Qu'il est honteux d'être humain ft. Jude Whitmore

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Sujet: Qu'il est honteux d'être humain ft. Jude Whitmore | Jeu 31 Mai - 3:16

Qu'il est honteux d'être humain
Sebasmore ♥
Cela avait été étonnement facile à organiser. Sebastian aurait pourtant cru qu’un soir de Noël, les gens avaient mieux à faire que de l’écouter parler : l’envergure et l’attrait de sa célébrité le dépassait parfois un peu. Bien sûr que les journalistes répondraient à son appel. Non pas qu’ils ne préféreraient pas passer les fêtes en famille, mais, les différentes rédactions, qu’elles soient télévisuelles ou traditionnelles, ne les aurait jamais pardonné s’ils laissaient passer un scoop concernant Sebastian O’Connor. Il les avait appelé en personne, sans passer par son publiciste, se tenant à son serment de les laisser tranquille lors de leurs vacances : et ce simple fait avait intrigué les reporters des journaux à potins, les avait rendu fou de curiosité. Non, je ne dirai rien au téléphone, avait-il simplement ajouté. Je tiendrai une conférence de presse dans 2h, à vous de décider si vous voulez en être ou pas. Peut-être que c’était l’urgence dans sa voix, également, qui avait affolé la foule des gratteurs de papier. Il ne savait pas. Toujours était-il qu’alors que des dizaines de journalistes le regardait, des caméras braquées sur lui, des micros au dessus de sa tête qui se battaient pour savoir qui aurait la meilleure position, lui… Il avait les mains moites. Il était terrorisé, et il était seul. L’irlandais savait pertinemment que s’il avait envoyé un hibou à Ollie, elle serait venue, mais il ne voulait pas la déranger lorsqu’elle se trouvait en famille, et puis, chaque action qu’il entreprenait qui n’avait pas de rapport avec son plan, c’était risquer de faire demi-tour. De perdre toute sa réserve, et de retourner dans son trou de lâcheté et d’auto-mépris.

Il n’avait pas préparé de discours. Ce qu’il s’apprêtait à dire, il l’avait répété pendant des années, inconsciemment, intérieurement, dans les petits moments de son quotidien. Avant qu’il ne s’endorme. Pendant qu’il prenait sa douche. Lorsqu’il faisait son jogging. Ces mots l’avaient hantés, et il avait encore un peu de mal à réaliser qu’il allait enfin les prononcer. Mais surtout, il espérerait qu’une certaine personne les entendrait. Et si son hibou se perdait ? Si sa phrase, griffonnée sur un morceau de parchemin, ne parvenait jamais jusqu’à Jude, et qu’il ne comprenait pas qu’enfin, ils allaient pouvoir être ensemble ? Réellement ensemble, comme un couple normal, qui n’a pas sans cesse à surveiller ses moindres faits et gestes, par crainte du qu’en-dira-t-on. Ou pire, et si ce n’était pas suffisant ? Si, malgré le fait que Sebastian prenait enfin ses responsabilités en main, l’écrivain n’acceptait plus jamais de le revoir ? Il avait probablement assez souffert à cause de lui et de ses conneries. Il pourrait trouver bien mieux, quelqu’un avec qui tout serait plus simple et léger, qui n’avait pas besoin d’appeler une conférence de presse à chaque fois qu’ils se disputaient. Ces craintes effaçaient presque celles, plus anciennes, qui accompagnaient fatalement le moment qu’il allait bientôt vivre. Quelle serait la réaction du public, alors qu’il l’avait trompé, durant toutes ces années ? Il n’était pas l’homme qu’il avait prétendu être, et, probablement que cet aveux sonnerait comme une trahison. Et ses coéquipiers ? Accepteraient-ils de continuer de voler, sous la houlette d’un capitaine homosexuel ? Sebastian ne pensait pas qu’ils seraient forcément homophobes à proprement parler, mais… le milieu du sport était si fermé. C’était un environnement rempli de testostérone et de sueur, tellement que même les femmes les plus fortes avaient parfois du mal à y trouver leur place. Peut-être perdrait-il leur respect, leur confiance. Peut-être que plus rien ne serait jamais comme avant.

Ses peurs étaient là, nichées au fond de son ventre, mais ça ne l’empêcha pas de brandir sa baguette pour la poser contre sa gorge, lançant un Sonorus pour que tous les journalistes présents entendent ce qu’il avait à dire. Car il choisissait Jude, à sa carrière. Il avait pendant longtemps cru que voler, c’était ce qui le rendait le plus heureux au monde, mais il s’était rendu compte, lorsqu’il avait entendu le brun rire, serré contre lui, alors qu’ils fendaient les airs sur un balai, que voler à deux, c’était encore mieux. Il ne pourrait pas se faire virer, pas vraiment. Les entraineurs et les responsables des équipes avaient conscience qu’il était l’un des meilleurs joueurs au monde, et de se priver d’un tel atout pour des histoires pareilles, rimerait avec une perte de palmarès. Il se ferait peut-être pointer du doigt, cracher dessus, il ne savait quoi d’autre. Mais au moins, il pourrait continuer à pratiquer son sport, et il pourrait enfin être lui-même. Le jeu en valait la chandelle. Sebastian s’éclaircit la gorge, et ce son guttural, amplifié par son sortilège, résonna dans la petite pièce, le bureau de son manager, qu’il avait emprunté pour l’occasion. Il était sûr qu’il ne lui en voudrait pas trop.

« -Bonjour à tous. Je suis vraiment désolé de vous avoir dérangé en ce jour de Noël, je suis sûr que vous aviez mieux à faire que de venir m’écouter ici, mais… je pense que vous ne serez pas déçu, dit-il avec une bonne dose d’ironie. Son regard était fixé sur la caméra en face de lui, magnétique, presque animal. Il était splendide, dans sa superbe détresse. Je vais vous dire pourquoi je vous ai convoqué ici aujourd’hui, et je répondrai à vos questions lorsque j’aurai fini, alors, s’il vous plait, ne m’interrompez pas. Une pause. Il rassemblait les dernières bribes de son courage. Le moment était venu. Cela fait maintenant presque 15 ans que je suis joueur de Quidditch, 15 ans que j’ai été confronté avec l’idée que j’étais devenu un personnage public, et que, de ce fait, je devais jongler entre deux vies : ma vie professionnelle, et ma vie personnelle. J’ai vite appris que ces deux existences étaient distinctes, et que, si je voulais protéger l’une, comme l’autre, je devais apprendre à faire semblant. A rentrer dans le moule que la société, que vous, les journalistes, aviez créés pour moi, au risque de tout perdre. Ma carrière, mes supporters, mes sponsors. Et petit à petit, sans que je ne m’en rende vraiment compte, j’ai fini par croire ces mensonges que je racontais devant les caméras. J’ai fini par faire du mal aux gens autour de moi, par devenir une personne que mon moi adolescent aurait haï de toute son âme. Je suis devenu un imposteur. Le silence qui régnait dans la salle était religieux. Les journalistes semblaient perdus, ne sachant pas réellement où il voulait en venir, mais ils écoutaient avec attention, ne voulant pas perdre une bribe de ses paroles. Seul le glissement des plumes à papotes sur le parchemin venait perturber la quiétude de leurs possesseurs. Aujourd’hui, il est temps que je dise la vérité, que j’arrête de me faire passer pour ce que je ne suis pas. Je ne suis pas ce playboy qu’on a décrit dans les journaux. Je ne suis pas sorti avec toutes les joueuses de l’équipe d’Espagne, comme a pu le prétendre Sorcière Hebdo. Je n’ai jamais été en couple avec Ollie Debenham, qui est ma meilleure amie, et qui m’a soutenu comme jamais personne ne l’avait fait auparavant. Il y a une simple et bonne raison à ce que vous me croyiez sur parole, malgré le fait que j’ai déjà démenti ces rumeurs, mais que vous ne m’avez jamais vraiment cru. Je suis homosexuel. Il n’y eut aucune stupeur, aucun cri, aucun tonnerre qui s’abattit sur la scène. Quelques murmures, cependant. Des "je le savais" à des "quel dommage" interloqués. Les plumes à papotes ne s’étaient jamais autant agitées. J’ai toujours été gay, et ce, depuis aussi longtemps que je me souvienne. A mes fans, je tiens à dire que… Vous m’avez toujours connu ainsi, je n’ai pas changé. Alors, j’espère que votre regard sur moi ne changera pas non plus. J’espère que vous me pardonnerez ces mensonges, que vous comprendrez pourquoi j’ai du les faire. Il ferma les yeux quelques secondes. Voilà que la partie la plus difficile arrivait. J’ai aussi un message un peu plus personnel à faire passer. Aujourd’hui, j’ai fais souffrir quelqu’un que j’aimais. Je ne le nommerai pas ici présent, parce que, de révéler notre relation aux yeux du public, doit être une décision que l’on prend à deux. Mais je tiens à lui dire… je tiens à te dire, dit-il en s’adressant directement à Jude, que tu avais raison sur toute la ligne. J’aurai du le faire il y a bien longtemps. Pas pour toi, mais pour moi. Pour toutes ces fois où j’ai choisi d’être seul dans le secret, plutôt que d’être heureux et hors du placard. Tu m’as ouvert les yeux, et je ne te remercierai jamais assez pour ça. Il avait envie de rajouter mille et une choses, mais il se retint. Il en avait assez dit comme ça, et le reste, il voulait lui dire les yeux dans les yeux. Très bien, messieurs dames… vous avez des questions ? »

Et un fracas assourdissant retentit dans la pièce. Tout le monde parlait en même temps, chacun essayait de se faire entendre, et pourtant, Sebastian souriait. Il était libre.



    Les amoureux deviendront diamants
    Plus jamais je n'aurai peur de ces étranges lueurs qui apparaissent quelquefois quand je lui ouvre mon cœur. Quand les soleils s'éteignent entre deux corps amants, c'est le bonheur qui saigne, un lys entre les dents. + buckaroo.

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Sujet: Re: Qu'il est honteux d'être humain ft. Jude Whitmore | Dim 15 Juil - 23:19
Les lumières se fragmentent en éclats colorés sur le cristal de mon verre et sur les glaçons qu'il contient. Ces derniers répandent une auréole dans le liquide ambré, que je fais distraitement tourner. Plissant le nez dans une grimace de mépris tout droit sortie des sombres pensées qui m'habitent et du tyrannique discours intérieur qui me torture, j'avale cul-sec.

- Encore, je marmonne au serveur derrière le bar.

Je doute qu'il ait vraiment compris ce que j'ai dit, mais il a visiblement compris la signification, parce que d'un geste habitué, il verse un doigt de scotch dans mon verre.

Je hais le scotch.

J'avale à nouveau cul-sec.

Un profond sanglot remonte jusqu'à mes lèvres en même temps que le liquide descend, éraflant les parois de ma gorge. Le sanglot se change en nausée alors que j'en refuse l'expression. Mon front tombe sur le bras qui traîne mollement sur le bar, mon autre main tenant toujours le cristal scintillant des lumières de Noël qui décorent l'endroit. Un fond de musique, interprétations cuivrées d'éternels cantiques, se veut agrémenter la pénible soirée des personnes présentes ; visiter les bars et tavernes le soir de Noël, c'est se faire le témoin d'une souffrance humaine qui se noie, qui s'étourdit ou qui déborde.

La mienne se noie. Mes pieds m'ont menés jusqu'ici alors que, pétri de chagrin mais aussi d'incrédulité et de confusion, j'ai refusé de rentrer chez moi, incapable de tolérer ne serait-ce que l'idée de passer le reste de la soirée seul. La dispute avec Sebastian joue et rejoue dans ma tête depuis que j'ai quitté son appartement. La culpabilité m'écrase. J'ai tout gâché. Je suis allé trop loin. Ai-je réellement dit toutes ces choses ? Comment ai-je pu ? Tout est perdu.

Plus les verres s'enchaînent, moins j'arrive à penser clairement. Tant mieux. Les mots se mélangent dans ma tête et la scène se rejoue désormais de manière déformée, décousue. Mon regard vitreux tombe sur celui d'une autre âme en détresse. Un regard franc. La peau du visage de l'homme est si sombre que ses yeux ressortent comme deux billes blanches quasi hypnotiques. Je comprends ses intentions, son invitation. Voilà qui finira de m'étourdir, de me noyer.

Je m'apprête à me lever, maladroitement, pour aller le rejoindre, quand des éclats de voix vers la vitrine attirent mon regard.

- Mais qu'est-ce tu fais là toi, c'est quoi que tu veux hein ? Petite bête ? lance la voix bourrue mais sympathique d'un ivrogne à moitié affalé contre la fenêtre.

Derrière, un petit hibou ébouriffé tape du bec comme un forcené. Comprenant qu'il s'agit sans doute d'un hibou postal, le bonhomme ouvre la porte, laissant entrer une bourrasque neigeuse dans laquelle s'engouffre le petit volatile. J'ai à peine le temps de me désintéresser de la situation pour me tourner vers l'homme et son regard que le hibou lance un hululement sonore et plante fermement ses petites serres dans mon épaule.

- ARGH ! Qu'est-ce que...

Bombant le torse avec la fierté d'une mission enfin accomplie, le hibou, qui semble avoir mis pas mal de temps à me trouver, dresse sa minuscule patte, sur laquelle est attachée une courte missive. Mon coeur explose dans ma poitrine quand je reconnais l'écriture de Sebastian. Plissant les yeux pour parvenir à lire derrière la brume de mon ivresse, une nouvelle mini crise cardiaque me tord la poitrine.

- Excusez-moi, pouvez...

Ma voix n'est qu'un raclement rauque et rocailleux. Je tousse, pour l'éclaircir un peu.

- Excusez-moi, la télé... Pouvez-vous syntoniser une chaîne sportive ou... un canal de nouvelles ? S'il vous plait...

Le serveur termine sa commande, pas plus pressé que ça, alors que le hibou mordille l'un de mes doigts jusqu'à ce que je glisse précautionneusement quelques mornilles dans sa petite bourse, comme on m'a appris à le faire. Cela me prend toute la concentration qu'il me reste, et me permet de ne pas balancer mon verre à la tête du serveur trop lent.

Quand le hibou s'envole, dans un hululement content, je me tourne vers la télé, accrochée au plafond près du bar, qui change de chaîne à chaque fois que le serveur, grimpé sur un banc, tourne le bouton. Sitôt que le visage de Sebastian apparaît, en gros plan, je hurle presque :

- LÀ ! CETTE CHAÎNE !

Le serveur comprend trop tard et la chaîne est déjà passée. Il doit passer par toutes les chaînes à nouveau pour y retourner. Je lève les yeux au ciel et grogne une insulte dans sa direction. Quand la chaîne s'arrête à nouveau sur le visage de Sebastian, je me tend vers son image, rivé à ses lèvres.

"...parce que, de révéler notre relation aux yeux du public, doit être une décision que l’on prend à deux. Mais je tiens à lui dire… je tiens à te dire que tu avais raison sur toute la ligne. J’aurai du le faire il y a bien longtemps. Pas pour toi, mais pour moi. Pour toutes ces fois où j’ai choisi d’être seul dans le secret, plutôt que d’être heureux et hors du placard. Tu m’as ouvert les yeux, et je ne te remercierai jamais assez pour ça. Très bien, messieurs dames… vous avez des questions ?"

Je mets plusieurs bonnes secondes avant de réaliser qu'il s'agit d'une conférence de presse et que ça se déroule en direct. Plusieurs bonnes autres secondes avant de comprendre qu'il s'adresse à moi. Un autre petit moment encore avant de commencer à assimiler le fait que... "plutôt que d'être heureux et hors du placard". Hors du placard. Hors. Du. Placard.

Je frôle la syncope. Ma respiration, plus qu'irrégulière, mélangée à l'alcool qui pulse dans mes veines, m'étourdit ; le sang semble se rendre difficilement à mon cerveau.

Ce n'est pas réel. J'ai dû m'endormir, là, sur le bar, et je suis en train de rêver. Des larmes piquent mes yeux incrédules. Les journalistes enchaînent les questions qui confirment que j'ai bien compris : Sebastian vient de faire son coming out.


J'ai un héros à rejoindre.

Je cours de travers, beaucoup plus lentement que j'aimerais, trop affecté par tout cet alcool que j'ai ingurgité. Je ris à gorge déployée et pleure à moitié, tremblant et fébrile, effrayé, soulagé... bouleversé par ce qui vient de se passer. J'ai aucune idée d'où se tient la conférence de presse, le plan sur le visage de Sebastian était trop serré. Mais il me semble avoir remarqué... Les couleurs... les cases... C'était au stade.

Il devient vite évident que je me rendrai jamais jusque là par mes propres moyens. Toujours hilare, voire hystérique, je m'engouffre dans une cabine téléphonique et laisse tomber des mornilles dans le récipient. Ça marche pas. Je m'y reprends à quatre fois avant de réaliser qu'il faut que j'y mette une pièce de 10 pence. Je connais par coeur le numéro du téléphone des vestiaires et c'est désespérément que j'attends que quelqu'un décroche l'autre bout du fil.


Nos heures sont des rivières
Qui courent en une folle frénésie
L'amour est liquide clair
Et nos deux corps sont amphibies
La terre est un brasier
Mais pour un moment l'oublier
T'es la plus belle saison de ma vie
La plus belle saison de ma vie
Sebastian M. O'Connoravatar
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Sujet: Re: Qu'il est honteux d'être humain ft. Jude Whitmore | Aujourd'hui à 3:52

Qu'il est honteux d'être humain

- Sebastian M. O'Connor — Jude Whitmore -


"For love, for dreams in the night, for days to come when we'd be all right. I can't remember why I did the things I did, I was just a kid." Forgive the children we once were - Delta Rae
Un bruit strident résonnait dans sa tête. Comme une sonnerie désagréable, un insecte qui lui dévorait consciencieusement le cerveau. Et les questions continuaient, par vagues, certaines pertinentes, d’autres non, certaines respectueuses, d’autres franchement intrusives. Sebastian essayait, du mieux qu’il le pouvait, de cacher les tremblements de sa main, la migraine déjà bien installée à l’arrière de son crâne, répondant de son mieux aux journalistes, bredouillant plus qu’il n’aurait aimé. Parce qu’il était fatigué, l’irlandais. Ce soir de Noël était bien trop long, bien trop chargé en émotion, et il se sentait drainé, physiquement, mentalement, et s’il s’était écouté, il aurait juste envoyé bouler tous les reporters présents pour simplement aller se coucher. Mais il ne pouvait pas se le permettre, pas lorsqu’il venait de menacer sa carrière en faisant cette conférence de presse, en disant sa vérité aux yeux du monde entier. Alors il continuait, enchainant banalités après banalités, évitant par d’habiles pirouettes de répondre à des questions trop personnelles, sur ses anciennes relations, sur l’homme à qui il s’était adressé directement à la caméra. Cet homme auquel il essayait de ne pas trop penser.

Est-ce que Jude avait reçu son message ? Est-ce qu’il avait seulement accepté sa supplique, d’allumer n’importe quel poste de télévision ? Il ne savait pas, et ça menaçait de le tuer à petit feu, bien plus que tous ces reporters qui enchainaient les questions stupides, enrobées de commentaires homophobes, plus provoquées par l’ignorance que par la haine. Après tout, la plupart de ceux ayant répondu à l’appel étaient des journalistes sportifs, et ils n’avaient pas l’habitude de couvrir ce genre de sujets. Si Sebastian n’avait pas été si éreinté, probablement qu’il aurait ressenti une colère bien plus forte, quoique toute aussi sourde, mais là, il voulait juste que tout s’arrête. Retrouver son amoureux, savoir s’il était pardonné, et rentrer chez lui.

Le salut ne vint pas en la personne de l’écrivain, cependant. La publiciste du joueur de Quidditch débarqua dans le petit bureau du manager, en tenue de soirée, mais échevelée, comme si elle avait quitté en hâte une fête de haute tenue (et c’était probablement le cas). Elle fendit la foule des journalistes, repoussant les Plumes à Papotte et les quelques audacieux qui auraient osé se mettre sur sa route, avant de tirer gentiment Sebastian vers l’arrière, pour qu’il lui laisse la parole.

« -Il suffit, messieurs dames. Mr O’Connor a répondu a suffisamment de vos questions pour ce soir, mon équipe vous fournira un communiqué dès que possible, et en attendant, je suis là pour prendre le relais.

Elle jeta un petit coup d’œil derrière elle, plantant son regard dans celui de son client, un air vaguement agacé sur le visage. Cela faisait des années qu’elle travaillait pour lui, et elle n’aurait jamais imaginé qu’il lui ferait un coup pareil, un 25 décembre, de surcroit. Elle se fichait comme de sa première chemise, de l’orientation sexuelle de l’irlandais, mais elle aurait aimé être tenu au courant de sa petite annonce à la presse, après tout, c’était son job, de veiller à son image. Elle glissa entre ses dents un petit commentaire, que lui seul put entendre, avant de se retourner vers les reporters, ses lèvres s’étirant dans un sourire médiatique de circonstance.

-On en reparle plus tard, Sebastian. Si tu restes ici plus longtemps, ils vont te manger tout cru. »

Il hocha de la tête, reconnaissant de ce sauvetage express. Ses muscles fourbus le lançaient, et sa tête menaçait d’exploser tant elle lui faisait mal. Après un petit signe de la main, Sebastian O’Connor quitta le bureau, plus fatigué qu’après une Coupe du Monde, mais encore plus fier, aussi. Il l’avait fait. Enfin.

Mais où aller ? Que faire ? Se pointer à l’appartement de Jude, avouer qu’il avait eu tort sur toute la ligne, que lever ce poids de sa poitrine lui avait fait bien plus de bien qu’il n’aurait jamais pu l’imaginer, le supplier de lui pardonner ? Il ne voulait pas mettre la pression à l’écrivain. Il ne voulait pas qu’il croit que son coming-out était un moyen pour lui de le récupérer : il avait simplement pris conscience qu’il ne serait jamais réellement heureux qu’avec Jude, et que Jude ne serait jamais réellement heureux que s’ils pouvaient vivre leur amour aux yeux de tous. Il avait fait ce choix en toute connaissance de cause, en sachant que ça n’effaçait pas ces mois durant lesquels il avait été égoïste, où il avait traité son petit ami comme un petit secret honteux.

Il ne savait pas qu’à quelques centaines de mètres de là, seulement, un téléphone sonnait. Il ne savait pas qu’une femme de ménage curieuse avait décroché, et qu’elle avait eu la surprise de tomber sur un homme complétement saoul qui ne voulait rien d’autre que de parler avec le célèbre Sebastian O’Connor. Il ne savait pas que cette brave dame avait répondu, avec un fort accent pakistanais, qu’il n’était pas là, que le stade était vide, et qu’il devrait essayer de rappeler le lendemain, à partir de 8h, lorsque les dirigeants du stade reprendraient le travail. Il ne savait pas qu’elle avait fini par raccrocher, en désespoir de cause, car elle ne comprenait pas bien l’anglais, et ne savait pas quoi faire pour aider le pauvre Jude Whitmore, à l’autre bout du combiné. Il avait juste conscience de l’air froid qui s’engouffra dans ses poumons, alors qu’il sortit du bureau, dans une petite ruelle de la ville haute. Il inspirait, il expirait. Et puis, il pleura.

Il pleura de soulagement, d’abord. La terre n’avait pas tremblée, aucun éclair ne s’était abattu sur la ville, il avait toujours ses quatre membres bien entiers. Tout allait bien. Cette révélation, qu’il avait porté comme un fardeau depuis toutes ces années, n’aurait plus besoin d’être constamment dans un coin de sa tête, au bord de son cœur. S’il savait que les médias ne seraient pas tendres avec lui, ainsi que certains de ses sponsors et de ses fans, il vivrait enfin la conscience tranquille, et ça lui faisait bien plus de bien que n’importe quel trophée de Quidditch. Il pleura de fatigue, de se dire qu’il devait se trainer jusqu’à son appartement pour prendre une douche chaude, avant de s’engouffrer sous ses draps. Il pleura d’appréhension. Où était Jude ? Le détestait-il à jamais ? Est-ce qu’il était passé à côté de la possibilité de vivre aux côtés de l’homme de sa vie, simplement parce qu’il avait été trop lâche pendant bien trop longtemps ? Qu’allait-il se passer pour lui, pour eux ? Il pleura, mais il ria, aussi. Tout se mélangeait, dans sa tête. Soulagement, fatigue, appréhension. Plus rien ne semblait avoir de sens, mais en même temps, tout avait trop de sens.

Après sa bonne crise de larmes, le blond rabattit la capuche du sweatshirt qu’il avait trouvé dans le bureau de son manager sur sa tête, pour dissimuler quelque peu son apparence, et commença à marcher, évitant volontairement les axes principaux de la ville pour ne pas éveiller les soupçons. Il ne pouvait pas gérer des fans, qu’ils soient en colère ou compréhensifs, en ce moment. Il voulait aller aux Salines, mais ses pas le menèrent dans le Centre-Ville, près de l’appartement de Jude, sans qu’il n’y réfléchisse vraiment. Son corps prenait le relais, et il allait vers là où il se sentait le mieux, là où il se sentait le plus en sécurité, le plus aimé. Il sonna, mais personne ne répondit. Au bout d’un long moment, il ne sut pas combien de temps exactement, un homme se présenta devant le bâtiment, visiblement un voisin de Jude, et Sebastian put se glisser à sa suite.

Arrivé sur le pallier, il frappa à la porte, même s’il savait bien que personne ne lui répondrait. Il ne savait plus vraiment ce qui le faisait avancer, le désespoir, l’amour, un automatisme. Mais là, cette porte fermée sonnait comme un glas, elle semblait lui crier au visage que tout était fini, qu’il était peut-être libre, peut-être hors du placard, mais qu’il était seul. Alors, il s’assit sur le paillasson, s’adossa à la porte. Et ses pleurs le bercèrent assez longtemps pour qu’il s’endorme contre le bois massif.
code by lizzou — img/gifs by TUMBLR — 1366 WORDS.




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