Nobody likes having salt rubbed into their wounds | Charlotte Moore

Vassili A. Sterenkoavatar
• Étudiant Moldu •
http://www.catharsis-rpg.com/t1721-vassili-aleksandrovitch-stereMessages : 54 Points : 36
Pseudo : Sevy
Avatar : Serguei Sergueievitch Bodrov
Crédits : Listal
• Plus d'informations •
Feuille de personnage
Lieu de résidence:
Patronus:
Informations supplémentaires:
Sujet: Nobody likes having salt rubbed into their wounds | Charlotte Moore | Mar 8 Mai - 15:10
Le vent soufflait, en longues rafales irrégulières. Le relief de l’île avait beau briser son souffle, il parvenait à toujours s’engouffrer jusqu’aux criques les plus abritées, jusqu’au moindre recoin, pour balayer les graminées, faire grincer les frêles arbustes. Dans le ciel, les nuages de décembre courraient, se poursuivaient, se tordaient, emportés par les vents de haute altitude.  A chaque instant, ils menaçaient de se fendre en une averse glaciale, mais non, torturés par les courants aériens, ils ne faisaient que défiler, s’arracher pour se recomposer plus loin, sans que la pluie ne tombe.

Vassili avait remonté le col de son manteau, pour s’abriter ne serait-ce qu’un peu. Ce temps lui plaisait. Il n’y avait personne dans les salines. Personne pour venir l’importuner, personne pour venir jacasser, ou s’agiter. De plus en plus, il recherchait cette solitude, fuyait les rues agitées de la ville, pour se perdre dans la nature, sur les reliefs de l’île ou au cœur des marais salants. Assis sur un frêle talus, au milieu des graminées courbées par la brise, il maintenait plaquées les pages de son manuel de droit, pour pouvoir lire sans qu’elles ne s’envolent.

« Jurisprudence du 4 octobre 1993, McCornec VS Cinnagan. Présence d’une habitation de famille sorcière sur une propriété moldue. »


Soigneusement, il soulignait les passages importants au crayon à papier, sa main en travers du livre. Le coin inférieur de la page battait frénétiquement, agité par les bourrasques, et l’on aurait dit un papillon de papier pris dans une toile, se débattant pour s’échapper, en vain. De temps en temps, Vassili l’écrasait, d’un revers de la manche, plus par réflexe qu’autre chose. Mais il suffisait qu’il tourne une page, ou qu’il ait à souligner une autre ligne, pour que le faible battement reprenne, sans qu’il n’y prête guère d’attention.

A ses pieds, l’eau des bassins se ridait, accompagnant le mouvement des herbes folles. Avant l’automne, les marais avaient été abandonnés de tous, paludiers comme promeneurs. Certains canaux s’envasaient, certaines petites digues s’étaient effondrées. Parfois, les minces sentiers disparaissaient sous l’eau, et il fallait alors faire un détour pour retrouver un passage à sec, si l’on ne souhaitait pas s’embourber. D’autres fois, au contraire, les bassins s’étaient asséchés, les arrivées d’eau étant obstruées, par manque d’entretien. Ne restait alors que cette vase, dans laquelle on s’enfonçait jusqu’au mollet, si on avait le malheur de dévier des pistes tracées. Partout, la nature reprenait ses droits, anarchique, sauvage. Sous le ciel plombé, les graminées s’agitaient, plongeant leurs racines là où, pendant l’été, on les désherbait soigneusement. Les oiseaux des marais, eux, avaient disparu avec la venue des violentes pluies d’automne, et le lent mugissement des bourrasques résonnait seul au-dessus des salines.  

« Le droit sorcier tout comme le droit moldu britannique sont des droits coutumiers, qui se basent sur… »

Toujours les mêmes éléments, que l’on voit dès les premières semaines de cours, toujours les mêmes définitions. Il n’y avait rien de plus rébarbatif que le droit. On se perdait, d’arrêt en arrêt, de jurisprudence en jurisprudence, et chaque institution différente semblait vouloir se faire la guerre. Les sorciers ne devraient pas être jugé par un tribunal moldu, trépignaient les uns. Chaque citoyen doit être jugé de manière identique, répliquaient les autres, pendant que ceux qui appelaient à des cours mixtes se perdaient de coutume en coutume.

Eternelles querelles de juristes, d’administrateurs, de ces gens-là qui ne raisonnaient qu’en termes de règlements, leur esprit étroit bien décidé à coincer chaque tranche de vie dans une norme différente. Et lui se tartinait ça, perdu au milieu des salines, patiemment. Il méprisait ce qu’il lisait, fronçait le nez de temps en temps. Tout cela n’était qu’un verbiage de gens pointilleux, occupés à se perdre dans des détails procéduraux. De ces êtres mesquins que l’on retrouvait dans les administrations, et qui vous refilait toujours leurs formulaires soigneusement numérotés. Il en avait croisé de ces larves, au bureau de l’immigration magique.

Il n’y a rien de plus humiliant que cette  violence bureaucratique, la force d’un tampon, d’une quelconque feuille, qui vous écrase impitoyablement, sans vous laisser la moindre issue. Il en avait bouffé, de ces misérables, qui lui rétorquaient que non, désolé, il fallait voir ça avec tel département, revenir avec tel questionnaire, remplir telle déclaration… On lui avait renvoyé à la face qu’il était un cracmol, on le lui avait renvoyé à chaque rencontre, à chaque question, et non pas avec mépris, crainte, haine, pitié, dégoût, mais avec une froideur implacable, un calme procédurier. Non monsieur. Nous sommes désolés. Vous n’êtes pas un sorcier, notre service n’est pas compétent. Je vous souhaite une bonne journée monsieur.

Misérables larves.

Il enrageait, face à son impuissance, il aurait voulu lever le poing, hurler, s’écraser ses phalanges dans la mâchoire du premier venu, en saisir par le col pour les plaquer contre un mur. Mais ils étaient toujours aimables et distants, serviables et inflexibles, sans la moindre aspérité, et c’était contre les murs de son misérable studio londonien qu’il avait balancé ses poings, jurant dans sa langue maternelle.

Et maintenant, il étudiait pour devenir comme eux. Gagner sa croûte dans son coin, dans un bureau, à voleter de paperasse en paperasse, avant de pouvoir se saouler la gueule le soir. C’était bien la meilleure vie que pouvait aspirer quelqu’un comme lui. Fuir les tâches de moldus, et perdre les sorciers dans un dédale bureaucratique. Future vie de merde, mais éloignée de tous, et correctement payée.

« Concernant la primauté d’un droit moldu sur un droit sorcier ou de l’inverse dans de telles affaires, la doctrine se divise suivant… »

D’un geste agacé, il referma son livre.

Il s’en foutait des atteintes au droit de propriété de McCornec ou des usages antérieurs qui justifiaient ou non l’établissement de cette foutue famille de sorcier sur ses terres. Qu’ils aillent se faire voir. Qu’ils se foutent dessus directement si ça les gênait tant que ça. Les uns et les autres se détestaient toujours autant, se méprisaient, se craignaient, et ne voulait d’être chose que de nuire à l’autre, quand bien même cela ne leur rapporterait rien.  Mais ils étaient devenus petits et mesquins, craintifs, couards. Ils se détestaient mutuellement mais n’osaient pas l’exprimer, n’osaient pas le montrer, autrement que par des propos détournés, de mauvaises plaisanteries. Alors ils se pourrissaient à coups de procédures judiciaires, à coups de dépôts de plaintes, et aillaient se faire voir dans les méandre du droit, renvoyant leurs conflits à toute une flopée d’avocats, de greffiers, de magistrats, encore plus petits et mesquins qu’eux, mais qui avaient la prétention de régler ces conflits à coups d’articles et de jurisprudences qui n’existaient qu’à peine.

On appelait ça la mixité. La bonne blague. Au contact les uns des autres, tous étaient devenus mielleux et fielleux. Ils pouvaient se faire des accolades, entre sorciers et moldus, sourire de toutes leurs dents. Leurs mondes s’excluaient mutuellement, et n’existaient que pour détruire l’autre. Mais ils faisaient semblant de l’ignorer. Et lui, lui bordel… Vassili Aleksandrovitch, quelle est ta place dans ce merdier.

Elle était là, sa place, paumé au milieu des marais salants, les cheveux ébouriffés par le vent, le col de son manteau rabattu sur ses joues, et ses doigts bleuis par la bise. Elle était là, dans cette solitude mélancolique, loin de ces deux mondes qui le rejetaient violemment. Il ressassait toujours et toujours les mêmes pensées, en boucle. Mais ici au moins il n’avait pas à voir les baguettes des uns, et l’air ébahi des autres, et les rires des étudiants installés sur leurs bancs, entre amis, et les questions inquiètes des uns et des autres à leurs professeurs. Il n’avait pas à voir les moldus s’essayer aux capes de leurs camarades, adopter leur première chouette, leur premier crapaud, et les autres rire bêtement devant le ronronnement d’un micro-ondes. Ces faux airs enjoués l’insupportaient plus que tout. La découverte de l’autre, quelle belle invention Et l’on faisait semblait d’être proches, d’être identiques, de partager les mêmes choses, dans un aveuglement hypocrite.

Ah, ne former qu’une seule communauté, quelle belle utopie ! Mais dès lors qu’on apprenait qu’il était un cracmol, on s’écartait, gêné. Un sorcier raté, pour les uns. Un détritus du monde sorcier, pour les autres. Ah, elle pouvait bien s’envoler, l’hypocrisie, dès lors qu’on le regardait vraiment.

D’un geste las, il jeta son livre en travers de sa sacoche, le regarda glisser dans l’herbe. Ici, au moins, les bourrasques qui le fouettaient vidaient quelque peu son esprit. A peine, certes, mais il n’avait pas à subir l’affligeante pantomime artificielle d’Atlantis. Il n’y avait rien d’autre ici que de la vase et des graminées, et l’eau glaciale délicatement ridée. D’un geste machinal, il attrapa une deuxième canette de bière. Il avait siroté la première en lisant les premiers chapitres de son livre, l’avait jetée, broyée, à ses pieds. D’un coup de pouce, il l’ouvrit, laissa échapper ce léger pschit qui déjà annonçait le goût amer de la mousse qui jaillissait. Il porta rapidement la canette à sa bouche, pour ne pas trop en perdre, balaya ses lèvres d’un revers de manche.

Pour un peu, et il se serait cru au bord du golfe de Finlande, loin du centre de Piter. Seulement il n’y avait pas de roseaux, et la mer se perdait dans les rigoles et bassins des marais abandonnés pour l’hiver. Il n’y avait pas cette fois les rires idiots et les gloussements des autres russes, qui trainaient avec lui à l’époque. Il n’y avait pas les bouteilles de verre abandonnées au bord de l’eau, les restes de barbecues improvisés, les canettes qui trainent, vides, et puis l’air qui brusquement s’envenime pour un mot de travers, les coups qui partent, les insultes, les départs anticipés, et puis les retours. Un abruti qui revient, l’autre qui le provoque, et puis finalement on boit en s’insultant, mais sans plus songer à se battre. Il n’y avait plus ces silhouettes accroupies, la mauvaise haleine et les crachats. Ils n’auraient jamais leur place ici. Atlantis était bien trop propre, bien trop progressiste pour eux.

Comme pour lui. Accroupi dans la même posture, Vassili se perdait dans ce silence, les bras posés sur les genoux, sa bière à la main. Les vacances arriveraient bientôt. Cela ne lui évoquait rien. La nouvelle année, les futures épreuves de janvier, il pensait à ces choses-là sans s’arrêter dessus, maussade. Il n’avait rien prévu, ne prévoirait sûrement rien. Il réviserait, aurait des notes passables, continuerait à mépriser tout ce qui l’entourait. Mais là, perdu au milieu des marais, dans ce dédale rectiligne de sentiers et des digues, il s’en foutait, éperdument. Il n’y avait rien ici, et cela lui allait parfaitement.

Il but de nouveau une longue rasade de bière, s’essuya de nouveau la bouche, puis repris sa posture immobile, bercé par le vent.

« Pizdets. »

Il avait lâché le juron comme un soupir, un peu par réflexe, ou par lassitude. Pour entendre sa voix se perdre dans les bourrasques, peut-être.

Et puis il se retourna, comme embêté par quelque chose. A quelques dizaines de mètres de lui, une autre silhouette s’approchait, marchant précautionneusement  sur les fines langues de terre. Pour le calme, c’était foutu. Qu’est-ce que celle-là allait faire par ici. Il plissa les yeux, comme pour mieux la voir. Il ne la connaissait pas. Peut-être l’avait-il croisée, mais il ne s’en souvenait pas. De toute façon, il ne retenait guère les visages qui se présentaient à lui. Il n’aurait su dire si c’était là une sorcière ou une moldue, mais déjà, sa démarche lui paraissait ridicule, sûrement pour la bête raison qu’il aurait préféré qu’elle ne fut pas là, à venir troubler… Il ne faisait pas grand-chose déjà, c’est vrai, et son manuel retombé ouvert à ses côtés le prouvait bien.

Un instant, il l’observa, toujours accroupi. Qui donc pouvait avoir la foutue idée de se balader par ici par ce temps. Certes, il ne pleuvait pas, et c’était devenu rare. Mais quand même. Il ne savait si elle s’approchait ou s’éloignait, mais peu importait. Elle était là, et ça suffisait à le rendre méfiant. On ne pouvait venir ici qu’intentionnellement. Et lui qui n’avait de rapport qu’avec pas grand monde se demandait bien ce qu’on pouvait lui vouloir. Cracmol, cracmol ! Ouais, il était sûrement devenu une nouvelle bête de foire pour les étudiants. Ou bien… Il ne savait pas trop. Il l’apostropha.

« Pourquoi tu viens te perdre ici. »

Ses R roulaient un peu trop, il plaçait les accentuations au mauvais endroit. Mais ça il s’en moquaient, il s’était fait aux haussements de sourcil face à son accent. Ce qui le gênait, c’était cette étudiante qui marchait dans son coin, et qui de nouveau le mettait de mauvaise humeur. Il serra la mâchoire par réflexe, plus agressif encore qu’il ne l’aurait voulu. Quelle belle impression il devait rendre, recroquevillé au bord de l’eau vaseuse, dans son long manteau noir, perdu dans ce coin sauvage. Presqu’une bête, peut-être. De toute façon, on ne l’avait jamais traité autrement.
Charlotte Mooreavatar
• Étudiant Moldu •
Messages : 30 Points : 28
Pseudo : Cha
Avatar : Adelaide Kane
Crédits : bella ciao (bazzart)
• Plus d'informations •
Feuille de personnage
Lieu de résidence:
Patronus:
Informations supplémentaires:
Sujet: Re: Nobody likes having salt rubbed into their wounds | Charlotte Moore | Jeu 7 Juin - 16:35
Quel serait l'hymne d'Atlantis ? Quel chant lui conviendrait parfaitement ? Il faudrait que toutes et tous puissent s'y rallier et fredonner ensemble. La tâche serait complexe. D'une part, les sans-magie ont une culture musicale aussi vaste que leur peuple est divers : il faudrait s'arracher les cheveux afin de déterminer quelle mélodie réunirait les amatrices et amateurs de hip-hop, de pop, de rock, de musiques électroniques, de jazz et tant d'autres styles musicaux variés. A tous les coups, il faudrait une forme de fusion, qui ressemblerait bien vite à une bouillie infâme. Ou bien pouvait-on choisir l'assurance des symphonies classiques – sans débattre des détails concernant la multitude de mouvements artistiques réunis dans ce concept creux, à l'ambition de couvrir cinq cents ans d'histoire.
Le monde sorcier se comportait musicalement comme une communauté : peu de groupes y avaient émergé et seuls quelques tubes avaient inondé les oreilles de ce peuple du Royaume-Uni, jusqu'à les écorcher. Depuis la levée du secret, les métissages et les innovations sonores se développaient. Peut-être qu'une chanson qui avait tenu assez longtemps au hit-parade pourrait remplir la fonction d'hymne d'Atlantis.
Oui mais il fallait révéler l'âme de ces lieux. Il ne suffisait pas que les accords plaisent à une majorité paresseuse, mais qu'ils soient révélateurs de l'expérience menée ici. Les notes devaient donner un goût des savoirs s'accumulant et se partageant, du grouillement d'êtres s'entrechoquant, se questionnant, se rencontrant.
Quid alors des paroles ? Car sur l'île de Manadh, si l'on choisit l'inclusivité, on doit penser aux peuples de l'eau, aux créatures magiques n'ayant pas le statut humain.

Où en était d'ailleurs l'habeas corpus pour tous ces êtres définis par oppositions aux humains libres, qu'ils aient des pouvoirs ou non ? Passionnée par les réactions de ses solutions, la brasure de ses circuits-imprimés et l'étude des flux magnétiques ou magiques, Charlotte en oubliait parfois le monde social l'entourant. Les questions politiques la dépassaient ; elle apprenait toujours les nouvelles en retard, ou par hasard, au détour de bribes de conversations volées. Et comme elle ne suivait rien, elle ne comprenait rien ; et comme elle ne comprenait rien, nul besoin ne lui restait de se tenir au courant.
Mais parfois, dans l'arborescence de ses pensées en vrac, surgissait une question qui demeurait en suspens. Souvent elle s'évanouissait au profit d'une distraction, ou bien elle ferait l'objet d'une question accueillie par des froncements de sourcils. Autour d'elle on se demandait bien d'où lui venaient ses idées. Comme les animaux sociaux l'entourant lui étaient étrangers, elle ne s'était jamais vue comme l'étrangère. Elle concluait d'un haussement d'épaules : eux non plus ne savaient pas, ce ne devait pas être bien grave.

En fait, ce qu'il faudrait à Atlantis, ce serait un hymne qu'on ne chante pas et qui soit plutôt une expérience. On lui avait parlé d'une potion qui donnait l'impression à la personne qui la humait de sentir ses odeurs favorites, qui pouvaient varier du tout au tout de façon harmonieuse. On lui avait dit que cette potion était un aphrodisiaque puissant ce qui lui avait paru assez malsain. Bizarrement les sorciers qu'elle avait rencontrés avaient été plus nombreux que dans son imagination à en avoir fait les frais. Elle serait toujours fascinée par la vie tumultueuse et nonchalante de ses congénères dont le Don anoblissait le sang.
Là n'était toutefois pas la question : une potion, peut-être, ou une machine, mêlant technologie et sortilèges, permettrait une expérience musicale individualisée qui traduirait au mieux l'esprit d'Atlantis. Voilà une idée à garder bien au chaud.

Comme quoi, cela faisait toujours du bien de prendre l'air. Et d'écouter Radiohead. Forcément. Le temps s'y prêtait particulièrement, en plus. Sous les atermoiements du vent, la confusion de Yorke prenait d'autres dimensions. Le rythme chaotique, succession d'explosions électroniques, appuyé par des sirènes agonisantes, les voix inquiètes dotaient le paysage d'une narration idéale.
Avec son walkman elle promenait le monde au bout de ses écouteurs et appréhendait les nuances vertes et grises, la brise griffant son visage et nouant ses cheveux au creux de sa nuque, comme si elle ne pouvait être seule.
Elle ne l'était d'ailleurs pas. Levant les yeux du chemin, qu'elle auscultait pour éviter de plonger ses doc martens dans la vase, elle aperçut un jeune homme accroupi, seul. En s'approchant, elle put constater la présence des cadavres éventrés d'aluminium et le livre. Elle sourit timidement, maladroitement : savait-elle seulement sourire correctement ? On ne lui avait jamais appris. Elle ne savait pas comment on devait sourire. C'était certainement un rictus mal à l'aise qu'elle lui adressait, alors qu'au plus proche de ses tympans lancinait l'affirmation qu'ici l'on avait le droit à tout, tout le temps, ou bien qu'on était vivant.

« Pourquoi tu viens te perdre ici ? » Etait-ce vraiment une question ? Son articulation était malmenée par le bruit du vent mais elle lui paraissait singulière. Il avait l'air agacé. Ou étonné ? Difficile à dire. A moins qu'on lui explique clairement, Charlotte ne cherchait pas de midi à quatorze heures ce que ses interlocuteurs pouvaient bien ressentir.
« Eh bien, pour quelles raisons quiconque viendrait ici ? Ça grouille de partout, là-bas, une vraie fourmilière ! Difficile de faire le tri dans ses pensées et d'arriver à un quelconque raisonnement logique dans ces conditions, tu ne trouves pas ? Ici c'est calme et ici je n'ai pas besoin de réfléchir à qui je dois tenir la porte, si je dois écouter ou répondre à telle personne ou si l'un est sorcier ou non afin de proposer de porter ses courses. Et il y a tellement de choses sur lesquelles on peut trébucher ! Ici au moins on voit ce sur quoi on va tomber. »
Sourire satisfait – ou rictus ridicule, ce n'est pas à moi de le dire – elle mit fin à sa tirade.

« Ou peut-être non, car je ne sais pas sur quoi je tombe en te rencontrant. Tu lis pour te détendre avec l'apéro ? Moi c'est Charlotte, au fait. »
Belle présentation, on est ravi, bravo Charlotte, belle performance – mais je ne sais pas à quoi je m'évertue, du narrateur elle n'a pas conscience non plus.
Vassili A. Sterenkoavatar
• Étudiant Moldu •
http://www.catharsis-rpg.com/t1721-vassili-aleksandrovitch-stereMessages : 54 Points : 36
Pseudo : Sevy
Avatar : Serguei Sergueievitch Bodrov
Crédits : Listal
• Plus d'informations •
Feuille de personnage
Lieu de résidence:
Patronus:
Informations supplémentaires:
Sujet: Re: Nobody likes having salt rubbed into their wounds | Charlotte Moore | Lun 18 Juin - 6:49
Arriver comme une fleur. Il y a de ces expressions, parfois, que l’on emploie sans trop y penser, jusqu’à les vider de leur sens, de leur raison d’être. C’est exigeant d’arriver comme une fleur. Il faut déjà prendre la peine, pour la fleur, de partir. Cela est difficile, ne nous voilons pas la face. Une fleur, par définition, ne bouge pas beaucoup. Elle peut se laisser bercer par le vent, ployer sous l’averse, se balancer contre un crétin de chat qui se fraierait son passage tout contre elle, sans réfléchir. Mais partir…

Il lui faut méthodiquement tirer ses racines hors du sol, hors de l’humus de ses habitudes. Cela prend du temps. Les extrémités en sont fragiles, il faut en prendre soin, si l’on ne veut pas les briser. Plus l’on remonte vers la tige plus elles s’épaississent, certes. Mais alors elles s’agrippent fermement au sol, vissées dans la terre, souvent en spirales ou par ramification, pour éviter que le premier venu ne les arrache pas, et que le second venu ne puisse ingénument venir la voir. Alors pour qu’une fleur parte, il faut qu’elle se torde, qu’elle se contorsionne, qu’elle sorte de son trou, pour extirper cette partie un peu honteuse d’elle-même, ces filaments blanchâtres, palots, qui la nourrissent, et tout ce réseau brun qui l’arrimait dans ses certitudes.

Une fois qu’elle a réussi, le plus dur est fait, pourrait-on penser. Ce n’est, après tout, qu’un effort physique. Exceptionnel, certes, pour une fleur. Songez au peu de fleurs que vous avez vu se déraciner d’elles-mêmes. Mais ce n’est que physique. Une fois sorties de leur humus familier, reste à oser se déplacer… L’effort est moindre, peut-être. Il suffit, pour une fleur, de se laisser porter. Mais c’est exigeant, une fleur. Il lui faut prendre soin d’elle-même. Imaginez donc, elle est si fragile… Une feuille pourrait se rompre, s’envoler, derrière elle, perdue à jamais, et il ne resterait pour la malheureuse que des larmes blanches de sève pour pleurer cette perte. Elle pourrait y laisser un pétale, aussi. Un pétale ! Un pétale de moins, et c’est sa beauté, c’est son être qu’on ampute ! Une fleur qui perd son pétale devient un sourire édenté. De belle, elle se fait sinistre, dérangeante, presque laide. Son harmonie naturelle ne tient qu’à si peu, elle la travaille si longtemps, abrité dans son bouton : s’il fallait la perdre pour un déplacement osé !

Hors de question, pour elle, de se laisser porter par un filet d’eau. La majorité des eaux sont boueuses, fréquentées par de sales bestioles, qui prennent plaisir à vous monter dessus, à vous grignoter, à se glisser tout contre vous. C’est toujours malvenu, une bestiole indésirable qui se glisse sous une de vos feuilles. Et puis, l’eau… L’eau est agréable quand elle remonte du sol, quand elle se glisse par vos racines, avec tous ses nutriments, pour se faire sève, pour vous nourrir, vous embellir. L’eau est belle lorsqu’elle se fait rosée, qu’elle se dépose délicatement au bout de vos pétales, de vos feuilles, comme si elle n’osait pas trop vous gêner, mais qu’elle tenait absolument à se faire perle argentée, pour vous magnifier.

Mais se laisser noyer dans un fil d’eau est une toute autre affaire. Vos feuilles, vos pétales se gorgent d’eau, s’alourdissent, se flétrissent, flasques, molles, débiles. Votre tige ploie sous se poids, se déforme, vos couleurs passent. Que vous y restiez trop longtemps, et voilà que vous brunissez, que vous pourrissez. Et même si le séjour n’est que de courte durée, quelle mine affreuse vous avez en sortant de là ! De fleur, vous devenez algue empuantie par l’humidité, misérable, la tête recourbée, les pétales qui tombent d’eux-mêmes, les feuilles pendantes…

Non, ce qu’il faut, c’est une brise légère pour vous porter. Oh, rien qu’un souffle d’air, suffisamment fort, certes, pour que vous n’ayez pas à vous traîner par terre, mais pas non plus une bourrasque, qui vous arracherait, qui vous briserait, et vous laisserait exsangue, la tige pliée, ou cassée, les feuilles griffées, ne parlons pas des pétales…

C’est pour cela qu’il faut saisir l’occasion quand vient cette brise idéale. Ne plus réfléchir. Se laisser alors, s’abandonner à ce vent-là, sans même trop le connaître – tant pis. S’il n’y a qu’à se laisser porter, la douleur n’en est pas moins vive. Ce n’est pas tant physique, non… Mais il y a cette honte, cette honte qui vous brûle dans votre sève, qui vous irrigue. Vous vous exhibez hors de votre sol, vos racines dénudées, vous vous révélez entièrement, sans pudeur, à nu. Aucun artifice, aucune dissimulation : il n’y a que vous, et vous êtes là entièrement, sans secrets, sans rien cacher. Il vous supporter les regards interloqués, les murmures, tous ces gens qui se retournent. Tiens, je ne l’imaginais pas comme ça ! Oh, tu as vu ? Je ne savais pas qu’elle était comme ça en vrai… Et vous, vous avancez, sans rien pouvoir répondre, vous n’êtes qu’une fleur, honteuse, et cette honte vous consume, vous fait frissonner d’une rage impuissante. Ah, si j’avais des épines, comme une rose… Mais même les roses ressentent la même chose.

Et puis vous arrivez. Comme une fleur. Et personne ne sait quelle souffrance il vous a fallu endurer, personne ne sait ce qu’il faut subir pour cela. Vous arrivez juste, aérienne, délicate, ingénue. On ne sait pas trop quoi faire dans ce cas-là. On est un peu embarrassés. C’est tellement inattendu, vous comprenez, de voir une fleur arriver. On a peur d’être maladroit, d’être blessant. On ne comprend pas. On est pris de court. Il a fallu qu’elle extirpe doucement ses racines, qu’elle choisisse la bonne brise, qu’elle prenne soin de ne pas trop froisser ses pétales, et elle est là, encore un peu chiffonnée, fatiguée du voyage, peut-être, mais elle est là, où elle ne devrait pas être, juste face à vous, et vous restez hébété. C’est tout cela, arriver comme une fleur. On l’oublie trop souvent.

Vassili, lui, restait hébété. Pris de court. La jeune femme, très précisément, arrivait comme une fleur. Avec cette maladresse, très certainement, peut-être cette innocence aussi. Il la voyait marcher précautionneusement, avec ses grosses chaussures de cuir noir, sur les minces sentiers, les cheveux balayés par le vent. Elle semblait ne pas être dans son élément, cela était certain. Et pourtant, elle arrivait naturellement, avançant vers lui sans visiblement se poser trop de questions.

Sur la défensive, il avait été rude, certes. Mais elle paraissait accueillir cela sans le prendre pour elle, comme si cela lui passait par-dessus. Sitôt qu’elle l’avait aperçu, elle lui avait adressé un sourire… Il y avait quelque chose de dérangeant dans ce sourire. Un sourire trop grand, trop démonstratif pour être entièrement sincère, pour être naturel. Et pourtant il ne lui paraissait pas être hypocrite. Elle lui semblait trop maladroite, à chercher son chemin dans les marais saturés d’humidité, pour en être capable. A moins que cette maladresse ne soit qu’une maladresse de pimbêche urbaine, de ces étudiantes insupportables qui piaillait, riait, et qui semblait voir le monde leur appartenir, avec leur insouciance largement financée par leurs parents. Si tel était le cas, elle ne le portait pas sur elle, en tout cas.

« Eh bien, pour quelles raisons quiconque viendrait ici ? Ça grouille de partout, là-bas, une vraie fourmilière ! Difficile de faire le tri dans ses pensées et d'arriver à un quelconque raisonnement logique dans ces conditions, tu ne trouves pas ? Ici c'est calme et ici je n'ai pas besoin de réfléchir à qui je dois tenir la porte, si je dois écouter ou répondre à telle personne ou si l'un est sorcier ou non afin de proposer de porter ses courses. Et il y a tellement de choses sur lesquelles on peut trébucher ! Ici au moins on voit ce sur quoi on va tomber. »

Comme une fleur, ouais. Totalement innocente, totalement perdue dans son propre monde. Comme une foutue fleur beaucoup trop bavarde. Le cracmol ne pouvait que froncer les sourcils, interloqué. Une nouvelle fois pris de court. Mais pourquoi parlait-elle autant ? Pourquoi lui disait-elle cela ? Pourquoi… Cela ne faisait aucun sens. Et pourtant elle disait ça naturellement, avec un détachement ingénu. Et elle gardait toujours ce sourire, ce sourire qu’on aurait pu croire forcé, ce sourire braqué sur lui comme si elle entendait il ne savait quoi de sa part.

Il prit le temps de la détailler un peu plus. Elle paraissait normale. Oh, non pas de cette normalité fade, de cette normalité qui se fond dans la masse, dans les modes, dans les stéréotypes habituels, dans la normalité de ces personnes qui laissent leur caractère, leurs expressions, leur tenue, leurs mimiques se fondre dans l’air du temps, copier celles de leurs semblables pour ne surtout pas s’en distinguer. C’était peu dire qu’elle paraissait éloignée de tout cela. Non, elle était de cette normalité insaisissable, de ces personnes que l’on n’osait pas dire belles, parce qu’elles n’entraient pas dans cette beauté superficielle bien normée, bien propre. Oh, elle n’était pas laide, loin de là, cela au moins était certain. Mais elle avait de ces petits défauts, que l’on n’identifie pas, que l’on ne voit qu’à peine, et qui vous marquent malgré tout lorsque vous voyez une personne. Peut-être des joues trop fortes, le nez trop épaté ? Il ne savait pas.  Il aurait bien pu dire qu’elle était mignonne, oui. Seulement… Ce sourire, qui ne le lâchait pas, qui le traquait presque, à en devenir gênant, ce sourire trop appuyé, qui semblait exiger de lui quelque chose, mais quoi ?

Elle avait de ces physiques avenants, qui invitent à parler, à s’approcher sans crainte, loin d’une froide beauté méprisante ou de ces personnes qui portent leur brutalité, leur lâcheté ou leur bêtise sur eux, sur leurs traits – peu importe s’ils l’étaient effectivement, et à quel point. Mais il y avait ce je ne sais quoi, qu’il ne parvenait pas à saisir, ce je ne sais quoi de gênant, d’incompréhensible… Le cracmol ne savait pas sur quel pied danser. Il ne parvenait pas à s’enfermer dans une violente méfiance, à rejeter cette nouvelle venue, à l’envoyer balader, et pourtant, il ne pouvait pas se montrer sincère, amical. Il restait interloqué. Cela l’irritait, de ne pas pouvoir cerner cette foutue bavarde, de ne pas comprendre qui elle pouvait être, ce qu’elle pouvait faire là. Et cela l’irritait d’autant plus que tout cela lui paraissait tellement évident, à elle. Elle parlait, elle parlait, et en parlant, elle faisait comme si de rien n’était, elle parlait comme si elle réfléchissait à voix haute, mais en s’adressant à lui, sans qu’il ne parvienne à comprendre si elle lui adressait vraiment la parole. Elle aurait tout aussi bien pu dialoguer de même avec la moindre bestiole. La bière avait échauffé l’esprit du Russe, elle l’irritait, mais il ne parvenait pas à s’énerver. Il ne sentait aucune colère monter en lui. Au contraire. Temporairement, il avait oublié ses foutus cours de droits, ses foutus souvenirs, il avait tout oublié, bien trop surpris par celle qui lui faisait face, dont les longs cheveux voltigeaient dans le vent. La seule chose rationnelle qu’il parvenait à développer, peut-être, c’était un peu de mépris. Mais il n’arrivait pas même à l’exprimer, ni à le rendre blessant.

« Ou peut-être non, car je ne sais pas sur quoi je tombe en te rencontrant. Tu lis pour te détendre avec l'apéro ? Moi c'est Charlotte, au fait. »

Il croyait qu’elle avait fini de parler. Mais non. Elle n’avait fait qu’une pause. Cela reprenait. Un flot ininterrompu de paroles, semblables à des pensées qui s’enchaînent. Il aurait pu détourner le regard, soupirer. Mais non. Pas cette fois. Cette fois, elle semblait vraiment lui parler, à lui. Comme si elle venait de constater sa présence. Elle portait un nom français, à ce qu’il lui semblait, mais n’avait aucun accent. Une extravagance de plus pour elle, visiblement. Cela collait avec son personnage, en tout cas.

Un court silence s’installa entre les deux. Vassili s’attendait à ce qu’elle reprenne la parole. A ce qu’elle parle, encore et encore. Mais non, cette fois, elle se taisait, elle le regardait, souriante, elle restait debout à attendre il ne savait trop quoi. Une réponse peut-être ?

Il porta sa canette à la bouche, pour se donner une contenance, face au regard scrutateur qui ne le lâchait pas, face à ce sourire qui ne le lâchait pas plus. Au moins, il avait retenu de sa tirade qu’elle devait être moldue, si elle s’inquiétait de savoir si elle avait affaire à des sorciers. C’était toujours ça d’évité. Lentement, il but quelques gorgées de sa bière, se retourna de nouveau vers la jeune femme qui restait là, à ses côtés. Oh, il y avait toujours quelque chose de gênant, à la voir comme ça, au-dessus de lui, alors qu’il restait accroupi, à boire. Elle attendait, elle attendait, et lui ne savait que faire face à elle. Elle ne le dérangeait pas vraiment, et c’était cela qu’il ne parvenait pas à saisir.

Parce qu’elle était arrivée comme une fleur, ouais.

« Vassili. »

Elle ne lui avait pas demandé son prénom, et peut-être s’en moquait-elle. Mais il ne voulait pas laisser ce silence, qui le prenait en défaut. Comme pour préciser, il ajouta :  

« Je m’appelle Vassili. »

Et, pour ne pas avoir à se taire davantage, il se retourna vers son sac, en sorti une canette, et la tendit vers la jeune femme, sans prendre la peine de se relever. Il ne voulait pas rester dans cet étrange face à face, elle débout, immobile, prise dans les bourrasques, et lui accroupi en dessous d’elle, le col de son manteau relevé, ses affaires éparses sur le sol. Au moins, si elle buvait, elle perdrait peut-être ce sourire insistant.

« Si t’en veux, hein… »

Et comme il voulait chasser ses derniers doutes, il poursuivit :

« D’ailleurs, t’es pas une sorcière toi, nan ? »


Il ne savait pas quoi penser de cette Charlotte. Alors il s’efforçait de rendre les choses plus simples. Qu’elle entre dans une case, qu’elle trouve sa place, ça faciliterait grandement les choses. Si elle pratiquait la magie, au moins, il savait qu’il pourrait la renvoyer balader sans prendre la peine d’être poli. Certains sorciers avaient tendance à être allumés, et à ne plus savoir distinguer ce qui était vrai de ce qui ne l’était pas, prenant leurs fantasmes pour de la magie, et la magie pour leurs fantasmes. Dégénérescence de race. Il en avait déjà croisé, ouais, et ils lui donnaient envie d’être violent. Que de telles personnes puissent se montrer supérieures à lui, sans même s’en rendre compte… Et puis si elle était moldue… Bah. Il ne savait qu’en faire, mais il verrait bien. De toute façon, il n’avait pas envie de travailler sur son droit. Peu importe qu’elle paraisse un peu à l’ouest, ça lui changerait es idées. Pourvu qu’elle ne parle pas trop.
Charlotte Mooreavatar
• Étudiant Moldu •
Messages : 30 Points : 28
Pseudo : Cha
Avatar : Adelaide Kane
Crédits : bella ciao (bazzart)
• Plus d'informations •
Feuille de personnage
Lieu de résidence:
Patronus:
Informations supplémentaires:
Sujet: Re: Nobody likes having salt rubbed into their wounds | Charlotte Moore | Dim 29 Juil - 11:40
C'est juste comme ça. C'est juste comme ça et tu ne peux pas y retourner – il faut laisser couler. Laisser couler cette eau sale, cette eau poisseuse. Elle ne fait que chatouiller tes pieds, elle ne t'emmènera pas avec elle. C'est juste comme ça, tu n'y peux rien. Et si tout le reste est flou, cela, au moins, tu le sais.

Que savait-elle de ces forces supérieures qui agissaient et pétrissaient l'air, en modifiaient la densité, ainsi qu'on devinerait ne plus être là à sa place ? Que savait-elle des ondoiements à la surface, de leurs causes et de leurs effets ? Que savait-elle seulement de ce monde qu'elle tentait d'intégrer ? Etait-il le décor de la vie nouvelle, du quotidien rêvé qu'elle comptait démarrer ? Elle ne voyait pas tellement les imbrications, les mécanismes, les jeux et les enjeux dans ce qui était pour elle le décor d'un parc d'attractions. Ce genre de parc d'attractions où les enfants sont accueillis par une gentille mascotte leur donnant une mission et les désignant comme le héros du jour.

Elle n'était pas l'héroïne de ce monde. Elle était une gamine comme une autre qui arrivait sur une île pour suivre des études et qui côtoierait alors des êtres extraordinaires – les effets spéciaux la concernaient-elle seulement ? Et les querelles ? Les amis familiers des sorciers qu'elle s'était faits au cours de l'adolescence l'avaient mise en garde mais elle n'en avait rien fait. Elle baladait ses yeux brillants sur toute chose en attendant qu'elle s'illumine.
Même dans les marais, elle laissait sur elle glisser les racontars, la folie des uns, l'angoisse des autres et ne pouvait être autre que celle-ci : cette jeune femme au naturel déroutant même au milieu des landes. Jouant de son sourire et de ses mots trop nombreux pour occuper tout l'espace là où l'on ne cherchait qu'à s'échapper.

Il lui donna son nom. Vassili. Ce n'était pas bien facile à prononcer pour les anglais – et encore, les Américains devaient encore davantage galérer que le peuple né avec une patate chaude dans la bouche. Un petit effort – comment disent les nobles dans les séries sur la BBC ? Allez. Vassili. C'est bon. « Vassili. Tu viens pas du coin, n'est-ce pas ? »
Il ne paraissait pas trop enjoué à l'idée de répondre à des dizaines de questions – et pourtant, elles se bousculaient, là-haut ! Charlotte s'installa à ses côtés. Sa question pouvait paraître un peu idiote : tout lui paraissait étranger, à cette gamine des côtes de la mer d'Irlande, au nom on ne peut plus anglais. Fin, à moins d'être un fantôme de mage décapité au treizième siècle, peut-être. Charlotte Moore et sa peau pâle et ses joues rieuses ne savait jamais comme on pouvait la trouver étrange elle aussi.
Elle accepta sa proposition et attrapa une bière. Alors qu'elle voulait l'ouvrir, il la surprit de sa question. « Euh bah ça se voit tant que ça ? Non j'suis moldue. Et toi ? » Elle tenta à ce moment d'ouvrir la canette mais avec ses doigts humidifiés par l'herbe qu'elle venait de toucher, elle glissa et finit par secouer la bestiole qui aspergea les deux âmes perdues de sa mousse à l'ouverture. Bravo.
Elle explosa de rire et s'excusa de sa maladresse. « Bon, si tu es sorcier, tu peux peut-être résoudre ça vite, sinon, je suis désolée ! » Elle chopa une goulée de mousse qui s'échappait encore de sa prison d'aluminium. Sa question était quand même très bizarre. « Pourquoi tu m'as demandé ça direct ? T'as un problème avec les sorciers... ou les moldus ? T'inquiète je jugerai pas hein. » C'était surtout que si tu venais à Atlantis, a priori tu t'attendais à côtoyer tous types de potentiels magiques. Donc étrange, étrange de buter ainsi sur la qualité de la jeune femme. Soit c'était un sang-pur qui n'était pas sorti de sa chambre étudiante depuis la rentrée, soit un moldu finalement terrifié par tous ces sortilèges, toutes ces potions et qui s'enfuyait dans la lande dès qu'il le pouvait. Ou bien un extrêmiste, dans un sens ou un autre, mais ça elle avait du mal à y croire.
Vassili A. Sterenkoavatar
• Étudiant Moldu •
http://www.catharsis-rpg.com/t1721-vassili-aleksandrovitch-stereMessages : 54 Points : 36
Pseudo : Sevy
Avatar : Serguei Sergueievitch Bodrov
Crédits : Listal
• Plus d'informations •
Feuille de personnage
Lieu de résidence:
Patronus:
Informations supplémentaires:
Sujet: Re: Nobody likes having salt rubbed into their wounds | Charlotte Moore | Dim 12 Aoû - 17:38
« Vassili. Tu viens pas du coin, n'est-ce pas ? »

Le cracmol jeta un regard de biais vers l’étudiante, haussa les épaules. Ouais. Il ne venait pas d’ici. Il n’était qu’un étranger, et il le serait toujours. Cela, il le savait pertinemment. Il suffisait qu’il ouvre la bouche, avec son accent si marqué, il suffisait qu’il ouvre un livre ou un journal écrit en cyrillique… et alors tous les regards se posaient sur lui, curieux, insistants, inquisiteurs… Ils pesaient sur lui, s’accrochaient à lui et le suivaient pour ne plus le lâcher.

Dans un monde qui se déchirait entre sorciers et moldus, on n’oubliait pas qui était étranger, qui n’était pas d’ici. Et on ne manquait pas de le lui rappeler. Par petites touches. Des sourcils qui se froncent. Des questions, des remarques, plus ou moins polies. Lui s’en foutait, globalement. En Russie, déjà, on disait de lui qu’il était Ukrainien. Ici, on le renvoyait à sa nationalité russe. Et surtout, il avait connu pire, alors… Ne restait que ce sentiment, désagréable, certes, mais supportable, de ne jamais être chez lui sur cette île. Manadh ne serait jamais son foyer, peu importe la longueur de son séjour, peu importe la longueur de ses études. Mais après tout, quelle importance ? S’il resterait un étranger, les autres aussi l’étaient pour lui, en général.


« Je viens de la résidence étudiante, tu sais », répliqua-t-il, narquois, avant de porter sa canette à la bouche. La réponse était trop tentante, certes, et il s’en voulait peut-être un peu. Il ne but qu’une gorgée, jeta un coup d’œil à son interlocutrice, et précisa, rapidement : « et avant ça, de Saint-Pétersbourg. En Russie. D’où l’accent, si c’était ça qui te choquait. »

Et se détournant d’elle, il continua à boire, la laissant s’installer à ses côtés, attraper la canette qu’il lui avait tendue. Il ne pouvait s’empêcher d’être ironique, presque agressif, comme s’il voulait rejeter ce nouveau monde perdu au large de l’Écosse, et avec lui toutes ces personnes susceptibles de l’approcher, susceptibles de lui parler. Il s’en voulait presque, des fois. Il n’avait rien contre ces gens-là, contre tous ces étudiants, tous ces fonctionnaires qui s’affairaient, tous ces petits commerçants et artisans qui tentaient de ce nouvel univers pour gagner leur croûte.

Mais chaque visage, chaque personne s’inscrivait dans cette laide réalité, dans l’hypocrisie de l’île, dans la bêtise étudiante, dans la haine des uns et des autres. D’un seul regard, Vassili les rangeait dans une de ces catégories rejetées, et les rejetait avec, froid, méprisant, agressif – à moins que la personne concernée ne parvienne à s’échapper d’une quelconque manière de cette case. Et pour l’instant, imprévisible – fantasque eut été plus judicieux – cette Charlotte s’envolait à chaque fois qu’il essayait de la ranger dans une de ses catégories. C’était vexant, d’ailleurs, un peu.

Elle paraissait toujours surprise et enjouée, et cela à la fois, comme si elle découvrait tout juste ce monde, comme si elle découvrait tout juste l’endroit. Au moins avait-elle pour elle de découvrir tout juste le cracmol. Mais même cela n’expliquait pas son air innocent, cette bonne humeur beaucoup trop insistante. Alors qu’il lui demandait si elle n’était pas sorcière, elle lui répondit spontanément, le coupant presque :

« Euh bah ça se voit tant que ça ? Non j'suis moldue. Et toi ? »

Il n’eut même pas à répondre. Les doigts de l’étudiante glissèrent sur l’opercule métallique alors qu’elle l’ouvrait, laissant la mousse jaillir, gicler sur eux deux. Vassili ne put s’empêcher de lâcher un juron en russe, passa le revers de sa main sur sa cuisse pour s’essuyer. Une chose sur elle était plus que certaine, en tout cas. Elle n’était pas douée.

Déjà elle s’empressait de s’excuser, en riant, comme si cela n’avait pas d’importance du tout. Oh, bien sûr que ça n’en avait pas, oui. Bien sûr. Ce n’était qu’un peu de bière renversée, un peu de mousse. Cela n’avait même pas transpercé son jean. Mais quand même. Il sentait qu’elle aurait dû paraître… il ne savait pas. Peut-être plus désolée. Avoir au moins l’air plus inquiet, plus contrit, par décence ou par politesse, il ne savait pas trop. Cela n’avait aucun sens, il le savait. Ce rire trop clair le lui faisait bien comprendre, et sans qu’il ne sache l’expliquer, cela le frustrait. Il aurait pu en sourire. Mais il fallait qu’elle parle, qu’elle encore et encore.

« Bon, si tu es sorcier, tu peux peut-être résoudre ça vite, sinon, je suis désolée ! »

Il but une goulée, presque à la hâte, comme pour arracher à sa bouche le goût de ces mots, en noyer l’amertume dans celle de la bière. Sans même prendre la peine de se tourner vers Charlotte, il répliqua sèchement :

« Je ne fais pas de magie. »


C’en était devenu instinctif, chez lui. Tellement instinctif qu’il répliquait maintenant sans même prendre la peine d’écouter la question, où les différents commentaires. Ni sorcier, ni moldu, ouais, ouais. Il connaissait la chanson. Il n’avait besoin de l’entendre encore une fois, mais elle repassait toujours en boucle, comme un mauvais tube commercial. Il n’avait pas à en dire plus. Ça ne regardait personne. Personne d’autre que lui. Et que les trop curieux aillent se faire…

Mais elle se taisait. Ne rebondissait pas. Ne faisait aucune remarque désobligeante, aucun commentaire. Aucune autre question. Aucune demande de précision. Rien. Un silence discret, là où les autres se mettaient habituellement à bavarder. Cela le troublait presque, comme s’il avait besoin de ce qui l’insupportait pour trouver le confort de l’habitude. Le regard interrogateur, il se tourna vers elle. Elle buvait juste sa bière, courbée en avant, à aspirer cette mousse amère pour qu’elle ne déborde pas plus, une main retenant ses cheveux. Il eut un demi-sourire narquois. Evidemment. C’eut été trop beau un peu de retenue. Mais il ne lui en voulait même pas. D’ailleurs, une autre chose était certaine : elle ne pouvait pas s’empêcher de parler. Elle enchaînait déjà, à se demander comment elle avait pu avaler sa bière.

« Pourquoi tu m'as demandé ça direct ? T'as un problème avec les sorciers... ou les moldus ? T'inquiète je jugerai pas hein. »


Ce fut à son tour d’éclater de rire. Elle paraissait tellement innocente que c’en était désarmant, qu’il ne savait que lui répondre. Dans un monde pétri de préjugé, elle semblait sortir d’un bois sauvage, coupé de toute civilisation, elle semblait être un enfant, ingénue, portant un regard neuf sur les choses et n’osant les nommer. Il avait un peu pitié d’elle, oui, un peu de mépris donc. Mais elle lui semblait tellement inoffensive qu’il ne lui en tenait même pas rigueur.

« Mais tu sors d’où toi ? »

Il n’y avait plus aucune mauvaise humeur, plus aucune dureté dans sa voix, rien d’autre qu’un amusement sincère, de la curiosité, aussi.

« Tout le monde pose cette question. Ici, partout, à chaque fois c’est ça. Et s’ils la posent pas, bah c’est qu’ils savent déjà la réponse. Et ils savent comme te causer. »

Il se détourna d’elle en riant, bu quelques gorgées, puis repris, comme s’il ne voulait pas la laisser sur une mauvaise impression, comme s’il craignait qu’elle interprète mal sa pensée. Son « je jugerai pas » lui restait en tête, comme si elle voulait dire l’inverse, comme si précisément elle auscultait – oh, toujours avec ses grands yeux curieux et son sourire insistant, oui – tout ce qui sortait de sa bouche.

« Tu sais. C’est même pas une question d’avoir un problème avec les sorciers ou moldus. C’est juste... Je sais pas, deux mondes différents, totalement séparés. Un moldu ne pourra jamais faire ce que fait un sorcier, tu sais. Alors… Beh… Tu vois bien ce qu’il se passe tout autour de nous de toute façon. T’as bien pu lire les crimes perpétrés par les sorciers. Et dans mon pays… En Russie, on a de ces histoires, t’sais. »

Il ne savait pas trop sur quel pied danser. Elle paraissait si ingénue, si fantasque, qu’il craignait qu’elle ne découvre tout ça, ou bien, ou bien pire, qu’elle le prenne à la légère. Alors il voulait prendre son temps, tant qu’il y avait de la lumière, tant que le vent d’hiver chassait loin des côtes de Manadh les nuages porteurs de pluie, pour voir comment elle réagissait, pour voir ce qu’elle pensait. Si tant était qu’elle pensât quelque chose d’intelligible, cela va sans dire.
Contenu sponsorisé
• Plus d'informations •
Sujet: Re: Nobody likes having salt rubbed into their wounds | Charlotte Moore | 
Nobody likes having salt rubbed into their wounds | Charlotte Moore
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Just take our laugh as golden wounds | Val. Fox {OK}
» BEATRIX ☿ silly caucasian girl likes to play with samurai swords
» SKEGGI ₪ king of salt and rock
» Δ Heal My Wounds
» (siloë-lou) some wounds are too deep, you can't stop bleeding
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Sauter vers: