Wizards are just overrated | Kathleen Kearney

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Sujet: Wizards are just overrated | Kathleen Kearney | Ven 13 Juil - 9:39
Les photographies du Breakfast Chronicles dansaient, voltigeaient sous ses yeux. Elles le narguaient, elles tournoyaient en une sarabande narquoise, juste sous son nez, valse répétée d’images noires et blanches qui tournaient en boucle comme un disque rayé. Les visages étaient creusés, comme las, écrasés par les flashs des photographes, tirés par la fatigue. Et pourtant, il semblait y avoir en eux cette flamme triomphante de la haine persistante, de cette croyance invétérée en une victoire toujours possible, cette certitude absolue que, peu importe leur sort, ils vaincraient. Ils avaient raison, après tout, et leurs yeux fous le regardaient en lui disant : on aura ta peau, sale vermine, on aura ta peau. Ceux de ton genre seront traqués. Ceux de ton genre seront débusqués comme de vulgaires proies, et puis…

Il avait jeté ses notes en travers du journal. Son écriture brouillonne jetait comme un voile pudique sur ces caractères noirs, alignés méthodiquement, rangés en colonnes, barrés de titres et d’intertitres, et de l’italique des légendes. Le désordre de ses cours transcrits à la hâte, raturés régulièrement, rarement mis en forme, tranchait avec l’ordre qui régnait dans les pages du Breakfast Chronicles. Les petits carreaux de ses feuilles blanches juraient sur les pages parcheminées de la gazette, et leurs angles acérés coupaient, tranchaient la une du journal en lignes sécantes, masquant l’essentiel de ces éditoriaux et papiers de tête. Mais il avait suffi d’un geste maladroit, un simple mouvement pour attraper son gobelet de café immonde, pour ajouter une annotation, pour se passer la main dans les cheveux, et son coude, râpant sur les feuillets épars, les avait de nouveau dispersés pour dévoiler cette galerie de visages sinistres, moqueurs, de gueules hurlantes qui lui balançaient leur haine à la face.

Pourquoi donc avait-il eu l’idée d’acheter l’infâme torchon ? Il savait bien que cette presse jaune se faisait l’apôtre d’une mixité contre-nature, l’avocat de la consanguinité entre sorciers et moldus. Bonne conscience des âmes trop bien élevées pour s’abaisser à reconnaître les conséquences de leur bien-pensance. Ils ne voyaient ni les insultes, ni le mépris, ni la haine, ni le racisme toujours plus fort et prégnant qui séparait les communautés comme un gouffre sombre. Ils ne voyaient ni les menaces, ni les agressions. Des crachats. Des coups échangés. Des baguettes tirées. Et parfois, même… Une déflagration. Le sang qui coule. Le sang de moldus, bien trop souvent. Mais pour les Breakfast Chronicles et leur monde enchanté, ce n’était rien là que des… dérapages. Des incivilités, propres à certains éléments réactionnaires. Radicalisés.
Le mot s’étalait en une. Mangemorts. Leurs portraits s’affichaient sur cette première page, sombre galerie de gueules narquoises, menaçantes, hurlantes. On les voyait, entraînés à Azkaban, jetant leur haine à la face du monde. Vassili ne pouvait pas s’empêcher de regarder en leur direction et eux… Eux non plus, ne le lâchaient pas des yeux. Comme si à travers les années, comme si à travers le papier ils le voyaient, lui, le cracmol, lui l’anormalité, le déchet de leur sang sorcier, et qu’ils lui promettaient de purifier leur communauté de sa présence. C’était cette haine brute, cette haine qui le ciblait lui, qui l’avait saisie au passage. Pourquoi donc s’en était-il emparé ? Dans l’indécence de cette galerie de portraits, il revoyait la haine, le mépris qu’on lui avait renvoyé au visage depuis ses dix ans, depuis ces journées d’été, et cette humiliation de la mise au ban. D’un coup, il tenait tout ça, tout ce passé, toute cette souffrance, dans ses mains, dans un simple journal. Il avait payé, sans trop réfléchir, l’avait fourré dans la poche de sa veste.

L’article était médiocre, décevant. Alors il l’avait jeté en travers de sa table, avec une négligence calculée, comme s’il lui fallait feindre de ne pas accorder plus d’importance que ça au journal. Aucune analyse, aucune enquête, rien. Aucun fil tiré entre le passé et le présent. Aucun lien tissé entre les criminels d’alors, et la haine qu’il sentait monter aujourd’hui au cœur même d’Atlantis, au cœur même de cet absurde temple de la mixité entre sorciers et moldus. Il avait balancé ses manuels par-dessus, avait éparpillé ses notes de cours pour dissimuler ce malaise qu’il sentait poindre en lui, cette frustration. Sous l’indécence de cette galerie de haine affichée en une, il n’y avait que du vide, que de l’histoire révolue, des fantômes, des monstres du passé, avec lesquels on aimait jouer pour se faire peur, mais qui ne restaient rien d’autres que de sombres souvenirs. On en faisait des figures caricaturales, des abominations. On se servait de cette abomination pour vendre du papier, vendre quelques exemplaires de plus, extorquer un peu plus d’argent. Avec leur bien-pensance de planqués, les pages jaunies semblait faire la leçon : ne détestez pas les moldus, c’est là affaire de mangemorts. Et à destination des moldus, elle suggérait : les sorciers ne vous détestent pas, seulement une frange qui n’appartient pas à notre communauté, seulement une frange de mangemorts qui n’appartiennent désormais qu’au passé. Comme si toute haine avait bien soigneusement été mise sous verrou à Azkaban.

Journal de merde, ouais.

Ses notes de cours valsaient sous ses yeux. Il lisait, annotait, lisant, glissait la page sur le côté, en saisissait une autre, butait sur sa propre écriture. Mais il n’arrivait pas à se concentrer. Il avait beau s’accrocher désespérément à son manuel, à son dictionnaire juridique, cela lui revenait à la gueule, comme un mal être incessant. Les arrêtés, les jurisprudences, les noms des différentes institutions flottaient dans son esprit. Mais derrière les boucles des lettres se lovaient ces yeux, ces yeux qui hurlaient encore et encore. Il lisait la définition d’un concept, et ne voyait que ces dents jaunies, acérées, déchirées par des mots silencieux qu'il ne pouvait que deviner – mais il n’y arrivait pas et n’entendait que les remarques calmes et posées, méprisantes. Ah. Tu es donc ça. Cracmol. Et les traits tirés, distendus, déchirés par cette mâchoire ouverte qui gueulait semblaient ne jeter que des paroles banales, cette haine ordinaire et froide. Il s’accrochait au titre d’une partie, et voyait ces fronts se fissurer en de multiples rides. Il dévalait une transition, et les nez des prisonniers se froissaient, se plissaient, se tordaient dans cette folie sauvage. Des monstres, des monstres qui le hantaient au-delà des affrontements de doctrines, au-delà des sources du droit. Il pouvait lire les numéros des arrêtés, ils se muaient pour devenir des numéros de condamnés. Et toujours, toujours ces gueules qui ne le lâchaient pas du regard.

La frustration le bouffait, insatiable. Elle précipitait ses gestes, le rendait plus nerveux, lui faisait tourner les pages sèchement, sans qu’il ne parvienne à la faire éclater, sans qu’il ne parvienne à s’en débarrasser. Elle montait, toujours plus, insatisfaction tenace qu’il ne parvenait pas à expliquer, comme une angoisse sourde, mais bien plus diffuse, bien plus désagréable. Il n’y avait pas toute cette violence qui vous matraquait le corps, non, seulement ce je ne sais quoi insaisissable. Qui se lovait dans votre ventre, s’écoulait le long de vos bras, au creux de votre gorge, colère et tristesse mêlées et inexplicables. Il sentait ses tripes se nouer, ses veines pulser au creux de ses paumes, alors qu’il tournait frénétiquement les pages, griffonnait à la hâte, comme s’il manquait de temps, comme si, en précipitant son écriture, il fuyait il ne savait quoi.
Plus il tentait de s’enfoncer dans ses notes, plus il tentait de fuir dans ses livres de droit, et plus son regard chavirait, invariablement, sur la sombre galerie, sur les photos animées des prisonniers d’Azkaban, sur les gueules des mangemorts.

Dans ses doigts, son stylo semblait brusquement peser. Il avait l’impression de mal le tenir, d’être dans la mauvaise posture, ne savait plus comment écrire correctement, comme si le moindre de ses gestes, pataud, flottait dans un vide cotonneux. Autour de lui, les rayons semblaient à la fois trop grands et trop éloignés, les chuchotements des étudiants devenaient brusquement trop bruyants, bourdonnement incessant qui l’irritait toujours plus. Sa frustration fouettait son esprit, éveillait une colère diffuse sans qu’elle ne trouve d’objet sur lequel se poser. Prise de note. Regard de biais. Cette face sombre qui lui hurle en silence. Lecture d’un paragraphe. Regard de biais. Toujours cette haine. Paragraphe suivant. Note de bas de page. Il ne voit même pas le nom de ce mangemort. Seulement ses yeux. Tourner une page. L’index qui glisse sur une ligne. Son regard qui glisse sur un autre portrait. Il se perdait, il se perdait dans il ne savait quoi, pris entre les termes juridiques et ces gueules-là.

Il voulait tourner une page nouvelle page sans même finir celle qu’il lisait. Dans son impatience brusque, son coude heurta le dictionnaire de droit. Le volume dégringola sur le sol, en un choc sourd, imposant, brisant le fin bourdonnement des conversations à mi-voix. D’un regard circulaire chargé d’une haine égarée, le cracmol balaya la salle d’étude. Il sentait venir les remarques narquoises, les apostrophes sèches et désagréables des autres étudiants. Il les voyait déjà se tourner vers lui, méprisants, lui intimant la discrétion, se moquant de lui. Mais il ne rencontra que les yeux d’une étudiante en deuxième année de droit.
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