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 Let's make a deal | Aillas Flint
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Vassili A. SterenkoÉtudiant・MolduavatarÉtudiant・Moldu
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    • Arrivé(e) le 04/05/2018 Messages 16 Points d’activité 83
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      Avatar : Serguei Sergueievitch Bodrov
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MessageSujet: Let's make a deal | Aillas Flint   Dim 13 Mai - 7:15

Cela bavardait, de partout. De table en table, les mêmes piaillements bavards revenaient toujours, et toujours les mêmes éclats de voix, les mêmes rires insupportables, tantôt trop aigus, tantôt trop forts pour être entièrement sincères. On se serrait sur les bancs de bois, on s’agglutinait en une masse informe, autour des chopes de bièraubeurre ou de cocktails fantasques, autour de cette bonne humeur forcée. On venait là pour passer du bon temps, et tous jouaient le jeu de cette pantomime hypocrite. Tous buvaient, et grignotaient et bavardaient, encore et encore, un long bourdonnement irrégulier de propos ineptes, creux, inutiles. D’alcôve en alcôve, entre les panneaux de bois brut, c’était toujours la même chose. Ragots, plaisanteries, souvenirs, moqueries. Les étudiants médisaient de leurs professeurs, ceux qui déjà travaillaient médisaient de leurs chefs. Il y avait dans tous ces rires ce fiel sournois, lâche, traître. Et ce fiel avait toujours le même goût, le goût d’une peur panique.

Elle se terrait au fond de leurs yeux à la pupille dilatée par l’alcool, elle se terrait à la commissure de ces lèvres d’où dégoulinait encore un peu de mousse, et dans les sourcils qui imperceptiblement se fronçaient, et dans les nuques qui se raidissaient brusquement, comme sous l’effet d’un courant d’air. On la percevait parfois dans les gestes maladroits, timides, dans ces jambes qui trépignaient sous les tables, dans ces regards en coin, dans ces rires forcés. Surtout, on sentait sa puanteur dans ce bruit incessant et inutile des conversations.

Ils avaient peur du silence. Peur de voir les mots s’éteindre sur leurs lèvres, peur de voir les visages se fermer, quand tout ce qu’il y avait à dire devait être dit, quand les cordes vocales cessaient de vibrer pour ne laisser que des regards gênés, inquiets. Et dans cette extinction de la parole, dans ce vide oppressif qui s’installe, chacun était renvoyé à soi, chacun était renvoyé à sa solitude. Alors ils paniquaient. Alors ils s’affolaient. Ils gesticulaient, ouvraient grand la bouche. Cette peur bestiale, animale, d’être seul, éloigné de la meute, exclu du troupeau, de toute cette force collective, de cette masse dans laquelle on se fond pour s’oublier, oublier qu’on n’est qu’un infime et frêle fétu de paille, baladé de part et d’autre, sans le moindre contrôle sur quoi que ce soit.

Et tous voulaient fuir cette peur, qu’ils soient sorciers, moldus, jeunes ou adultes, hommes ou femmes, d’où qu’ils viennent, quelles que soient leurs origines. Alors ils se rassemblaient autour du plus petit dénominateur commun : la mesquinerie, la médisance, la moquerie. Pour faire partie du même groupe, tous, rassemblés autour de leurs verres, tous attaquaient impitoyablement la moindre proie qui se présentait à la meute, d’un seul geste, d’un seul mouvement.

Ils griffaient. Ils mordaient. A coup de bavardages, de paroles en l’air, de bas dénigrements. Pour se regrouper, ils trouvaient un ennemi commun, et alors toute conversation consistait en des coups bas, lâches, sournois. Pour publier leurs différences, ils s’abaissaient tous à mordre ce qui se présentait de différent, d’extérieur, d’étranger. Sale réflexe. L’union face à un adversaire commun, l’union traîtresse de la majorité contre la minorité, de la masse contre l’individu… Et ces attaques se faisaient à coups de rires, de plaisanteries, de ragots. Plus les visages souriaient, plus forte était cette ignoble lâcheté. En toute sécurité, derrière leurs choppes, ils critiquaient tout ce qui leur venait à l’esprit, et ne faisait pas partie de leur groupe. Tel prof avait dit… Oh, ça oui, il était ridicule, totalement… Et puis tel étudiant… il avait fait… Et ça continuait, encore et encore, harcèlement sans conséquence, piaillement délateur ; celui qui se montrait le plus agressif, le plus violent, gagnait l’assurance d’être le plus populaire, chef de cette meute sournoise.

Vassili regardait la masse informe avec une amertume à peine dissimulée. Il observait les épaules s’affaisser, les corps s’avachir, les lèvres dégoulinant de mousse, les têtes dodelinant, les jambes qui s’étiraient, paresseuses, sous les tables salies de bière, de miettes, de multiples papiers gras et froissés. Des gens normaux, bêtes et normaux, qui sociabilisaient, s’amusaient, riaient. Le corps renversé en arrière, la main sur sa choppe sans vraiment boire, il écoutait le fil décousu des conversations, se laissant distraire d’un groupe à l’autre, jusqu’à se perdre dans le brouhaha, puis de se raccrocher à une voix plus claire, plus forte.

Il ne ferait jamais partie de la meute. Il ne serait jamais là, avec les autres, le regard allumé d’une lueur sournoise, le rire mauvais, à partager leur fielleuse bonne humeur. Pas de sourires pour lui, pas de regards complices, ni de gestes fraternels. Rien que des corps étrangers, presque hostiles. Moldus, sorciers, c’était pareil. Qu’ils aient ou non des pouvoirs, qu’ils se montrent tolérants ou bien réactionnaires, il n’était pas de leur monde, et il se heurtait à cette lourde barrière de mépris, de moquerie, de haine, parfois. A quoi bon essayer de s’approcher, de parler, de se perdre dans ce flux d’insignifiances ? A quoi bon tenter de s’intégrer à la meute ? Il voyait déjà ces rictus carnassiers se tournaient vers lui. Puisqu’il faut se jeter sur le plus faible, il fallait se jeter sur celui qui paraissait différent, sur celui qui, jamais, n’appartiendrait à la masse.

Oh, il savait qu’il ne valait pas mieux qu’eux, au fond. Il n’était ni plus méritant, ni plus brillant, cela était certain. Certains dans le tas pouvaient être plus vifs ou plus forts, avoir un esprit acéré, une impressionnante culture. D’autres au contraire se montraient balourds, bêtes, lents. Et pourtant, tous ceux-là avaient leur place dans cet informe troupeau, tandis que lui restait seul, toujours, marqué par ce stigmate qui lui collait à la peau, marqué par cette haine et ce mépris qui l’avaient façonnés, qu’il s’était appropriés, et qu’il jetait à la face de tous ceux qui faisaient un pas vers lui – par simple réflexe, rien de plus, rien de personnel.

Il ne hocha qu’à peine la tête lorsqu’on lui apporta son plateau, ne lâcha qu’un faible merci. Il n’avait pas la tête à être aimable. Il n’avait pas envie de se fendre d’un faux sourire, de prendre une intonation cordiale qui ne serait pas la sienne. Tant pis pour la bienséance, elle payait pour cette mauvaise humeur qu’accentuaient ces rires, ces éclats de voix joyeux.

Que diable venait-il faire ici, aussi ? Il ne supportait pas le contact de ses pairs, il ne supportait pas la vue de ces personnes que déjà l’alcool rendaient plus impulsives, maladroites, vulgaires, méprisables. Mais il préférait s’infliger cela plutôt que de rester enfermer entre les quatre murs de sa chambre étudiante, plutôt que de faire les mille pas dans ces quelques mètres carrés, d’être coincé dans ce silence étouffant, perturbé par les échos des chambres voisines mal insonorisées. Il préférait s’infliger la présence des autres, aussi insupportable soit-elle, que de rester seul, face à lui-même, dans sa solitude.

D’un geste machinal, Vassili but quelques gorgées de bière, attrapa un de ces pilons de poulet épicé. Devant lui traînait son bouquin de droit, quelques feuilles éparses de notes éparpillées à côté, plus pour la forme que pour vraiment travailler. Il n’arrivait pas à se concentrer, à se consacrer à ces énièmes articles de doctrine, à mettre de côté son amertume et sa colère pour se poser, lire, écrire, travailler. Il mangeait sans trop y penser ses frites trop grasses, buvait, les yeux perdus dans le vide, sans même en profiter régulièrement, sans même sentir un peu l’alcool qui pénétrait dans son sang, et dans son esprit Une autre pinte, vide, était posée à côté de lui.

On lui avait pris, progressivement, les chaises de sa tablée. Il n’attendait personne, se contenter d’acquiescer silencieusement quand on lui demandait si on pouvait en prendre une, désolé, on a d’autres amis qui nous ont rejoint, il n’y a pas beaucoup de place… Allez, servez-vous donc, tant que je ne me retrouve pas sur le sol. Profitez de votre soirée, buvez, buvez donc, et laissez-moi en paix. La plupart du temps, on ne le regardait même pas quand on lui posait la question. Comme si on craignait de regarder cet étudiant qui buvait seul, dans son coin, l’air sombre. De toute façon, lui non plus ne prenait même pas la peine de s’intéresser à ceux qui osaient s’approcher. Ils faisaient partie de cette masse bavarde insupportable. On lui avait encore laissé la chaise sur laquelle était posée son sac, c’était déjà ça. Ce n’était qu’une question de temps de toute façon, pour que quelque vienne la lui réclamer, pour rejoindre une autre tablée, imaginait-il. Mais en cela il se trompait.
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