Let's make a deal | Aillas Flint

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Sujet: Let's make a deal | Aillas Flint | Dim 13 Mai - 7:15
Cela bavardait, de partout. De table en table, les mêmes piaillements bavards revenaient toujours, et toujours les mêmes éclats de voix, les mêmes rires insupportables, tantôt trop aigus, tantôt trop forts pour être entièrement sincères. On se serrait sur les bancs de bois, on s’agglutinait en une masse informe, autour des chopes de bièraubeurre ou de cocktails fantasques, autour de cette bonne humeur forcée. On venait là pour passer du bon temps, et tous jouaient le jeu de cette pantomime hypocrite. Tous buvaient, et grignotaient et bavardaient, encore et encore, un long bourdonnement irrégulier de propos ineptes, creux, inutiles. D’alcôve en alcôve, entre les panneaux de bois brut, c’était toujours la même chose. Ragots, plaisanteries, souvenirs, moqueries. Les étudiants médisaient de leurs professeurs, ceux qui déjà travaillaient médisaient de leurs chefs. Il y avait dans tous ces rires ce fiel sournois, lâche, traître. Et ce fiel avait toujours le même goût, le goût d’une peur panique.

Elle se terrait au fond de leurs yeux à la pupille dilatée par l’alcool, elle se terrait à la commissure de ces lèvres d’où dégoulinait encore un peu de mousse, et dans les sourcils qui imperceptiblement se fronçaient, et dans les nuques qui se raidissaient brusquement, comme sous l’effet d’un courant d’air. On la percevait parfois dans les gestes maladroits, timides, dans ces jambes qui trépignaient sous les tables, dans ces regards en coin, dans ces rires forcés. Surtout, on sentait sa puanteur dans ce bruit incessant et inutile des conversations.

Ils avaient peur du silence. Peur de voir les mots s’éteindre sur leurs lèvres, peur de voir les visages se fermer, quand tout ce qu’il y avait à dire devait être dit, quand les cordes vocales cessaient de vibrer pour ne laisser que des regards gênés, inquiets. Et dans cette extinction de la parole, dans ce vide oppressif qui s’installe, chacun était renvoyé à soi, chacun était renvoyé à sa solitude. Alors ils paniquaient. Alors ils s’affolaient. Ils gesticulaient, ouvraient grand la bouche. Cette peur bestiale, animale, d’être seul, éloigné de la meute, exclu du troupeau, de toute cette force collective, de cette masse dans laquelle on se fond pour s’oublier, oublier qu’on n’est qu’un infime et frêle fétu de paille, baladé de part et d’autre, sans le moindre contrôle sur quoi que ce soit.

Et tous voulaient fuir cette peur, qu’ils soient sorciers, moldus, jeunes ou adultes, hommes ou femmes, d’où qu’ils viennent, quelles que soient leurs origines. Alors ils se rassemblaient autour du plus petit dénominateur commun : la mesquinerie, la médisance, la moquerie. Pour faire partie du même groupe, tous, rassemblés autour de leurs verres, tous attaquaient impitoyablement la moindre proie qui se présentait à la meute, d’un seul geste, d’un seul mouvement.

Ils griffaient. Ils mordaient. A coup de bavardages, de paroles en l’air, de bas dénigrements. Pour se regrouper, ils trouvaient un ennemi commun, et alors toute conversation consistait en des coups bas, lâches, sournois. Pour publier leurs différences, ils s’abaissaient tous à mordre ce qui se présentait de différent, d’extérieur, d’étranger. Sale réflexe. L’union face à un adversaire commun, l’union traîtresse de la majorité contre la minorité, de la masse contre l’individu… Et ces attaques se faisaient à coups de rires, de plaisanteries, de ragots. Plus les visages souriaient, plus forte était cette ignoble lâcheté. En toute sécurité, derrière leurs choppes, ils critiquaient tout ce qui leur venait à l’esprit, et ne faisait pas partie de leur groupe. Tel prof avait dit… Oh, ça oui, il était ridicule, totalement… Et puis tel étudiant… il avait fait… Et ça continuait, encore et encore, harcèlement sans conséquence, piaillement délateur ; celui qui se montrait le plus agressif, le plus violent, gagnait l’assurance d’être le plus populaire, chef de cette meute sournoise.

Vassili regardait la masse informe avec une amertume à peine dissimulée. Il observait les épaules s’affaisser, les corps s’avachir, les lèvres dégoulinant de mousse, les têtes dodelinant, les jambes qui s’étiraient, paresseuses, sous les tables salies de bière, de miettes, de multiples papiers gras et froissés. Des gens normaux, bêtes et normaux, qui sociabilisaient, s’amusaient, riaient. Le corps renversé en arrière, la main sur sa choppe sans vraiment boire, il écoutait le fil décousu des conversations, se laissant distraire d’un groupe à l’autre, jusqu’à se perdre dans le brouhaha, puis de se raccrocher à une voix plus claire, plus forte.

Il ne ferait jamais partie de la meute. Il ne serait jamais là, avec les autres, le regard allumé d’une lueur sournoise, le rire mauvais, à partager leur fielleuse bonne humeur. Pas de sourires pour lui, pas de regards complices, ni de gestes fraternels. Rien que des corps étrangers, presque hostiles. Moldus, sorciers, c’était pareil. Qu’ils aient ou non des pouvoirs, qu’ils se montrent tolérants ou bien réactionnaires, il n’était pas de leur monde, et il se heurtait à cette lourde barrière de mépris, de moquerie, de haine, parfois. A quoi bon essayer de s’approcher, de parler, de se perdre dans ce flux d’insignifiances ? A quoi bon tenter de s’intégrer à la meute ? Il voyait déjà ces rictus carnassiers se tournaient vers lui. Puisqu’il faut se jeter sur le plus faible, il fallait se jeter sur celui qui paraissait différent, sur celui qui, jamais, n’appartiendrait à la masse.

Oh, il savait qu’il ne valait pas mieux qu’eux, au fond. Il n’était ni plus méritant, ni plus brillant, cela était certain. Certains dans le tas pouvaient être plus vifs ou plus forts, avoir un esprit acéré, une impressionnante culture. D’autres au contraire se montraient balourds, bêtes, lents. Et pourtant, tous ceux-là avaient leur place dans cet informe troupeau, tandis que lui restait seul, toujours, marqué par ce stigmate qui lui collait à la peau, marqué par cette haine et ce mépris qui l’avaient façonnés, qu’il s’était appropriés, et qu’il jetait à la face de tous ceux qui faisaient un pas vers lui – par simple réflexe, rien de plus, rien de personnel.

Il ne hocha qu’à peine la tête lorsqu’on lui apporta son plateau, ne lâcha qu’un faible merci. Il n’avait pas la tête à être aimable. Il n’avait pas envie de se fendre d’un faux sourire, de prendre une intonation cordiale qui ne serait pas la sienne. Tant pis pour la bienséance, elle payait pour cette mauvaise humeur qu’accentuaient ces rires, ces éclats de voix joyeux.

Que diable venait-il faire ici, aussi ? Il ne supportait pas le contact de ses pairs, il ne supportait pas la vue de ces personnes que déjà l’alcool rendaient plus impulsives, maladroites, vulgaires, méprisables. Mais il préférait s’infliger cela plutôt que de rester enfermer entre les quatre murs de sa chambre étudiante, plutôt que de faire les mille pas dans ces quelques mètres carrés, d’être coincé dans ce silence étouffant, perturbé par les échos des chambres voisines mal insonorisées. Il préférait s’infliger la présence des autres, aussi insupportable soit-elle, que de rester seul, face à lui-même, dans sa solitude.

D’un geste machinal, Vassili but quelques gorgées de bière, attrapa un de ces pilons de poulet épicé. Devant lui traînait son bouquin de droit, quelques feuilles éparses de notes éparpillées à côté, plus pour la forme que pour vraiment travailler. Il n’arrivait pas à se concentrer, à se consacrer à ces énièmes articles de doctrine, à mettre de côté son amertume et sa colère pour se poser, lire, écrire, travailler. Il mangeait sans trop y penser ses frites trop grasses, buvait, les yeux perdus dans le vide, sans même en profiter régulièrement, sans même sentir un peu l’alcool qui pénétrait dans son sang, et dans son esprit Une autre pinte, vide, était posée à côté de lui.

On lui avait pris, progressivement, les chaises de sa tablée. Il n’attendait personne, se contenter d’acquiescer silencieusement quand on lui demandait si on pouvait en prendre une, désolé, on a d’autres amis qui nous ont rejoint, il n’y a pas beaucoup de place… Allez, servez-vous donc, tant que je ne me retrouve pas sur le sol. Profitez de votre soirée, buvez, buvez donc, et laissez-moi en paix. La plupart du temps, on ne le regardait même pas quand on lui posait la question. Comme si on craignait de regarder cet étudiant qui buvait seul, dans son coin, l’air sombre. De toute façon, lui non plus ne prenait même pas la peine de s’intéresser à ceux qui osaient s’approcher. Ils faisaient partie de cette masse bavarde insupportable. On lui avait encore laissé la chaise sur laquelle était posée son sac, c’était déjà ça. Ce n’était qu’une question de temps de toute façon, pour que quelque vienne la lui réclamer, pour rejoindre une autre tablée, imaginait-il. Mais en cela il se trompait.
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Sujet: Re: Let's make a deal | Aillas Flint | Dim 3 Juin - 13:20
Après une journée de boulot fructueuse où Aillas avait pu obtenir des renseignements intéressants sur l'avenir d'Atlantis, il avait décidé de se détendre au Scottish Inn. Il avait un peu de temps à tuer avant de se rendre chez ses parents pour dîner. Encore une rencontre arrangée avec sa fiancée et sa famille. Amaryllis, allait-elle encore rester muette comme une veracrasse  passant son temps à rougir et à baisser les yeux ? En bon fils, il se montrerait gentleman et attentif même si il compterait les minutes dans l'attente de retrouver sa liberté et de rejoindre sa plume à papotte pour passer une nouvelle nuit inoubliable. Il lui avait trouvé un présent qui lui avait fait penser à elle, à sa fougue, à son naturel qui l'ensorcelait...

D'un pas vif, il arriva au pub et entra. Son regard sombre embrassa la scène. De nombreux moldus se mêlaient aux clients sorciers. Des alcooliques pour la plupart qui enchaînaient des bières en espérant que l'alcool leur donnerait le courage d'aborder des jeunes femmes en manque d'affection.

Pathétique et pourtant, son visage restait impassible. Il se rendit au bar pour commander un verre de whisky pur feu. Sur le chemin, il remarqua un client solitaire qui semblait désabusé. Il mangeait et buvait sans plaisir. Etrange surtout qu'il était jeune et à cet âge, les soirées entre potes étaient primordiales pour se connaître et créer des alliances.

Son regard s'arrêta sur les feuilles étalées devant lui. Des cours de droit. Que faisait un étudiant seul dans ce lieu ? Ce n'était pas l'idéal pour préparer un examen avec tous les fêtards qui chantaient à la moindre occasion.

Son verre à la main, il s'approcha de lui dans l'intention de tester ses connaissances et voir si il pourrait lui être utile dans ses recherches. Il lui demanda d'un ton amusé :

- Cette chaise est prise ?

L'ancien serpentard ne voulait pas lui prendre mais bien s'installer avec lui. Il arqua un sourcil et son regard ne le quittait pas. Il analysait les traits et les expressions de son visage. Il était persuadé ne jamais l'avoir encore croisé sur cette île de malheur. Avoir un pion à l'UPA serait un premier pas pour obtenir des informations et savoir quels enseignants pourraient devenir son allié. D'ailleurs, il avait appris la nomination de l'un de ses anciens condisciples : Lyrold. Il faudrait qu'il prenne le temps d'assister à l'un de ses cours d'histoire. Son camarade avait fait un drôle de choix, d'évoquer l'histoire sorcière en la mariant à celle moldue. Peut-être que sa vision du passé lui permettrait de comprendre pourquoi son ministère avait voulu créer Atlantis ?


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Sujet: Re: Let's make a deal | Aillas Flint | Mar 12 Juin - 19:42
« Cette chaise est prise ? »

Il y a des questions stupides, parfois.

En général, elles vous tombent dessus avec leur air lourdaud, leur mine boursouflée. Et vous levez les sourcils, vous levez les yeux au ciel, parce que, bon sang, vous auriez bien aimé ne pas relever cette fichue question. Mais on n’y échappe pas. Elles se dandinent un moment dans l’air, pataudes, et elles sont si faciles à reconnaître : on dirait un canard obèse, un de ces piafs grotesques qui ne sont pas foutus de voler, et qui battent lentement des ailes, mollement, sans réelle motivation, sans faire le moindre effort. Et puis avec un bruit gras et flasque, elles vous arrivent dessus, presque surprises d’elles-mêmes, d’être tombées sur quelque chose, sur quelqu’un, d’arriver là, ridicules et maladroites, sur le fil tendu de la conversation. Ce fil, lui, d’un seul coup s’appesantit, se distend, perd de sa nervosité pour n’être qu’une ligne molle, coulante, coulant de la maladresse de la question.

Cette chaise est prise ?

Paresse du langage, fainéantise des mots. Comme si leur raccrocher le crochet d’un point d’interrogation pouvait les aider à s’agripper plus facilement à l’attention d’un quelconque interlocuteur, trop peu intéressant pour qu’on prenne la peine de parler franchement, ou de s’interroger sincèrement. Non, il fallait rester dans cet entre-deux nonchalant, dans cette politesse fragile, dans ce faux intérêt à autrui. Comme si une bête intonation pouvait suffire à élever le tout. Mais même cette intonation s’affalait, le point d’interrogation avait tendance à se ramasser sur lui-même, conscient, peut-être, qu’il ne servait lui-même pas à grand-chose.

A quoi bon poser ce genre de question. Si elles étaient sincères, on en attendrait impatiemment la réponse. Mais non, non, elle la couvait déjà dans leurs graisses interrogatives, elles détournaient précisément l’attention dès lors qu’elles sentaient qu’on leur répondait, comme honteuses de voir leur supercherie révélée. Elles s’interrogeaient sur tout et n’importe quoi, sur ce qui était sous leur nez, sur ce dont elles se moquaient, sur ce dont elles ne voulaient surtout pas avoir d’informations, pas même le moindre indice. Elles s’enfuyaient, gênées, si elles voyaient que, brusquement, elles avaient déniché quelque chose de pertinent, d’important, de sensible, soit quelque chose de complètement inapproprié pour elles.

Et toujours, elles revenaient, absurdes, fières de porter sur leurs ailes flasques les mêmes évidences creuses, les mêmes interrogations rhétoriques. Ça va ? demandait-t-on, et diable, pourvu que l’on ne nous réponde pas, ou du moins pas par autre chose qu’un reflet misérable, tendu en réaction : et toi ? Et ça continuait, bête, gauche, ridicule : tu ne trouves pas qu’il fait froid ? t’es bien rentré ? t’as bien mangé ? Comme si on ne voulait pas lâcher l’autre, mais qu’on ne retrouvait rien d’autre intéressant à dire, ou bien que l’on n’était soi-même guère intéressant, ni intéressé. Cela vous faisait passer, à très peu de frais, c’est vrai, pour quelqu’un de soucieux des autres, de fort poli. Cette chaise est prise ?

Vassili ne réfléchissait pas même à tout ça. Il ne voyait que la fausseté des bonnes manières, cette politesse mielleuse, presque sournoise. Pourquoi donc l’autre prenait la peine de le déranger. Ouais, la chaise était libre. Ouais, il pouvait la prendre. Elle ne lui appartenait pas, il n’en avait pas besoin, pas même pour étendre ses jambes, pour y poser les pieds. Qu’il la prenne donc. Il méprisait cette prudence de la courtoisie, l’hypocrisie des bonnes manières. Quelles précautions fallait-il rien que pour prendre une chaise, quelle couardise bourgeoise pour interpeler la moindre personne. Quoi, il ne fallait heurter personne ? Avoir des rapports distants, policés, froids, calculés, et soigneusement relevés à coup d’interrogatives inutiles ?

Le cracmol avait relevé la tête, lorsque l’autre lui avait demandé si sa chaise était libre. Un regard méfiant de côté, pour jauger l’étranger. Mais celui-ci le fixait trop fixement, trop intensément à son goût. Il ne voulait pas croiser son regard trop longtemps. Il ne tenait pas à se mesurer à lui, à jouer à celui qui fléchirait le premier, détournerait les yeux le premier. Peut-être parce qu’il assumait que l’autre était futile, arrogant, un peu lâche, à l’image de ceux de son genre, et qu’il ne voulait pas se tromper. Alors Vassili n’avait laissé son regard se poser sur le nouveau venu que moins d’une seconde, une petite seconde de politesse, pour marquer le fait qu’il l’avait bien pris en compte, avant de regarder de nouveau devant lui, comme s’il ne lui accordait pas plus d’importance que cela. En même temps, il se renfonçait négligemment dans sa chaise, comme pour se donner une contenance.

Cela lui avait suffi, pour jauger l’autre. D’un coup d’œil, il avait balayé celui qui venait l’importuné : métis, grand, baraque, propre sur lui, un large verre à la main. Sûrement un alcool fort, sûrement un whisky, pour autant qu’il pouvait en juger. Oh, il était si tentant d’en déduire un portrait, d’en déduire les traits de caractère de celui qui l’importunait. Tout cela respirait la suffisance, l’arrogance, un certain mépris des autres et une forte estime de soi, des habitudes procédurières et une sournoise lâcheté, cette ruse de celui qui ne s’embarrasse guère de scrupules.

Le métis portait son aisance, ses bonnes habitudes par-dessus lui. Il en fallait bien peu pour s’en rendre compte, de la stature assurée à l’habit de qualité, la coupe propre, nette. Les petits administrateurs n’ont pas les moyens de s’habiller ainsi, les professeurs ne se distinguent que par leur mauvais goût, les commerciaux sont bien plus superficiels, le reste est bien trop souvent anodin. Et lui arrivait, avec sa répugnante élégante, semblable à une huile, qui viendrait s’encanailler dans cette chaleur populaire, entre les étudiants déjà ivres, et les habitués qui s’envoyaient leurs habituels godets, bavant leurs propos de comptoirs, riant à gorge déployée. Les gens de cette classe avaient cette raideur, qui les rend souvent étrangers à ces lieux.

Ils ne faisaient pas partie de ces lieux. Ils ne faisaient pas partie de son monde. Il n’avait pas leur bonne tenue, il n’avait pas leurs expressions, il n’avait pas leurs relations, il n’avait pas leurs références. Il n’avait pas leur maintien. Il n’avait pas leurs habitudes. Il suffit de s’approcher d’un de ces types-là, pour bien le sentir. Rien que de le laisser vous regarder. Vous sentirez poindre ce mépris. Cette supériorité. Vous êtes vus comme un étranger. Vous n’êtes perçus que de manière utilitariste. Avec un peu de naïveté, on vous considère. Pourquoi ne pas avoir le bon goût d’avoir leurs goûts, pourquoi ne pas avoir la bonne tenue d’avoir leur tenue ?

Instinctivement, il sentait bien que l’autre faisait partie de cette caste. Ces gens-là ne s’abaissent jamais. Si vous n’avez pas la moindre utilité : ils vous lâchent. Sans pitié, sans haine, sans mépris. Ils vous lâchent, simplement : vous n’êtes pas des leurs. Ses parents avaient été lâchés, ouais. Il était trop jeune à l’époque, et depuis, ils n’en avaient pas parlé, il le savait.

Du coin de l’œil, il voyait l’autre qui ne le lâchait pas du regard. Le cracmol se sentait réduit à n’être qu’un paramètre, un élément d’un calcul, un être qui bien tourné pouvait se rendre utile, mais pas en lui-même, pas pour lui : pour les intérêts d’un autre. Pour les intérêts de cet inconnu, ou pour un quelconque supérieur, un quelconque donneur d’ordre. Peu importait, ce n’était pas pour lui. Il en avait tellement connus, de ceux qui se vendent. Qui allaient tâcher leurs survêtements de sueur ou de sang, pour espérer un quelconque retour, mais à chaque fois ils gagnaient moins que ce qu’ils offraient. Sinon, eh, pourquoi aurait-on voulu les employer ? Il méprisait ces types sûrs d’eux, qui versaient dans les pires combines et les pires saloperies pour servir de ces cheffaillons. Ceux-là n’avaient pas l’élégance aristocratique, sûrement, et n’arrivaient pas à sortir de leurs conditions de capots, de vulgaires miliciens bien placés. Mais ça revenait au même, le mépris n’en était que plus violent.

D’un geste du menton, Vassili hocha la tête.

« Tu fais ce que tu veux avec la chaise, elle m’appartient pas. »
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