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 Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]
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Caliban MirthÉtudiant・SorcieravatarÉtudiant・Sorcier
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MessageSujet: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Lun 30 Oct - 18:21

Cela faisait bien longtemps que Caliban ne s'était pas prêté à l'exercice. Une éternité, il lui semblait. Sa main contre la porte, il appréhendait son retour. C'était pourtant idiot. Personne ne l'attendait à l'intérieur et sa présence passerait certainement inaperçue. Et pourtant. L'univers, sous forme d'un client pressé de boire, décida finalement pour lui. L'homme trapu ne s'incommoda pas de l'obstacle que le jeune homme représentait entre lui et le verre auquel il avait certainement pensé toute sa journée de travail et pénétra dans le bar, emportant par la même occasion Caliban. Une fois à l'intérieur le garçon resta immobile, fébrile, son regard fouillant la pièce comme s'il s'attendait à ce que quelque chose se passe. Mais l'agitation qui régnait fit qu'on l'ignora royalement. L'étudiant souffla un coup et se dirigea vers le Jukebox magique en évitant soigneusement tout contact avec les autres clients. Une fois devant la machine il s'inclina devant elle comme devant une princesse pour l'amadouer, elle qui était réputée pour avoir un certain caractère. En tant qu'étudiant en ingénierie magique, il s'était promis à sa première visite ici qu'un jour, il étudierait son fonctionnement pour percer le secret de cette merveille alliant technologie et magie et comprendre d'où venaient ses exigences en matière de politesse. Bien sûr, comme bon nombre de choses qu'il s'était promis, le français n'avait jamais pris le temps ou avait abandonné avant de commencé. Le Jukebox semblait être à son écoute, autant que cela se puisse et il lui demanda (poliment, évidemment) de jouer le célèbre morceau des Three Dog Night sorti en '68 qu'il avait beaucoup écouté ses premières années à Poudlard et dont il s'était rappelé en voyant un fantôme de son passé resurgir. La musique moldue n'était pas toujours bien accueillie mais il avait jusqu'à la fin du morceau actuel pour se fondre dans le décor, ce qui était plus que suffisant. Si jamais un idiot trouvait de quoi redire, il ne pourrait savoir qui l'avait réclamé. Une fois à table avec sa chope d'hydromel aux épices, Caliban s'autorisa enfin à souffler. Sa réinsertion dans le monde actif commençait enfin après l'avoir tant attendu et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'angoisser.

Frustré de ses non-avancées sur la transformation en animagus, l'étudiant avait un jour décidé de demander de l'aide. Non pas à McGonagall, qui lui avait bien fait comprendre qu'il devrait se débrouiller avec ce qu'elle avait déjà bien voulu lui dire, mais à d'autres spécialistes. C'est ainsi qu'il s'était retrouvé en chemin pour l'Afrique, ou plus précisément pour l'école de magie de Uagadou réputée pour exceller en métamorphose. Il était certain de trouver là-bas toute l'aide dont il avait besoin pour enfin réaliser son rêve. Le Poufsouffle avait adoré Poudlard, mais parfois, il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il aurait peut-être eut plus de chance à Uagadou. Il avait lu dans le journal que lors d'un récent colloque international des Animagi, l'équipe de l'école africaine avait beaucoup attiré l'attention pendant leur démonstration de transformation synchronisée qui avait failli déclencher une émeute. En effet, beaucoup de sorciers et de sorcières s'étaient sentis menacés lorsqu'ils avaient vu autant d'élèves de quatorze ans capables de se transformer en éléphants ou en guépards. Se sentir menacé ? Quelle idée saugrenu. Jaloux, en revanche... Le voyage avait été tumultueux mais cela valait bien la peine s'il pouvait grâce à ça rattrapé les 7 années de retard qu'il avait sur certains de ces élèves. Caliban se sentait au point culminant de son existence. Mais rien ne se déroula comme prévu.

Ses trois premiers jours sur place consistèrent à remplir des formulaires pour légaliser sa demande de formation par l'école. Le quatrième jour, il fut placé sous la responsabilité d'un professeur que cela ne semblait guère enchanter. Il ne cessait de répéter à Caliban qu'il n'avait pas la bonne approche, qu'il ne comprenait pas et surtout, qu'il se reposait bien trop sur l'usage de sa baguette. Cela s'annonçait déjà mal, vous me direz, mais c'était loin d'être suffisant pour décourager le passionné métamorphose qu'il était. Cette ferveur était ancrée profondément en lui et ce avant même qu'il ne découvre être un sorcier. Le fait que McGonagall, qui avait joué un rôle important dans sa scolarité, enseignait cette discipline n'avait fait que renforcer sa conviction. Il ne pouvait pas échouer, il le sentait au fond de lui. Mais le cinquième jour arriva pour lui donner tort. Au plus profond de la forêt, Caliban tentait de "renouer avec la nature", comme lui avait intimé son professeur temporaire. Malheureusement, la nature n'était pas d'humeur ce jour là. Un insecte minuscule le piqua à l'épaule, engendrant une vive douleur. Persuadé que ce n'était pas grand chose, le jeune adulte avait tout de même tenu à consulter un médicomage. Et c'est en chemin qu'il s'était rendu compte que, peut être, il se pourrait bien que cela soit plus grave qu'il ne le pensait. Son épaule avait tout simplement disparu, ne laissant qu'une douleur atroce. Le premier souvenir qu'il avait après ça était celui d'une chambre à Ste Mangouste. Il avait été rapatrié et admis au deuxième étage de l'institution. Le verdict ? Disparition pathologique. "Maladie magique extrêmement contagieuse transmise par la piqûre d'un insecte magique. Symptômes : Disparition aléatoire de certaines parties du corps." Caliban avait eu tout le temps d'en apprendre la définition par cœur après trois mois enfermé dans une chambre pour subir recevoir son traitement. La maladie étant contagieuse, il avait été placée dans une bulle magique pour éviter la propagation. De plus, cette bulle empêchait les différentes parties de son corps de disparaître... trop loin du reste. Les visites étaient plus que restreintes à cet étage de l’hôpital et rares étaient les fois où ses amis avaient pu venir le voir. Trois mois sans le moindre contact physique. De nombreuses fois, Caliban cru qu'il allait perdre la tête comme il perdait le reste. Heureusement, les infirmières étaient plus que bienveillantes et lui avait fourni lectures, devoirs et même parfois des appareils et des outils pour qu'il puisse garder la main en ingénierie et travailler d'arrache pied pour tenter d'avoir son année scolaire. Mais enfin cela était terminé. Après deux jours sans qu'aucune partie de son corps ne se fasse la malle à l'autre bout du lit, il avait été déclaré guéri et non contagieux. Cela serait un euphémisme de dire qu'il se sentait enfin de nouveau entier, la tête sur les épaules.

Caliban émergea alors que les dernières notes de sa musiques sombraient dans le brouhaha. Son hydromel l'attendait. Il était bien le seul. Être dans une bulle magique tant de temps avait du laisser des traces car même à présent, au milieu d'un bar bondé, il se sentait loin du reste du monde et très seul.

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Derek KnightSorcieravatarSorcier
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MessageSujet: Re: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Jeu 30 Nov - 9:18


Never been clausrophobic but now the walls are closing in
Derek & Caliban & ...
Derek était de ceux qui s’intéressaient aux gens, à leurs histoires, s’amusait à imaginer un passé et un futur en analysant le présent. Et c’était un fin observateur, dans l’ombre, sirotant son whisky 20 ans d’âge qui valait environ le mois de salaire d’un travailleur moyen, et attendant que son attention soit suffisamment titillée pour qu’il se décide à quitter sa posture statuaire dans le coin du bar. Il faisait presque parti du décor, venant bien souvent refaire le monde avec le propriétaire du Scottish Inn, Gabriel, et lorsque celui-ci était absent, comme ce soir, il se contentait d’observer habitués comme les nouveaux venus se désaltérer d’alcool plus ou moins fort, pour festoyer ou noyer quelques chagrins. De par son métier, ou peut-être sa nature (qui pourrait savoir si la personnalité choisit la vocation, ou bien s’il s’agissait d’un appel, que quelque chose ou quelqu’un avait décidé que Derek deviendrait le génie criminel qu’il était ?), il avait été amené à rencontrer tant de personnes, chiens comme loups, qu’il se targuait de pouvoir reconnaître, d’un coup d’œil, l’exceptionnel de la masse, et seuls ces gens si particuliers, qu’il pensait dignes de son temps, avaient l’insigne honneur d’entendre le son de sa voix.

La lumière tamisée, les éclats de rire des ivrognes, gras et éraillés, ainsi que ceux de quelques étudiants de l’UPA, bien plus aigus et enthousiastes, rendait le décor chaleureux et quelque peu réconfortant, bien qu’il aurait effrayé ceux qui n’avaient pas l’habitude de l’ambiance nocturne d’Atlantis. Une gorgée, une dernière : personne ne valait son intérêt ce soir. Cela n’était pas bien grave, Derek se rendrait dans son entrepôt, et se délecterait seul en admirant ses tableaux, volés dans les musées internationaux, remplacés pour le public par des copies réalisées par son ami Tobias. Une soirée somme toute banale pour lui.

Mais ses plans furent perturbés par l’arrivée dans la pièce d’un jeune homme au regard un peu perdu qu’il n’avait jamais vu dans le pub, qui ne semblait pas à place, comme un anachronisme dans une fresque historique. C’était un jeune homme plutôt séduisant, qui avait une démarche un peu gauche et l’œil qui se posait nul part et partout à la fois, un peu comme s’il apprenait à redécouvrir le monde : un profil intéressant, assurément. Les hommes seuls qui pénétraient au Scottish Inn ne venaient habituellement que pour deux raisons seulement : séduire (bien que l’Atlantease, cet établissement peu raffiné qui se trouvait non loin de là, était décidemment un lieu plus adapté pour le flirt et les coups d’un soir), ou rejoindre quelques amis qui les attendait. Mais lui, c’était différent, quelque chose dans son attitude, dans son aura, lui faisait dire qu’il était atypique. Qui était-il ? Que faisait-il là ? Quelle était son histoire ? Sacramento avait à cœur de l’apprendre, dans cette curiosité de l’humain presque scientifique et méthodique qu'il possédait. Le savoir, c’est le pouvoir, après tout.

Le regard de Derek se fit prédateur, mais pas agressif, attendant le bon moment avant d’attaquer, comme à son habitude. Il faisait mine de continuer à déguster son verre, lentement, et personne n’aurait pu savoir que toute son attention était focalisée sur le garçon. Celui-ci se leva et changea la musique du Jukebox, et aucun muscle dans le corps du trafiquant d’objets magiques ne bougea, ses yeux insondables restant fixés dans le vide, visualisant parfaitement le jeune homme, derrière lui, en train de marcher jusqu’à la machine à musique ensorcelée, et changer le morceau dans un souffle poli, avant de retourner à sa place, solitaire face à son verre.

C’est à ce moment là que Derek se mit en marche, dans une danse qu’il avait l’habitude d’effectuer, et que le barman, qu’il connaissait bien, sembla remarquer. L’employé du Scottish Inn étouffa un petit rire, il avait vu le trafiquant faire son petit jeu bien des fois : il avait cru, au départ, que c’était une histoire de séduction ou bien qu’il n’était rien d’autre qu’un pickpocket (il ne s’était pas abaissé à une telle pratique depuis son adolescence, et il n’allait pas recommencer), mais bien vite, il avait cessé d’essayer de comprendre le pourquoi du comportement de Derek, lorsqu’il avait saisi qu’il ne s’agissait en aucun cas de ses précédentes suppositions. L’américain se dirigea vers le fond du bar, comme s’il voulait s’approcher de la cible de fléchettes, et frôla d’un peu trop près le jeune homme alors qu’il portait son verre à sa bouche, renversant sa boisson sur ses vêtements.

« -Oh, je suis vraiment désolé, dit-il en parfait comédien.

D’un geste qu’on pouvait voir habitué, il fit un petit mouvement de baguette, lançant un Recurvite informulé afin de nettoyer l’inconnu. Son expression était remarquable d’interprétation : il semblait sincèrement désolé, et contrit d’avoir causé une telle commotion.

-Permettez-moi de vous payer le verre que je vous ai dérobé par ma maladresse, proposa Derek en faisant un petit signe de tête au barman, qui comprit le message aussi clairement que de l’eau de roche. Ce n’était pas la première fois, ni la dernière fois, qu’il faisait ainsi partie de la supercherie.

Et au lieu de partir, de laisser le garçon à sa solitude et à sa boisson, l’américain, sans gêne, s’assit près de lui, comme si sa fausse manœuvre les avait, quelque part, liés. Cela semblait si naturel, si impromptu, que personne n’aurait pu se douter qu’il s’agissait en réalité d’un ballet savamment maitrisé. On pouvait trouver étrange qu’il s’installe ainsi à côté d’un étranger : et pourtant, dans un pub, il n’était pas rare de croiser des gens s’encombrant bien peu des convenances et parlant avec n’importe qui, comme s’ils s’agissaient de leurs plus proches amis.

-Je suis Derek Knight. Voix douce, inoffensive, à mille lieux de l’essence si vile de Sacramento. Enchanté de vous rencontrer, monsieur… ? »

Une main fut tendue vers le jeune homme. La prendrait-elle, mordrait-il à l’hameçon ? Dans tous les cas, la partie de pêche serait intéressante.

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Caliban MirthÉtudiant・SorcieravatarÉtudiant・Sorcier
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MessageSujet: Re: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Mer 6 Déc - 13:35

Caliban, plongé qu'il était dans le dédale de sa non-réflexion, esprit perdu sur un océan de quiétude, eut l'impression de vivre la collision de l'extérieur, tel un spectateur. Ses sens, que l'alcool n'avait encore eu le temps d'altérer, étaient pourtant noyés sous une chape d'inertie. Le temps que sa conscience trouve son chemin jusqu'à la surface, l'étranger avait terminé d'excuser et réparer sa maladresse. L'étudiant releva la tête vers l'inconnu alors que ce dernier commandait un autre verre, lui permettant ainsi de l'observer quelques secondes à son insu. L'idée qu'il devait ressembler à un poisson qu'une vague aurait rejeté sur le rivage le força à se donner contenance. Et c'est là que l'éducation stricte de ses jeunes années reprit le dessus, telle une protection. Un abîme séparait le jeune garçon éduqué pour faire bonne figure devant la haute société que fréquentait son politicien de père et le jeune adulte qu'il était devenu. La tête et le dos droit, les épaules ouvertes, les jambes parallèles et les pieds posés à plat sur le sol, sa posture alliait à présent équilibre, stabilité et ouverture. Comme une marque au fer rouge, cette attitude, bien qu'elle ne fasse pas parti de lui, lui collait à la peau et il ne pouvait l'empêcher de parfois transparaître. Un sourire moins chaleureux qu'il ne semblait sur les lèvres, il remercia le gentleman d'avoir remédié à l'erreur causée par son inattention.

Alors que son interlocuteur s'installait à sa table Cal restait silencieux et souriant. Même s'il ne connaissait rien de cet homme, il lui apparaissait clairement qu'il n'était pas n'importe quel clampin traînant dans un bar. Sa tenue, son expression, sa posture, son sourire. Quelque chose chez lui rappelait son père au garçon, sans pour autant qu'il ne puisse dire exactement quoi. L'ancien Poufsouffle ne connaissait son paternel que trop bien pour ne pas se méfier d'un homme lui étant, Merlin sait pourquoi, semblable. Et pourtant, la voix douce et l'air avenant de Derek, qui venait de se présenter, lui donnait envie de mettre ses doutes de côtés. De se convaincre que ce n'étaient là que des élucubrations dues au fait que l'éducation que son fameux père lui avait imposé resurgissait ce soir. Un relent de rancœur qui ne devait pas pour autant déteindre sur n'importe quel individu paraissant un tant soit peu puissant, se tenant correctement et étant avenant. Après tout, son géniteur ne se comportait ainsi qu'avec les gens pouvant lui être utile, hors il doutait fortement que Monsieur Knight n'attendent quoi que ce soit d'un inconnu un peu perdu dans un bar. “Sur l'apparence est bien fou qui se fonde”, comme l'avait-il appris lors de ses années à Poudlard dans la maison la plus tolérante. Serrant la main en retour, il répondit.

- Le plaisir est pour moi, Monsieur Knight. Je me prénomme Caliban Mir... La fin resta coincée dans le fond de sa gorge. Partager son nom avec l'un des politiciens moldus les plus virulent envers la cause sorcière n'était pas toujours évident. Le dévoiler à un inconnu dans un bar sorcier, sans savoir qui pourrait l'entendre et ce qu'ils pourraient en tirer comme conclusion était une étourderie qu'il ne comptait pas commettre. Pour peu que cela tombe dans l'oreille d'un extrémiste anti-moldu... Appelez-moi simplement, Caliban. Si nous sommes amené à partager un verre et une table ce soir, je pense que cela est de circonstance.

Seul un idiot passerait à côté du fait que le jeune homme agissait étrangement et Derek semblait à des lieux d'en être un. Mais si le français ne se trompait pas, il était aussi un homme bien éduqué. Le genre d'homme qui, simplement parce que les codes de la société jugent cela mal vu, n'oserait revenir sur le bafouillage du garçon. Du moins l'espérait-il.

Reprendre la conversation le premier pour mieux l'aiguiller vers où l'on souhaite était un principe de son père. Caliban ne savait pas bien où il voulait mener cette discussion, si ce n'est loin d'un sujet épineux pour lui. Le jeune homme, bien qu'il soit passé en mode "diplomate", comme il appelait ce côté de sa personnalité, sortait tout juste d'un isolement forcé de plusieurs mois et s'inquiétait de n'être assez habile avec les mots et la répartie pour l'adversaire que représenterait Derek Knight s'il lui laissait le temps de s'arrêter et s’intéresser.

- Etes-vous un habitué ici ?

Terriblement banal, n'est-ce pas ? Heureusement, l'important était davantage l'efficacité de l'artifice que son originalité. La chope d'hydromel fut servie et il s'y réfugia, avalant quelques gorgées, pour s'épargner de débiter d'autres futilités. Que lui avait enseigné ses tuteurs à ce propos ? "Pour éviter d'embarrasser votre père en public, soupeser attentivement chaque mot avant de lui donner vie, car une fois matérialisé, rien ne peut le rattraper. Dans la mesure du possible, taisez-vous et ne parlez que si la parole vous est adressée." Si l'on faisait fi de la dernière partie, le reste pouvait être considéré comme un bon conseil. La stérilité affective mise à part, son éducation n'avait pas été constituée que de mauvaises choses.

Un rapide passage en revu des différentes évolutions possibles de la conversation l'aida à se rendre compte qu'il n'était pas bien inspiré. Si lors de son séjour prolongé à l'hôpital ces membres étaient ceux qui ne cessaient de disparaître sans raison, il lui semblait qu'à présent c'était au tour de son cerveau. Caliban frissonna. Était-ce possible ? Un effet secondaire caché ? Ou alors manquait-il de pratique après tout ce temps sans socialisation. Oui, cette explication le rassurait. L'étudiant décida d'y croire. Tout plutôt que devoir redevenir un patient enfermé, littéralement, dans une bulle. Désireux de se prouver qu'il ne s'agissait pas d'un symptôme mais d'une habitude à reprendre, il enclencha le rouage de ses méninges pour faire mieux que précédemment.

Raclement de gorge. Ce que je veux signifier est que vous n'avez l'air d'être de ceux qui sont ici pour célébrer ou n'ayant pas de meilleur endroit où se rendre. De fait, Derek n'avait pas l'air d'être le genre d'homme à rester dans ce type de bar sans raison. Ou peut-être était-ce parce qu'il associait l'homme, dans une certaine mesure et inconsciemment, à son père et qu'il ne pouvait s'imaginer ce dernier dans un endroit tel que celui-ci. A la limite, si c'était pour des raisons professionnelles... Et encore.

N'était-ce pas déjà un peu mieux, d'un niveau plus approprié à son mode diplomate ? Chasser les informations plutôt qu'en divulguer, technique basique. Simple. Certes, il était possible que son compagnon de table s'offense de ses propos qui pouvaient être mal interprétés, mais son sourire doux et sincère devraient suffire à prouver sa bonne foi. Du moins espérons-le.

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MessageSujet: Re: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Dim 10 Déc - 11:16


Never been clausrophobic but now the walls are closing in
Derek & Caliban & ...
Il y avait cette citation de Montesquieu, que Derek avait toujours admiré pour ses pensées philosophiques en avance sur leurs temps, à laquelle il pensait bien souvent et essayait, du mieux qu’il pouvait, de suivre les préceptes. "Les lions ont une grande force, mais elle leur serait inutile, si la nature ne leur avait pas donné des yeux." Et alors qu’il scrutait le jeune homme de ces yeux inquisiteurs, il se sentait certes prédateur, car cette quête insensée qu’il avait de collectionner, en quelque sorte, les histoires et les expériences humaines pour, quelque part, s’en servir dans sa quête personnelle de grandeur et de pouvoir, n’était en rien anodine ou désintéressée, mais il se sentait aussi sage, comme s’il avait compris les secrets les mieux cachés de l’univers et qu’il les partageait, grandiloquent, avec cet étranger. Son égocentrisme n’avait pas de limite. Et le pire, c’est que l’inconnu n’avait encore pas prononcé un seul mot. Derek sentait sa retenue, somme toute naturelle. N’avait-il pas envahi son espace personnel en s’installant ainsi près de lui, sans autorisation ni consentement préalable ? L’américain, qui se proclamait un gentleman, toujours poli et ne dépassant en aucun cas les limites de la bienséance, n’aurait-il pas foulé du pied ce qu’il tenait en si haute estime ? Selon lui, ce n’était pas le cas, car dans sa logique tout à fait individualiste, il ne pouvait jamais avoir tort, et son instinct était toujours le bon. Il édictait les règles, marionnettiste d’un monde qu’il croyait sien.  

Et puis l’étranger n’en fut plus un. Il se présenta, aimable, avenant. Son parler, après quelques bafouillages que l’américain mit sur le fait d’une surprise non calculée, plutôt que sur un défaut de langage, semblait signifier qu’il venait d’une grande famille, ou tout du moins, qu’il était suffisamment éduqué pour comprendre les subtilités de l’étiquette. Après tout, que voulait dire l’environnement dans lequel on avait grandit ? Il y avait des sangs les plus purs qui étaient tombés d’un piédestal si haut qu’ils n’avaient jamais pu revenir dans les hautes sphères de leurs jeunesses, et des moins que rien qui s’étaient élevés au dessus du commun des mortels. D’ailleurs, Derek le sang-mêlé, qui avait grandit dans les pires quartiers de New-York, d’une mère serveuse qui peinait à joindre les deux bouts et d’un père sorcier inconnu, n’en était-il pas le parfait exemple ? Il vivait maintenant parmi les nuages, dans les Tours d’or blanc d’Atlantis, et ce, par choix : il aurait pu évoluer dans les plus grands palaces, les décors les plus sompteux. Mais l’apparat ne l’intéressait pas. Sa fortune n’était pas si imposante que ça, à cause de ces œuvres d’art qu’il collectionnait et affectionnait tant. Il y avait quelque chose de si puissant, de si divin, à posséder les tableaux les plus précieux qui n’aient jamais existés, comme si on l’avait investi du pouvoir de les sauvegarder de l’impureté de ce monde.

Caliban, donc, un nom fort, porteur de symboles. Derek, amateur de belles lettres et en particulier de Shakespeare (il portait d’ailleurs, caché sous ses vêtements, une de ses plus belles citations, gravée sur sa peau), pensait automatiquement au personnage de La Tempête, Caliban le monstrueux, l’esclave vil et honteux. Mais il ne voyait pas dans le jeune homme une ressemblance avec une quelconque créature assujettie ou pire, néfaste : plutôt comme s’il avait réussi à briser les chaines d’un patronyme trop lourd de sens, et qu’il portait aujourd’hui fièrement, la tête haute, la poitrine relevée. Bien sûr, cela pouvait être de simples élucubrations, des murmures qui se répercutaient dans l’esprit dément de Derek. Qui pouvait réellement savoir, après tout ?

Il se sentit presque fier lorsque Caliban posa sa question le premier. Parce que quelque part, cela signifiait qu’il avait vu juste, qu’il n’était pas de ceux qui attendent passivement qu’on leur dise ce qu’ils devaient faire. Qu’il avait fait le bon choix, en choisissant le garçon, cette table, ce verre, ce soir là.

« -Un habitué, peut-être… Il est vrai que je passe un certain temps dans cet établissement, étant ami avec le propriétaire, et appréciant sans mal un whisky après une dure journée de labeur. Mais en effet, je ne célèbre pas, et j’aurai certainement d’autres endroits dans lesquels me rendre.

Il s’écoutait parler, à ce point. Il aurait été difficile de ne pas saisir les relents d’une supériorité pensée et calculée dans sa voix, bien que rien dans son ton ou dans sa gestuelle ne laissait entendre qu’il considérait son interlocuteur comme inférieur. Il étendait sa toile. On pouvait saisir qu’il y avait quelque chose, en lui, de dérangeant, de bien plus sombre que son apparence candide dissimulait. Mais bien sûr, pas de preuves, jamais, que des soupçons qui ne pourraient jamais être vérifiés. Et si par malheur un nez allait fouiller un peu trop loin, le repos éternel viendrait délivrer le curieux.

-Mais vous aussi, après tout, mon ami. Etre seul ce soir, à cette table, pour une personne aussi jeune que vous et aussi bien faite de sa personne… Cela engendre des questionnements. Ne devriez-vous pas, comme ces étudiants –il désignait les éclats de rire un peu plus loin-, apprécier quelque compagnie et partager naïvement des expériences de vie ? »

Son ton était si poli, si bénin, comme si sa question était légitime, et en aucun cas presque intrusive. Il se voulait charmeur sans être séducteur (cela était à des milliers de lieux de son esprit), paternaliste sans être familier, curieux sans être indiscret. Et il réussissait son tour de passe-passe, l’illusion était parfaite, on aurait très bien pu croire que chaque parole qu’il prononçait n’était pas soigneusement choisie, calculée. Même s’il espérait, quelque part, que son stratagème serait découvert. La partie n’en serait que plus intéressante, et il n’avait aucun doute de sa victoire finale.

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MessageSujet: Re: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Sam 17 Fév - 10:41

Quelles étaient les chances pour que son retour à la société se fasse en présence d'un personnage tel que Derek ? Inconsciemment, Caliban en venait presque à blâmer l'Univers de vouloir le remettre en selle si promptement. Ses aptitudes sociales lui semblaient ankylosées suite à son isolement forcé et face à sa rencontre inopinée, le jeune garçon sentait qu'il lui faudrait maintenir un niveau soutenu. L'homme face à lui dégageait une prestance qui ne laissait de doute sur l'attitude à adopter en sa présence. Quelque chose en lui était semblable aux hommes de pouvoir que son père côtoyait, politiciens et riches pseudo-philanthrope. Ces individus face auxquels le petit garçon qu'il avait été devait tenir un rôle d'enfant modèle sous peine de provoquer le courroux de son paternel, récitant avec une feinte passion clichés politique et traits d'esprit savamment appris. Mais l'étudiant doutait que tout cela fonctionne avec cet homme ici présent. Lui ne semblait pas être du genre qui aurait mangé dans la main de son géniteur. Tout comme son père, Derek semblait être de l’envergure de ceux qui tirent les ficelles. Ou bien était-ce là une présomption erronée induite par son expérience passée ? La seule façon d'être fixé était de rentrer dans le jeu. De toute façon, que pouvait-il faire d'autre ? La tête toujours haute, un sourire aimable aux lèvres, le français continuait de jauger son invité tout en l'écoutant. Caliban nota dans un coin de son esprit la mention de dure journée de labeur, comptant bien approfondir ce sujet quand l'étiquette et la politesse le lui permettraient.

- Votre ami, dites-vous ? Un homme d'un goût sûr, si je me réfère à la façon dont cet endroit est tenu et des personnes dont il semble s'entourer.

La flatterie n'avait jamais été la tasse de thé du garçon, mais il avait appris aux côtés de son politicien de père que c'était efficace, que ce soit sur les citoyens lambda ou les hommes de pouvoirs imbu de leur personne. Quel meilleur moment pour étudier quelqu'un que lorsqu'il se place lui-même sur un piédestal où il se sent en position de force ? L'exécution n'était pas parfaite car il n'avait pas participé à une telle joute intellectuelle depuis fort longtemps, mais heureusement pour lui, Caliban s'en sortait mieux que ce qu'il avait pu craindre.

Derek relança la conversation en le questionnant d'une manière si naturelle que cela aurait pu sembler bénin, couplé à sa manière d'être. Mais pour un esprit entraîné, une seconde lecture était possible. L'homme avait commencé par le qualifier d'ami, certainement pour induire un sentiment de confiance, de proximité et ainsi lui faire baisser sa garde face à un homme qui, il y a quelques minutes encore, était un illustre inconnu. Ensuite venait le mot jeune, pour établir une hiérarchie naturelle et s'imposer comme un aîné plus coutumier aux choses de la vie. Suivi de cela, évidemment, un compliment pour conforter la proie et lui donner l'illusion d'être considéré en tant que tel.

La stratégie était de toute évidence bien huilée et l'ancien Poufsouffle était prêt à parier que ce n'était pas la première fois que Derek utilisait ce genre de phrase. La suite de sa tirade ne fit que confirmer un peu plus son impression. L'opposer d'abord à la normalité en le comparant à un groupe d'étudiants
"normaux" et le questionner ensuite en se proposant comme confident. Même persuadé qu'il était que tout ceci était un jeu, une manipulation de la part de son aîné, l'air affable et avenant de Derek réussissait presque à le faire douter de ne pas être paranoïaque. L'homme était redoutable et quelque part, Caliban commençait à apprécier cette partie d'échec sous couverture d'une conversation agréable et détendue. Un proverbe chinois, qui dit que les profanes voient les apparences quand les connaisseurs voient les astuces, semblait s'illustrer ici à la perfection. Curieux de voir où tout cela allait le mener, Caliban avança à son tour son pion.

- La naïveté ne me sied guère plus, ces derniers temps. J'ai entrepris un voyage initiatique il y a peu, étant persuadé de pouvoir mener cela à bien sans soucis, mais il s'est surtout révélé être sans succès. J'ai donc décidé de prendre du temps pour redéfinir mes priorités et optimiser au mieux mon avenir.

Il était certain que s'il avait tenté de mentir, Derek l'aurait aussitôt repéré. La seule raison pour laquelle l'étudiant avait pu mentir à son père pendant des années sur sa nature de sorcier était que, l'homme, persuadé de tenir sous sa coupe sa création, ne pouvait concevoir que cette dernière puisse se jouer de lui. Alors, face au gentleman, il avait opté pour des semi vérités, ne racontant que ce qui pouvait l'arranger. Et encore. Évoquer son échec à réaliser son projet, celui auquel il avait jusqu'ici consacré sa vie manqua de le déstabiliser et de faire tomber le masque. Mais il ne voulait et ne pouvait pas craquer maintenant. Caliban se raccrocha à une pensée et plongea de nouveau dans la partie.

- Si je peux me permettre, vous parliez tout à l'heure de dur labeur. Puis-je savoir de quoi s'agit-il ? Je suis convaincu que vous auriez des tas de choses passionnantes à me raconter, vous qui êtes un homme dont la vie est bien occupée comparée à celle d'un simple étudiant comme moi.

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MessageSujet: Re: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Mer 21 Fév - 8:37


Never been clausrophobic but now the walls are closing in
Derek & Caliban & ...
Pour un œil extérieur, la conversation entre les deux hommes aurait été des plus bégnine, pire, insipide, tant elle était sur un ton courtois et portait sur des sujets somme toutes anodins. Mais cette personne n’aurait pas compris, alors, les mécanismes délicats et les calculs savants derrière chaque mots, chaque formulations sortants de la bouche de l’un comme de l’autre. Le plus jeune était obséquieux et flatteur, et l’américain, flagorneur et paternaliste. Deux attitudes pour un même but : découvrir ce qui se cachait derrière la surface lisse des faux-semblants. Car il n’y avait pas d’autres finalités possibles, n’est-ce pas ? Il y avait toujours un vainqueur et un vaincu, même lorsque le langage était la seule arme utilisée.

« -Je juge le goût d’un homme par la qualité de son whisky, et il est vrai que celui qu’il sert au Scottish Inn est particulièrement délicat. Un œil sur le verre que tenait Caliban, et un frémissement du coin de sa lèvre. Bien sûr, il faut développer son palais pour pouvoir en apprécier les nuances.

La réprobation quant à son choix de boisson était palpable, mais personne n’aurait pu l’accuser d’une quelconque impolitesse ou même, d’une simple irrévérence. Il aurait pour cela fallu capter son regard hautain et les notes subtiles de supériorité qui s’évaporaient de chaque pore de sa peau : et à vrai dire, Derek ne jugeait pas tant l’hydromel posé devant le jeune homme que son attitude faussement caudataire. Certes, il appréciait l’attention, mais y décernait une pointe d’ironie (à tort ou à raison), et, piqué dans son orgueil immense, il se dit qu’il préférerait avoir croisé la route d’un rebelle défiant son autorité, plutôt qu’un être qui essayait de flatter son égo sans le penser. Son regard se fit plus dur. Mais Caliban continua sa diatribe, et commença même à lui livrer des informations un peu plus personnelles, un peu plus intéressantes.

-"L’absolu est un voyage sans retour", siffla doucement Derek en citant l’écrivain français Léon Bloy, sans toutefois lui donner crédit, plus par désintérêt qu’un désir de s’approprier les bons mots. Vous êtes jeune. Vous avez le temps de trouver ce qui animera votre vie, mais même si vous n’avez pas trouvé ce que vous cherchez, le destin devait vous faire revenir à votre point de départ, pour une raison ou pour une autre, si ce n’est pour que vous vous posiez ces questionnements qui vous taraudent.

Car oui, Derek était un homme de destin. Il ne croyait pas au hasard de la vacuité de notre univers, et s’il n’était pas croyant (avait-il un seul os pieux dans son corps ?), il pensait que les forces qui régnaient sur le monde étaient celles qui le mettaient au dessus de la foule. Qui le rendait, en un mot, meilleur. Ces mots étaient certes emplis de sagesse et de vérité, ils n’en restaient pas moins emplis d’une certitude bien trop immuable, et ça, Derek ne pouvait le comprendre. Car il avait forcément raison, n’est-ce pas ? Il était le porteur de la vérité universelle, et sa grandiloquence était justifiée puisqu’il était un être exceptionnel. Caliban arrêterait ses flagorneries et finiraient pas le comprendre : s’il était suffisamment intelligent, bien entendu.

Il savait qu’il était loin d’avoir perçu toutes les facettes du jeune homme. Que celui-ci se réfugiait derrière des approximations et des sujets légers. Cela ne dérangeait pas le criminel. Il était roi pour décrypter les plus simples des bavardages, et se repaissait, de toute façon, du plus simple des éléments de l’histoire des hommes. Il continua donc son investigation, l’air de rien.

-Vous parliez d’optimiser votre avenir, l’affaire est vaste et complexe. Le monde est immense. Que pensez-vous faire pour découvrir votre voie ? Je parle bien sûr de manière concrète, pas de votre processus de réflexion : bien qu’il soit, j’en ai conscience, tout à fait indispensable.

Derek avait conscience que c’était peut-être un peu trop pousser sa chance, que de poser une question aussi diligente. Mais cela ne le dérangeait pas. Il était inutile, maintenant, de déguiser sa curiosité indiscrète : s’il avait voulu simplement tromper une quelconque solitude, il se serait cantonné à des phrases bateaux sur le temps qu’il faisait ou le bruit environnant. L’américain n’insulterait pas l’intelligence de son interlocuteur en prétendant : l’offensive était maintenant évidente, bien que toujours aussi douce et sournoisement subtile.

C’était maintenant au tour du plus jeune d’attaquer. Et Derek ne fut pas déçu des cartes qu’il abattit sur la table, se servant de ses propres mots pour essayer d’en savoir plus sur ses intentions et ses dissimulations. Toujours cette hypocrite flatterie, cependant : Caliban devait faire attention, ou le loup sortirait de sa cage. Personne ne se moquait de Derek Knight, ou il fallait savoir en subir les conséquences.

-Ne vous rabaissez pas ainsi, Caliban, cracha-t-il, ne cachant pas sa mauvaise humeur face à ces viles flagorneries. Un étudiant peut avoir autant à raconter qu’un vieillard, et un homme comme moi n’est peut-être qu’un fou à la langue, certes habile, mais à la vie plus vide qu’une coquille échouée sur la plage. Il se reprit, ne voulant pas paraître trop dur. Pas encore. Le labeur dont je parlais n’était qu’une phrase toute faite, car je ne travaille pas vraiment, expliqua-t-il. Je respecte les hommes qui triment toute la journée, mais j’ai la chance de ne pas en avoir besoin, vivant des richesses de ma famille et passant le plus clair de mon temps à oisivement découvrir le monde et y découvrir ses habitants. Je suis ce qu’on appelle un philanthrope. Ne voyez pas dans ce terme une supériorité de ma part, c’est simplement le titre que mes pairs m’ont attribué.

Mensonges, bien sûr. S’il y avait bien une chose qu'il ne pouvait pas révéler, c’était la nature de son travail, les sombres actes auxquels il prenait part chaque jour. Mais s’il se proclamait ce riche gentleman adepte de généalogies et d’expériences humaines, il était en réalité une partie de sa personnalité. Celle qu’il acceptait d’exposer au reste du monde, la vitrine Derek Knight qui cachait la pourriture du cœur de Sacramento.

-En observant l’humanité toute ces années, j’ai découvert bon nombre de sages et vu bien des merveilles : je pourrais vous les raconter, mais je ne suis pas sûr que vous puissiez les comprendre. Non pas à cause d’un manque d’intelligence, mais parce qu’il faut pouvoir les expérimenter pour pouvoir en saisir toutes les nuances. »

Derek finit son verre sans s’en rendre compte. Il en commanderait un autre s’il voyait que Caliban avait compris qu’il avait vu clair dans son jeu, et que la flatterie n’avait pas lieu d’être.

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MessageSujet: Re: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Mer 21 Fév - 18:51

Caliban accueilli la remarque de Derek d'un sourire amusé qu'il ne pu retenir. Cela n'était peut être pas très raccord avec le rôle qu'il avait endossé jusqu'ici mais sans le savoir, le philanthrope avait reprit un running gag que ses amis entretenaient avec soin, disant que pour un fils de riche, ses goûts en matière d'alcool était vraiment latitudinaire.

- J'ai bien peur que confronté à ce critère, il me vaille encore du temps pour me targuer de détenir un goût digne de ce nom.

Cette remarque était, depuis le début de la conversation, la seule n'ayant aucune visée stratégique pour Caliban. Le garçon espérait d'ailleurs que son locuteur n'y verrait là aucune moquerie. L'homme avait semblé très sérieux quant à l'importance portée aux choix des breuvages et le garçon ne voulait pas que sa brève spontanéité soit interprétée comme un manque de respect.

Le regard de Derek, tout comme son visage, parurent se durcir et Caliban ne savait pas s'il devait attribuer ça à l'air amusé qu'il avait arboré ou à son comportement volontairement obséquieux. Heureusement, son interlocuteur sembla passer de l'agacement à l'intérêt quand l’étudiant commença à lui livrer des informations d'une manière qu'il pensait contrôlée. Son idée était, de base, de dévoiler un minimum son jeu pour encourager son adversaire à se penser vainqueur et à dévoiler le sien. Comme il s'y attendait, cela ne serait évidemment pas si simple. Et à présent qu'il tenait le début de quelque chose, Derek semblait aussi déterminé qu'un augurey devant un nid de fée. Étonnamment, la tirade de Derek à propos du destin semblait ne plus s'inscrire dans les banalités et faux-semblants qu'il avait servi jusqu'ici. Était-ce là de la bienveillance sincère ou juste une leçon de vie que, du haut du piédestal sur lequel il s'était lui-même placé, il daignait offrir à un ignorant ? Malgré toute sa bonne volonté, l'étudiant était bien incapable d'apporter une réponse à cette question. Ce revirement inattendu fut suffisant pour déstabiliser le garçon, ce qui se lu certainement sur son visage. Son instinct lui hurlait de rester sur la défensive en attendant de rentrer de nouveau dans le jeu mais il ne voulait pas non plus montrer sa faiblesse à Derek. Même si cela se ressentait partiellement, ce dernier ne pouvait savoir à quel point cet exercice n'était plus familier pour Caliban depuis son enfance, ainsi que les mauvais souvenirs qu'il pouvait véhiculer. Cela cumulé avec son isolation forcée de ces dernières semaines, Caliban avait bien peur de ne pas être capable de reprendre s'il s'autorisait une pause, aussi infime soit-elle. Alors il serra les dents et continua la représentation.

- Je ne redoute pas ce qui constituera ma vie ou mon destin, ce qui ne peut être évité, il faut l'embrasser. Ne voyez en moi que la nostalgie d'un adieu lorsque je parle de mon échec. Comme vous le dites, j'ai encore tout le temps de trouver en chemin les réponses à mes questions.

Caliban tentait de rester vague concernant ce que pouvait être cet adieu, son échec ou ses questions. Il ne devait pas, dans ce moment de confusion, délivrer plus qu'il ne voulait. Néanmoins, cela ne rendait pas moins vraies les paroles qu'il avait prononcé. Il eut tout juste le temps de reprendre un peu plus consistance avant la nouvelle vague de questionnement. Et heureusement, car Derek semblait décidé à ne pas y aller de main morte, enfonçant les portes qu'il avait jusqu'ici tenté d'entrouvrir avec discrétion. D'autant plus qu'à cette question, il n'avait pas la réponse.

- “Si faire était aussi aisé que savoir ce qu'il est bon de faire, les chapelles seraient des églises et les chaumières des pauvres gens des palais de rois."  Le garçon s'éclaircit la gorge, pas tout à fait sûr de l'exactitude de la citation. Comprendre que je courrais après des chimères est déjà un bon avancement dans l'optimisation, je pense. Ensuite, j'imagine m'essayer à diverses choses jusqu'à trouver celle qui me convient. Le voyage ne compte-t-il pas plus que la destination ?

Il doutait que citation et banalité suffisent à satisfaire la curiosité de Derek mais l'étiquette qu'il semblait tant affectionner voudrait normalement qu'il s'en satisfasse. Par chance, peu de temps après, Caliban pu saisir l'occasion de répliquer et d'interroger le gentleman. Cependant cela ne se passa pas exactement comme prévu. S'il le doute était permis plus tôt, il était à présent clair que la flagornerie ne fonctionnait pas avec Derek. A l'inverse de son père, l'homme du monde ne semblait pas se contenter d'être encensé par ses interlocuteurs. Si l'on suivait ce raisonnement, les motivations des deux hommes devaient donc être différentes. Son géniteur, lui, voulait à tout prix asseoir son pouvoir, dominer les autres et pouvoir l'utiliser et s'en vanter. Mais que Derek voulait-il, dans ce cas ? Il ne savait pas encore comment fonctionnait l'homme, mais il était certain que sa prétendue vie de coquille échouée sur la plage n'était que foutaises. Caliban ne se formalisa pas des quelques mensonges et fausses modesties et reparti à la charge, abandonnant la stratégie visant à le faire parler en le flattant pour improviser.

- Les fortunes familiales, voilà une chose bien pratique, si vous voulez mon avis. Caliban lui-même vivait en parti grâce à l'argent que son père avait cru pouvoir cacher à l'état en le mettant sur un compte au nom de son fils. Malheureusement pour ce dernier, l'enfant devenu grand n'avait pas prévu de le lui rendre. Mais là n'était pas le sujet, son père ou sa fortune ne devaient être évoqués. N'avez-vous jamais pensé à investir ? A le faire fructifier ? Et sans aller jusqu'à parler de labeur, n'y a-t-il pas un domaine dans lequel vous avez souhaité vous investir ? On dit souvent qu'un homme aimant ce qu'il fait ne passera pas un jour de sa vie à travailler, il me semble.

L'ancien Poufsouffle choisi de ne pas réagir à la partie concernant les innombrables voyages de Derek. D'abord parce qu'il l'enviait pour cela et quand il disait qu'il ne pourrait pas comprendre à moins d'en faire l'expérience, il avait certainement raison. De plus, il ne voulait pas offrir une porte de sortie trop évidente par laquelle se glisser pour éviter les questions sur ses activités. Pour lui faire comprendre qu'il en avait fini, Caliban porta son verre à ses lèvres et le termina en prenant son temps.

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Derek KnightSorcieravatarSorcier
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MessageSujet: Re: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Dim 25 Fév - 10:28


Never been clausrophobic but now the walls are closing in
Derek & Caliban & ...
Derek passa le manque évident de goût du jeune homme. Il n’était de toute façon pas né en appréciant un fin whisky, quoi qu’il puisse prétendre, bien qu’il se soit formé un goût raffiné assez jeune, et Caliban développerait probablement une subtilité de son palais au fil des années. Il devait avoir une vingtaine d’années, tout au plus, et si Derek était loin d’être âgé, du haut de ses 33 ans (bien que son anniversaire approchait à grand pas), il se considérait lui-même comme une vieille âme.

Et il semblait perdu, le jeune homme plein de promesses. Comme s’il venait de se rendre compte que le dealer avait déjà distribué les cartes, alors que tout le monde autour de la table avait déjà misé : comme s’il comprenait que la conversation, certes anodine pour le commun des mortels, n’était en réalité qu’une mise en scène calculée. Derek ne laissait rien au hasard, lui, le drogué aux histoires humaines. Chaque mot était pesé et repesé, en une fraction de secondes, dans l’unique but de ronger jusqu’à la moelle chaque once de Caliban, découvrir le moindre de ses secrets. La finalité de ses intentions aurait pu sembler quelque peu saugrenue, et si c’était le cas, l’américain acceptait sans mal sa singularité. Une raison de plus, au final, de son statut démesurément phénoménal.

Sa réponse lui plut beaucoup. Il avait eu raison de choisir le jeune homme, toute cette farce le distrayait grandement. Caliban avait trouvé la bonne formulation : embrasser son destin. C’était en tout point ce que pensait le criminel, bien qu’il allait sans doute plus loin que ce que le jeune homme n’insinuait. Certains naissaient avec un chemin exceptionnel, d’autres non. Ceux qui se détournaient de la voie de la grandeur étaient misérables, et ceux qui essayaient de s’élever au dessus de ce que la vie avait prévu pour eux, des idiots. Ainsi donc, Caliban acceptait son sort. Parfait. Des échecs, probablement qu’il en rencontrerait encore et encore, car après tout, bien peu avaient une fortune aussi exceptionnelle que quelqu’un comme Sacramento (décidemment, son égo n’avait plus de limite tant, dans sa tête, il était justifié), mais cela ne voulait pas dire qu’il était condamné au débâcle. S’il était destiné à faire de grandes choses, il le ferait.

« -Le destin a cette propension admirable à ne se révéler qu’après les faits. Je ne doute pas que vous trouverez votre voie, dit-il d’un ton presque paternaliste.

Caliban continua de le surprendre en citant Shakespeare, le dramaturge dont Derek aimait à se complaire d’être, en quelque sorte, le digne héritier. Non pas d’un point de vue artistique, mais selon lui, ils partageaient une vision, un point de vue différent sur le monde. Ce n’était pas pour rien que ses animaux de compagnie étaient nommés respectivement Shylock et Mercutio, et surtout que ses mots étaient tatoués sur ses côtes.
Ce qu’il disait était, de plus, plein de sens : si l’américain n’admettait pas l’idée que le voyage était plus important que sa finalité, il pouvait comprendre la philosophie qui s’en dégageait. Certes, c’était son œuvre actuelle qui ferait sa grandeur future, et sans elle, son nom ne figurerait jamais dans les livres d’histoire : mais sans ce but qu’il s’était fixé et qu’il arriverait à atteindre, il en était sûr, son cheminement n’avait pas de sens. Ils devaient aller de pair, l’un sans supplanter l’autre.

-Ces chimères sont certes très importantes pour votre cheminement personnel, tout comme votre… réalisation. Mais lorsque vous aurez trouvé votre voie jeune homme, ne pensez pas une seule seconde que votre but est moins important que ce que vous avez, et êtes en train de traverser. Ce sont ceux qui n’ont rien accomplis, qui pensent ainsi. Il fit une pause, un sourire narquois sur le visage. J’ose espérer que vous avez l’ambition d’accomplir quelque chose dans votre vie, Caliban. Peu importe ce dont il s’agit.

Il fit un petit signe au serveur, pour qu’il lui resserve la même chose, un vieux Port Ellen de 35 ans d’âge qui avait été mis de côté spécialement pour les amis du propriétaire, amateurs de liqueurs. Il avait conscience que Caliban avait évité sa question, et il n’insisterait pas : en tout cas, pas tout de suite. La nuit était jeune, et il ne comptait pas lâcher l’affaire de sitôt. Et voilà que c’était à son tour d’être questionné. Cela ne le dérangeait pas : son histoire, bien que totalement fictive, était extrêmement bien ficelée, et il l’avait racontée maintes et maintes fois. S’il fallait en passer par là pour que le jeune homme soit plus détendu, soit.

-Il est vrai mon jeune ami, il est vrai. Je suis amateur d’art, et ce depuis des années : on peut dire que c’est mon occupation principale, j’essaye d’aider de jeunes artistes à faire fructifier leurs talents et à préserver certaines œuvres de tomber entre des mains qui n’en seraient pas dignes, qu’elles soient d’origines sorcières ou No-maj. Je suis également amateur de généalogie, et c’est d’ailleurs ma présence sur le vieux continent.

Il n’en dit pas plus. Derek savait qu’il fallait attendre qu’une question soit posée avant de proposer une réponse, afin de faire tourner une conversation dans la direction que l’on souhaitait, sans même en avoir l’air. La suite semblait pourtant évidente, et ses révélations apportaient bien plus de questionnements que de répliques : mais c’est en laissant venir à lui le renard, que le Petit Prince l’avait apprivoisé.

-Vous êtes vous déjà intéressé à l’histoire de votre famille ? »

Et c’était bien naturel de continuer ainsi, n’est-ce pas ? Ce n’était en aucun cas un moyen pour Derek de replacer la conversation vers ce qui l’intéressait vraiment : ce qu’était Caliban, et ce qu’il répugnait à révéler…

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MessageSujet: Re: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Mar 6 Mar - 19:14

Caliban ne put s'empêcher de se demander si, dans un avenir proche ou lointain, il repenserait à cette conversation avec Derek avec surprise, réalisant que l'adage de ce dernier avait pris tout son sens. Que, sans qu'il le sache aujourd'hui, le destin avait déjà commencé à distiller des indices sur la voie qui était la sienne. Si c'était vrai, il était bien pressé de découvrir ce que l'avenir lui réservait car l'incertitude, la frustration et le mal-être s'imposaient chaque jour un peu plus dans son esprit, ternissant son quotidien. Le jeune adulte, lorsqu'il avait décidé de tout quitter pour tenter sa chance, s'était lui-même persuadé que cela ne pouvait que fonctionner, malgré les difficultés évidentes. Mais tout ce qu'il avait trouvé là-bas était désillusion. Et à présent il se retrouvait seul, forcé d'abandonner sa passion pour ne plus essuyer de déception. Bien qu'il tienne un discours différent face à son compagnon de table pour cacher ses faiblesses, renoncer à ce qu'il aimait tant le rongeait et cela ne ferait certainement qu'empirer. Heureusement, son père lui avait appris à sourire, surtout quand cela ne vient pas naturellement. Car seules les apparences comptent, n'est-ce-pas ?

Le gentleman se dressa face à sa déclaration et expliqua avec justesse que pour lui, voyage et destination étaient égaux, que l'un ne pouvait pas prévaloir. Au passage, il s'arrangea évidemment pour rappeler que penser autrement signifiait qu'il n'avait rien fait de sa vie, mais Caliban ne prit même pas la peine de relever la pique. Il espérait avoir lui aussi l'occasion de lui en envoyer et c'était là la seule réplique possible. Derek, après une infime pause, l'air de rien, le questionna sur ses ambitions, portant une autre attaque. Car oui, c'était bien là d'un combat qu'il s'agissait. Un vétéran face à une jeune recrue, certes, mais un combat tout de même. Chaque phrase était un assaut, chaque mot une arme. Et malgré que cela lui coûtait de l'admettre, le doyen prenait l'avantage à chaque coup, malgré la défense du garçon. Les coups, précis et ciblés, déstabilisaient. Ses ambitions ? Il en avait, certes, mais aucune qu'il serait prêt à assumer ici-même. Et aucune réponse préconçue ne lui venait. Nombre de fois il s'était imaginé faire quelque chose de signification pour aller à l'encontre de son père, s'opposer publiquement à ses croyances. Révéler au monde qu'un des partisans les plus fervents du mouvement anti-sorcier avait un fils lui-même sorcier. Protéger les jeunes générations, moldues comme sorcières, de sa doctrine toxique. Mais il s'agissait là de quelque chose de bien trop sérieux qu'il n'avait, justement, jamais vraiment prit au sérieux. Un idéal qu'il s'était contenté de contempler de loin sans jamais s'en donner les moyens. Et encore aujourd'hui, il ne se voyait pas le faire. Il n'en avait pas encore les capacités, lui qui n'était même pas fichu de devenir un animagus. Heureusement, la réponse au questionnement dissimulé de Derek était simple, au final.

- Oui. Peu importe ce dont il s'agira, je compte accomplir quelque chose. Laisser une trace de mon passage ici.

Malgré le ton concerné et le discours paternaliste, il était impossible pour Caliban de croire qu'il se sente réellement impliqué par tout cela. Il ne savait pas encore quel était le but qui animait l'homme, mais il espérait le découvrir.

- Cela semble vous tenir à cœur, de la façon dont vous en parlez. Avez-vous déjà laissé la votre ?

Après tout, de ce qu'il savait jusqu'ici, le philanthrope affirmait n'avoir jamais vraiment travaillé et s'être contenté de voyager. Rien de bien signification à l'échelle historique. Avait-il réussi à le coincer dans un de l'arène, le forçant à céder du terrain ? Avait-il préparé une parade ? Ou pire encore, s'était-il fait manipulé par le vétéran pour arriver exactement là où l'homme l'avait prévu ? Difficile de juger, face à un combattant si aguerri. Peut-être qu'un piège allait se refermer sur lui d'un instant à l'autre.

L'art ? Cela n'était pas réellement surprenant, au final. Richard Mirth s'intéressait à l'art, lui aussi. Enfin non. Il aimait avoir des objets uniques, rares et onéreuses, juste pour montrer que lui, il en avait le pouvoir et les moyens. Qu'il s'agisse d'art ou non, ça en revanche, il n'en avait cure. Peut-être était-ce différent pour Derek. Mais de là à croire qu'il se contentait de cela, couplé à un peu de généalogie ? Impossible. Les rouages de son cerveau s'actionnaient déjà pour creuser un peu plus, travailler l'homme au corps pour lui soutirer des informations mais un coup qu'il n'avait pas vu venir et pourtant amener si naturellement, le désarma. Sa famille. La surprise le sonna et il était fort peu probable que cela échappe à Derek et son regard aiguisé. Impossible de répondre aussitôt, cela n'aurait été qu'un balbutiement sans aucun sens. L'homme face à lui devait certainement se délecter de l'efficacité de son attaque et il ne pouvait lui reprocher. Se calmer. Remonter sa garde. Tenter de minimiser les dégâts en lâchant aussi peu d'information que possible. Repartir au combat.

- J'ai eu l'occasion, plus jeune. Mais je dois avouer que... Cela ne m'intéresse pas réellement. Je doute de trouver dans cette histoire de quoi me rendre fier ou m'inspirer. Disons... que je préfère m'éloigner et commencer un nouveau chapitre, sans lien avec le reste.

Ce n'était pas tout à fait exact, en réalité. S'il souhaitait être aussi éloigné à tous les plans possibles de son père, il n'avait aucun vrai grief envers sa mère si ce n'est qu'elle s'était toujours plié aux consignes de ce dernier, au détriment de son fils et de son éducation. De plus, son grand-père avait toujours été bon et affectueux avec Caliban, ce qui avait le don d'énerver le père. Mais il n'était pas là pour faire dans l'exactitude. Et si possible, il préférait d'ailleurs ne même pas parler de lui. Le sauveur, ou plutôt le serveur, n'était pas loin et Caliban lui fit signe de s'approcher pour demander, cette fois ci, un whisky pur feu. Il fallait ce qu'il fallait pour aider à tenir le choc des assauts répétés de Derek. Une fois le serveur reparti, il reporta son attention sur l'homme, comme si rien ne s'était passé et qu'il n'avait pas, un moment, perdu pied. Espérant que le coup de grâce ne vienne pas. Ou pas trop vite.

- Vous intéressez-vous uniquement à la généalogie de votre famille, ou bien à celle des familles célèbres ? En quoi cela consiste-t-il ? Que faut-il à une généalogie, selon vous, pour être intéressante ?

La parade était d'un piètre niveau, ne lui apprendrait rien d'intéressant sur Derek mais au moins elle aurait, le souhaitait-il, le mérite de lui laisser le temps de souffler.

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MessageSujet: Re: Never been claustrophobic, but now the walls are closing in [Libre]   Lun 12 Mar - 14:26


Never been clausrophobic but now the walls are closing in
Derek & Caliban & ...
La différence fondamentale entre un joueur de poker chevronné et un parfait débutant, c’est la propension à deviner presque instinctivement les prochains coups de l’adversaire. Chaque carte abattue sur la table n’est qu’une pierre posée sur une route pavée, qui mènera inéluctablement l’un ou l’autre des concurrants vers la victoire, ou la défaite : mais si on connaît les tours et les détours du chemin, il est bien plus facile d’arriver à destination, que lorsqu’on est aveugle et sans moyen de savoir ce qui se trouve sous nos pieds. La chance du débutant ne rentre pas en compte dans ce calcul précis. On aura beau avoir la meilleure main du monde, si l’adversaire vous voit arriver à des kilomètres à la ronde, vous finirez toujours le nez dans le sable.

Et c’était, quelque part, le problème de Caliban face à Derek : il était toujours surpris des mots acérés du plus vieux, et petit à petit, ses défenses s’amenuisaient, au risque de bientôt finir capot. Les attaques de l’américain, comme l’érosion face à une falaise déchiquetée, pouvaient sembler triviales, anodines, mais elles finiraient par provoquer un éboulement désastreux pour le français, s’il n’y prenait pas garde. Et Derek était sûr de sa victoire, car toujours, sans exception, il ressortait conquérant (et si un jour, il trouvait adversaire à sa mesure, plus dure en serait la chute).

Mais une chose était sûre : Derek s’amusait comme un fou. Car certes, son adversaire était inexpérimenté, certes, il ne doutait pas de sa future réussite, mais ce chien fou ne lâchait pas l’affaire. Quelqu’un de moins patient, ou peut-être, de plus sage, aurait jeté l’éponge, soit en laissant s’échapper une colère justifiée (bien qu’inappropriée, puisque pour les autres clients du pub, qui sirotaient tranquillement leurs verres, leur conversation n’était rien d’autre qu’un échange cordial, pas ce pugilat de mots), soit en arrêtant les frais en s’éclipsant de la table : mais Caliban était jeune, probablement un peu fier, probablement un peu curieux, et continuait de s’entêter à lutter contre l’américain. C’était quelque chose que Derek appréciait, la détermination. C’était selon lui une qualité indispensable, si l’on voulait faire quelque chose de sa vie et se démarquer des mortels, et lui-même n’en manquait pas. D’autant plus que, selon ses mots, le jeune homme voulait lui aussi laisser une marque dans l’histoire, ce que Sacramento ferait, cela ne faisait aucun doute à ses yeux. A moins bien sûr que sa réponse ne soit une flagornerie, un peu plus subtiles que les précédentes, mais Derek en doutait : l’humain avait cette tendance, presque innée, à vouloir transmettre ce qu’il était à autrui, alors pourquoi se priver de le faire à plus grande échelle ? Y avait-il plus grande consécration que de se voir reconnu par ses pairs ? Le criminel pensait fermement que non. Mais bien sûr, il ne pouvait avouer au jeune Mirth la manière dont il prévoyait de rester dans les mémoires des racines de l’humanité : ou sinon, il serait obligé de l’éliminer, et cela aurait été, définitivement, du gâchis.

« -J’ai tendance à croire que mon nom de famille, Knight, me prédestine à servir, et non à régner, dit-il posément. Je resterai cette éminence grise, ce coup de pouce que le destin met sur la route des plus grands, pour les aider à déployer leur plein potentiel : certains pourraient voir dans ce rôle un faire-valoir, voir pire, mais je pense qu’il est plus important, même, que ceux dont le nom sont sur toutes les lèvres et dans tous les esprits.

Ce n’était pas un mensonge à proprement parler. Car il croyait fermement que chaque personne qui faisait partie de son organisation criminelle était un rouage essentiel à sa grandeur, et il était extrêmement reconnaissant de leur travail et leur implication : mais il pensait aussi qu’il était différent. Persuadé d’être une sorte d’être supérieur, il ne s’abaisserait jamais à ne tenir qu’une fonction secondaire, qu’un sous-fifre fait pour valoriser le héro. Ce que tu ne voudrais pas que l’on te fît, ne l’inflige pas à autrui. Patrick était l’exemple parfait pour prouver que Derek ne respectait absolument pas ce commandement.

Le jeune homme répondit à sa question suivante de manière tout à fait simple. Cela ne méritait pas vraiment de s’étaler là-dessus, mais le criminel ne desserrait pas sa mâchoire. Il ne lâchait pas Caliban, voulant le mettre au pied du mur, voir s’il pouvait atteindre ses limites. Comme un charognard qui continue de ronger le même cadavre.

-Vous savez Caliban, si votre famille ne vous rend pas fier, vous pouvez, au contraire, vous servir de son histoire comme de l’exemple à ne pas suivre. La généalogie a la fâcheuse tendance de mettre sous la lumière de terribles secrets qui auraient préférés rester dans l’ombre : je comprend ce besoin de renouveau, mais comment voulez-vous réussir à découvrir votre voie, si vous ne vous connaissez pas vous-même ? Si vous ne savez pas à quel point vos racines sont saines, ou pourries ?

Pour peu, il aurait éclaté de rire face à son impertinence. Car c’en était, à ce niveau, et, bien qu’il restait tout à fait cordial et gardait ce ton bienveillant, comme s’il ne délivrait sa sagesse que pas désintérêt total, il était assez flagrant qu’il ne faisait que cacher sa provocation. Il prenait un malin plaisir à titiller le jeune homme, pour voir s’il le mordrait, ou s’il trouverait un autre moyen de le contrer : et le voilà qu’il prenait un whisky, maintenant. Ses assauts incessants semblaient porter leurs fruits.

-Je suis venu au Royaume-Uni pour suivre l’histoire de ma famille, venue aux Amériques sur le Mayflower : mon intérêt se porte principalement sur mes origines. Mais elle tisse une toile étendue, qui m’a fait découvrir des milliers d’histoires différentes, des myriades de tranche de vie des plus intéressantes. Saviez-vous, par exemple, que l’une des fondatrices d’Ilvermorny, l’école de sorcellerie américaine, émigra elle aussi sur le Mayflower ? Et qu’elle était elle-même la fille de Rionach Sayre, née Gaunt, héritière de Salazar Serpentard ?

Il fit une petite pause. Bien que l’homme ne fût pas le grand passionné de généalogie qu’il prétendait être, c’était un homme lettré, qui portait aux nues l’amoncellement de connaissance. Certes, il avait appartenu à l’Oiseau-Tonnerre, mais cela avait été son choix, le Serpent Cornu l’ayant également réclamé au sein de sa maison. Et pour paraître le plus crédible possible, il était réellement devenu un expert dans l’histoire des pères pèlerins anglais, venus sur le bateau marchand pour devenir les fondateurs des Etats-Unis. Cela ne le dérangeait aucunement de s’attarder sur le sujet : et peut-être cela donnerait à Caliban l’impression éphémère qu’il avait un quelconque pouvoir sur la conversation.

-C’est ce qui est intéressant, en réalité. On voit l’Histoire comme une sorte d’immense puzzle, dont il faut combler les trous avec des événements que tout le monde pensait oubliés… Et à ce compte, le moindre élément, la moindre piste devient des plus passionnantes, puisqu’elle est un moyen de parvenir à des découvertes parfois extraordinaires.

Derek prit une nouvelle gorgée de son whisky, appréciant les notes ambrées sous sa langue. On pouvait réellement penser qu’il était passionné par ce qu’il racontait, la flamme ardente de sa passion se reflétant dans sa voix : mais en réalité, ce n’était qu’une illusion, un reflet de son exultation quant au déroulé de la bataille oratoire qu’ils menaient. Et son attaque n’était pas finie. Loin de là.

-Par exemple, apprendre à vous connaître pourrait sembler anodin, vous, simple étudiant venu oublier un passé n’ayant pas porté ses fruits, et se demandant encore quelle est sa place dans le monde. Mais vous faites partie, que vous le veuillez ou non, d’un tout. D’un univers dont vous n’avez même pas forcément conscience, et qui renferme des énigmes absolument fascinantes. Vous comprenez ce que je veux dire ? »

Sa question était à double-sens. S’il s’enquerrait bien si Caliban le suivait dans ses contentions, il demandait surtout s’il était duppe. S’il avait compris qu’encore une fois, il lançait un coup d’épée en direction du jeune homme : et sa lame était aiguisée.

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A wicked man.
He shall spurn fate, scorn death, and bear his hopes above wisdom, grace and fear: and you all know, security is mortals' chiefest enemy. William Shakespeare.
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