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 Dies Irae | Ella Kvelgen
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Vassili A. SterenkoÉtudiant・MolduavatarÉtudiant・Moldu
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MessageSujet: Dies Irae | Ella Kvelgen   Jeu 17 Mai - 17:22

Et ça frappait, sans discontinuer, encore et encore. Un coup, sec, violent, un coup qui résonne lorsqu’il s’éclate, un coup qui s’enchaîne avec un autre, puis un autre, et encore un autre. Ils s’écrasaient brutalement, ne mourraient que pour recommencer, avec une hargne renforcée. Encore et encore, encore et encore, encore et encore… Un coup, un autre coup. Prends ça. Et puis un autre coup. Le rythme régulier s’était effacé alors qu’ils tombaient avec toujours plus d’intensité, martellement incessant, frénétique, rendu fou par les bourrasques. Les hurlements ne pouvaient couvrir le bruit. Rien ne le pouvait.

On aurait pu croire qu’à un moment, les vitres de la serre cèderaient. Que sous les assauts répétés, elles se fendraient, se fissureraient, avant d’éclater. Un sinistre craquement, puis ce long cri cristallin, le verre qui éclate, tombe en une cascade translucide, tranchante, dégringole en d’infimes larmes aigues, sublimes dans la pénombre. Mais non. La pluie pouvait bien s’abattre dans toute leur fureur, jamais les vitres ne se craquelleraient. Elles en avaient vu d’autres, de ces bourrasques, de ces assauts des éléments sur l’île de Manadh. Même au cœur des plus impressionnantes tempêtes, leur froid éclat défiait toujours les lourds nuages noirs. Alors les gouttes s’écrasaient, pesantes, avec toute cette férocité redoublée et vaine. Un coup, un autre coup. Et puis un autre coup. Encore et encore, encore et encore.

Foutu temps de merde. Foutue pluie. Dans le ciel, les immenses masses sombres des cumulonimbus fuyaient à toute allure, et pourtant, il semblait toujours en venir d’autres, plus jeunes, plus menaçants encore, gorgés d’eau et de glace. Le vent soufflait en bourrasques assourdissantes, mugissait au-dessus de l’île, balayait tout ce qui se trouvait à la surface, faisait tinter légèrement les vitres de la serre. Mais ce tintement était noyé par le crépitement des gouttes d’eau qui s’abattaient frénétiquement, tambourinement fou des soirées d’hiver. Leurs trainées étaient immédiatement noyées dans l’averse, les chocs sourds se répétaient avec une telle rapidité qu’il était impossible de les distinguer les uns des autres.

Sur toute l’île, ce chaos recouvrait les bruits du quotidien, les conversations, les rires, le glissement du tramway comme le tintement des verres et des couverts. On ne s’entendait guère parler, il fallait hausser la voix pour communiquer ou, maussade, se taire. Toujours ce même claquement irrégulier qui n’en finissait pas, qui n’en finirait jamais, et qui résonnait toujours plus fort. Dans les serres de l’université, l’averse hurlait si fort contre le verre que c’est à peine si l’on avait pu entendre les jurons, les insultes, les cris, les râles, le fracas des coups, des chutes, des établis qui s’effondrent. Et cela tombait, encore et encore…

Vassili regardait les gouttes s’écraser. Avachi sur un divan de la salle de repos, la tête basculée en arrière, les bras étendus de part et d’autre, il paraissait comme crucifié. C’étaient les larmes qu’il ne pouvait pas pleurer, qui dégoulinaient au-dessus de lui, au-dessus de son visage froid. Elles hurlaient les cris qu’il ne pouvait hurler, libéraient cette furie qui ne pouvait sortir de son corps. Le violent crépitement occupait tout son esprit, résonnait sous son crâne, balayait toute pensée, toute réflexion. Rien, rien d’autre que le vide, et que cet incessant martellement.

Il sentait dans sa bouche le goût du sang.

Quelles plantes avait-il écrasé dans sa chute ? Quelles herbes médicinales, quelles fleurs odorantes, quelles essences rares avaient été piétinées ? Il l’ignorait, il s’en moquait un peu, à vrai dire. De toute façon, ce n’était pas là ce qu’on enseignait dans les lycées publics de Saint-Pétersbourg. Oh, certaines de ces espèces devaient être connues des moldus, quand bien même on ne risquait guère de les trouver sur les côtes du golfe de Finlande. Il avait même feuilleté certains ouvrages de botanique sorcière, dans la bibliothèque de ses parents. Mais ceux-ci s’étaient trouvés être ennuyeux au possible. Quel intérêt pouvaient avoir les mauvaises herbes, toute cette verdure-là ? Il laissait cette passion aux herbivores, aux ruminants de tous genres. Lui s’en moquait. Il s’en moquait comme il se moquait de tout e qui l’entourait, des quelques tables renversées, des pots brisés, de cette terre répandue partout sur le sol dallé, du personnel qui viendrait sûrement bientôt fermer le lieu, pour la nuit, de la journée qui l’attendait le lendemain, et de la semaine qui s’ensuivrait, de la prochaine année à venir et de ces longs mois à passer à Atlantis, au cœur de cette froide aberration, à potasser son droit.

Seules comptaient ces gouttes qui s’abattaient par rafale entières au-dessus de lui, assourdissantes.

Dieu, ce qu’il avait mal ! Au moindre mouvement un peu brusque, son dos lui tirait, comme si des griffes d’acier étaient plantées dans sa chair. La douleur remontait le long de sa colonne vertébrale, jusqu’au creux de sa nuque, où elle se faisait plus forte encore. Sa tête bourdonnait, sa mâchoire l’élançait. Le seul coup qu’il avait pris. Mais qui lui laissait toujours ce sale goût, cette brûlure qui ne le lâchait pas, engluée dans sa peau et dans son être. Il l’avait frappé, cette ordure. Il l’avait frappé. Cela lui laissait un goût amer un bouche, une haine, une rancune qui ne le lâchaient pas. Il l’avait frappé. Et lui s’était laissé surprendre, bêtement.

Il passa sa langue sur sa lèvre inférieure, laissa le goût métallique du sang se mêler à cette amertume.

La raclure.

Son corps meurtri gisait comme brisé, inanimé, désarticulé. Il pouvait déjà imaginer les longues traces violacées courir le long de son dos, sous ses côtes, stigmates douloureux de l’affrontement. Elles vireraient au bleu, elles vireraient au jaune, peu importait, elles marqueraient sa peau claire pour les prochaines semaines, et la souffrance resterait, plus encore. Posées en travers du dossier du divan, ses mains pendaient dans le vide, inerte, tristes volatiles crevés. Ses phalanges aussi étaient rougies, comme sous l’effet d’une bise trop glaciale. Mais c’était une toute autre bise qu’elles avaient offert – une bise autrement mordante.


Et soudain, sous le crépitement de l’averse et sous les hurlements des bourrasques, il se mit à rire, d’un rire clair, enfantin, joyeux. Le tambourinement des lourdes gouttes pouvait redoubler, il riait de plus belle, abrité des intempéries, insensible au spectacle de la mer houleuse qui se dessinait derrière lui. On aurait pu le croire devenu fou, bercé dans son délire par les sombres cumulonimbus, mais non, non, il était heureux, tellement heureux, de ce bonheur noir, mauvais, perfide, de ce bonheur teinté de méchanceté, de haine.

Ah, qu’il se sentait vivre ! La moindre pointe de souffrance était une caresse pour lui. Il vivait, il vivait, il existait ! Et ses mains meurtries, et ses phalanges qui l’élançaient le piquaient d’élans d’adrénaline. Il sentait encore les os heurter les os, le choc flasque de la chair, les cris étouffés, sourds, bercés par le tumulte de l’averse. Et ce regard, ce regard ! Même un regard amoureux n’eût pu davantage l’atteindre.

Le goût de son propre sang l’enivrait plus sûrement que n’importe quelle vodka, fut-elle tirée des eaux du Baïkal. Ah, du sang de sorcier, du foutu sang de sorcier ! Du sang de sorcier dans sa bouche, dont il se nourrissait, et qui le mordait, qui le piquait lorsqu’il passait la langue sur sa lèvre ensanglantée. Du sang de sorcier, mêlé, certes… son propre sang, oui, et pourtant il n’était pas sorcier. Par contre – il en était certain – du sang pur avait coulé, aussi, et cela le remplissait de joie.

Ah, la morgue, la morgue de l’aristocratie britannique ! Celle-là même qui voulait donner des leçons de flegme, de discipline, celle-là même qui se sentait supérieure à n’importe qui d’autre. Ils pouvaient tisser leurs arbres généalogiques sur des siècles et des siècles, au fil des générations, pour prouver la pureté de leur sang… Cela ne les empêchait pas de le voir bouillonner de passions vulgaires, bassement humaines…

Allons, toi qui est si fier de ton nom de famille, tu ne t’abaisserais pas à…

Eh, si.

Il avait entendu le mot, ce sale mot, dans la bouche de ce sale type, de ce sale étudiant fier de son sang-pur. Oh, il ne l’avait pas apprécié, ça, non. Ah, on pouvait le mépriser, lui, le cracmol, lui, l’étranger. Et celui-là ne s’en était pas privé. Il avait ignoré les avertissements, franchi les lignes. Il avait moqué l’air sombre du Russe, sa mâchoire grinçante, ses narines dilatées. Et avait encore davantage rit quand le visage du cracmol s’était complètement figé.

Mais c’est que, lorsqu’il se fige, ce visage, il faut fuir, détaler, tout sorcier que tu es. C’est que derrière cette façade froide, une décision a été prise.

Vassili l’avait suivi de loin, avait épié ses pas, discrètement, prudemment, avec toute cette lâcheté retorse de celui qui se dissimule avant de frapper. Il l’avait pisté, comme un charognard, guettant le moment de faiblesse de sa proie, sachant son amphi de l’après-midi pour ne surtout pas le lâcher. Oh, ris, ris ! Fais le paon ! Amuse ta cour ! Vous tous êtes tous identiques, tous semblables, avec votre vanité aveuglante… Il faut donc qu’un être qui vous paraisse inférieur soit traité pire qu’un domovoï, pire qu’un elfe domestique… Seulement, il en est qui peuvent se rebeller, il en est qui peuvent mordre, traîtreusement.

Il s’était faufilé dans la serre à sa suite, lui laissant le temps de l’oublier. Il était resté assis là, se mêlant à ceux qui passaient, à ceux qui s’installaient aux pieds des établis pour bavarder, à simplement attendre. Attendre, hors du regard de sa proie, que l’endroit se vide, en espérant, avec une ardeur sauvage, qu’il reste là seul, isolé, à sa merci.

Il était resté là. Seul. Isolé.

Et comme s’il voulait provoquer sa chance, Vassili avait encore attendu. Encore un peu, encore. *

La pluie, déjà, commençait à battre sur les parois de la serre.

Et puis, finalement, l’autre avait ramassé ses affaires. Il s’était levé, pour quitter la salle de repos, avant qu’elle ne ferme, son sac par-dessus l’épaule. Alors le cracmol s’était levé à son tour, et avait marché à sa rencontre, simplement, sans rien dire.

Dieu, qu’il avait mal, quand même. Son rire s’était mué en une grimace de douleur, alors qu’il cherchait une position plus confortable sur le divan, remuant faiblement la nuque dans l’espoir d’apaiser la souffrance. Mais non, elle restait, aigue, insupportable, et il renonça à la combattre, les yeux mi-clos, toujours étendu sous le plafond de cumulonimbus, sous la verrière qui crépitait toujours, sinistre.

Oh, il n’avait rien fait qu’exiger des excuses. Rien d’autre, eh, il n’y avait pas de quoi fouetter un animagus.

Il l’avait pris au col, certes, il l’avait un peu secoué, plaqué contre la vitre de verre. Il l’avait insulté, un peu. Resserrant son emprise à chaque fois que l’autre voulait répondre. Mélangeant volontiers les insultes en anglais ou en russe. Peu importe de toute façon, le ton était sans équivoque, glacial, violent, méprisant, implacable. Ils étaient si fiers de leur sang, que toute évocation qui portait atteinte à l’honneur de leur famille les faisait dérailler facilement.

Vassili, lui, ne s’était pas limité à parler de consanguinité ou de copulation avec certaines espèces peu valorisantes.

Il avait ri, lorsque l’autre avait sorti sa baguette. Oh, qu’il le tente donc ! Qu’il lui lance donc un sort ! Un étudiant qui s’attaque ainsi à un autre, un sorcier qui utilise de sa magie contre un autre qui… ne la maîtrise pas. Voilà qui pouvait assurément porter à conséquence – et pas uniquement pour la victime du sortilège. Il avait vu cette main tremblante, de rage, de peur ou d’impuissance, il n’aurait su le dire. Oh que non, petite raclure, oh que non, tu ne vas pas tenter cela. Tu ne le sais que trop bien.

Mais la baguette était passée de sa main droite à la gauche. Et c’était le poing droit qui avait atteint Vassili à la mâchoire. Le coup avait brusquement fait taire le Russe. Et fait peser un silence pesant sous le vacarme assourdissant de la pluie.

On peut rapidement rouiller, lorsqu’on perd l’habitude de se battre. On perd de ses réflexes, de sa vivacité. C’est que, comme toute autre activité, c’est l’entraînement mille fois répétés des mêmes gestes qui les fait entrer dans la chair, de telle sorte que ce n’est plus que la chair qui les répète à son tour, sans en rendre le moindre compte au cerveau. Vassili avait, en effet, perdu de sa rapidité. Les faubourgs de Pétersbourg étaient éloignés, et il s’était, jusqu’alors, relativement tenu à carreau.

Mais il est certaines choses que l’on n’oublie pas, de ces choses qui, immédiatement, rabaissent le caquet du moindre sang-pur, bien plus sûrement que le moindre sortilège, peut-être. A commencer par un crochet sous les côtes flottantes, dans l’estomac. Et lorsque le sang-pur en question se courbe sous la douleur, il est de bon ton de lui redresser la tête et les idées d’un coup de genou. C’est, du moins, ce qu’avait fait Vassili, envahi d’une haine glaciale. Et par la suite, il s’était déchaîné sur sa victime, sans la moindre pitié, sans penser un seul instant aux possibles conséquences de sa furie.

Il ne s’était pas arrêté lorsqu’il avait vu le sang couler. Il ne s’était pas arrêté lorsqu’il avait vu l’autre titubé, ne s’était pas arrêté lorsqu’il l’avait vu au sol. La pluie battait violemment les vitres de la serre, ses veines lui battaient violemment aux tempes, et il semblait sourd au moindre cri, à la moindre plainte, pris dans ces tumultueux battements de haine qui l’assourdissaient. D’un seul coup, tout se déchirer autour de lui, et le cracmol prenait sa revanche sur le monde, hurlait tout ce mépris qu’il avait reçu pendant toute sa vie dans une furie sauvage, et muette, se contentant de frapper comme il avait vu d’autres le faire, se contenter de frapper comme on l’avait déjà frappé, là-bas, sur les bords de la Neva.

Il frappait, frappait, frappait, comme les lourdes gouttes de cumulonimbus frappaient le verre, et leurs échos résonnaient de concert. Plus rien ne comptait que ce déferlement, ce déchaînement soudain, terrible. C’était comme un abcès que l’on perçait brutalement, et le pus de cette haine coulait, encore et encore, immonde, puant, et il suintait le long de ces phalanges déjà rougies, dans ces yeux aux pupilles dilatées par l’adrénaline.

Lorsque l’autre s’était retrouvé au sol, il avait voulu passer aux pieds. Le frapper dans le ventre. Encore, encore, encore. Qu’il en chiale. Qu’il en souffre. Mais sa victime tenait toujours sa baguette dans son poing. Et avait répliqué alors que son pied était encore en suspens dans l’air. Le corps du cracmol avait tournoyé, s’était lourdement abattu en travers des tables et des établis, dans un fracas sourd. Sa proie avait détalé, le temps qu’il se relève.

Alors il s’était traîné, boitant, haleté, le regard mauvais, la bouche tordue par un sinistre rictus. Et il s’était avachi en travers de ce divan, dans l’aire de repos, jouissant de cet appétit qui trop longtemps lui avait tordu le ventre, et qui était enfin rassasié – pour un temps, pour une fraction de seconde.

La pluie s’abattait toujours plus violemment, et lui restait là, hoquetant, à attendre que la nuit s’abatte sur lui.

Pour une fois, il se moquait éperdument du monde qui l’entourait. Mais cela, c’est parce qu’il ne connaissait pas encore la Kvelgen qui tenait le lieu.
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