendant patiemment qu'il ne daigne expulser un mot de sa gorge, n'importe lequel.
©️ FRIMELDA



❝  LUST : overwhelming desire❞
You let me violate you, you let me desecrate you. You let me complicate you, you let me penetrate you. Help me I broke apart my insides, help me I’ve got no soul to sell. Help me the only thing that works for me, help me get away from myself.
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Sujet: Re: We were borderline kids with a book of disorders - ft. Lust Whitaker | Lun 13 Aoû - 15:43
We were borderline kids with a book of disorders

- Finn W. Bowman — Lust Whitaker -


"Damn, who knew all the planes we flew, good things we've been through, that I'll be standing right here, talking to you about another path. I know we loved to hit the road and laugh, but something told me that it wouldn't last. Had to switch up look at things different, see the bigger picture, those were the days."
Il était si simple de prétendre que tout allait bien. De passer sous silence ces cernes, si profondes qu'elles ressemblaient à de trous creusés dans la terre friable d'un cimetière ; ces tremblements dans les mains, qui donnaient des allures de vieillard à des jeunes dans la force de l'âge ; cette maigreur squelettique, qu'on vendait dans les magasines mais qui cachait pourtant une vérité effrayante. Ils fermaient les yeux parce que c'était plus facile. Une entente tacite s’était formée entre eux : on marche sur le fil, mais on ne tombe jamais dans le vide, sinon, on entraînerait l’autre dans notre chute. Et ce n’était pas que l'idée leur aurait forcément déplu, mais ils n’étaient pas encore assez égoïstes pour ne pas croire a la possible rédemption de l'autre, riant à l'idée même du concept de leur propre expiation. Ils ne pouvaient ôter la paille de l’œil de leur voisin, tant qu’ils avaient une poutre dans le leur, mais ils n’avaient pas besoin de voir pour contempler le vide de leur propre vie. Le départ de Finn était amer pour Lust, probablement parce que si l'un d’eux se détruisait totalement, l'autre devrait faire le terrible choix de partir avec lui, ou de tenter de guérir pour ne pas finir dans le même état, l'entre deux serait impossible, la balance pencherait bien trop d’un seul côté. Ils avaient le luxe de se jouer de la mort, pour l’instant, et se délectaient de son odeur putride sans jamais s'y complaire.

Il ria, Finn, lorsque son compagnon de débauche l’insulta silencieusement. Sans partir dans un éclat sonore, il pouffa suffisamment pour qu’il manque de perdre l’équilibre, sentant l’ivresse des hauteurs lui monter à la tête, autant que la liesse de retrouver son ami. Se rétablissant sur ses appuis, il attendit patiemment de son côté de la fenêtre. Il savait qu'il viendrait fatalement lui ouvrir : et même si ce n'était pas le cas, même s'il était trop en colère pour daigner l'inviter dans sa chambre étudiante -et le caractère borné de Lust aurait pu en décider ainsi-, l’héritier Bowman finirait par forcer la serrure d'un Alohomora soufflé, déclenchant vraisemblablement toutes les alarmes magiques du bâtiment et engendrant un bordel monstre. Ce serait Finn tout craché, de toute façon, de finir en garde à vue pour une bêtise pareille.

De voir le visage de son ami, même à travers la vitre à peine éclairée par les rayons de la Lune, lui avait fait un bien fou. Il n'avait pas changé. Ils étaient l'irrévérence, le feu puis la glace, les nuages sombres qui accompagnaient invariablement l’orage, les maîtres d'un monde dont ils ne désiraient que les vices, des gouttes d'eau dans un désert qui ne les comprenait pas mais qui les adorait autant que des déités anciennes. Rien qu’à voir son orgueilleuse silhouette, il se rappelait de tous ces moments où ils avaient refait le monde, une bouteille de Whisky-Pur-Feu entre les mains. Il se souvenait aussi de ces disputes, incessantes, et de ces joutes verbales pour déterminer qui était le plus têtu d’entre les deux, mais même ces moments sommes toutes négatifs, finissaient par avoir des odeurs de douce nostalgie. Que le temps avait passé vite.

Et puis il finit par rentrer. Avec tant de facilité et de panache que s’en était insolent, car, dans toute circonstance, le Bowman excellait et se révélait. Parfois, on pouvait se demander s’il était soumis aux mêmes règles que le commun des mortels. Il s’installa sur le lit défait, sans gêne, et poussa l’affront jusqu’à s’allonger dessus, sans même prendre le temps d’ôter ses chaussures. Au pire, il se prendrait une réflexion venimeuse, et il n’attendait que ça, le perturbateur de service, le casse-pieds, autant prince que bouffon.

« -Un revenant ? Allons bon, Whitaker, à t’entendre comme ça, on pourrait presque croire que je t’ai manqué. Comme c’est touchant.

Il dégoulinait de sarcasme et d’ironie, et c’était tragique, puisque ça cachait une véritable inquiétude. Est-ce qu’il pourrait vraiment manquer à quelqu’un, en réalité ? Est-ce que quelqu’un se poserait véritablement la question, s’il était vivant ou mort, dans un caniveau quelque part, ou dans une orgie non protégée à Cancun ? Est-ce que ses actions laissaient un impact quelconque sur le monde, ou n’était-il qu’un peu de fumée qui se prenait pour un feu de bois ?

Il saisit la cigarette qu’on lui tendait, plus par réflexe que par réelle envie. Il était de bonne humeur, Finn, et presque clean, d’ailleurs. Avec ses voyages s’était ajouté un sevrage plus ou moins aboutis des drogues les plus dures qu’il soumettait, autrefois, quotidiennement à son organisme. S’il sentait encore le manque inhérent à une prise bien trop importante de cocaïne, il n’aurait plus vendu père et mère pour se faire une ligne, là, maintenant, tout de suite. Tant qu’aucune petite poudre blanche ne passait sous son nez, il devrait réussir à se contrôler. Mais il fuma, parce que c’était ce qu’il devait faire, parce qu’il n’allait pas abandonner son compagnon d’infortune, après tout, il l’avait déjà bien trop fait.

-T’as mauvaise mine, finit-il par lâcher. Il disait ça, mais peut-être qu’il le regardait simplement avec des yeux neufs, ceux du rebelle qui avait réussi un pied de nez au destin, et non plus ceux du petit garçon tremblotant à l’idée que son père ne se fâche. Si tu fais pas gaffe, mec, tu vas même plus réussir à tirer ton coup. La vieillesse te rattrape.

Il ne lâcherait jamais cette mauvaise blague. Lust avait un an de plus que lui, et par conséquent, c’était un vieil homme aux os rouillés. Chaque anniversaire l’emmenait un peu plus près de sa tombe. C’était une habitude que Finn avait pris, de le traiter presque comme un grand-père, et cette attitude résumait si bien leur relation qu’il en avait presque un pincement au cœur. C’était leur manière à eux de montrer leur amour, l’importance de ce lien pratiquement fraternel qui les unissait. Une autre taffe, puis il repassa la cigarette à Lust.

-Quoi, me dit pas que t’as pas entendu. T’as pas parlé à ton vieux, récemment ? Mes frasques n’ont pas encore atteint les hautes sphères ? Putain, papa Bowman chie vraiment dans son froc, on dirait. »

Il rigola doucement. C’était impensable de parler de son père ainsi. Il était censé en être terrifié. Il était censé s’aplatir devant son autorité implacable : mais tout ça, c’était du passé. Il avait prit sa vie en main, et comptait bien en profiter.  
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Sujet: Re: We were borderline kids with a book of disorders - ft. Lust Whitaker | Mar 14 Aoû - 14:22

BORDERLINE KIDS
Feat. Finn

Notre amitié pouvait se targuer de reposer sur un dogme inconnu du commun des mortels ; nous avions forgé cette accointance par le truchement de nos vies décousues et de nos souffrances silencieuses. Ce qui put relever du pathos n'en était pas tant cependant ; il nous était incommode – pour ne pas dire insupportable – de nous plaindre des chemins que nous empruntions. Car nos débauches et nos excès, fussent-ils aussi dangereux qu'inconscients, étaient inhérents à ce que nous attendions de la vie ; nous aimions rouler au-delà des limites, briser les règles et les tabous, qu'importait la mort nous attendant au tournant et les déboires amers. Je me demandais parfois ce qui put entraver autant toute amitié naissante à nos débuts : certes nos caractères volcaniques prêtaient à de nombreuses altercations, mais nous nous ressemblions beaucoup. Sans doute, finalement, était-ce là les raisons de nos premières difficultés ; enfants, nous avions toutes les peines à nous construire, et l'idée même de toiser son pendant dans un miroir nous était détestable. En grandissant, nous avions appris à assumer ce que nous fûmes, à en jouir, à injurier quiconque nous en faisait le reproche. Et nous en étions fiers. C'est ainsi que je le laissais s'approprier les lieux, lui qui s'étala de tout son long dans mon lit sans que je n'en pipais mot. Toute autre quidam se serait vu porté mon coup de pied au cul, mais Finn avait cette complaisance singulière de pouvoir calquer sa gestuelle sur la mienne, puisque nous étions ainsi faits. M'asseyant sur le bureau – pour une fois qu'il put servir à quelque chose – je ne pouvais cependant m'empêcher de le toiser avec colère.

Il ironisa, comme il sut si bien le faire, sur l'éventuel manque qu'il avait put susciter en moi. J'avais cette volonté farouche d'en démordre et de lui cracher quelques palabres venimeuses mais un courroux violent investit ma trachée, la serrant avec force. Je n'eus finalement pour réflexe que de prendre le ciel à témoin, roulant un regard dépité vers le plafond. « T’as mauvaise mine.  Si tu fais pas gaffe, mec, tu vas même plus réussir à tirer ton coup. La vieillesse te rattrape.  » Ses facéties tournant autour de ma pseudo vieillesse demeuraient parmi ses préférées. Ah, s'il savait seulement que je m'étais pris d'amour pour une femme de dix ans mon aîné, m'ayant elle aussi dépossédé de sa présence. Sans doute se foutrait-il de moi. Ou bien me darderait-il d'un mutisme partageant mes sentiments, lui qui pouvait me comprendre bien mieux que quiconque. Je me contentais de hausser les épaules et de rétorquer d'une voix trop froide pour se prêter au pardon, mais pas assez polaire pour lui clamer une véritable colère : « Ca me ferait chier, avec tous les petits culs qui se promènent ici. J'ai plus qu'à investir quelques actions dans le Viagra. » Rire sincère de connivence malgré moi. J'avais beau lui en vouloir, cette animosité envers Finn ne perdurait jamais longtemps. Etrangement, cette tolérance inusitée envers une tierce personne ne m'irritait pas.

Le véritable sujet de conversation ne tarda guère à tomber ; Finn s'exclama avec la fraîcheur de l'insouciance. Cela ne prenait qu'à moitié. Car mon regard intrusif ne cessait de l'observer, à la recherche de menus détails ; mimiques, intonations imperceptibles, souffle saccadé. Tirant sur ma cigarette en prenant l'air détaché en dépit de mon inquiétude. Plus encore, je tiquai quant à l'évocation de son géniteur. Je me souvenais de la crainte que soulevait M. Bowman chez son fils, l'autorité malsaine qu'il lui inspirait. Et ce soir, Finn semblait s'en foutre comme de son lointain dépucelage. « Quoi, me dit pas que t’as pas entendu. T’as pas parlé à ton vieux, récemment ? Mes frasques n’ont pas encore atteint les hautes sphères ? Putain, papa Bowman chie vraiment dans son froc, on dirait. » « J'te signale que t'es pas le centre du monde, trou du cul – sobriquet affectueux –.  Y a moi, déjà. » Ce que d'aucuns auraient pu percevoir comme une boutade n'en était pas véritablement une. Tous deux étions suffisamment égoïstes pour stimuler notre nombrilisme sans honte et nous assurer que nos petites personnes passaient les premières. « Je parle pas à mon daron. Tu devrais le savoir pourtant, mais faut croire que cette longue absence t'a fait perdre la mémoire. » Nous y voilà. Le temps des reproches. Récrimination plus sifflante qu'à l'accoutumée. Je me tenais à distance de toute conversation convenue avec mon père ; de toute évidence, nous n'arrivions pas à communiquer et je ne m'en portais pas plus mal. « Alors dis-moi, qu'est-ce que t'as foutu comme connerie ? T'es devenu un mastodonte de l'industrie porno ? T'as monté une planque de came au Mexique ? » Interpellation amusée qui alluma sitôt une idée dans mon esprit de toxicomane accompli. J'arquai les sourcils avant d'enchérir d'un ton très sérieux : « Si j'avais su que tu passais, j'aurais au moins chassé le dragon. » Termes de camé en manque d'héroïne à fumer. Nous en connaissions le vocable, car nous étions deux connards perdus.
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Sujet: Re: We were borderline kids with a book of disorders - ft. Lust Whitaker | Hier à 11:36

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C’était un tableau si habituel qu’il aurait pu être peint des années en arrière, et il aurait été identique, ou presque. Finn et Lust, dans une petite pièce enfumée par des émanations de drogues plus ou moins redoutables, plus ou moins mortelles, qui parlaient de choses apparemment sans importance. Car c’était bien ça, n’est-ce pas ? Ils se fourvoyaient par les non-dits et l’à peu près, sachant tout de la vie de l’autre, à part les choses d’importance, finissant par croire ces masques soigneusement sculptés qu’ils avaient revêtis, l’un comme l’autre, sur leurs visages d’adonis. Car Lust était son frère, sans l’être, car il savait qu’il portait sans cesse une montre sur son poignet gauche, mais ne s’était jamais posé la question de ce qu’elle cachait de si terrible, car ils se défonçaient et s’enfonçaient dans une débauche sans fin, attirant chacun le pire dans l’autre comme des phénix qui renaissaient sans cesse de leurs cendres.

Seules les plaisanteries ne sonnaient pas entièrement fausses. Après tout, ils étaient l’ironie et le sarcasme incarnés, donc ils se complaisaient dans la sécurité qu’apportait la dérision. Ils ne pouvaient être tenus responsables de ce que l’humour dévoilait comme vérité fâcheuse ou comme interprétations douteuses, et donc, ils redoublaient dans les gausseries et la malice. Insouciants diablotins se piquant avec leurs propres fourches.

« -Mec, je te le dis, un jour, on doit l’essayer, ce sort agrandisseur de pénis. Tu te rappelles ? Benny Clarckson, dans ta promo, n’arrêtait pas de se vanter qu’il avait gagné 10cm, comme ça, et ça avait fait le tour de la salle commune pendant des mois. Non pas que j’en ai particulièrement besoin, mais bon, c’est sûr qu’à ton âge, il faut penser à toutes les solutions possibles.

Un sourire goguenard. C’était comme ça que ça marchait, entre eux : comme ça que ça marcherait toujours. Ils faisaient les quatre cent coups, s’appelaient par des surnoms douteux, ne se voyaient pas pendant des mois et se retrouvaient dans des allées sales pour se camer avec les étoiles pour seuls témoins. Est-ce que cela viendrait à changer, avec l’émancipation de l’héritier Bowman ? Il espérait que non. S’il y avait bien une chose que Finn ne regrettait pas, dans sa vie qu’il avait toujours subit plus que réellement vécu, c’était sa rencontre avec Lust et ce qu’ils partageaient. Parfaits miroirs l’un de l’autre, mais le reflet avait commencé à bouger, et c’était terrifiant.

-Ah bon ? Ça y est, t’es devenu joueur de Quidditch pro quand j’avais le dos tourné, ou bien t’es toujours à sécher tes larmes de pas avoir été choisi par O’Connor ?

C’était aussi cruel que vrai, il le savait bien. Pourtant, il n’y avait rien d’autre qu’une profonde affection dans ses mots, car il savait à quel point Lust avait pu être touché par ce rejet : ne valait-il pas mieux en rire, après tout ? Et puis, de l’eau avait passé sous les ponts ; et puis, il lui avait tendu une perche, et bon sang, il ne serait plus vraiment lui-même s’il ne la saisissait pas. Lust ne sauterait-il pas sur l’occasion de le traiter de premier de la classe et bien pire, s’ils venaient à en parler du cursus de droit magique ? Sachant pertinemment que Finn ne travaillait autant, ne faisait autant d’effort que par la crainte presque maladive du courroux paternel ? Bien sûr qu’il le ferait. Et Finn rirait, autant qu’il pleurerait intérieurement, et tout se mêlerait dans un flou plus ou moins artistique, plus ou moins poétique. Ils ne savaient pas comment appréhender leurs propres sentiments, alors ils faisaient mine de les oublier, d’un gigantesque éclat de rire.

Mais tout avait changé. Et Lust se devait d’être au courant.

-Rien de tout ça, ou alors… Tu me diras, c’est ce que j’ai pu faire il y a trois nuits de ça, j’ai du mal à remettre ce que j’ai bien pu foutre. Un autre rire. Puis un changement de ton. Non, mon cher Luþðvík, dit-il avec un accent anglais à couper au couteau, sachant pertinemment que jamais il n’arriverait à prononcer correctement le patronyme de son ami. Rien de tout ça, bien que ça serait épique. Je… J’ai réussi, vieux. J’ai enfin posé mes couilles sur la table et j’ai défié mon cher père.

Il reprit la cigarette d’un Accio informulé, tant pis si Lust était en train de tirer dessus. Il avait besoin de ça, pour poser des mots sur ce qu’il avait fait. C’était rendre réel son acte de rébellion, même s’il s’était déroulé des mois de cela, maintenant. Ses intonations se firent monocordes, faisant mine de ne pas y prêter d’importance, alors que Lust serait probablement la seule et unique personne à qui il dirait l’entière vérité. Les pouvoirs en action étaient bien trop grands pour en parler à n’importe qui, et Finn se devait d’être vigilant, sinon, il en paierait le prix fort.

-J’ai craqué, mec. C’était soit ça, soit je me foutais en l’air, et pour de bon. J’ai piqué à mon père une mallette entière de blé, et surtout, ses dossiers les plus confidentiels sur tous ses clients. Tu sais, les anciens Mangemorts, les membres du Sacre… Que des gens sympathiques, qui seraient pas vraiment jouasses si leurs petits secrets tombaient entre de mauvaises mains.

Il pouvait sentir ses membres se mettre à trembler, comme si l’adrénaline du moment ressurgissait à travers son corps. Cela avait été une impulsion, de celles qu’il n’aurait jamais pensé être capable de faire. Et il avait encore du mal à le croire lui-même. Celui qui était maintenant un ancien étudiant en droit cala ses mains derrière sa tête, toujours alangui contre l’oreiller de son ami, pour en cacher les frémissements. Il fallait parler, mais jamais montrer de faiblesses.

-Je me suis barré, ensuite, parce que tu te doutes bien que j’allais pas rester là pour me faire buter dès que Père aurait découvert l’affaire. Je suis allé un peu partout… Les States, le Japon, la Thaïlande… D’ailleurs, je tiens à t’annoncer que c’est vrai ce qu’on dit : là-bas, les jolies femmes cachent bien souvent des secrets plutôt appétissants. Il s’arrêta pour rigoler de ses propres paroles, sachant pertinemment que le côté totalement hétérosexuel de son ami se révolterait face à ses propos pour le moins lubriques. Enfin bref, j’ai confié les dossiers à une personne de confiance, et j’ai prévenu mon père. S’il m’arrive un truc, tout part dans la presse. Il me laisse tranquille, je le laisse tranquille, c’est le deal. Il doit bouillir de rage, le vieux salaud.

Il se redressa sur ses deux pieds, se levant d’un seul coup du lit sur lequel il était avachi. Ses yeux, pour la première fois depuis bien longtemps, luisaient d’un éclat de triomphe. Car il avait joué ses cartes, et il avait gagné en utilisant un as planqué dans sa manche depuis bien trop longtemps.

-Du coup j’ai plaqué l’UPA. J’ai racheté l’Atlantease, vieux. T’as l’entrée gratuite à vie et boissons à volonté, offertes par le patron. »

Il n’en dit pas plus, attendant de voir la réaction de Lust, s’il l’applaudirait ou le traiterait de fou. Peut-être les deux à la fois, en fait.  
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Kiss me on the mouth and set me free
Sing me like a choir. I can be the subject of your dreams, your sickening desire. Don't you wanna see a man up close ? A phoenix in the fire. You can coax the cold right out of me, drape me in your warmth. The rapture in the dark puts me at ease, the blind eye of the storm.

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We were borderline kids with a book of disorders - ft. Lust Whitaker
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