Dies Irae | Ella Kvelgen

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Sujet: Dies Irae | Ella Kvelgen | Jeu 17 Mai - 17:22
Et ça frappait, sans discontinuer, encore et encore. Un coup, sec, violent, un coup qui résonne lorsqu’il s’éclate, un coup qui s’enchaîne avec un autre, puis un autre, et encore un autre. Ils s’écrasaient brutalement, ne mourraient que pour recommencer, avec une hargne renforcée. Encore et encore, encore et encore, encore et encore… Un coup, un autre coup. Prends ça. Et puis un autre coup. Le rythme régulier s’était effacé alors qu’ils tombaient avec toujours plus d’intensité, martellement incessant, frénétique, rendu fou par les bourrasques. Les hurlements ne pouvaient couvrir le bruit. Rien ne le pouvait.

On aurait pu croire qu’à un moment, les vitres de la serre cèderaient. Que sous les assauts répétés, elles se fendraient, se fissureraient, avant d’éclater. Un sinistre craquement, puis ce long cri cristallin, le verre qui éclate, tombe en une cascade translucide, tranchante, dégringole en d’infimes larmes aigues, sublimes dans la pénombre. Mais non. La pluie pouvait bien s’abattre dans toute leur fureur, jamais les vitres ne se craquelleraient. Elles en avaient vu d’autres, de ces bourrasques, de ces assauts des éléments sur l’île de Manadh. Même au cœur des plus impressionnantes tempêtes, leur froid éclat défiait toujours les lourds nuages noirs. Alors les gouttes s’écrasaient, pesantes, avec toute cette férocité redoublée et vaine. Un coup, un autre coup. Et puis un autre coup. Encore et encore, encore et encore.

Foutu temps de merde. Foutue pluie. Dans le ciel, les immenses masses sombres des cumulonimbus fuyaient à toute allure, et pourtant, il semblait toujours en venir d’autres, plus jeunes, plus menaçants encore, gorgés d’eau et de glace. Le vent soufflait en bourrasques assourdissantes, mugissait au-dessus de l’île, balayait tout ce qui se trouvait à la surface, faisait tinter légèrement les vitres de la serre. Mais ce tintement était noyé par le crépitement des gouttes d’eau qui s’abattaient frénétiquement, tambourinement fou des soirées d’hiver. Leurs trainées étaient immédiatement noyées dans l’averse, les chocs sourds se répétaient avec une telle rapidité qu’il était impossible de les distinguer les uns des autres.

Sur toute l’île, ce chaos recouvrait les bruits du quotidien, les conversations, les rires, le glissement du tramway comme le tintement des verres et des couverts. On ne s’entendait guère parler, il fallait hausser la voix pour communiquer ou, maussade, se taire. Toujours ce même claquement irrégulier qui n’en finissait pas, qui n’en finirait jamais, et qui résonnait toujours plus fort. Dans les serres de l’université, l’averse hurlait si fort contre le verre que c’est à peine si l’on avait pu entendre les jurons, les insultes, les cris, les râles, le fracas des coups, des chutes, des établis qui s’effondrent. Et cela tombait, encore et encore…

Vassili regardait les gouttes s’écraser. Avachi sur un divan de la salle de repos, la tête basculée en arrière, les bras étendus de part et d’autre, il paraissait comme crucifié. C’étaient les larmes qu’il ne pouvait pas pleurer, qui dégoulinaient au-dessus de lui, au-dessus de son visage froid. Elles hurlaient les cris qu’il ne pouvait hurler, libéraient cette furie qui ne pouvait sortir de son corps. Le violent crépitement occupait tout son esprit, résonnait sous son crâne, balayait toute pensée, toute réflexion. Rien, rien d’autre que le vide, et que cet incessant martellement.

Il sentait dans sa bouche le goût du sang.

Quelles plantes avait-il écrasé dans sa chute ? Quelles herbes médicinales, quelles fleurs odorantes, quelles essences rares avaient été piétinées ? Il l’ignorait, il s’en moquait un peu, à vrai dire. De toute façon, ce n’était pas là ce qu’on enseignait dans les lycées publics de Saint-Pétersbourg. Oh, certaines de ces espèces devaient être connues des moldus, quand bien même on ne risquait guère de les trouver sur les côtes du golfe de Finlande. Il avait même feuilleté certains ouvrages de botanique sorcière, dans la bibliothèque de ses parents. Mais ceux-ci s’étaient trouvés être ennuyeux au possible. Quel intérêt pouvaient avoir les mauvaises herbes, toute cette verdure-là ? Il laissait cette passion aux herbivores, aux ruminants de tous genres. Lui s’en moquait. Il s’en moquait comme il se moquait de tout e qui l’entourait, des quelques tables renversées, des pots brisés, de cette terre répandue partout sur le sol dallé, du personnel qui viendrait sûrement bientôt fermer le lieu, pour la nuit, de la journée qui l’attendait le lendemain, et de la semaine qui s’ensuivrait, de la prochaine année à venir et de ces longs mois à passer à Atlantis, au cœur de cette froide aberration, à potasser son droit.

Seules comptaient ces gouttes qui s’abattaient par rafale entières au-dessus de lui, assourdissantes.

Dieu, ce qu’il avait mal ! Au moindre mouvement un peu brusque, son dos lui tirait, comme si des griffes d’acier étaient plantées dans sa chair. La douleur remontait le long de sa colonne vertébrale, jusqu’au creux de sa nuque, où elle se faisait plus forte encore. Sa tête bourdonnait, sa mâchoire l’élançait. Le seul coup qu’il avait pris. Mais qui lui laissait toujours ce sale goût, cette brûlure qui ne le lâchait pas, engluée dans sa peau et dans son être. Il l’avait frappé, cette ordure. Il l’avait frappé. Cela lui laissait un goût amer un bouche, une haine, une rancune qui ne le lâchaient pas. Il l’avait frappé. Et lui s’était laissé surprendre, bêtement.

Il passa sa langue sur sa lèvre inférieure, laissa le goût métallique du sang se mêler à cette amertume.

La raclure.

Son corps meurtri gisait comme brisé, inanimé, désarticulé. Il pouvait déjà imaginer les longues traces violacées courir le long de son dos, sous ses côtes, stigmates douloureux de l’affrontement. Elles vireraient au bleu, elles vireraient au jaune, peu importait, elles marqueraient sa peau claire pour les prochaines semaines, et la souffrance resterait, plus encore. Posées en travers du dossier du divan, ses mains pendaient dans le vide, inerte, tristes volatiles crevés. Ses phalanges aussi étaient rougies, comme sous l’effet d’une bise trop glaciale. Mais c’était une toute autre bise qu’elles avaient offert – une bise autrement mordante.


Et soudain, sous le crépitement de l’averse et sous les hurlements des bourrasques, il se mit à rire, d’un rire clair, enfantin, joyeux. Le tambourinement des lourdes gouttes pouvait redoubler, il riait de plus belle, abrité des intempéries, insensible au spectacle de la mer houleuse qui se dessinait derrière lui. On aurait pu le croire devenu fou, bercé dans son délire par les sombres cumulonimbus, mais non, non, il était heureux, tellement heureux, de ce bonheur noir, mauvais, perfide, de ce bonheur teinté de méchanceté, de haine.

Ah, qu’il se sentait vivre ! La moindre pointe de souffrance était une caresse pour lui. Il vivait, il vivait, il existait ! Et ses mains meurtries, et ses phalanges qui l’élançaient le piquaient d’élans d’adrénaline. Il sentait encore les os heurter les os, le choc flasque de la chair, les cris étouffés, sourds, bercés par le tumulte de l’averse. Et ce regard, ce regard ! Même un regard amoureux n’eût pu davantage l’atteindre.

Le goût de son propre sang l’enivrait plus sûrement que n’importe quelle vodka, fut-elle tirée des eaux du Baïkal. Ah, du sang de sorcier, du foutu sang de sorcier ! Du sang de sorcier dans sa bouche, dont il se nourrissait, et qui le mordait, qui le piquait lorsqu’il passait la langue sur sa lèvre ensanglantée. Du sang de sorcier, mêlé, certes… son propre sang, oui, et pourtant il n’était pas sorcier. Par contre – il en était certain – du sang pur avait coulé, aussi, et cela le remplissait de joie.

Ah, la morgue, la morgue de l’aristocratie britannique ! Celle-là même qui voulait donner des leçons de flegme, de discipline, celle-là même qui se sentait supérieure à n’importe qui d’autre. Ils pouvaient tisser leurs arbres généalogiques sur des siècles et des siècles, au fil des générations, pour prouver la pureté de leur sang… Cela ne les empêchait pas de le voir bouillonner de passions vulgaires, bassement humaines…

Allons, toi qui est si fier de ton nom de famille, tu ne t’abaisserais pas à…

Eh, si.

Il avait entendu le mot, ce sale mot, dans la bouche de ce sale type, de ce sale étudiant fier de son sang-pur. Oh, il ne l’avait pas apprécié, ça, non. Ah, on pouvait le mépriser, lui, le cracmol, lui, l’étranger. Et celui-là ne s’en était pas privé. Il avait ignoré les avertissements, franchi les lignes. Il avait moqué l’air sombre du Russe, sa mâchoire grinçante, ses narines dilatées. Et avait encore davantage rit quand le visage du cracmol s’était complètement figé.

Mais c’est que, lorsqu’il se fige, ce visage, il faut fuir, détaler, tout sorcier que tu es. C’est que derrière cette façade froide, une décision a été prise.

Vassili l’avait suivi de loin, avait épié ses pas, discrètement, prudemment, avec toute cette lâcheté retorse de celui qui se dissimule avant de frapper. Il l’avait pisté, comme un charognard, guettant le moment de faiblesse de sa proie, sachant son amphi de l’après-midi pour ne surtout pas le lâcher. Oh, ris, ris ! Fais le paon ! Amuse ta cour ! Vous tous êtes tous identiques, tous semblables, avec votre vanité aveuglante… Il faut donc qu’un être qui vous paraisse inférieur soit traité pire qu’un domovoï, pire qu’un elfe domestique… Seulement, il en est qui peuvent se rebeller, il en est qui peuvent mordre, traîtreusement.

Il s’était faufilé dans la serre à sa suite, lui laissant le temps de l’oublier. Il était resté assis là, se mêlant à ceux qui passaient, à ceux qui s’installaient aux pieds des établis pour bavarder, à simplement attendre. Attendre, hors du regard de sa proie, que l’endroit se vide, en espérant, avec une ardeur sauvage, qu’il reste là seul, isolé, à sa merci.

Il était resté là. Seul. Isolé.

Et comme s’il voulait provoquer sa chance, Vassili avait encore attendu. Encore un peu, encore. *

La pluie, déjà, commençait à battre sur les parois de la serre.

Et puis, finalement, l’autre avait ramassé ses affaires. Il s’était levé, pour quitter la salle de repos, avant qu’elle ne ferme, son sac par-dessus l’épaule. Alors le cracmol s’était levé à son tour, et avait marché à sa rencontre, simplement, sans rien dire.

Dieu, qu’il avait mal, quand même. Son rire s’était mué en une grimace de douleur, alors qu’il cherchait une position plus confortable sur le divan, remuant faiblement la nuque dans l’espoir d’apaiser la souffrance. Mais non, elle restait, aigue, insupportable, et il renonça à la combattre, les yeux mi-clos, toujours étendu sous le plafond de cumulonimbus, sous la verrière qui crépitait toujours, sinistre.

Oh, il n’avait rien fait qu’exiger des excuses. Rien d’autre, eh, il n’y avait pas de quoi fouetter un animagus.

Il l’avait pris au col, certes, il l’avait un peu secoué, plaqué contre la vitre de verre. Il l’avait insulté, un peu. Resserrant son emprise à chaque fois que l’autre voulait répondre. Mélangeant volontiers les insultes en anglais ou en russe. Peu importe de toute façon, le ton était sans équivoque, glacial, violent, méprisant, implacable. Ils étaient si fiers de leur sang, que toute évocation qui portait atteinte à l’honneur de leur famille les faisait dérailler facilement.

Vassili, lui, ne s’était pas limité à parler de consanguinité ou de copulation avec certaines espèces peu valorisantes.

Il avait ri, lorsque l’autre avait sorti sa baguette. Oh, qu’il le tente donc ! Qu’il lui lance donc un sort ! Un étudiant qui s’attaque ainsi à un autre, un sorcier qui utilise de sa magie contre un autre qui… ne la maîtrise pas. Voilà qui pouvait assurément porter à conséquence – et pas uniquement pour la victime du sortilège. Il avait vu cette main tremblante, de rage, de peur ou d’impuissance, il n’aurait su le dire. Oh que non, petite raclure, oh que non, tu ne vas pas tenter cela. Tu ne le sais que trop bien.

Mais la baguette était passée de sa main droite à la gauche. Et c’était le poing droit qui avait atteint Vassili à la mâchoire. Le coup avait brusquement fait taire le Russe. Et fait peser un silence pesant sous le vacarme assourdissant de la pluie.

On peut rapidement rouiller, lorsqu’on perd l’habitude de se battre. On perd de ses réflexes, de sa vivacité. C’est que, comme toute autre activité, c’est l’entraînement mille fois répétés des mêmes gestes qui les fait entrer dans la chair, de telle sorte que ce n’est plus que la chair qui les répète à son tour, sans en rendre le moindre compte au cerveau. Vassili avait, en effet, perdu de sa rapidité. Les faubourgs de Pétersbourg étaient éloignés, et il s’était, jusqu’alors, relativement tenu à carreau.

Mais il est certaines choses que l’on n’oublie pas, de ces choses qui, immédiatement, rabaissent le caquet du moindre sang-pur, bien plus sûrement que le moindre sortilège, peut-être. A commencer par un crochet sous les côtes flottantes, dans l’estomac. Et lorsque le sang-pur en question se courbe sous la douleur, il est de bon ton de lui redresser la tête et les idées d’un coup de genou. C’est, du moins, ce qu’avait fait Vassili, envahi d’une haine glaciale. Et par la suite, il s’était déchaîné sur sa victime, sans la moindre pitié, sans penser un seul instant aux possibles conséquences de sa furie.

Il ne s’était pas arrêté lorsqu’il avait vu le sang couler. Il ne s’était pas arrêté lorsqu’il avait vu l’autre titubé, ne s’était pas arrêté lorsqu’il l’avait vu au sol. La pluie battait violemment les vitres de la serre, ses veines lui battaient violemment aux tempes, et il semblait sourd au moindre cri, à la moindre plainte, pris dans ces tumultueux battements de haine qui l’assourdissaient. D’un seul coup, tout se déchirer autour de lui, et le cracmol prenait sa revanche sur le monde, hurlait tout ce mépris qu’il avait reçu pendant toute sa vie dans une furie sauvage, et muette, se contentant de frapper comme il avait vu d’autres le faire, se contenter de frapper comme on l’avait déjà frappé, là-bas, sur les bords de la Neva.

Il frappait, frappait, frappait, comme les lourdes gouttes de cumulonimbus frappaient le verre, et leurs échos résonnaient de concert. Plus rien ne comptait que ce déferlement, ce déchaînement soudain, terrible. C’était comme un abcès que l’on perçait brutalement, et le pus de cette haine coulait, encore et encore, immonde, puant, et il suintait le long de ces phalanges déjà rougies, dans ces yeux aux pupilles dilatées par l’adrénaline.

Lorsque l’autre s’était retrouvé au sol, il avait voulu passer aux pieds. Le frapper dans le ventre. Encore, encore, encore. Qu’il en chiale. Qu’il en souffre. Mais sa victime tenait toujours sa baguette dans son poing. Et avait répliqué alors que son pied était encore en suspens dans l’air. Le corps du cracmol avait tournoyé, s’était lourdement abattu en travers des tables et des établis, dans un fracas sourd. Sa proie avait détalé, le temps qu’il se relève.

Alors il s’était traîné, boitant, haleté, le regard mauvais, la bouche tordue par un sinistre rictus. Et il s’était avachi en travers de ce divan, dans l’aire de repos, jouissant de cet appétit qui trop longtemps lui avait tordu le ventre, et qui était enfin rassasié – pour un temps, pour une fraction de seconde.

La pluie s’abattait toujours plus violemment, et lui restait là, hoquetant, à attendre que la nuit s’abatte sur lui.

Pour une fois, il se moquait éperdument du monde qui l’entourait. Mais cela, c’est parce qu’il ne connaissait pas encore la Kvelgen qui tenait le lieu.
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Sujet: Re: Dies Irae | Ella Kvelgen | Mer 23 Mai - 4:42
ATCHOUM.

Oui, c’est bien comme ça que j’ai l’intention de débuter. Avec l’écho tonitruant d’un rhume. Remarquez, c’était carrément dans le thème du mois de décembre ; maladie ambassadrice de la saison, atteignant les sinus aussi bien moldus que sorciers. Voilà une belle facette d’égalité. Bien que les germes et courants d’air froids faisaient pas de distinction, c’était pas sûr que la théorie soit retenue. Ou même comprise. J’suis sûre que là, vous comprenez rien et vous vous demandez vraiment pourquoi vous continuez à lire. Eh, moi j’ai forcé personne ! Et puis au fond, vous avez envie de suivre une autre aventure de cette chère Kvelgen. Par contre, lavez-vous les mains et investissez dans des Kleenex. A croire que la firme avait un partenariat avec Dame Nature en personne, hein.

Donc c’est la goutte au nez que la sorcière pénétra dans la serre estampillée numéro 7. Dans un reniflement tout sauf gracieux, elle referma la porte derrière elle. Le calme saisissant en aurait fait frémir plus d’un ; calme, tout était relatif. Car de l’autre côté des murs transparents tambourinait un ciel furieux, qui dégueulait par litres d’eau gelée son courroux. Ah, ça lui rappelait les mythes norvégiens racontés au coin de la cheminée dans sa chambre de la Roseraie. Siobhan avait l’âme d’une conteuse, et elle se rappelait vaguement les ombres dansantes sur le plafond impeccable. Cette nuit, les ombres projetées étaient autrement plus inquiétantes ; théâtre des ténèbres, c’était là qu’allait se jouer une pièce en cinq actes. Pourquoi cinq ? Parce que c’était comme ça qu’on écrivait les tragédies, inculte.

Plus besoin de lumière, maintenant. Ella connaissait par coeur le parcours entre ses amies vertes, et puis l’éclairage irrégulier des éclairs lui donnaient une vision bonus. Thor aussi devait avoir chopé un rhume – voire une angine, vu la violence des coups de tonnerre. Du bout des doigts, elle distribuait la bonne nuit en effleurant les feuilles de toutes tailles. Une sorte de marchand de sable des plantes. Une marchande de sève ? Le parallèle avait beau ne pas être très juste, c’était pourtant tout ce que la joueuse avait à offrir. Putain. Depuis quand le sol était mou à cet endroit-là ? La blonde se figea, et lorsque son regard plein d’appréhension se posa à ses pieds, elle y vit ce qu’elle redoutait dans la lumière crue d’un éternuement de Thor. Le cadavre ratatiné d’un superbe spécimen de Voltiflor. Ça faisait très navet, mais je vous jure que ça s’est passé comme ça.

Et pour parfaire le dramatique de la situation, la gardienne se jura de retrouver le responsable. Et il paierait pour un tel saccage, par la barbe d’Odin. Bon, c’était plus classe en norvégien. Dans un geste plein d’agacement, elle activa un Lumos. La lumière jaillit de l’obscurité, pour mettre en évidence une jolie piste toute fraîche. Littéralement ; c’était du terreau semé ce matin par ses soins, un mélange spécial avec du crottin d’Abraxan. Tout ce travail pour que dalle. A force de remonter ce nouveau chemin, elle en trouva le créateur. Etalé en travers du divan de la salle de repos, il paraissait aussi ratatiné que le Voltiflor. Sauf que la plante, elle, était innocente. Sans aucune délicatesse, elle se pencha au-dessus de son visage et approcha deux doigts sous son nez. Faible respiration, mais respiration quand même. Parfait ; engueuler un mort aurait été bien moins libérateur.

« - Eh ! Qu’est-ce-que tu fous ici ? T’es qui ? Les questions s’accordaient bien aux grondements qui roulaient dans le ciel, toujours noir de sa colère. Y avait pas que l’électricité qu’était conducteur ; la rage aussi, visiblement. Elle l’attrapa par le col et le secoua, en braquant sa baguette illuminée sur son visage. Il avait pris cher ; dommage qu’elle ait pas été là pour le voir. Oh je te parle, réponds ! » Quelque part entre son manque de sang-froid et sa virulence se trouvait son nez bouché, qui altérait sa façon de parler et, possiblement, diminuait la crédibilité de l'emphase de sa réaction.


Thunder rumbles

by Wiise
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Sujet: Re: Dies Irae | Ella Kvelgen | Lun 4 Juin - 18:18
Que la lumière soit, qu’ils disaient. C’est qu’ils aimaient ça, la lumière. Sous un rayon cru, tout paraissait nu, dénué du moindre mensonge, sans la moindre échappatoire pour qui que ce soit.  Un lièvre, pris dans les feux d’une voiture, se fige. Le criminel se braque sous le rayon des torches policières, le fuyard, hébété, n’ose bondir hors du halo dessiné par les puissants projecteurs de l’hélicoptère. Le moindre détail apparaît crument, et tant pis s’il est désagréable à voir. Il n’en devient que plus sinistre, blafard, déjà convaincu de sa propre culpabilité, et peu importe s’il est innocent, comme sous les feux d’un interrogatoire. On va faire toute la lumière sur la véracité de ces faits, qu’ils disent. Mais qui vous dit qu’on la veut, cette vérité, cette pleine vérité ? Qu’est-ce qui nous dit qu’il ne vaut pas mieux que certaines choses restent dans l’ombre, qu’il ne vaut pas mieux qu’elles se reposent, en paix, dans l’obscurité ? La bête traquée devient folle face aux feux, et la puissance des projecteurs déforment ses traits, pour en faire un monstre. Ses yeux étincellent, ses orbites se creusent d’ombres sinistres, le moindre poil devient une épine menaçante, tailladée en pointe par le violent contraste. Laissez-la donc, laissez-la dormir, dans son trou, dans sa tanière, bercée par une réconfortante obscurité…

Mais non. Non. On ne veut rien laisser dormir. Il faut que tout s’agite, que tous soient occupés, que tous courent, que tous courent sous ces feux aveuglants. Aucun repos, aucun répit, et cette lumière qui inonde, qui noie tout. Cela vous brise l’échine, selon brise toute résistance : rien ne peut se dissimuler, aucune pause n’est autorisée ; elle serait immédiatement remarquée, sous ces feux étincelants. Alors on courrait, on courrait, on courrait, traqués comme des bêtes. Oh, la paix, si seulement on pouvait avoir un peu de cette paix nocturne ! Echapper aux halos lumineux, échapper aux regards… Vassili ne demandait que ça, rien qu’une pause, pouvoir se draper d’ombre, rien qu’un instant, échapper à ce monde… Ce monde de réverbères aveuglants et de vitres translucides, sur le moindre bâtiment, et sur des mètres de hauteur : toujours ces parois transparentes qui vous dominaient, vous scrutaient, suivaient le moindre de vos mouvements. Et c’était pareil, où que l’on aille : dans les couloirs de l’université, dans les résidences étudiantes, dans la moindre ruelle : toujours ces lumières, toujours ces regards ! Aucun trou, dans lequel se terrer, rien, jamais rien…

Que la lumière soit… Ouais. Elle y était précisément, et en plein dans sa gueule, à Vassili. Lui qui goûtait au calme de la tempête, au calme des rafales et du crépitement sauvage de l’averse, dans cette semi-pénombre… Elle l’aveuglait, elle le brûlait, l’empêchait de réagir. D’un seul coup, c’était comme un éclair déchirait l’horizon, comme la foudre qui s’abat, et il n’existait rien d’autre, rien d’autre que ce feu envoyé dans ses rétines. Il ne voyait pas au-delà de ce rayon blanc, il ne voyait plus le squelette métallique qui l’enserrait de ses bras mélancoliques, et les ombres affalées des sièges, et les éclats du verre matraqué par la puit, pas plus qu’il ne pouvait voir les silhouettes rampantes des herbes grimpantes, la fugace apparition d’une fleur, au détour d’une lueur passagère, la pénombre verte des feuillages. Toutes ces nuances d’obscurités, toute cette profondeur du soir d’hiver, et le déchaînement des éléments, tout cela s’effaçait dans la blessure de cet éclat de lumière. Il n’entendait plus la tourmente, il ne sentait plus le terreau renversé, ne sentait plus son corps meurtri : il n’y avait rien d’autre, rien d’autre que ce feu, plaqué sur son visage, cruel.

Il y avait quelqu’un face à lui, pourtant. Peut-être. Peut-être, mais il ne le voyait guère. On l’avait apostrophé, pourtant. Peut-être, mais il n’entendait plus : tous ses sens étaient comme figés, aveuglés. D’un seul coup il était ce lapin et ce criminel et ce fuyard, pris dans ces feux : il n’existait rien d’autre que l’éclat menaçant qui scellait déjà leur sort. Ses yeux ne pouvaient s’y faire, ne pouvaient basculer de la nuit au jour ; il restait bête, hébété, figé, sans rien faire, et dans son esprit tout se mêlait, le crépitement de la pluie et le langage articulé, ces sons nasillards et le craquement sinistre du bâtiment, et cette silhouette penchée sur lui, ces doigts qui s’approchaient de lui, ce poing ferme qui agrippait son col, le tirait, le mettait sur pieds, tant bien que mal. Les mots se mélangeaient, inintelligibles, résonnaient encore et encore dans son esprit égaré.

Peu à peu ils s’agrégeaient. Les sons s’accrochaient les yeux aux autres, se fixaient en mots, en propositions, en phrases, à mesure que son esprit se raccrochait à ce qui l’entourait. Cela sonnait encore, un peu comme un écho, comme lorsque l’on vous tire d’un sommeil trop profond, mais petit à petit, cela devenait intelligible, au fur et à mesure que ses pupilles se rétrécissaient, se faisaient à la lumière aveuglante, que son cerveau se remettait sur ses pieds. Mais ni la tourmente ni le crépitement de la pluie ne revenaient. Ils étaient, certes. Le vent mugissait toujours aussi fort, la pluie s’abattait toujours aussi violemment, et cette serre de l’aile naturelle tremblait, craquait, grinçait… Mais cela n’avait plus d’importance. Cela n’avait plus d’importance parce qu’il y avait ce point-là, ce point sec, nerveux, qui l’agrippait, implacable, il y avait cet éclat, il y avait cette dureté, cette violence, cette rage hargneuse qu’on lui envoyait à la face.

« - Eh ! Qu’est-ce-que tu fous ici ? T’es qui ? »

Les mots l’avaient frappé, pris par surprise. D’un seul coup, ils prenaient sens, d’un seul coup, il comprenait qu’on l’engueulait. Et sans même qu’il puisse tout saisir, sans même qu’il puisse reprendre conscience de son corps meurtri et de cet autre corps athlétique qui se dressait face à lui, sans même qu’il puisse voir qui était là, de quel droit on l’alpaguait, il sentait déjà un sentiment de peur panique s’emparer de lui. Et ce n’était pas une peur saine, ce n’était pas une juste terreur, du coupable qui s’apprête à payer pour sa faute, qui sait qu’il était en tort, et qui craignait simplement son châtiment, la peur du gamin qui allume subrepticement sa lampe après l’heure du coucher et qui sait qu’il va se laisser surprendre, la peur de celui convoqué dans un quelconque commissariat miteux, pour une quelconque faute miteuse, de cette bête appréhension devant la justice.

Il ne ressentait rien de tout cela.

Seulement cette lâcheté poisse, cette lâcheté sournoise.

Lui ne voulait rien assumer, lui ne voyait nulle justice. Oh, certes, il se trouvait en un endroit auquel il n’avait pas l’accès, habituellement, à des horaires où sa présence était proscrite, et il savait que cela méritait sanction… Il se retrouvait là, cabossé, et le lieu autour de lui saccagé. Mais même s’il savait quel pouvait être le tarif à payer, il se rebellait, mauvais. La moindre parole, le moindre geste, la moindre décision envers lui ne pouvait qu’être partial, arbitraire. Il ne voulait pas subir les conséquences de ses actes ; que l’on en tisse même la moindre esquisse, et le voilà qui devenait méchant, agressif, le voilà qui se faisait bête fauve, sur la défensive. Cette défensive n’était pas une posture franche mais au contraire se faisait vicieuse, sournoise. Face au claquement nasillard des mots, il ne se voyait pas en tort, non, il songeait simplement à comment se dérober, comme frapper, comme s’esquiver.

Eh ! ce n’était pas à lui de payer ! On l’avait frappé, on l’avait insulté, blessé, rossé, on avait tourné une baguette contre lui. On lui avait jeté à sort. On l’avait agressé. Lui. Lui ! Et ça serait à lui de faire face à un jugement inique, à lui de se faire vertement réprimander, à lui d’essuyer les sanctions administratives, les conseils de discipline, la honte, la honte toujours, plus que la justice, de cette honte qui ne le lâchait pas. L’injustice l’excitait, et le rendait à la fois extrêmement prudent et audacieux, il sentait la colère, il sentait la haine remonter, sous le tambourinement incessant de la pluie. Il était bien trop lâche pour la laisser exploser d’un coup, brutalement : il sentait sa faiblesse, il sentait qu’il risque pire encore, et pourtant même cela ne prenait guère de sens, face à l’outrage dont il s’estimait victime.

Le cracmol plissait les yeux, sans répondre. Il sortait tout juste de son hébétement, il cherchait à comprendre, à saisir tous les éléments qui l’entouraient, à voir ce sur quoi il pouvait s’appuyer… C’était une femme qui lui faisait face, s’il pouvait en juger par le timbre de la voix, et plutôt athlétique, s’il pouvait en juger par le poing qui lui serrait le col. Il ne voyait guère rien d’autre que se silhouette, ses longs cheveux, à travers l’éclat lumineux de la baguette qu’elle tenait. Qui pouvait-elle bien être ? Il s’en foutait. L’assurance et la colère de son ton expliquaient à eux seuls qu’elle était légitime pour le saisir comme ça, et comme un cabot qui reconnaît son maître aux coups qu’il lui décoche, il reconnaissait son autorité sur le lieu. Cela ne réfrénait en rien sa colère haineuse, mais le cracmol savait se rendre lâche, prudent, traître.

« Oh je te parle, réponds ! »

Toujours ce timbre nasillard, qui sapait son autorité, mais dans lequel vibrait une telle colère cassante qu’il n’osa pas répliquer directement, dans sa couardise. Il était encore courbé face à elle, tenu par le col. D’un geste sec il voulut se redresser, se heurta au poignet ferme, et alors qu’il tentait d’échapper à cette emprise, il la sentit de nouveau, affluer de partout, tout le long de son corps, comme autant de serpents glissant sous sa chair. La douleur le frappait, méthodiquement, tout le long de son dos, avec une violence redoublée maintenant qu’il se sentait contraint par cette poigne. Il ne laissa échapper qu’un faible grognement, se retint de jurer, les yeux brillants. L’humiliation, encore et toujours, lui revenait, mordante, cuisante, et elle le frappait sauvagement, fouettait l’extrémité de ses nerfs que pour mieux le faire souffrir, encore, encore, toujours, de concert avec le crépitement de la pluie.

Saloperie de saloperie.

Il ne savait même pas à quoi il pensait. Au sang-pur qui lui avait réglé son sort d’un coup de baguette ?  A ces souffrances lancinantes qui ne le lâchaient pas ? Ou à celle, impérieuse, qui lui faisait face ? Il l’ignorait. Mais, tout de même : saloperie.

Les coups de fouets font perdre toute raison à un homme, avait-il déjà lu. Elles lui font perdre pied, le balancent dans cet autre univers, où tout n’est que brûlure, et où l’on ne songe qu’à se taire, et espérer survivre. Lui c’était tout l’inverse. Le coup de fouet de cette douleur lancinante avait réveillé son esprit. Il se sentait alerte, mauvais, agressif, prêt à faire du tort, prêt à faire mal, pour se sortir de ce mauvais pas, pour faire payer, surtout, cette petite merdeuse qui avait toute son autorité lui marchait sur les pieds, l’aveuglait de sa baguette.

D’un geste vif, sa main glissa sous le bras de la femme qui lui faisait face, se saisit de son poignet, pour le rabattre violemment vers le bas. Il voulait chasser cette baguette pointée sur son visage, chasser cette fichue lumière qui l’aveuglait. Qu’elle se mette déjà sur un pied d’égalité avec lui si elle voulait lui réclamer quoi que ce soit. Avec une arrogante fourbe, il la dévisageait enfin, ce visage pas maquillé, ces traits fermes, presque beaux, certes, encore juvéniles malgré leur dureté. Il distinguait vaguement que ses cheveux, ses yeux devaient être clairs, qu’elle ne devait être plus vieille que lui que de quelques années. Paie ton autorité.

Lentement, il passa sa langue sur sa lèvre fendue, la laissa courir le long de la fine plaie pour en aspirer le sang. Il tenait toujours son poignet dans son poing, et son autre poing, à elle, restait accroché à son col, menaçant. Mais, intuitivement, il sentait son corps bancal, trop raide. T’es pas assurée sur tes appuis, ma vieille. Il n’avait pas encore remarqué ni la canne, ni le grincement de sa jambe droite.

« Et à qui je dois répondre, hein ? »

Il y avait un ton de défi, un ton agressif, qui aurait pu paraître comme bourru dans sa voix. Oh, il empirait son cas à répliquer de la sorte, il ne faisait qu’aggraver la possible sanction… Mais il avait vu le visage de celle qui lui faisait face, et quand bien même elle lui paraissait résolue, ferme, sûre d’elle-même, elle n’était pas si vieille que ça. Elle n’avait donc pas tant d’autorité que ça. Elle n’avait pas directement de prise sur lui, elle-même pouvait payer le prix du saccage environnant. Il pouvait la faire craquer, il pouvait la briser. Que cela fonctionne ou non, tout au moins cela ne pouvait qu’attarder le sort qui devait s’abattre sur lui – non pas un sort magique, non, bien pire : un sort administratif.

Et à la fois pour se montrer plus agressif et comme pour s’excuser, il continua :

« J’aime pas tellement qu’on me pointe une baguette sous le nez pour m’aveugler. J’aime pas vraiment ça. »
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Sujet: Re: Dies Irae | Ella Kvelgen | Sam 23 Juin - 15:09
Mh. Vu sa non-réaction, Ella se redemanda s’il était finalement pas mort. En vrai, elle était pas médicomage ni médecin ; autant elle avait imaginé ce souffle imperceptible qui avait établi son premier diagnostic. Peut-être qu’un courant d’air avait sournoisement semé le doute. Ouais, ses secousses le présentaient davantage comme un pantin de chair désarticulé. Toujours pas de réponse. Mais au lieu d’appliquer des gestes de premiers secours, ou n’importe quelle autre pratique un peu plus adaptée pour une personne visiblement mal en point, elle continua d’agiter ce corps inconnu. Soit elle avait sous-estimé sa propre force, soit il était grave dans le mal. Le spectacle de cette marionnette aux liens coupés dans les zébrures des éclairs était étrange. Étrangement beau, dans son style propre du genre chair de poule. Tremblez, carcasses.

Alors que la danse improvisée commençait à devenir trop longue pour la sorcière, une paupière frétilla. Puis la deuxième. Ah bah putain, il en avait mis du temps. C’était quand même fatiguant de mener et de donner le tempo ; fallait du répondant, merde. Elle avait même hésité à lui asperger la tronche d’un Aguamenti. De quoi recaler les idées et refroidir les ardeurs d’ado rebelle qui s’en prend à tout et n’importe quoi. Le souvenir du Voltiflor arraché, pourtant pas si lointain, effleura sa mémoire. Mais c’était vraiment ça qui la faisait bouillir à feu doux ? Pas sûr. Dis-moi, Kvelgen, ce serait pas plutôt ce sentiment dégueulasse et amer d’un petit échec ? Du genre un étudiant qui parvient à se faufiler ici, sur ton territoire, en ravageant sur son passage un superbe spécimen. Est-ce-que c’était pas le peu de crédibilité que t’avais réussi à gagner dans ton job qui avait été déracinée en même temps que cette pauvre plante ? Réfléchis bien. Cordialement, le département de tes Idées Noires.

« - J’suis Ella Kvelgen, la gardienne, espèce de c- »

Le mot aurait giclé entre ses mâchoires serrées si elle n’avait pas senti le poids de son badge d’employée épinglé sur sa veste. Tiens, il était là lui. C’est dingue hein, comme le corps peut nous guider dans des moments aussi brouillons. Déjà qu’elle s’était pas démarquée par sa délicatesse dans son premier réflexe, essayons de pas rajouter une couche. Même si, bordel, il la méritait, sa fessée de mauvais petit garçon. Parce que c’était ce qu’il était ; un mauvais sujet, une vilaine bête, qui avait brisé les règles en toute connaissance de cause. Eh, ça lui rappelait quelqu’un. L’ironie de la situation lui fit lâcher un rire nasillard et méprisant. Autant pour elle que pour lui. Lorsqu’il attrapa son poignet, son corps se tendit, prêt à la résistance. Ou à la riposte. Mais comme il abaissait son poignet, elle se détendit et en profita pour reculer d’un pas et s’appuyer davantage sur sa canne.

« - T’as plutôt intérêt à m’répondre. Leurs regards s’entrechoquèrent ; elle pourrait pas dire si y avait vraiment eu un coup de tonnerre à ce moment-là ou si c’était dans sa tête. Quoi ? Tu veux m’faire flipper ? J’en ai vu des pires, c’est pas un étudiant amoché qui me fera reculer. »

On aurait pu y croire, à une détente, une pause, un temps mort. Mais non ; ce qu’il se passait dans cette serre aurait pu se passer sur un ring. Le défi, aussi conscient qu’inconscient, de deux entités qui s’opposaient fermement. Mais pour combien de temps ? Et puis, faute de ring, faute de règlement, c’était au bon vouloir des deux adversaires improvisés. Aucune limite, jusqu’à preuve du contraire.


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Sujet: Re: Dies Irae | Ella Kvelgen | Mar 3 Juil - 4:16
Les mots vivent leur propre vie. Plus rapide que les coups, plus insaisissables, presque incontrôlables, parfois. Ils fusent sans qu’on n’y pense, s’émancipent de vos lèvres, s’échappent de votre langue pour forcer le passage au-delà de vos dents. A peine vos cordes vocales vibrent-elles ; ils sont déjà là, dans l’air, une onde débarrassée de toute contrainte, une pensée transformée soudainement en déplacement de matière, incontrôlable dès lors qu’elle quitte votre corps.

Pour donner un coup, il vous faut pivoter, balancer votre carcasse du bout du talon jusqu’à vos doigts refermés, crispés, que votre hanche, que vos épaules basculent en avant, coude verrouillé, poignet verrouillé, garde relevée, tous vos muscles en action, rien que pour cela : frapper. Tenter de faire mal. Mais les mots frappent plus sûrement, les mots visent mieux, les mots peuvent faire bien plus mal, être bien plus violents. Et il n’y a besoin de presque rien, pour en envoyer. La langue qui se positionne, la bouche qui articule… et le souffle d’air prend vie, vibre. Il porte déjà tant de chose en lui, ou bien sec ou bien sournois, ou bien franc ou bien bêtement agressif. Il suffit de quelques modulations pour distinguer alors le crochet de l’uppercut, le coup de poing du coup de coude, et la cible, que l’on frappe la tête ou les tripes. Ou le cœur parfois, aussi. Un simple souffle d’air…

Pour contrôler un coup, c’est simple. Il faut retenir toute cette carcasse qui vous sert de corps, qu’elle reste stoïque, qu’elle évite de se mette en branle contre l’autre, pour attaquer. Du reste, on nous l’enseigne dès le plus jeune âge. Mais retenir un simple souffle d’air… Retenir un mot malheureux… Il restera toujours cette vibration de trop, qui viendra nous frapper les tympans, nous frapper la raison, inattendu coup de fouet. Le corps peut supporter tant de coups quand il est là, déjà abimé, déjà usé. Mais la raison, elle, d’un seul coup peut être excitée, et sous une seule piqure, s’emporter brusquement.

Ella Kvelgen avait retenu l’insulte dans sa bouche, in extremis. Elle avait stoppé le mot avant qu’il parte, avait arrêté le coup au moment même où elle commençait à l’esquisser.

« Espèce de c… »

Mais les mots fusent trop rapidement pour être saisis au vol, pour être enfermés. Trois syllabes c’était déjà assez, trois syllabes c’était déjà trop. Ce dernier son qui mourrait en sa bouche portait déjà en soi un sens suffisamment éloquent pour que sa mort étouffée sur le bout d’une langue y change quoi que ce soit.

Déjà, Vassili avait senti sa poigne sous sa gorge, menaçante. Déjà, il avait déjà eu cette maudite baguette sous son nez. Menaçante, toujours. Maintenant, elle se permettait de l’insulter.

Il exultait. Ce juron… Oh, elle ne l’avait pas dit entièrement, certes. Mais cela importait-il vraiment ? Elle avait voulu l’injurier. Avec toutes ses responsabilités, toute son autorité, elle s’était abaissée à cela. De tous les tons secs, autoritaires, méprisants, glaciaux, agressifs, distants, administratifs, de tout le vocabulaire qui et de toutes les possibilités qui s’offraient à elle, elle avait choisi de se ramasser sur une insulte, de s’affaisser dans la grossièreté. Qu’elle le retienne, qu’elle le regrette, le sifflement avait jailli, et face à elle, face à l’affront, le cracmol jubilait.

Elle lui donnait une licence, une licence en or. Il avait beau être là, brisé, contusionné, grimaçant de douleur et dans son tort, au milieu de la serre dévastée : elle le légitimait dans son agressivité, dans son mépris, elle lui donnait tout pouvoir là où il était à sa merci quelques instants auparavant.

On n’insulte pas une victime d’agression, mademoiselle Kvelgen, on n’agresse pas une personne à qui l’on a déjà fait du tort. Pas quand on est une personne d’autorité, encore moins quand l’on est responsable.  Elle avait beau ne pas l’avoir dit jusque bout, il ne pouvait s’empêcher de répéter : espèce de con, espèce de con. Oh, encore une fois ! Rien que pour le plaisir : espèce de con.

Peu importe ce qu’elle pouvait dire à présent, ça se limiterait toujours à ces trois petits mots. Espèce de, espèce de… Il aurait voulu en sourire, mais il avait trop mal pour cela, alors il se contenta de grimacer, de le laisser résonner encore une fois – allez une dernière – dans son esprit déjà sonné. Espèce de con.

Il n’était pas grand-chose d’autre, c’est vrai, et il le savait pertinemment. Rien d’autre qu’un sale cabot, qu’à force de maltraitance et d’humiliations, on avait rendu mauvais, faux, agressif. Mais enfin, il savait encore ce que la dignité signifiait, il savait encore que si l’on vous frappe, l’autre est en tort, et que si l’on vous insulte par-dessus, vous êtes dans votre droit. Il était trop épuisé, brisé, pour penser autrement. Alors il se contenter de ça, de cette insulte, il s’y raccrochait comme à une bouée et exultait, exultait comme si d’un seul coup on le libérait de toutes ses responsabilités pour lui donner une autorité nouvelle – que par ailleurs il ne se gênerait pas à imposer, avec tout son arbitraire.

Ella Kvelgen s’était dérobée face à lui, avait reculé de quelques pas, avait abaissé sa baguette, se libérant de sa poigne du reste trop faible pour qu’il puisse s’y opposer. Oh, elle pouvait bien rester menaçante, elle pouvait bien continuer à fulminer. Il ne sentait déjà plus son poing refermé sur son col, il pouvait respirer librement, sans avoir cette foutue brindille sous le nez, arme menaçante braquée sur son visage.

Et par la même occasion, il pouvait la voir, voir cette canne surtout, cette jambe raide, son attitude boiteuse. Une éclopée. C’était une fichue éclopée qui l’avait menacé, qui l’avait insulté, qui se sentait toute puissante ici, sous ses serres, sous le plafond de verre tremblant et grinçant à travers la tourmente. D’un seul coup, elle devenait cette figure pathétique, grimaçante, menaçante, autoritaire, emportée, mais handicapée par cette patte trainante, par cette patte raide, comme une bête que l’on aurait gardée par pitié et qui ne pouvait faire autre chose que grogner pour masquer sa faiblesse. Cette serre, ces plantes-là, c’était sa niche, c’était un hospice, un hospice pour l’éclopée qu’elle était, et qu’il avait – bien involontairement – saccagé.

Il s’était à demi redressé de son divan pour balayer le bras de la gardienne ; à nouveau, il s’affala piteusement en arrière, comme une nouvelle marque de mépris. Mais sa tête restait bien droite, cette fois, et il la défiait du regard, il ne la lâchait pas, et alors que leurs yeux se rencontraient chargés de cette haine prématurée, il avait encore, il avait toujours le goût du sang dans sa bouche.

Elle boitait, oui, elle avait cette canne. Mais en même temps il ne pouvait s’empêcher d’être pris par le contraste de son jeune âge, de cette énergie flamboyante qu’elle lui renvoyait au visage, avec toute cette hargne, toute cette juste indignation – et ce manque d’expérience flagrant. Qu’elle soit plus vieille, il n’en doutait pas vraiment – encore que son handicap la vieillissant sûrement à ses yeux – mais elle n’était pas tant que ça, et assurément ne l’était pas tellement pour ce poste, là où on s’attendait bien plus volontiers à un vieux grincheux ou une quelconque mégère, payés quelques piécettes pour surveiller en marmonnant dans leur barbe qu’ils ne pouvaient qu’avoir immanquablement sur cette jeunesse trop entreprenante. Il y avait quelque chose de curieux dans ce contraste entre la silhouette encore athlétique de cette gardienne et cette canne contre laquelle elle se reposait.

Mais Vassili n’avait pas le goût de s’attarder dessus.

La flamboyante gardienne n’était qu’une nuisance pour lui, une nuisance dont il voulait se débarrasser, une nuisance qui, surtout, l’avait brusqué quand il ne fallait pas le brusquer, l’avait menacé quand il ne fallait pas le menacer, et l’avait insulté très précisément au moment où il n’aurait rêvé le désirer.

Mais elle ne voyait que cet étudiant amoché qui avait saccagé ses serres à elle, avait bordélisé son foutu hospice d’éclopée. Elle ne voulait pas le lâcher, elle voulait assurément le faire payer, et alors que dans un geste douloureux il passait ses mains sous sa nuque pour mieux garder la tête haute, pour mieux la défier du regard, la Kvelgen ne le lâchait toujours pas, comme un chien après son os :

« - T’as plutôt intérêt à m’répondre. »

Il avait beau jeu de soutenir son regard, avec cette effronterie mauvaise, la bouche tordue par un rictus ensanglanté mais toujours close. A moins d’un mètre de lui, la baguette certes baissée, pour cette fois, elle n’en restait pas moins menaçante, et surtout, elle avait toute cette hargne explosive qui s’acharnait contre lui, contre cet étudiant merdeux, contre cet espèce de con, d’après ses propres termes.

La plus, les bourrasques, le tonnerre comblaient le vide, comblaient ce silence qui les séparait. Vassili se contentait de rester là.

T’es qui ? Mais il n’avait aucun intérêt à lui répondre, il n’avait aucun intérêt – pour l’instant – à lui dire ce qu’il foutait là. Lui donner son nom, lui donner sa filière, c’était déclencher le bête et froid processus administratif, qui s’acheminerait immanquablement vers la sanction potentiellement vers l’exclusion – et alors, il risquait de perdre avec son visa, pensait-il. Alors il ne pouvait que la traîner dans ces faux pas, fuir, fuir en avant et la provoquer toujours plus, jusqu’à ce qu’il soit impossible pour elle de lui dire quoi que ce soit, de renvoyer le moindre dossier face à la moindre commission.

En face, il sentait que son silence, il sentait que son regard ne faisait qu’énerver toujours plus la gardienne, ne pouvait que la faire exploser une nouvelle fois. Il s’en moquait éperdument.

« Quoi ? Tu veux m’faire flipper ? J’en ai vu des pires, c’est pas un étudiant amoché qui me fera reculer. »

Vassili expira brutalement par les narines, comme un rire étouffé, comme si les menaces proférées à demi ne pouvaient qu’être une autre, une énième plaisanterie. Le lourd tambourinement de l’eau avait couvert sans aucun doute le léger souffle, mais il ne pouvoir dissimuler son air narquois – à moins qu’il ne s’agisse d’une nouvelle grimace de douleur.

C’est qu’elle paraissait prête à se battre, avec ses postures belliqueuses. C’est que sa hargne se faisait de plus en plus agressive. Trop agressive, sans doute, pour que cela soit naturel, pour que cela ne dissimule rien. Eh, on ne prend pas cet air va-t-en-guerre quand on ne tient qu’à peine debout – ou alors on le regrette. Cela lui paraissait puéril, beaucoup trop puérile en tout cas pour une gardienne qui devait assumer ses responsabilités.

Doucement, il entreprit de se lever. Mais le moindre geste lui était laborieux, son souffle se faisait court. Bordel, il ne l’avait pas loupé, l’autre… La douleur, perçante, lui faisait arracher des grognements pénibles, soupirs répétés. Cela le déchirait, cela brûlait, à chaque mouvement, et chaque muscle semblait réveiller une nouvelle courbature, un nouveau tourment, cuisant souvenir de sa violente chute. Et l’autre qui toujours le regardait… Oh, cela aurait pu le foutre en rogne, cela aurait pu l’irriter, l’irriter si violemment qu’il aurait pu devenir… Eh bien, ce qu’il était trop souvent, ce cracmol amer, ce cracmol hargneux qui ne songeait qu’à rendre le mal et la souffrance qu’on lui envoyait si souvent au visage. Mais elle l’avait insulté, oui… Elle l’avait insulté et cela le mettait dans une mauvaise joie, qu’il tentait tant bien que mal de dissimuler – heureusement que la pénombre l’aidait en cela.

Droit face à cette gardienne, afin redressé, il pouvait enfin la défier, enfin la dépasser. Il était plus grand qu’elle, il n’avait pas une patte à traîner comme l’éclopée qui lui faisait face. Il la dominait, songeait-il avec plaisir. Pour peu qu’elle ne retourne pas sa baguette contre lui. Mais elle n’oserait pas, elle n’allait pas s’exposer ainsi… Il soupira, l’air irrité, la regarda de haut en bas, puis de bas en haut.

« Etudiant amoché, eh ? C’est ça ? Je croyais que j’étais un sale con. Faudrait savoir. »

Il ne marqua qu’une brève pause avant d’enchaîner.

« Je crois qu’il y a des employés qui devraient éviter d’insulter ceux qui paient leurs frais d’inscription pour les payer. »

Et alors que son regard s’attardait sur la jambe droite de la gardienne, il la désigné, d’un coup de menton :

« Surtout quand l’université a envie de faire de l’humanitaire. »

Un simple souffle d’air, oui. Une idée faite vibration. Plus rapide que des coup,s plus insaisissables. Presque incontrôlables. Rien que des mots qui avaient fusé de sa gorge, d’entre ses dents, semblable à un crochet sournois, sans qu’il ne sache s’il avait visé ou la tête ou les tripes. Ou bien le cœur, peut-être.
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Sujet: Re: Dies Irae | Ella Kvelgen | Sam 14 Juil - 13:18
Rétrospectivement, elle aurait dû se barrer depuis déjà un bon moment. Sérieux, ça lui aurait sauvé de la salive, de l’énergie et possiblement une faute professionnelle. Et pas le genre de truc qu’on peut cacher sous le tapis, qui passe inaperçu, nan ; le genre de faute professionnelle qui pourrait la foutre vraiment dans la merde. Et lui coller aux basques le reste de sa vie. Mais à ce moment-là, Ella savait pas. D’ailleurs, était-ce réellement sa faute ? Lui imputer tout le poids de ce qui se passait cette nuit, dans la serre du numéro 7, c’était mentir. Et se voiler la face avec un masque si épais qu’on n’y verrait pas la lumière du jour en plein été. Mais l’été était loin, et la remise en question aussi. Du moins, pour l’instant.

Hargneux, il semblait pas disposé à la négociation. Pourtant, il aurait tellement eu à y gagner. Et elle aussi. Mais c’était un peu trop tard ; ils s’étaient tous les deux poussés jusqu’au bord d’une falaise d’où on voyait pas le fond. Ca faisait même de l’écho quand on gueulait dedans. Ou alors c’était juste une métaphore appropriée à cause de la météo qui se calmait pas. L’orage, ce monstre d’électricité, ne désenflait pas, et ne faisait qu’ajouter de la tension à la situation. Ou l’emphasait, la sublimait, c’était dur à distinguer. Vous voyez l’expression « il y a de l’électricité dans l’air » ?. Ouais, j’ai pas besoin d’en dire plus.

Alors qu’elle s’attendait plutôt à une attaque physique, il la déstabilisa en tapant sur un autre front. Au vu des marques qui déformaient son visage, il semblait pourtant pas craindre les coups ni la proximité avec la violence. Et c’était bel et bien un coup ; un coup dans son égo, qui lui coupa le souffle aussi net qu’un uppercut. D’un certain point de vue, on pouvait dire bien joué, bien vu. Mais du sien, c’était plutôt un truc du genre :

« - T’as dit QUOI ? »

Et tout son corps s’était tendu, sans même qu’elle s’en rende compte. Mais quel sale race ! Sa baguette en l’air se figea un instant, pourtant prête à riposter. Sur un autre niveau, encore. Et Thor savait que ça lui aurait fait du bien. Même qu’il lui pardonnerait déjà d’avoir envoyé valser un abruti, même un non magicien, même sans défense. Même à armes inégales. Si seulement ça avait été si simple. Fallait croire que y avait encore une once de bon sens qui avait pu reprendre le dessus dans le cratère creusé par sa provocation délibérée. Un frisson froid l’avait parcourue, de haut en bas, de bas en haut. Comme une énergie qui chargeait, qui attendait d’être relâchée et guidée vers une cible ; oh, comme il avait la gueule de l’emploi.

« - J’dois rien à PERSONNE moi, t’entends ?! Et pendant une fraction de seconde, le tonnerre s’était tût, impressionné qu’une voix puisse tonner plus fort que lui. PERSONNE ! »

Et à ce moment-là, le frisson se transforma en décharge électrique. En quelque chose d’incontrôlable, qui escalada sa colonne pour s’infiltrer dans son bras et s’échapper du bout de ses doigts. Le coup était parti, si vite, si fort qu’elle en avait lâché sa baguette. Il percuta sa cible en plein torse, l’envoyant directement s’imprimer en 3D sur le mur juste derrière lui. Ca sentait le brûlé, et elle avait des fourmis dans toute la main, qui tremblait violemment.

« - Bordel de merde... » souffla-t-elle en norvégien.

La jeune femme, secouée, releva le nez pour essayer de trouver l’étudiant qu’elle avait – accidentellement ? - frappé d’une sorte d’éclair. Elle fronça les sourcils ; Thor l’aurait donc entendu, pardonnée, et soutenue ? Ca faisait quand même beaucoup à la fois. Maladroitement, elle récupéra sa baguette et clopina faiblement vers le potentiel lieu de crash de la victime de ce deus ex macchina. Sois fine Kvelgen ; tires-en le meilleur, fais comme si tout était normal.

« - Bon, maintenant tu vas p’t’être m’écouter. Que ce soit clair ; soit tu m’aides à remettre tout comme c’était sans broncher, soit je trouve ton petit nom, je te dénonce à la direction et t'es viré. Et en prime j’efface ta mémoire pour ce qui vient de se passer. Un silence lourd plana, alors qu’elle le jaugeait du regard. Pourquoi tu commences pas par me dire exactement ce que tu fous là ? Elle galéra à s’asseoir en tailleur près de lui. On s’occupera de tout ranger demain, j’suis quand même pas un monstre. »

Maintenant, on croise les doigts.


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Sujet: Re: Dies Irae | Ella Kvelgen | Jeu 2 Aoû - 19:24
Vassili se tenait devant Ella, en une posture de défi. La douleur l’élançait, encore et toujours. Elle allait et venait par vagues ardentes, flammèches hérissées de barbelées qui se glissaient sous son épiderme. Mais il voulait rester droit, il voulait rester droit face à l’employée de l’université.

Ne surtout pas ployer, ne surtout pas grimacer, ne surtout pas gémir ; il lui fallait faire face. Ne pas montrer le moindre signe de faiblesse. Son dos était rompu, contusionné. Son crâne l’élançait, le sang battait à ses tempes. Mais il devait avaler tout ça, il devait subir tout ça, en silence, ne surtout laisser échapper aucun son, garder cette morgue, garder cette suffisance sur son visage. Surtout, ne pas paraître faible, face à elle. Ne surtout pas paraître faible.

Il passa brièvement la langue sur sa lèvre fendue, goutta au goût de son propre sang, une nouvelle fois.

Il avait mal.

Il avait peur, surtout.

Il voyait ses bras marbrés de traces violacées, de bleus. Il voyait ses vêtements défaits, les éraflures qui marquaient ses membres, ses cheveux hirsutes, souillés de terre. Il se voyait surtout seul, démuni, perdu au milieu de cette serre, les mains vides. Il n’avait rien, rien que son air bravache pour faire face à la sorcière qui le toisait, son regard irrité, son regard haineux sûrement braqué sur lui ; il était désarmé, et sentait la panique l’envahir, se lover au creux de son ventre, palpiter dans ses veines.

Au-dessus de lui, le vent soufflait.

Il continuait à souffler, charriait les nuages noirs d’orage. Les masses sombres roulaient dans les cieux, courraient, continues, enflées de pluie et de foudre, enflées de colère et du fracas des éléments. Il mugissait, lové dans les fracas du tonnerre, déployait ses larges ailes bien au-delà de l’horizon, loin, bien loin des côtes de Manadh. Pour plumes, il avait l’éclair, et ses pennes déchiraient la pénombre. Tout tremblait, dans l’immensité, tout tremblait, et jusqu’aux vitres, jusqu’aux piliers de la serre. Tout tremblait, et Vassili lui aussi, mais il n’en laissait rien paraître, mais il réprimait les mouvements de son corps.

La lumière blafarde jetait un éclat sinistre sur les lieux. Les feuilles vertes s’entachaient d’ombres rampantes, et celles-ci couraient sur le sol, dans les bosquets de fleurs, dans les moindres recoins, comme autant de cruelles créatures, détalant face aux éclairs, mais revenant aussitôt après la foudre, terrés derrière les meubles, glissant autour des colonnes, dans les outils, dans les méandres des plantes grimpantes, au creux des troncs, au creux des branches. Les silhouettes s’étiraient, menaçantes, tendaient de longues griffes invisibles dans l’air, au-dessus de Vassili, au-dessus d’Ella, comme une sourde menace, vibrante dans l’air. Tout ce qui était beau sous la lumière du soleil devenait spectral sous la tempête ; tout ce qui était vert perdait ses couleurs, tout ce qui était terre devenait gouffre sans fin. Les meubles n’étaient plus que des blocs noirs, insondables. Ce qui était confort, ce qui était chaleur disparaissait dans l’air glacé de décembre, comme broyé par la tempête, comme broyé par les nuages d’orage. Et seuls, seuls ces deux êtres restaient là, l’un face à l’autre, comme au bord du gouffre, tenaillés par la haine, tenaillés par le désespoir, et la peur, qui ne les lâchait pas…

Dans ce sinistre théâtre, dans ces ruines de verdure, Vassili serrait la mâchoire, entendait ses dents grincer, apeuré. Il était allé jusqu’au bout, jusqu’au bout du chemin. Il ne pouvait aller plus loin sous peine de se précipiter dans le vide, sous peine de se jeter dans un précipice dont il ne voyait pas le fond. Il ne pouvait qu’attendre, attendre le contrecoup, attendre le choc final.

Pourquoi avait-il fait ça ? Peu importait, il ne pouvait faire marche arrière. Il s’était redressé, il ne pouvait qu’avancer, avancer toujours plus vers la gardienne de la serre, marcher sur elle, la provoquer pour ne pas se laisser sombrer, ni se sentir vaincu, écrasé par l’humiliation qu’il avait déjà subi ; tout ça pour cacher ses blessures, cacher sa souffrances, tout dissimuler, ne pas paraître comme une victime. Alors il avait frappé, frappé aveuglément. Il avait envoyé ces mots empoisonnés à la face d’Ella. Ces mots chargés de haine. Et maintenant, il se tenait là, seul, désespérément seul, faible, désarmé, à attendre… Attendre qu’elle le maudisse, qu’elle le frappe, qu’elle le fasse souffrir à son tour. Il ne lui suffisait de rien : elle était une sorcière. Un mouvement de baguette. Un sort. Un sortilège. A peine quelques mots, et il était brisé. Il le savait. Il le craignait. Bordel, qu’est-ce qu’il avait peur ; elle était trop proche pour qu’il puisse s’enfuir, trop loin pour qu’il puisse se jeter sur elle, ne restait qu’à encaisser, ne rester qu’à bouffer de cette magie…

« - T’as dit QUOI ? »

La colère de la gardienne lui éclatait au visage. C’était une vague d’indignation, de violence si profonde, plus profonde qu’il n’aurait osé penser, ni espérer. Elle avait levé sa baguette, elle la pointait sur lui, menaçante, comme un trait de foudre prêt à s’abattre. Le cracmol voyait la sorcière se dresser face à lui, un bloc de colère bouillonnante, une colère comme il n’en avait jamais vu, et il perdait déjà pied face à elle.

Ce n’étaient que des mots. Ce n’étaient que des mots qu’elle lui balançait, malgré la menace de sa baguette. La jeune femme restait crispée sur sa canne, boiteuse, désespérément accrochée à son arme, à cette vulgaire brindille. Mais Vassili n’osait plus faire face, mais Vassili désormais regrettait, voulait fuir, voulait s’enfuir lâchement face à ce qu’il ne pouvait affronter. Il avait touché une blessure si profonde, si intime, sans qu’il ne s’en rende compte. C’était ce qu’il voulait, c’était ce qu’il ne voulait plus, il ne savait pas, il hésitait. Il voulait faire mal, mais pas autant, que cela reste une douleur physique. Des coups, ça il savait donner, il savait frapper, étrangler, tordre, et frapper de nouveau ; tout ça n’était que superficiel. Il en avait vu cracher du sang, il avait craché du sang lui-même. Mais là, ce qu’elle crachait, il ne l’avait jamais vu. Il n’avait jamais vu de tels yeux. Ce n’était plus une simple colère. Ce n’était plus une haine chargée de préjugés. Ce n’était pas de la tristesse ou du désespoir. C’était autre chose, autre chose qu’il n’arrivait pas à saisir. Peut-être parce qu’il ne voulait pas savoir qu’il y avait d’autres stigmates que les siens, et qu’ils pouvaient être aussi douloureux, comme une plaie ouverte, comme un os brisé cisaillant les chairs.

« - J’dois rien à PERSONNE moi, t’entends ?! »

Le cracmol recula d’un pas, recula d’un autre. Il savait qu’il y avait le divan derrière lui, il savait qu’il ne pouvait battre en retraite. Mais il voulait reculer quand même, il voulait s’abriter, se dissimuler. Sa haine, sa colère étaient justes, il le savait, et elles se déchaînaient contre lui, et avec toute cette puissance magique qu’il pouvait déjà sentir, comme si l’air en était déjà chargé. Il ne faisait pas le poids. Il avait peur. Elle se déchaînait contre lui, elle ne le frappait pas, elle se déchaînait et allait le frapper, lui envoyer un sortilège… Cela n’arrivait pas encore, pas encore, mais cela ne pouvait qu’arriver, et il en avait peur, comme un gamin impuissant, comme un enfant que l’on frappe à coups de ceinture, et qui voit la lanière de cuir s’enrouler autour d’un poing écarlate. Il allait morfler, et avec cette innocence enfantine, il était juste terrorisé.

« PERSONNE ! »

Et tout se brisa.

Sa cage thoracique explosa.

Son corps fut projeté, projeté au travers des serres, comme désarticulé, broyé par la violence. Un fétu de paille, frappé par la foudre. Dispersé par la tornade. Consumé par les flammes. Sa carcasse, balayée, fendit l’air, se brisa contre les branches, se brisa contre le mur de la serre, voltigeant comme un vulgaire caillou lancé dans le vide.

Le choc lui coupa le souffle.

Il sentit l’odeur de terreau. L’odeur d’humus. L’odeur de terre.

Et puis plus rien.

Il n’arrivait plus à respirer. Il n’arrivait plus à respirer. En vain, recroquevillé sur le sol, il ouvrait grand la bouche, gémissant, inspirant désespérément. Il n’arrivait plus à respirer. Le souffle coupé. Comme une plainte sinistre, il griffait l’air de ses poumons, mais non, non, il n’arrivait plus à respirer, et les larmes lui montaient aux yeux. Hébété. Hébété, il sentait les larmes perler, dégouliner, s’abattre lourdement sur le sol. Il n’arrivait plus à respirer. La bouche bée, comme celle d’un poisson qui crève, la main agrippée désespérément à sa poitrine, il n’arrivait plus à respirer, et ne sentait même pas la douleur. Il n’arrivait plus…

Il y eu un long râle aigu, une longue goulée d’air désespérée, comme le cri d’un noyé que l’on tire de l’eau, sinistre hurlement muet. Il pleurait, toujours, il pleurait encore et encore, et l’oxygène entrait dans ses poumons, mais c‘était comme s’il respirait un air de barbelés, qui lui lacéraient les chairs. Il suffoquait, il crachait, il haletait encore et encore, sa respiration précipitée, une respiration paniquée, la respiration s’un homme recroquevillée sur le sol. Il ne voyait plus rien, ne cherchait à rien voir ; il lui fallait respirer, encore et encore, respirer, respirer, respirer… Et plus il reprenait ses esprits, plus il sentait la souffrance l’assaillir, le briser, le projeter encore et encore au sol.

Il ne voyait plus rien, agenouillé, sa tête contre le sol, sa main posée à plat sur son ventre, l’autre bras étendu en avant, et toujours ce râle grave, précipité. Son cerveau était submergé de douleur, alors qu’il reprenait ses esprits. Tout était flou autour de lui, tout bourdonnait. Il n’y avait que le bruit rauque de sa respiration, et la pluie, la pluie qui tambourinait sur les vitres. Bordel. Qu’est-ce qu’il avait mal. Son corps tout entier l’élançait, son corps tout entier le brûlait… Et il chialait de souffrance, sa morve dégoulinante se mêlait au terreau renversé.

« - Bon, maintenant tu vas p’t’être m’écouter. Que ce soit clair ; soit tu m’aides à remettre tout comme c’était sans broncher, soit je trouve ton petit nom, je te dénonce à la direction et t'es viré. Et en prime j’efface ta mémoire pour ce qui vient de se passer. »

Il ne cherchait même pas à voir la sorcière, il ne cherchait même pas à se redresser, ni même à relever la tête. Il avait l’impression qu’une lame chauffée à blanc lui transperçait la poitrine, et que la chaleur de ce point se propageait à toute sa carcasse, emportant tout sur son passage, comme une vague de flammes ardentes ravagerait une ville de bois. Il aspirait toujours l’air par larges goulées, désespérément, le front plaqué contre les pavés froids, sa tempe reposant sur son bras pour ne pas qu’il s’effondre. Il ne comprenait pas ce qui se passait, c’est à peine s’il saisissait où il se trouvait. Ses seuls repères étaient le sol glacial, et cette voix, cette voix froide et tranchante, celle de cette Ella qui l’avait brisé.

« Et en prime j’efface ta mémoire… »

Lentement, il saisissait ce qui se passait, et ce n’était pas pour le mieux. J’efface ta mémoire… La menace pesait sur lui, et lui restait là, terrorisé, n’osant pas faire un seul geste, n’osant pas bouger. Il ne voulait pas qu’on touche à son esprit. Il ne voulait pas qu’on touche à ses souvenirs. Il paniquait, sous la menace. Tout, tout sauf ça. Tous les coups, toutes les souffrances, mais qu’on ne touche pas à ses pensées, qu’on n’affecte pas ce qu’il était, qu’on ne triture pas son cerveau. Il avait peur. Il avait tellement peur. Impuissant, livré à ces pouvoirs qui le dépassait, à la merci de celle qu’il avait blessé si profondément… Effacer sa mémoire…

« Pourquoi tu commences pas par me dire exactement ce que tu fous là ? »

Il entendait le frottement des habits de la sorcière sur le sol, juste à côté de sa tête. Il bavait, et sa salive se mélangeait à la morve, dans ce terreau humide qui maculait les dalles froides du sol. Mais il ne pouvait bouger, désespérément recroquevillé ; ses râles se mêlaient à ses gémissements. Quelles griffes, quelles griffes labouraient donc son torse, continuellement, comme si elles cherchaient à fouiller dans ses chairs ?

« On s’occupera de tout ranger demain, j’suis quand même pas un monstre. »

Il gémissait, toujours, comme un gamin, ses yeux humides, sa salive bouillonnant de sang écarlate. Il n’était plus rien. Il n’était plus qu’une bête, une bête sauvage, qui se raccrochait désespérément à la vie, poussée par un fol instinct de survie. Peu lui importait de sauver les apparences, peu lui importait de jouer au bravache ; c’était sa peau qu’il voulait sauver, c’était son esprit, surtout, son esprit qu’il voulait sauver – que ces maudits sorciers ne triturent pas sa cervelle, qu’ils ne fouillent pas dedans, qu’ils n’effacent pas ce qu’il leur plairait d’effacer. Il n’avait plus ni dignité, ni courage. Il n’était que lâcheté, il n’était que fuite éperdue, la queue entre les jambes, la nuque basse.

« Ne faites pas ça… , gémit-il. Ne faites pas ça… »

Il gisait toujours, dans la même situation, sans pouvoir bouger, sans pouvoir regarder celle qui était accroupie à côté de lui : il ne pouvait que geindre, immobile.

« Je vous en supplie… Je vous en supplie… »

Il hoquetait, crachait, râlait, pitoyable créature rampante, implorant continuellement la sorcière, implorant continuellement la gardienne. Par réflexe, il se mordit les lèvres ; elles avaient, toujours, goût de sang, goût d’acier.

« J’ai… mal… », grogna-t-il, resserrant la mâchoire alors que la chaleur montait toujours plus, alors que ses brûlures se réveillaient, et vibraient de concerts avec ses muscles endoloris pour ravager ses chairs. « Je ne peux pas… me lever… »

A peine pouvait-il articuler, d’ailleurs. A peine pouvait-il penser.

Lentement, il bascula la tête sur le côté, pour voir la sorcière, mais il ne pouvait que voir ses genoux au niveau de son visage, ses jambes repliées sur elles-mêmes. Comme un trait fulgurant, il se vit se jeter sur elle, poignard à la main, et la frapper, la frapper dans un accès de haine. Mais cela ne dura qu’une infime fraction de seconde ; il n’avait pas d’arme. L’instinct de survie, la lâcheté, reprenait le dessus. Il ne voulait pas, il ne voulait surtout pas qu’on touche à son esprit, à ce qu’il était. En reniflant, il répéta, une nouvelle fois :

« Je vous en supplie… »
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Sujet: Re: Dies Irae | Ella Kvelgen | Hier à 16:42
Encore secouée, la jeune femme entendait à peine les gargouillements plaintifs de l’inconnu. Au moins l’intrus avait été intercepté, maîtrisé, et tant d’autres homonymes. Mais à quel prix ? On pourrait croire que ça lui ressemblait pas, d’en arriver là. Détrompez-vous, lecteurs, et vite. Malgré sa nonchalance et son sourire contagieux, Ella entretenait quasi secrètement un feu intérieur. Nous en avons tous un ; le sien prenait sa source dans son désir de justice. Et sans s’en rendre compte, parfois, elle faisait un peu trop pencher la balance. Comme là, dans cette serre immense et gouvernée par l’orage. Pourtant, on aurait dit que ça se calmait dehors. C’était difficile de croire à une coïncidence après ce qui venait de se passer. Quand même, canaliser l’énergie destructrice et sauvage d’un aléa météorologique, fallait le faire. Mais c’était bien ce qu’elle avait fait, non ?

Il geignait toujours, recroquevillé comme un nourrisson. Vulnérable, voire faible. En même temps, qui le serait pas après une tonne de volts dans la gueule ? Bon, une tonne, c’était peut-être un peu exagéré. N’empêche qu’il était visiblement mal en point ; ses contusions et son sang étaient autant d’indices malheureux qui pourraient sonner le glas de son licenciement. Voire son expulsion d’Atlantis. Une sorte de frisson désagréable remonta sa colonne vertébrale à cette pensée ; elle qui avait un plan parfaitement tracé pour remettre de l’ordre, voilà qu’un simple abruti pouvait venir y foutre le bordel. Non, elle le tolérerait pas. Merde, elle avait déjà bien assez donné. Frappant dans ses mains pour signifier que tout était sous contrôle, elle s’exclama :

« - Bon, alors c’est un deal ! Maintenant tu vas m’faire le plaisir de pas bouger, pendant que j’essaye d’te soigner. Elle prit soin de chercher son regard, quoique vague, pour lui faire bien comprendre que le danger était éloigné. Tant qu’il restait tranquille. Des filaments bleutés sortirent de sa baguette, réparant progressivement les dommages. J’attends toujours ton explication, rapport à ta présence ici. »

Puis il lui raconta toute sa petite histoire. Comme quoi il se serait fait choper par un autre étudiant après les cours, traîné ici, pour se faire salement marave. Ouais, ceci expliquait cela. Bizarrement, la blonde y croyait moyen ; y avait quelque chose qu’elle arrivait pas à gober dans tout ça. Comme un truc qui sonnait faux ; pourquoi s’en prendre à une employé ? Courir un tel risque, c’était bon pour les fouteurs de merde. Ou ceux qui avaient plus rien à perdre. Il était forcément l’un ou l’autre, et sa tendance agressive renforçait ses soupçons. Vassili, qu’il s’appelait. Dans ses mots on distinguait un accent roulant, grave, comme ceux qu’on trouve dans les pays de l’Est. En Norvège, elle en avait entendu un paquet, et ça collait bien au bonhomme. Bon, dans le doute…

« - Voilà, j’ai fais c’que j’ai pu, dit-elle en rangeant sa baguette. J’te conseille quand même d’aller faire un tour à l’infirmerie, genre demain matin, parce que moi j’suis pas Médicomage, j’suis… Elle tapota son insigne avec ironie, gardienne, comme t’as pu l’voir. Avec l’aide de sa canne, elle se releva et il l’imita. Après un court silence, alors qu’il tournait les talons, elle l’apostropha de loin. Eh ! Oublie pas, demain après-midi tu m’aides à ranger. J’te ferai un mot pour les cours. »

Marrant, cette pique pleine de moquerie maternelle, sachant qu’elle avait presque achevé le travail du fameux assaillant qui s’en été pris à lui auparavant. Bah, elle pouvait pas avoir que des défauts, ça ferait tâche. Mais elle était déterminée à en apprendre un peu plus sur ce curieux loustique. Et aussi à remettre de l’ordre dans l’aire de repos, parce que là, ça ressemblait davantage au potager de Poudlard du temps où elle achetait des Feuxfous Fuzeboum par paquets de dix. En rentrant chez elle, elle grimaça plusieurs fois ; sa main la brûlait par intermittence, comme si le courant électrique s’y baladait encore. Vraiment trop chelou, cette histoire. Avant de s’endormir, la botaniste en elle s’appliqua un cataplasme pour soulager sa douleur. Mais trop de questions la taraudaient pour trouver le sommeil ; et elle pensait savoir où trouver des réponses.


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Dies Irae | Ella Kvelgen
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