Les maux de la mer | Irvin Fowler
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MessageSujet: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Ven 7 Juil - 7:43

Les maux
de la mer
Le 6 avril 2000

Les doigts agrippés avec la force du désespoir aux barreaux du lit, Torvi tenta de s’extirper de la réalité présentement mouvementée. Pour ne plus souffrir des sursauts de la mer. Pour ne plus éprouver les élancements aigres de son estomac. Il y avait là tant de contractions nauséeuses ; de perturbations imprévues ; de tremblements fiévreux.

Pourtant, elle n’avait jamais été soumise au dégoût de l’immensité salée. Au contraire, il lui semblait, en fouillant laborieusement sa mémoire précaire, que les trajets passés s’étaient révélés plus dociles et abordables. Pas cette fois-ci, cependant.

Car tout se serrait en elle. S’étouffait d’un souffle difficile. D’une blessure qu’elle ne s’expliquait pas – et ne comprenait pas. Comme un mal qui surgissait de tréfonds lointains et inconnus pour lui harponner les viscères en pleine tempête.

Une vague vint justement se fracasser contre le hublot du navire, faisant sursauter la sorcière d’une violente frayeur. A un point tel que, sous la pulsion de surprise, elle manqua de se cogner contre la paroi métallique bordant sa couche. « Bon sang ! » Elle, si peu prompte à éructer sommairement son agacement, siffla ces deux mots dans sa langue maternelle.

Elle devait sortir.

L’esprit hagard, encore secoué par les chancellements intermittents du bateau face à la violence immodérée du ciel, la brune tenta de quitter les abords de sa cabine. Tout était si étroit, en vérité. Si ridiculement restreint. Semblable à ces boîtes dans lesquelles son père avait autrefois l’habitude de ranger ses chaussures de cérémonie. Des boîtes qui s’entassaient presque à l’infini sur une barque malmenée par le monde.

D’un pas prudent, quoi qu’empressé de s’ouvrir à une respiration fouettée par le vent de surface, Torvi se dégagea de son petit espace pour déambuler maladroitement dans le couloir. Tout tanguait. Tout tremblait. Plusieurs passagers, peu chanceux, se tenaient fermement aux accoudoirs avec cet air maladif propre aux intolérants des bousculades de la mer. Touchée dans son empathie, la sorcière leur adressa un fin et rare sourire compatissant – tout du moins, dans les premières secondes, car, très vite, un nouveau coup des eaux lui fit recracher quelques biles filandreuses et non-digérées.

Et ils étaient encore loin de dépasser l’orage.

***

Le teint livide et frissonnant, certainement gagné par une fièvre passagère, Torvi s’efforça de descendre du navire sans trop en dévoiler de sa faiblesse. La démarche maîtrisée par une nécessité presque sordide – tout devait paraître normal – et cruelle. Droite et fière, dans ce qui semblait être son malheur.

En effet, si la prestance se voulait infranchissable, l’apparence en dévoilait de sérieuses fêlures. La robe, humide jusqu’au gosier, ne faisait qu’étreindre davantage le corps de la suédoise d’une impression poisseuse. Le précieux trait de Khôl noir, initialement fluet et modéré, ne se représentait plus qu’en des glissements charbonneux étalés-là par la pluie sur les joues de la sorcière.

Peu en importe les tentatives successives d’en essuyer les traces d’un revers de gant.

Le tableau ne pouvait en rester qu’une critique amère ; une peinture peu élogieuse d’une femme assommée par un temps capricieux. Néanmoins, ce marasme visible et édifiant, exagérément accentué par la brume matinale et ses précipitations glaciales, dissimulait d’autres problématiques aux regards des passants.

Telle que cette pression douloureuse sur l’estomac qui la poussa à s’éloigner de la rue principale. A emprunter une avenue moins bondée. Moins éveillée. Afin de rendre gorge contre le mur d’une bâtisse sans chercher à s’en dissimuler plus que nécessaire. Les doigts crispés par le malaise et l’inquiétude.

Était-ce la fuite de trop ?

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Mar 11 Juil - 17:21

Quand Dieu avait créé le monde, les Anglais s'étaient fait avoir sur la météo. La pluie qui tombait depuis deux jours sur Atlantis était l'exemple parfait que ce point du contrat avait été mal négocié. Malheureusement, qui disait pluie à l'extérieur disait tout le monde à l'intérieur ; et la résidence résonnait sans cesse d'une agitation qui me mettait les nerfs à vif. Je dormais peu, ces derniers temps ; mon esprit était dans un état de constante ébullition qui me maintenait éveillé jusqu'au plus profond de la nuit. Je ne savais pas l'expliquer. Il vibrait d'un sentiment d'urgence que je n'avais jamais ressenti aussi vivement. Maintenant que ce cher monsieur Jobs (toujours porté disparu d'ailleurs) m'avait inspiré l'idée de travailler sur les runes, je sentais que je touchais au but. La réussite était proche, je la sentais effleurer ma conscience. Alors pourquoi était-ce aussi long ?! J'aurais voulu que mon cerveau soit plus vif, plus rapide. Ma propre lenteur m’insupportait. Je passais des heures à la bibliothèque, et j'en venais même à sécher un ou deux cours pour y rester plus de temps. Bientôt, tout redeviendrait comme avant. Tout rentrerait dans l'ordre, et j'entendrais de nouveau. Bientôt, une fois que j'aurais trouvé les runes adaptées à cette technologie capricieuse.

C'est dans ce but que je me dirigeais vers les Salines, quartier que je n'avais quasiment pas exploré depuis mon arrivée. J'avais appris à aimer l'air marin, vivifiant et plus frais que celui du Yorkshire, en arrivant sur cette île. Je m'étais même promené à quelques rares occasions sur les bords de mer, pour me distraire un peu de mes recherches. La mer offrait un spectacle apaisant – la plupart du temps en tout cas. Aujourd'hui, elle était déchaînée, comme attisée par un violent souffle de vie (ou de colère, qui sait). Je l'entendais ; mais pas seulement avec mes oreilles, mes appareils refusant encore une fois de fonctionner me gratifiant seulement d'un lointain murmure de tempête. Au loin, entre deux maisons, la houle claquait au rythme d'une pulsation visuellement assourdissante de fracas et de fureur. Je sentais ses mouvements dans mes membres, ma tête, elle résonnait en moi et me portait vers la boutique que je cherchais. C'était une nouvelle sorte de bruit, insolite mais plus… viscéral, plus brut encore que le grondement des vagues. Comme si mes autres sens s'adaptaient pour compenser mon ouïe défectueuse… je chassais aussitôt cette pensée de ma tête. C'était une réaction naturelle de n'importe quel cerveau mais bientôt, tout rentrerait dans l'ordre.

Je marchais vite dans les rues sombres, droit vers la pharmapothicairerie. Je savais que je pourrais y trouver un quelconque stimulant qui me permettrait de perdre moins de temps à dormir et d'en gagner en recherches. Mes mères me l'interdiraient certainement ; elles m'avaient reproché d'avoir perdu un ou deux kilos, deux jours auparavant, et de ne pas prendre soin de ma santé. J'en prenais soin, justement, en essayant de résoudre ce foutu problème d'appareil, mais elles s'inquiétaient trop, comme toujours.

Plus j'avançais vers le port et plus le vent se rappelait à mes oreilles, claquant et sifflant. Je portais le manteau enchanté par Mom, parfaitement imperméable ; malheureusement, ma tête ne l'était pas et mes cheveux ruisselaient dans mon cou. J’accélérai le pas. Le peu de gens que je croisai se pressait pour gagner un abri. Ils sortaient probablement du dernier bateau accosté, je le voyais au loin, sa bouche béante laissant s'échapper les traînards d'un nouveau flot d'arrivés. Je tournai pour rejoindre la pharmapothicairerie.

Une silhouette s'imposa devant mes yeux distrait par la tempête. Elle me rappelait vaguement quelqu'un… Emilia peut-être ? Je m'approchai. Elle était bizarrement appuyée contre le mur, comme pour reprendre son souffle. J'étais à quelques mètres d'elle lorsque je compris qu'elle n'étais pas en train de prendre de l'air mais de cracher de la bile, et le contenu de son dernier repas avec. Un peu dégoûté, je m'avançais doucement, hésitant à lui adresser la parole. Ce quartier avait mauvaise réputation et comptait dans sa population toute sorte de gens que je n'avais pas franchement envie de côtoyer, aussi restai-je en retrait, sur mes gardes.

Une nouvelle silhouette bougea, à demi dissimulée derrière un poteau. Ses yeux étaient rivés sur la femme malade. Un frisson me parcourut à l'idée de m'interposer dans une scène qui ne me concernait pas. Le type fit un pas vers nous, l'air détaché, mais lançant de temps en temps des coups d'oeil vers la femme. Et le petit sac qu'elle avait posé à ses pieds. Je compris trop tard. D'un geste brusque, il s'élança vers elle, saisit le sac, et sauta en arrière pour se mettre hors d'atteinte.

- HEY STOP !


Mon cri le surprit alors qu'il s'immobilisait pour transplaner, et le voleur détala de toute la puissance de ses jambes. Dans un réflexe qui m'étonna moi-même, je courrai à sa suite. Il atteignait déjà le bout de la rue. Les pavés glissants me ralentissaient, lui sautait avec aisance dessus et gagnait du terrain. Il aurait bientôt disparu, et le sac avec. Il avait pris assez d'avance et je le vis ralentir, saisissant l'occasion pour transplaner...

- Lashlabask !


Le sac volé sauta des mains de l'homme en train de disparaître. Je l'attirai à moi grâce à un Accio, informulé cette fois, et je revins sur mes pas, légèrement essoufflé. Je doutai qu'il ait eu le temps de voler quoi que ce soit, mais je tendis le sac à sa propriétaire pour qu'elle s'en assure, et je m'appuyais contre le mur à mon tour pour apaiser mon coeur et ma respiration. J'étais scandalisé de la scène que je venais de voir, et ma propre audace me faisait légèrement trembler. Ce type aurait pu devenir violent, et la scène aurait vite tourné à mon désavantage. Je secouai la tête pour me calmer et regardai à nouveau l'inconnue. Elle était très pâle, et son maquillage avait coulé sur ses joues, comme des larmes noires. Son apparence générale me semblait étrangement décalée pour les années 2000. Un peu désuète, mais impressionnante et fière malgré les cheveux défaits et la robe trempée. Je restais silencieux quelques secondes, sans savoir quoi dire pour améliorer la situation. Mais j'avais l'impression que je devais dire quelque chose, même si je répugnais à parler aux inconnus, surtout quand mes appareils risquaient de me rendre ridicule en me faisant parler trop fort. Je priais Merlin pour que ce ne soit pas le cas.

- Vous avez testé le restaurant de coquillages au bout du port, apparemment ? Je vous conseille plutôt les restaurants du centre ville, au moins vous êtes assurée de garder le repas pour lequel vous avez payé.

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Jeu 20 Juil - 8:40

Les maux
de la mer
Le 6 avril 2000

Tout roulait, en elle. Tout vacillait dans un océan agité de bile et de malaise. Comme si la traversée précédemment endurée n’était que le début d’un tourment nouveau. Que les flots ravageurs, excités par la tempête et les injonctions du vent, ne représentaient rien qu’un chagrin éphémère. Elle avait été si malade, pourtant, alors que ses pas dérivaient dans le navire à la recherche d’un sursis.

A en croire ce qui s’ébranlait dans son estomac, tous ces coups éprouvés n’étaient rien en comparaison du présent préjudice. Et de ce qui allait suivre. La liberté retrouvée ne pouvait être qu’amère, alors. Voire trouble et presque menaçante, tant elle peignait un horizon incertain à chaque halètement de la sorcière.

Car la question demeurait entière : avait-elle fait le bon choix ?

Les doigts fins et pâles se recroquevillèrent encore davantage contre le mur, la poussant à se tenir davantage sur ses paumes plutôt que le reste. Tout tournait si fort et si douloureusement dans sa chair. A un point tel que son environnement n’avait plus la moindre importance. Plus la moindre étincelle d’intérêt. Il s’agissait, en vérité, de respirer. D’expirer. De régurgiter ce qui manquait de lui obstruer la gorge. De l’étouffer.

Bon sang. Et il pleuvait toujours à s’en noyer le corps. Une humidité décadente. Effroyable. Qui la saisissait jusque dans la moiteur des derniers refuges de ses étoffes. Vomir ne suffisait plus, à en croire la sombre détermination des cieux. Il fallait qu’elle frissonne, également. A moins que ce soit les secousses de ses entrailles enfiévrées qui perturbaient sa conscience ?

Elle douta. Quelques secondes, pas plus. Avant de se pencher pour gérer à sa manière un énième hoquet douloureux. Cette odeur était si infecte. Cette fuite si mal orchestrée.

L’esprit obnubilé par les aigreurs de ce ventre fragilisé, elle ne pouvait qu’être victime de la situation périlleuse qui se profilait. De ce mouvement brutal à ses pieds qu’elle ne perçut que bien trop tard et avec horreur. Tout recommençait. Inlassablement. Peut-être l’avait-on retrouvé ? Si tel avait été le cas, elle se serait certainement dressée dans son ultime dignité pour affronter le destin. Quoi qu’elle en restât faible et si aisée à briser du bout des doigts. Semblable à ces Reines déchues, arrachées au trône par la main d’un conquérant régicide.

Mais les choses n’évoluèrent pas de la sorte. Car une silhouette imprévue s’interposa. C’est sans doute à cet instant qu’elle comprit réellement de quoi il retournait. Son sac. Pas son existence. Son satané bagage.

La bouche privée de tout son, Torvi assista à la course poursuite sans espérer y intervenir. Notamment car, rapidement, sa gorge la brûla de nouveau et la poussa à faiblir en des bruits disgracieux. C’était irréaliste. Improbable. Cependant … Elle n’avait pas le choix. Elle n’était que spectatrice. Indolente. Presque invisible.

Mais l’inconnu revint vers elle. Triomphant. Entre deux quintes malheureuses, la sorcière s’efforça de murmurer un difficile remerciement en anglais. Juste un merci. Tortueux. Mal prononcé, certainement, aussi. L’air hagard, elle récupéra très lentement – trop ? – son précieux contenant des mains de son sauveur, qui l’était d’ailleurs par affection plutôt que luxe.

Prudente, elle leva ses yeux vers le jeune homme. Se sentant vulnérable malgré tous les mécanismes qui lui permettaient encore de tenir debout – la survie. C’est là qu’il chercha à parler. Sans qu’elle puisse en comprendre un seul mot.

Torvi écarquilla les yeux. Stupéfaite. Inquiète. « Pardon ? » Le mot lui avait échappé. En suédois.

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Jeu 20 Juil - 16:44

Mon coeur battait la chamade alors que je m'appuyai contre le mur pour reprendre mon souffle. La courte poursuite m'avait laissé exagérément essoufflé. Je manquais d'exercice, et peut-être, un peu, de force aussi. Les repas sautés de la semaine se rappelaient à moi.

J'étais tout de même en meilleur état que l'inconnue devant moi, si pâle qu'elle semblait prête à s'écrouler, si elle ne tombait pas malade avant, de froid ou d'humidité. Je lui tendis le sac rescapé, d'un luxe aussi usé que ses habits. Son air égaré me frappa, contraste saisissant avec le maintien et le style de sa tenue. Elle ne semblait pas à la rue, ni n'appartenait à ce quartier, je l'aurais parié. Une corne de brume résonna au loin, vibrant jusqu'au bout de mes doigts, comme en réponse à ma question. Le ferry l'avait déposée là, avec son sac et son mal de mer, dans ce quartier tortueux. Elle était plus perdue que dangereuse, et je me détendis. Assez pour tenter de réchauffer un peu l'atmosphère, mais l'inconnue ne partageait visiblement pas mon humour. Ma phrase l'avait presque choquée, et je fronçais les sourcils, inquiet à mon tour. Ses lèvres bougèrent alors, pendant une brève seconde, mais j’entendais si mal qu'il me sembla que ses mots n'étaient même pas anglais.

- Quoi ?

La question avait jailli de ma bouche et résonna clairement à mes oreilles, trop clairement en comparaison du bruit ambiant étouffé. Je me figeai. Sa réaction ne se fit pas attendre, j'avais parlé trop fort, et je sentis la honte brûler dans ma poitrine. Je tentai de rester imperturbable, mais j'étais sûr de m'être trahi. L'obscurité fournissait une cachette facile pour mes appareils, pourtant, et je maudis ma stupidité. Je détournai le regard, furieux, pour éviter de croiser les prunelles interrogatrices de l'inconnue.

Pour achever ce tableau morose, la pluie redoubla d'intensité. Je sentis l'eau dévaler mon cou, frissonnai, relevai tant bien que mal mon col pour me protéger. Mes oreilles se trouvèrent vite noyées, même si le bruit restait étouffé comme s'il traversait de l'ouate avant de parvenir à mon cerveau. Il était temps de partir, je ne servirai à rien de plus, et la jeune femme devait se trouver un abri ; et peut-être un médicomage. Je lui adressai un bref signe de tête, fit demi-tour et partit à grand pas vers la pharmapoticairerie.

L'orage tonnait, au loin. Cinglant l'air et le ciel, il frappa, assez près pour inonder de blanc la rue déserte. Je me ruai sous un proche, à l'abri. Mes yeux glissèrent jusqu'à l'inconnue, toujours debout sous la pluie, toujours plus pâle. Je relevai mon col, prêt à repartir. J'en avais fait assez, non ? Poursuivre cet homme était stupide, mais je l'avais aidée… Elle pouvait se débrouiller seule. C'était une sorcière adulte, pas un chaton perdu. Il y avait des hôtels à Atlantis, un centre médical où on calmerait son ventre, et des restaurants à foison.

Je fis un pas en dehors de mon abri. Elle avait un plan de la ville, au moins ? Mais les aurors du bureau sécuritaire, où les employés de la ville, étaient là pour ça… Elle trouverait. Je lui lançai un regard. Elle ne bougeait toujours pas.

Je m'arrêtai. Mummy l'aurait aidée, j'en étais sûre. Comme elle avait aidé Léandre, puis Emilia et Matt. Une autre honte, moins mordante, mais plus aigre, me perça la poitrine. J'hésitai. Fis un pas en arrière. Puis je me retournai, et revenait à grandes foulées sur mes pas.

Je m'arrêtai devant elle, sans idée précise de ce que j'allais lui dire. Le plus urgent semblait être son ventre, elle ne pouvait pas rester à se tordre l'estomac ici, et des hôtels pourraient même lui refuser une chambre en voyant son état.

- Il y a un apothicaire, au coin de la rue, pour soulager votre ventre. J'y vais, si vous voulez me suivre.

Elle me regarda, interdite. Je répétai ma phrase, pointant du doigt le bout de la rue, mais elle semblait ne pas comprendre ce dont je lui parlais. Le bruit de la pluie ne devait pas être si fort qu'il l'empêchait de m'entendre… Je repensai à sa première réaction, une minute auparavant. Est-ce qu'elle parlait anglais, au moins ? Mon instinct me soufflait qu'elle n'était pas une touriste, car ceux-là se perdaient dans les allées lustrées de la Marina ou des Musées, pas dans les ruelles des Salines. Une autre approche s'imposait. Je reculai de quelques pas dans la ruelle en lui faisant signe d'avancer, et lui désignai l'enseigne de la pharmapoticairerie, reconnaissable à ses os croisés, signe des médicomages, et à la petite fiole de potion entre eux. Puis je pointai ma main vers son ventre. En espérant qu'elle comprenne.

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Ven 21 Juil - 11:01

Les maux
de la mer
Le 6 avril 2000

Maintenant que l’inconnu semblait avoir neutralisé la menace, permettant à la sorcière de stabiliser un minimum l’inquiétude éprouvante de sa respiration et de ses nerfs, les environs paraissent bien moins anxiogènes. Bien moins ombrageux. Malgré la pluie battante – cruelle, froide et trop pénétrante – et les caprices perpétuels du vent.

Le temps était-il si peu clément à Manadh, d’ordinaire ? Contraignant ainsi les âmes à quérir de la chaleur et du confort dans les premiers endroits offerts à leur bénédiction ? Car, à y regarder davantage, ils étaient presque seuls dans cette allée abandonnée par le monde. Seuls et mouillés. Surtout elle. Un nouveau frisson vint d’ailleurs lui saisir les membres alors que son esprit cherchait à comprendre les mots de son sauveur.

Et même s’il ne représentait définitivement aucun risque pour sa survie – bien au contraire, étant donné la situation rocambolesque de laquelle il venait de la tirer – Torvi ne parvenait pas réellement à discerner ce qu’il attendait d’elle. Ses connaissances en anglais étaient bien trop limitées et navrantes pour espérer s’y appuyer, et en déduire triomphalement les propos déclamés.

En vérité, l’incompréhension la glissait dans une sorte de malaise déconcertant. Une faiblesse toutefois réprimée durement par cette nécessité cruelle de paraître inébranlable. Malheureusement, ce mécanisme de défense ne fonctionnait pas particulièrement bien en cette heure troublée. Trop d’émotions. Trop de douleurs. D’embarras mêlés au reste.

Quoi ?! Elle sursauta tant la tonalité l’avait décontenancé. Stupéfiée. Bien au-delà de l’ambiance sonore environnante. Avait-elle fait quelque chose de mal ? Ses iris se dérobèrent brièvement à cet échange, pour chercher la cause du reproche. Ils glissèrent vers le sol, pestilentiel réceptacle de son état faillible, puis le mur. Tâché en certains points de sa surface par la bile maladive.

Peut-être que … Elle ne savait pas. Les doigts de sa main libre s’écartèrent de la paroi pour venir frôler les lignes de son menton tremblant et poisseux. S’essuyer serait sans doute, déjà, un bon début. Alors, du bagage elle extirpa une broderie surannée – un mouchoir, rien de plus, rien de moins – pour retirer les traces insalubres de son estomac figés-là sur sa peau. Juste de quoi paraître plus adaptée, socialement.

Mais ça n’effaçait pas l’humidité accablante de sa tenue. Ni le khôl fuyant sur ses joues. Ni l’odeur. Oh bon sang ! De quoi pouvait-elle bien avoir l’air, en cet instant ? Certainement pas quelque chose de suffisant, car le jeune homme commença à s’éloigner. Définitivement, elle ne comprenait pas ce qu’il se passait : si ce n’est qu’elle allait se retrouver esseulée une nouvelle fois. Or, ne devait-elle pas comprendre les besoins de la justice ? Il l’avait sauvé, après tout, pour beaucoup l’affaire était désormais résolue. Classée.

Elle devrait pouvoir se débrouiller. Comme toujours.

Cependant, son regard ne parvenait pas à se détacher de la silhouette salvatrice. Car la réalité se révélait bien moins enthousiaste. Torvi ne connaissait personne. Ni rien. Pas même les lieux. Tout avait été si zélé dans sa fuite. Tout. Les seules choses dont elle avait conscience, pleinement et entièrement, se trouvaient serrées fiévreusement dans son sac. Ultime artefact d’une vie oubliée. Délaissée.

Elle était perdue. Et il partait. Hésitant. Incertain. Se retournant par deux fois alors qu’elle frissonnait en un énième soubresaut. L’acide piquant prêt à bondir encore contre sa gorge – alors qu’elle luttait, difficilement, pour ne pas ployer sous les désaveux cathartiques du ciel.

Il finit néanmoins par s’immobiliser. Puis revenir. Essayant de lui expliquer en anglais des instructions qu’elle ne pouvait pas assimiler. Répétant même jusqu’à lui montrer explicitement ce qu’il entendait. Enfin, seulement, elle esquissa un faible sourire. Un peu éteint. Vacillant. Clairement en déca de ce qu’elle pourrait lui offrir comme soulagement en d’autres occasions.

Doucement, toujours la broderie en main, la sorcière porta la paume à son ventre et hocha la tête. Un pas après l’autre, faisant montre de précaution, elle se mit à suivre son interlocuteur. Et même si son souffle demeurait toujours houleux, elle s’efforça de prononcer plus clairement un des rares mots qu’elle connaissait de l’anglais. « Merci. » Une si risible et restreinte illustration de tout ce qu’elle éprouvait et pensait, pourtant. « Pardon. Pas anglais. »

Mieux valait prévenir, cela dit. D’autant plus qu’il en aurait besoin. Surtout devant un médecin bien incapable de discerner les maux d’une femme à la langue étrangère. Déjà qu’elle-même peinait à appréhender tous les imprévus narquois d’une traversée souffreteuse. Au moins, elle était entre de bonnes mains. Suivant scrupuleusement la silhouette de son interlocuteur vers ce qui pourrait alléger sa peine.

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Dim 23 Juil - 12:35

J’assistais à la scène la plus étrange qu’il m’ait été donné de vivre jusqu’à maintenant. De l’autre bout de la rue, je sentais sa présence comme si elle se trouvait à mes côtés, et son regard pesait sur moi, seul personne dans cette rue vide susceptible de l’aider. Lorsque je me retournai, nos yeux se croisèrent involontairement, et une culpabilité surgie de nulle part m’étreignit. Je devinais son inquiétude, soigneusement dissimulée sous sa posture droite, fière. Elle pourrait s’en sortir seule, mais l’aider un peu ne coûterait rien, après tout. A part un gros rhume peut-être, si nous restions plantés là à nous dévisager sous la pluie.

Mes pas me ramenèrent vers elle, hésitants d’abord, puis plus assurés. Cette fois-ci, je l’observai plus en détail. Les traces de son mal de mer effacées de son visage laissaient paraître ses joues dévorées par le mascara dégoulinant, mais elle conservait malgré tout un air de noblesse, une certaine prestance, ébranlée par sa souffrance, mais pas abattue. Moi qui l’avait prise pour un vagabond quelques minutes auparavant, j’avais maintenant l’impression qu’elle venait d’un milieu radicalement différent. Le mouchoir tiré de son sac un peu plus tôt, brodé d’initiales, renforçait cette image de richesse - ou de noblesse ? - déchue. L’étrange cédait la place au mystère et j’étais curieux de savoir ce qui l’amenait ici. Elle venait sûrement rejoindre de la famille, ou des amis. Des familles riches vivaient dans l’enclave cossue de l’île, et c’est sûrement là qu’elle se dirigerait.

Je commençais à être à court d’idées pour me faire comprendre quand elle me sourit. Un sourire faible, ténu, un peu triste même, qui égratigna d’avantage ma réserve à l’aider. D’où venait-elle et pourquoi s’était-elle perdue ici, au lieu de suivre les autres passagers vers le centre ville ? Le rôle d’aidant m’était si peu familier qu’il me mettait presque mal à l’aise. Je hochai la tête à mon tour. Qu’elle soigne d’abord son ventre, le reste viendrait après. J’avisai le mur souillé. L’odeur me soulevait l’estomac, et je lançai un sort pour faire disparaître les vomissures avant de partir vers la pharmapoticairerie. Son regard gêné devant le mur ne m’avait pas échappé, je devinais sa honte, et il ne servait à rien de la faire durer.

Son sac dans la main, elle me laissa ouvrir le chemin et me suivit. Je ralentis pour me mettre à sa hauteur ; devant elle, je ne pourrais pas la voir parler, et le tumulte de la tempête, bien qu’assourdi par ces foutues perturbations, remplissait mes oreilles, trop pour que je la comprenne de dos. Je lui jetai des coups d’œils réguliers, et je vis ses lèvres bouger. Merci. C’était bien un merci ? Dans le doute, je hochai la tête. Ses lèvres s’animèrent à nouveau, mais sans que je puisse comprendre.

- Vous pouvez répéter ? Encore ?

Pas anglais. Merde. C’était son accent qui m’empêchait de lire correctement ses lèvres, et la réponse à notre incompréhension mutuelle. Le problème, c’est que je parlais uniquement l’anglais. Pendant une seconde, je regrettai d’être revenu sur mes pas, craignant une histoire beaucoup plus compliquée à suivre, mais j’étais impliqué maintenant. Trop tard pour faire marche arrière.

Nous marchâmes en silence, et la ruelle déboucha dans une rue plus large et plus animée. Au moment d’entrer dans le magasin, je me tournai vers l’inconnue et lui désignai son mouchoir, puis fit mine de frotter mon visage. Elle ne sentait peut-être pas le khôl étalé sur ses joues, et je voulais lui épargner l’embarras de se montrer ainsi aux vendeurs.

Une fois ses pommettes nettoyées, je poussai la porte de la pharmapoticairerie, chaude et ordonnée, attirante comme un feu de cheminée en plein hiver. Je séchai mes vêtements et ma tête d’un coup de baguette et m’avançait vers le comptoir, tenue par une petite femme ronde aussi colorée que ses étagères. Dans la lueur vive des lampes de la boutique, mes appareils étaient très – trop – visibles, et ils ne lui échappèrent pas. Alors que je m’avançai, je vis ses yeux glisser sur mes prothèses, et son sourire devenir trop grand et trop chaleureux. Je détestai cette expression, pleine d’une pitié bien pensante. Elle m’observait comme une grand-mère gâteau et je m’attendais presque à ce qu’elle me pince les joues. Heureusement, elle se contenta de me fixer, puis s’adressa à moi d’une voix forte.

- Qu’est-ce qu’il vous faut, mon petit ?

Je passais sur le « mon petit », me retenant de lui faire remarquer mes 25 centimètres de hauteur de plus qu’elle, et lui expliquai mon besoin. Elle s’éloigna en trottinant et disparut dans ses rayons.

Je me tournai vers ma voyageuse. Les lumières rendaient son visage plus pâle encore, et elle semblait toujours plus proche de s’évanouir. Une chaise était abandonnée près d’une étagère et je la lui indiquai, avant de la rejoindre.

La vendeuse revint en m’adressant toute une liste de recommandations, d’une voix toujours aussi forte, mais malheureusement trop rapide et avec un accent écossais à décoller le papier peint. Je dus lui faire répéter plusieurs fois, et à chaque fois, elle me lança son terrible sourire de grand-mère. Un mélange de honte et de colère montait en moi, et je lui pris la fiole des mains un peu trop brusquement. Un peu vexée, elle plissa les yeux, et me tendit la note. Puis elle se tourna vers l’inconnue.

- Il vous faut quelque chose ? Un peu de vitamine sûrement, ou un bon grog, vous êtes beaucoup trop pâle. Vous voulez une tasse de thé ?


Je décidai de couper court avant qu’elle ne l’invite carrément à manger chez elle.

- Juste un remède contre le mal de mer.

La petite dame me lança un regard agacé, goujat que j’étais de parler à la place de la voyageuse.

- Elle est fatiguée, juste un remède pour ses nausées ira, merci.


La vendeuse se renfrogna et repartit derrière son comptoir. Elle revint avec une fiole jaune, un gâteau et une tasse de thé – une seule, évidemment. Elle fourra la tasse dans les mains de l’inconnue et lui tendit la fiole et le gâteau, en lui enjoignant de tout avaler. Discrètement, je portai la main à mes lèvres et mimait de vider cul sec la fiole. La mamie (qui, telle une MacGonagall de l’apothicairerie, avait apparemment un stock de gâteaux toujours caché dans son bureau) resta planté devant nous pour s’assurer que la voyageuse buvait sa potion, puis s’éloigna vers sa caisse. Et vint une autre question d’importance : est-ce que l’inconnue avait de l’argent. J’étais assez curieux, en fait, car cela en dirait beaucoup sur la suite de son périple. Je tirai un tabouret à moi et m’assit à côté d’elle, en silence, attendant qu’elle finisse son thé et son gâteau, triturant ma facture entre mes doigts.

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Mer 26 Juil - 9:55

Les maux
de la mer
Le 6 avril 2000

Sous la pluie continue et bien trop fraîche, Torvi tenta de se redresser légèrement. De rétablir l’équilibre serein de ses épaules – secouées, pourtant, par la moindre tension de son estomac et de sa gorge. Juste de quoi paraître mieux, quelques secondes. De s’extraire brièvement de la réalité turpide et presque calomnieuse à son encontre : après tout, ne ressemblait-elle pas à quelque chose de redouté et de redoutable ?

A ces augures scabreuses et pâles, dont la teneur fantomatique hantait les colonnades oubliées de ruines lointaines ?

Le regard d’Irvin, hésitant puis affirmé, la tira du méandre dangereux dans lequel elle risquait de s’enfoncer. Et elle s’y accrocha tant, en vérité. De toute la force de son esprit, comme si ses doigts avaient été en mesure de s’agripper à la détermination salutaire de ces épaules masculines.

Ils ne bougèrent pas d’un pouce, pourtant. Mais ce qui se jouait-là dépassait de très loin les perceptions physiques. Les frontières de ces attaches sculpturales de la chair. Torvi était perdue et esseulée ; en proie à un mal dantesque de fourberie qui ne comptait pas la lâcher de sitôt. Dont elle ne connaissait pas les entrelacs noueux. Les origines obscures. La résistance. Tout ce qui en faisait, pour l’heure, une malédiction pernicieuse.

Terrible. Que la présence de son jeune sauveur atténuait avec douceur.

Ils marchèrent alors côte-à-côte. Torvi réfléchissant difficilement aux mots qu’elle pouvait employer – qu’elle serait en mesure de prononcer, plus exactement. Il y avait tant de choses périlleuses avec l’anglais. Tant de douleurs dissimulées qui se réveillaient dans le soufre et la cendre d’un passé révolu. Vous pouvez répéter ? Encore ? « Pas anglais. Désolée. » Elle s’efforça de hausser le ton. Mal à l’aise, pour le coup.

Et pourtant elle aurait tant à lui dire ! Le remercier convenablement, dans les grandes formes, puis toutes ces autres choses … Socialement attendues. Le silence qui s’en suivit lui confirma qu’il manquait de la communication de sa part. C’en était gênant. Regrettable. Un relent de bile vint soudainement taquiner sa langue, provoquant une grimace fugace sur ses traits. A peine repérée dans les premiers temps – jusqu’à ce qu’il lui intima de s’essuyer une nouvelle fois les traits.

Elle acquiesça d’un mouvement docile de la tête, tout en s’essuyant les lèvres puis les joues. Encore. Teintant le mouchoir d’une encre noirâtre inhabituelle. Le khôl, évidemment. « Merci. » C’était tout ce qu’elle savait dire. Formuler du bout des lèvres avec respect.

Ils s’engouffrèrent enfin dans la boutique. Chaleureuse. Réconfortante. Tandis que son interlocuteur s’attachait à dialoguer avec la tenancière, la suédoise observa les lieux pour en comprendre leur organisation. Leur fonctionnement. Un antre d’apothicaire telle qu’elle en avait connu d’autres au cours de sa vie.

Au moins un souvenir familier.

C’est là qu’il lui indiqua une chaise. Elle obtempéra en silence, se reposant enfin contre quelque chose de stable. Le bagage à ses pieds. Les mains posées contre son ventre face à une nouvelle salve douloureuse. Quelques secondes. Pas plus. Car la vieille femme sembla s’adresser à elle et être aussitôt expédiée par son protecteur imprévu.

Et bien qu’elle n’en comprît pas un mot, il y avait là un élément fort distrayant.

Finalement, la vendeuse revint. Torvi récupéra doucement les secours apportés. Tout en s’aidant des mimiques d’Irvin, elle exécuta les gestes espérés – dont l’assimilation de la fiole en un coup sec et définitif. Non sans une esquisse de dégoût. Il s’agissait d’un remède après tout : il n’y avait rien d’agréable dans ce genre de boissons, d’ordinaire. Mais le thé puis le gâteau vinrent réconforter sa bouche et son ventre d’une sensation davantage doucereuse.

Les pâles iris de la sorcière glissèrent ensuite vers son interlocuteur, le détaillant avec prudence et amabilité. Que pouvait-elle bien lui exprimer ? De ses doigts libres, elle indiqua la potion vidée. « Merci. » Qui prendrait quelques minutes à agir, si ce n’était pas déjà le cas ? « Bien. » Si cruellement sommaire. Si humiliant, derrière les apparences – heureusement il ne semblait pas faire cas de sa difficulté à communiquer.

Du moins visiblement. « Nom ? »

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Ven 28 Juil - 16:00

La pharmapoticairerie me délivra à la fois de la pluie et du tapage ruisselant qu’elle créait dans mes oreilles. La boutique était calme et la vendeuse, malgré sa condescendance, assez aimable pour nous laisser nous réchauffer dans un coin. L’odeur de la tasse apportée à la voyageuse était chaude et piquante, et je la soupçonnais de contenir un remède en plus du thé. A moins que ne soit qu’un simple thé au gingembre. Je n’y connaissais pas grand-chose en plantes. Pendant que la voyageuse buvait, je relevai la tête et balayai la pièce, promenant mes yeux sur les étiquettes couvertes de noms aussi étranges et inconnus les uns que les autres. Mon regard croisa celui de la vendeuse, bienveillant, posé sur l’inconnue ; son front se plissa alors, et elle me fixa un instant, avant de hocher la tête pour elle-même et de disparaître à nouveau dans les profondeurs du magasin.
Le visage de l’inconnue semblait plus apaisé, et j’espérais que le remède fasse effet. Ne sachant pas trop quoi dire, je la laissai tranquille un moment et me baissai pour fouiller mon sac à la recherche de mon porte-feuille. Je comptais les noises indiquées sur la note et les mis dans ma poche, déchargeant un peu plus ma bourse déjà trop légère. Puis je relevai la tête. Et mes yeux rencontrèrent leurs jumeaux.

Elle m’observait. Son regard glissait sur moi, curieux mais pas inquisiteur. Doux. Une certaine douceur se dégageait d’elle, assise dans cette boutique chaude et claire. La lumière dorée ranimait ses joues au moins autant que le thé et elle n’avait plus rien d’un vagabond, mais tout d’une femme simplement fatiguée et malmenée par les éléments. Je remuai un peu sur ma chaise. Être détaillé ainsi réveillait un malaise que je préférais garder bien enfoui. Je passai une main dans mes cheveux, presque par réflexe, pour recouvrir mes prothèses du mieux possible. Elles n’étaient certainement pas passées inaperçues, mais l’inconnue ne s’y arrêta pas. Son sursaut et sa gêne lorsque je lui avais demandé de répéter ne m’avaient pas échappés par contre, et je fis de mon mieux pour ravaler mon propre inconfort.

Je fis pivoter le tabouret pour me placer face à elle et voir son visage. Après notre examen mutuel et silencieux, elle décida de parler un peu. Elle me remercia encore, et je répondis d’un hochement de tête. Bien sûr, elle pensait que je paierais pour la potion, et je me voyais mal lui demander de payer maintenant. Je doutais même qu’elle ait de l’argent local sur elle. Je désignai son ventre et levai mon pouce pour accompagner ma question.

- Mieux ?

Être contrainte aux rares mots que son anglais approximatif lui autorisait devait être terriblement frustrant, tout comme ne pas comprendre les gens autour d’elle. N’importe qui le serait à sa place. Cette frustration me rongeait le ventre depuis mon arrivée à Atlantis, dès que je sortais de ma chambre. Il suffisait d’un mot prononcé trop rapidement, ou pas assez fort, d’un bruit de fond inattendu, d’un caprice de mes prothèses pour que je perde le fil d’une conversation, parfois sans même que les gens autour ne le remarquent ou n’y prêtent attention. Dans ces cas-là, je préférais rester silencieux : se taire était moins humiliant que répondre à côté. Mais ne pas comprendre et passer pour le simplet local, ça, c’était toujours humiliant.

Sa question me désarçonna un peu.

- Irvin. Après une seconde d’hésitation, j’ajoutai : Vous ?

Une tasse de thé surgit sans crier gare entre la voyageuse et moi. Je sursautai légèrement et mes yeux remontèrent de la tasse jusqu'au visage de la vendeuse, un peu décontenancée par ma réaction. Elle avait changé d’avis à mon égard, apparemment, et je la remerciai avant qu’elle n’en change à nouveau. Je serrai le thé fumant et entre mes doigts, et la chaleur qui s’en dégagea acheva de réchauffer mes membres engourdis par la course sous la pluie.

La vendeuse s’éloigna et je reportai mon attention sur la jeune femme.

- Pays ? Langue ?

Parler ainsi était étrange mais c’était la plus efficace de nos options. Et après avoir appris d’où elle venait, il fallait savoir où elle allait. Elle venait peut-être rejoindre quelqu’un, et il ne lui manquerait plus qu’un plan. Ou alors, elle était de ces baroudeurs qui foncent dans l’inconnu sans point de chute.

- Famille, amis ici ?

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Lun 31 Juil - 9:01

Les maux
de la mer
Le 6 avril 2000

Les doigts de Torvi enserraient la tasse avec une ferveur nouvelle. Comme si, dans la pénombre de cette boutique salvatrice, quelque chose de plus valeureux lui était revenu. Comme si, sous le regard bienveillant de son sauveur, la fragilité perdue des premiers instants cédait la place à une acclimatation plus sereine.

Sans doute que la potion aidait également à la stabilisation de la situation, malgré d’infimes aigreurs qui persistaient encore – pour le moment – dans les entrelacs brûlants de son ventre.

Car, maintenant que les choses semblaient ne plus vaciller d’une crispation fiévreuse, la sorcière parvenait à mieux discerner son environnement. Et tout ce qui s’y jouait délicatement, avec des regards encourageants et mesurés. Il n’y avait là aucune menace ostensible qui puisse l’obliger à se réfugier, encore, derrière une froideur nécessaire. Nonchalante.

Celle ordinairement déployée en territoire hostile pour préserver Torvi et illuminer Friggja. La blonde sacrifiée au bon vouloir de l’humanité et de ses grands hérauts.

Or, ici, tout était quiet. Reposant. Presque chaleureux tant on essayait de la choyer derrière des apparences plus maladroites. Pourtant, elle-même l’était à fixer aussi intensément son courageux interlocuteur. Cherchant à le comprendre, dans son humanité la plus sincère, sans pouvoir espérer user de son talent inhabituel. Tant mieux, quelque part : les ravages de ce don étaient parfois si terribles.

Notamment quand elle se trouvait vulnérable ; et bien qu’elle commençât à redevenir femme plutôt que spectre grâce aux bons soins de l’apothicaire, Torvi n’en restait pas moins éprouvée par tout le reste. Cette vie oubliée. Délaissée. Les ombres frauduleuses dans lesquelles son âme avait baigné – ne fallait-il pas survivre avant tout ? – puis les douleurs successives d’un passé guère tant enterré que ça. La traversée vers Manadh, houleuse et déstabilisante, n’étant qu’une risible moquerie du destin en comparaison de ce reste.

Mieux ? La suédoise prit quelques instants pour assimiler le mot, puis hocher la tête. Good. Better. Bättre. Ces mots faisaient sens en anglais. « Mieux. Oui. » Elle répétait, alors. Non sans écorcher le mot en dépit de toute la bonne volonté employée. Il lui faudrait du temps pour s’y habituer pleinement. « Merci. »

Et pas que du temps, d’ailleurs.

Irvin. Elle s’immobilisa quelques secondes pour apprécier le mot. Ou plutôt, le prénom. Avant de le prononcer, avec une curiosité égayée « Irvin. » Tout en souriant de cette découverte qu’elle trouvait à la fois rassurante et élégante. Plus familière dans sa bouche qu’elle ne l’avait anticipé. Vous ? Lorsqu’elle voulut répondre, la vieille dame s’était de nouveau immiscée dans leur proximité avec une tasse fumante. A défaut de pouvoir s’exprimer davantage, Torvi inclina une énième fois le visage en un remerciement sincère. « Torvi. »

D’un doigt, elle indiqua son visage pour confirmer son identité. « Torvi. » Pays ? Langue ? Si elle parvint à distinguer grossièrement le sens de la première interrogation, elle sembla davantage galérer pour la seconde. « Suède. » Une petite grimace d’excuse lui vint faute de comprendre le deuxième terme. Famille ? Amis ? Ici ?

Malheureusement trop compréhensible. « Non. » Elle secoua la tête le plus simplement du monde, tout en étouffant soigneusement les ondées exécrables d’une vérité qu’elle détestait sciemment. « Non. » D’une réalité éreintante. Mince, comment ce mot se prononçait-il, déjà ? « Rien ici. » Définitivement, rien. « Vous ? »

C’était une manière de poursuivre sagement la conversation, tout en apprenant à connaître son sauveur. « Irvin, bien, ici ? Atlantis, bien ? » Et les lieux de sa nouvelle existence : l’impétueuse Atlantis.

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Mer 9 Aoû - 11:20

Malgré le regard curieux de la vendeuse, qui commençait à se poser des questions sur l’étrange scène qui se déroulait dans son magasin, et malgré nos difficultés de compréhension, l’atmosphère s’adoucissait. Même la tempête perdait de sa vigueur et les gouttes se faisaient plus rares dehors. L’intense regard de l’inconnue me gênait un peu, et je remuai à nouveau sur mon tabouret. Son visage ravi quand elle répéta mon nom était amusant, presque touchant. Je souris un peu en retour, amusé à mon tour par son accent, certain que je ne ferai pas mieux quand mon tour viendrait de la nommer. Et la difficulté ne tarda pas.

Elle prononça son nom, mais, la faute à ces foutues perturbations, les consonnes étaient assourdies, comme si elle parlait en mâchant du chewing-gum. Si elle portait un prénom anglais, j’aurais pu deviner ; là, je restai comme un idiot à essayer de décrypter ces courtes syllabes. Dovi ? Tovi ? J’étais presque sûr qu’un l, ou peut-être un r, se glissait entre le o et le vi… J’hésitai. L’idée de lui demander d’écrire me noyait de honte. Cependant, je préférais ce ridicule à celui de l’appeler n’importe comment. Je me baissai, rapidement, et tirai de mon sac un stylo moldu et mon petit carnet, toujours sur moi pour ce genre de situation. Je les lui tendis et lui demandai à voix basse, pour ne pas attirer l’attention de la vendeuse.

- Ecrire ? Votre nom ?


Torvi. Je lus à voix haute et fit disparaître à nouveau le carnet dans mon sac. La sonorité était étrange, un peu rugueuse même, et pourtant je la trouvai belle dans sa rudesse. Belle comme celles des prénoms de Tolkien, et je souris à ce souvenir. Mom m’avait lu quelques uns de ses livres, petit, et même si j’avais un souvenir mitigé des histoires en elle-même, les noms des héros étaient restés dans ma mémoire, beaucoup plus énigmatiques et intéressants que nos prénoms anglais. C’était sûrement l’avis de mes mères aussi, et ce qui les avait motivées à me donner un aussi vieux prénom.

Torvi. Étrange aussi de constater comme le simple fait d’apprendre son nom la liait au reste du monde, entamait l’écart entre nous. Ce n’était plus une inconnue, plus du tout une vagabonde, même plus la voyageuse. Et cet écart, elle voulait visiblement continuer à le combler par ses questions. Je fus un peu déconcerté par son envie de discuter, qui, bien que limitée par son anglais très basique, s’exprimait clairement, dans son regard tendu vers moi, sa silhouette confortablement assise dans le fauteuil et son sourire engageant. De la voyageuse perdue et méfiante, il ne restait décidément plus grand-chose.

- Amis oui. Famille… plus loin. Angleterre.

Suédoise. Pas d’amis, ni de famille. Et pas grande idée de ce qui l’attendait ici, au vu de sa dernière question. Elle aurait trouvé absurde ma question sur sa famille si elle venait en touriste, mais son bagage semblait bien mince pour une installation définitive... En tout cas, elle était dotée de pas mal d’audace pour débarquer dans une ville inconnue sans connaître la langue locale. Sa question sur Atlantis m’intrigua d’avantage. Elle n’avait donc pas entendu parler de l’attaque pendant la soirée d’inauguration ? La nouvelle avait fait beaucoup de bruit, et l’effervescence de la ville en avait pâti. Les informations n’avaient peut-être pas atteint son bateau, c’était probable.

- Atlantis est bien, oui. Pleut souvent, dis-je avec un geste en direction de la rue, mais bien.

Je tapotai mes genoux sans trop savoir quoi dire. La vendeuse nous regardait, l’air impatient, visiblement désireuse de ne pas voir son salon de thé improvisé s’attarder. Je demandai d’un regard à Torvi si elle avait fini de boire, pris nos deux tasses et leur passai un coup de recurvite, puis retournai les poser au comptoir. Je sorti de nouveau ma bourse et payai pour nous deux, remerciai encore la vieille dame pour son thé, et me dirigeai vers la porte en invitant Torvi à me suivre. Nous fîmes un pas dehors, poussés par le regard scrutateur de la vendeuse, pour nous retrouver à notre point de départ. Heureusement, le ciel semblait calmé pour un temps, débarrassé de la plupart de ses nuages et vidé de son eau ; les allées ruisselaient encore, mais offraient une vision nettement moins sinistre qu’une demi-heure auparavant. Je regardai Torvi, perplexe. Où aller maintenant ? Après mon détour matinal, j’avais prévu de travailler à la bibliothèque en attendant mon premier cours ; ladite bibliothèque se trouvait au centre ville, et cela me semblait être un point de départ approprié pour Torvi. Elle y trouverait un hôtel et assez de renseignements pour se débrouiller et s’installer.

J’avançai vers un banc à quelques pas de nous, et m’y installai en sortant mon carnet. Je dessinais grossièrement le contour de l’île, puis un cercle représentant les Salines, et un dernier pour le centre ville.

- Nous ici,
dis-je en pointant les Salines. Ici - mon stylo glissa jusqu'au centre ville - les hôtels, la mairie. J’y vais. Vous venez ?

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Mer 16 Aoû - 13:44

Les maux
de la mer
Le 6 avril 2000

De ses yeux pâles et ravivés par la chaleur – même temporaire – d’un foyer d’infortune, Torvi s’offrit une nouvelle fois l’opportunité de détailler son sauveur. Le délicat Irvin. Qui lui était venu en aide avec les meilleurs sentiments du monde : comment pouvait-il en être autrement, compte tenu de tout ce qu’il avait réalisé pour la mettre en sécurité ici-bas ?

Et c’était effectivement ce premier sentiment qui la dominait. Plus que tout le reste. L’incertitude du lendemain. L’anxiété du voyage. La crainte. En d’autres circonstances, il aurait été plus convenu de baisser les yeux et de faire montre d’une distance nécessaire. Sociale. Attendue ? Pourtant, la sorcière n’en éprouvait pas le besoin.

Il y avait là quelque chose de plus humain. De plus empathique. Comme une familiarité qu’elle se savait incapable de déployer autrement, mais qui lui venait toutefois en cette occasion. Avec lui. Irvin.

Du bout des lèvres et sans un souffle, plus pour elle-même qu’autre chose, Torvi murmura encore le prénom de son bienfaiteur. Prévenant. Protecteur. Ayant déjà oublié, dans les méandres tortueux de sa mémoire, qu’il avait hésité quelques instants. Qu’a peu de choses, elle serait sans doute encore sous les coups du temps et de sa mésaventure.

Mais ces ondées noirâtres, dépressives et hypothétiquement douloureuses lui semblaient bien lointaines. Elles appartenaient au passé. Aux rudesses d’un destin oublié. Rien ne s’y apparentait ici, pour le moment. Surtout pas chez cet être tout à la fois salvateur et timide qui lui faisait face. Au contraire : ils ressemblaient davantage à cet étrange duo imaginé le siècle dernier par Edgar Rice Burroughs.

Écrire ? Nom ? Elle cligna des yeux plusieurs fois, avant de réellement saisir les mots énoncés. Sa rêverie l’ayant passablement distraite ! « Oui. » Elle récupéra les outillages tendus pour rédiger son prénom de sa plus belle calligraphie. Enfin. De celle qui s’y apparentait le mieux étant donné les circonstances. Amis oui. Immédiatement elle hocha la tête, vraisemblablement enthousiaste de découvrir un peu plus d’Atlantis par le biais de son interlocuteur.

De savoir qu’il était anglais, aussi. Quelqu’un qui comprenait aisément tout ce qui pouvait bien se dire et se faire sur l’île de Manadh. Pleut souvent. Elle suivit son geste vers l’extérieur, s’efforçant de reprendre soigneusement les mots énoncés. « Pleut. » Il s’agissait sans aucun doute de la pluie, dehors. Une chose d’assimilée. Atlantis était une bonne ville, seulement le climat laissait … A désirer. « Merci, Irvin. »

Lorsqu’il vint récupérer les ustensiles de thé prêtés par la vendeuse, Torvi fit son possible pour ne pas gêner son sauveur. Tout en le suivant, ensuite, docilement vers la rue. Puis un banc. Avec une carte sommairement tracée sur les pages blanches d’un carnet. « Ici. » Le lieu – plus exactement le quartier – dans lequel ils séjournaient. « Hôtel. Mairie. » Là … Où Irvin semblait vouloir attirer son intérêt. « Hôtel … ? » Le mot l’interpella – et l’idée derrière également. « … »

Elle ouvrit la bouche sans pouvoir prononcer un seul son. Rien ne lui venait. Elle n’avait pas le terme adéquat en tête. Alors, ni une ni deux, ses doigts filèrent vers son bagage pour en extirper un portefeuille … Quasiment vide et le confier à Irvin. « Hôtel ? Bien ? »

Réfrénant durement un soupir de frustration, elle se mordit les lèvres et se leva pour le suivre. Ses iris toujours plantés dans leurs jumeaux, à la recherche d’une réponse qu’elle se trouvait incapable de formuler concrètement. « Désolée … »

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Dim 27 Aoû - 8:01

Je la vis s’interrompre, perdue dans ses réflexions alors que je lui tendis ma plume. Les quelques secondes de silence, douloureuses, qui s’ensuivirent me firent regretter de lui avoir demandé d’écrire son nom. Je me vis presque passer de « type sympa » à « gentil idiot » dans ses yeux et je fus tenté de ranger le stylo, honteux aveu de faiblesse ; mais elle réagit alors. Avec la même douceur, et une calligraphie d’une qualité rare, elle m’offrit de découvrir son nom. Elle paraissait soulagée, plus sûre, après cette preuve de son intelligence, malgré les mots qui lui faisaient défaut. Nous étions dans le même bateau, finalement, en lutte avec des mots qui nous échappaient.

Et c’était même un peu troublant de la voir répéter, avec soin, chacun de mes mots, pour se les approprier, donner un sens à son nouvel environnement sonore. Tout comme j’avais répété pendant des semaines, dans les bureaux des rééducateurs de l’hôpital moldu de Londres, des mots devenus étrangers, métalliques, pour me réapproprier ma propre langue. Nos situations étaient différentes mais j’imaginais très bien le flou dans lequel elle se trouvait. Alors je répétai, désignant encore l’extérieur.

- Pleut, oui. La pluie.

Je relevai les yeux vers elle, et lui sourit, un peu maladroitement.

- De rien.

Puis je l’entraînai à nouveau dehors, dans le premier décor de cette rencontre étrange, qui, maintenant débarrassé de sa pluie, paraissait nettement moins inquiétant. J’essayai alors de lui demander la suite de ses plans, ou du moins de lui indiquer ce que je pensais être pertinent pour la suite. Mais pertinent, ça l’était seulement pour moi, car elle se figea, interdite, répétant mes derniers mots.

Je la vis ouvrir et fermer la bouche, comme choquée par ce que je venais de lui dire. Et brusquement, elle tira un objet de son sac et le fourra dans mes mains.

- Non non !


Je repoussai le portefeuille et le lui rendis. Je ne comprenais plus rien à la situation et elle non plus, de toute évidence. Sa frustration était palpable et me gagnait moi-aussi, incapable que que nous étions de ne pas nous comprendre pour une chose aussi simple. Je me levai à mon tour et secouai la tête quand elle s’excusa.

- Hôtel, dormir.


Je joignis mes mains contre une oreille en inclinant la tête. Il fallait bien qu’elle dorme quelque part, non ? Et quitter ce quartier pour dénicher un plan. Ça me semblait plutôt logique, non ? Ah comme c’était frustrant ! Mais je n’avais pas de meilleure idée pour me faire comprendre. Si seulement ma plume à papote traduisait le suédois…

Un traducteur, ça c’était une idée. Et je savais où elle pourrait en trouver.

- Venez.

Je lui fis signe de me suivre et pris la direction du centre-ville, prenant soin de garder Torvi à ma hauteur et son visage dans mon champ de vision. Ca faisait un bon bout de chemin, tout de même, et j’espérais qu’elle me suive malgré sa fatigue évidente. Arrivés à bon port, je m’arrêtai et montrait du doigt l’immense bibliothèque culturelle, perchée sur son promontoire.

- La bibliothèque. Livres, dictionnaire ? ajoutai-je, espérant qu’elle comprenne où je voulais en venir.

Nous primes un tram, direction la ville haute. Je savais les contrôleurs rares à cette heure, j’en avais parfois profité, et j’indiquai à la Suédoise de monter sans plus de cérémonie. Cette excursion me détournait de mes plans initiaux, mais à y réfléchir, j’y trouverai sans doute un intérêt moi aussi. J’étais rarement monté là-haut, pensant trouver tout ce dont j’avais besoin à la bibliothèque universitaire, mais… des livres au sujet des runes devaient s’y trouver également. Je dénicherai peut-être -enfin- quelque chose d’utile.

Et puis cela avait le mérite de faire découvrir la ville à Torvi, de lui donner une vue d’ensemble de son nouveau chez-elle. La vue depuis la bibliothèque était splendide, comme toujours, surtout le matin, lorsque la lumière encore douce teintait de jaune les rues et les parois immaculés des tours d’or blanc.

- Là, le bateau, dis-je en désignant le ferry qui l’avait amenée ici.

Je la laissai quelques instants à sa contemplation puis l’entraînai à l’intérieur. Je n’étais pas familier de la section des langues et je tournai un peu dans les couloirs avant de la repérer. Enfin, la pièce surgit devant nous, et je poussai un cri de victoire, entrai dans la pièce, et me tournai vers Torvi, ouvrant ma main vers les étagères qui s'alignaient devant nous.

- Chercher Suède ?

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Mer 30 Aoû - 5:21

Les maux
de la mer
Le 6 avril 2000

Et il était déconcertant, en vérité, de constater amèrement à quel point elle se trouvait diminuée par sa faiblesse. A quel point communiquer était une base universelle pour évoluer et sa difficulté – ou son absence, plus exactement – rendait les choses plus délicates. Pourtant, son protecteur faisait montre d’une grande patience à ses côtés.

Il ne se contentait pas de l’avoir extirpé des méandres brumeux et humides d’une ruelle malfaisante. D’une situation dangereuse et humiliante. Non, il ne se laissait pas modérer par la facilité. Il s’efforçait de la tirer au-delà des ravages du passé. Pour l’inscrire dans le présent. Pour l’inscrire dans la réalité.

Rares étaient ceux qui sauvaient leurs semblables pour quelques empathies ordinairement dévoyées.

Rares. Et précieux. Torvi se pinça la lèvre en une expression songeuse. Atlantis était un nouveau départ. Irvin aussi. Pleut. Ses cils s’agitèrent sous le terme énoncé. La pluie. « Pluie. La pluie. » Du doigt elle désigna le ciel puis le sol, en un long mouvement. « La pluie. » S’assurant de la sorte que le mot était correctement assimilé. De rien.

La sorcière esquissa une petite moue décontenancée. Comme gênée de cette aide providentielle, tout en lui étant mille fois redevable. D’autant plus perturbée qu’elle s’était effrayée de l’incompréhension suivante. De cet hôtel. De ces négations qui se suivaient. Jusqu’à ce qu’il l’obligea à récupérer son portefeuille et qu’elle sembla se perdre davantage dans leur échange.

Hôtel. Dormir. En le voyant agrémenter ses propos d’une mimique évocatrice elle commença à appréhender le véritable sujet. Se reposer ! Ses lèvres se déformèrent en un sifflement soulagé. « Dormir. Bien. » Maintenant que le chaos s’était délité en des éclaircissements plus sereins, la suédoise s’autorisa un nouveau sourire. Confiant. Venez. Son visage s’inclina légèrement sur la gauche pour marquer son entendement.

Non sans un dernier regard pour le quartier maussade des salines, elle emboita le pas d’Irvin. N’opposant aucune résistance à ce guide bienveillant. Bien au contraire, chaque explication la faisait se rapprocher davantage pour mieux saisir les mots et les descriptions. « Bibliothèque. » Elle articula avec amusement. « Livres. Oui. Livres. Bien, livres. » Et ses doigts représentèrent dans l’espace vide les contours imaginaires d’un opuscule suranné. « Beaucoup, livres, Suède. » Par contre, le dernier terme percutait sa conscience avec d’infimes difficultés. « Dictionnaire ? »

Tant pis. Elle y reviendrait plus tard. Ses pas suivirent ceux de son sauveur à travers la ville. Et lorsqu’ils s’arrêtèrent enfin, ils dominaient Manadh de leur hauteur. Les iris de Torvi se perdirent ici et là face à cette vue incommensurable. « Beau. Ici, beau, Irvin. » Cette vue qui n’en finissait pas vers l’horizon. Vers le bateau mentionné par son interlocuteur. « Merci. »

Et elle le suivit, encore, tandis qu’ils s’enfonçaient dans la bibliothèque. Parvenant enfin, au prix de quelques rondes supplémentaires, à dégotter les étagères linguistiques. Avec en supplément un petit éclat de joie de la part d’Irvin. « Oui ! Suède ! » Torvi déposa nonchalamment son bagage à ses pieds et se mit à fouiller avec son camarade. « Irvin, ici ! Irvin ! »

Et, toute fébrile – telle qu’elle ne l’avait plus été depuis des années – elle tira de la colonnade un énorme volume estampillé ‘Anglais-Suédois’.

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Dim 10 Sep - 8:07

La marche semblait redonner un peu de vigueur à Torvi, à moins que ce ne soit l’arrêt de la pluie, ou le changement de quartier : le centre-ville offrait une vue beaucoup plus rassurante que les pavés glissants des Salines. Elle souriait, répétait mes mots comme une enfant curieuse, reprenait vie et couleur à chaque explication, chaque éclaircissement de ce décor nouveau. Je souris aussi, malgré moi, devant sa mine allègre à l’évocation des livres.

- Vous aimez lire ?

Mummy répétait ce dicton absurde quand j’étais petit : les gens qui lisent sont toujours des gens bien. C’était plausible pour le moi de 10 ans, un peu trop naïf maintenant. La version de Mom était légèrement différente, la lecture était remplacée par le fait de savoir changer une durite, ce qui me semblait encore moins crédible, même quand j’avais 10 ans.

Mes yeux suivirent les doigts de Torvi traçant le mot dans les airs, et j’acquiesçai.

- Dictionnaire c’est un livre, avec des mots. Pour expliquer les mots.

Comme je l’imaginais, la vue de Manadh depuis le promontoire l’enchanta, et je me joignis à sa contemplation, moi qui ne prenait pas - ou plus – le temps de le faire. Étrangement, le sentiment d’urgence qui me brûlait le cœur semblait un peu apaisé. Je respirai profondément, comme je ne l’avais plus fait depuis des jours, ou des semaines.

Et la course reprit, entre les sections puis les rayons de l’immense bibliothèque. Avec un enthousiasme toujours plus visible, Torvi dénicha presque aussitôt le livre recherché, un énorme dictionnaire qu’elle posa sur la table la plus proche. Je levai mon pouce en signe de victoire et reportai mon attention sur les livres ; dans l’étagère face à moi, j’avais repéré un petit ouvrage au nom prometteur. Eurêka ! C’était un petit guide de voyage, ou plutôt de conversation, rempli de phrases utiles pour le touriste lambda. Je l’extirpai et le montrai à Torvi, plutôt content de ma trouvaille.

Je m’assis et l’incitai à m’accompagner, et ouvrait le guide pour en évaluer l’utilité. Les premières pages comportaient un mini lexique en image, détaillant la nourriture, quelques habits, des parties du corps et des magasins ; venaient ensuite des pages de discussion sur tous les thèmes possibles, avec des phrases traduites en anglais et en suédois. Je me surpris à ressentir un peu de soulagement, car le petit livre contenait sûrement assez pour lui permettre de se débrouiller un bon moment, ou en tout cas jusqu’à ce qu’elle ait été assez immergée pour maîtriser un peu mieux l’anglais. Je tournai les pages jusqu’au chapitre Santé et lui désignai la phrase « J’ai besoin d’un médecin. » en la pointant. Elle ne semblait plus malade mais un peu de précaution n’était pas superflu.

Je la laissai feuilleter le livre et me relevai.

- Attendez.


Je retournai à l’entrée de la bibliothèque et emportai un plan de la ville, puis revint m’asseoir auprès de Torvi. Le plan était sommaire mais assez détaillé pour présenter le plus important : les quartiers, le centre médical, l’université et les bâtiments administratifs. Je le fis glisser vers elle.

Je me sentais un peu inutile, soudainement ; ou plutôt, aucune autre aide à lui apporter ne me venait à l’esprit. Mais, étrangement, je n’avais pas envie de partir tout de suite, de rompre cet instant, cette rencontre, de perdre tout de suite de vue cette femme étrange mais à la douceur presque contagieuse. Encore plus étrangement, je me sentais plus apaisé ici et maintenant que depuis un long moment. Alors je me tus, et attendis de voir si elle avait besoin d’autre chose.

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MessageSujet: Re: Les maux de la mer | Irvin Fowler   Dim 17 Sep - 6:40

Les maux
de la mer
Le 6 avril 2000

Et elle le suivait avec l’enthousiasme de la naïveté et de la découverte. Elle qui s’était si souvent frottée – pourtant –  aux plus terribles conspirations, aux plus horribles méfaits de l’Humanité. Elle qui savait à quel point il était aisé de se faire piéger. De se faire fracasser par autrui dès lors qu’on lui donnait un peu trop de soi.

Un peu trop de possibilités.

Vous aimez lire ? Seulement, Irvin ne correspondait pas vraiment à l’archétype des fossoyeurs d’espoirs qu’elle avait autrefois connu. Loin de là. Il lui semblait plutôt … Humain. Profondément humain. Aimer. Lire. Les doigts fins et délicats de Torvi se portèrent à ses propres joues pour espérer en camoufler le vermeil enjoué. « Oui ! »

Avant que les ombres ne se décident à lacérer son existence d’une multitude de plaies, elle vivait presque pour lire. Étudier. Comprendre. « Oui. Aimer beaucoup. Lire. Livres. » Pour toutes ces choses qui lui avaient semblé bien futiles, par le passé, tant d’autres nécessités s’étaient révélées à elle. Survivre. Lutter. Progresser. « Aimer livres. » Et c’était, finalement, comme répéter quelque chose d’évident et d’oublié. Comme rendre vie à celle qui s’était étouffée, il y a des décennies, dans le deuil et les souffrances successives.

La reine brisée. Un voile de mélancolie, doucereux et à peine perceptible, glissa sur les traits égayés de son visage. Dictionnaire. Elle se ressaisit immédiatement et hocha la tête dans la direction de son sauveur. « Dictionnaire. » Livres. Mots. Expliquer mots. Expliquer. Son esprit buta sur ce dernier terme : qu’est-ce que ce livre sur les mots ? Un lexique ? Ah ! Un dictionnaire ! « Oh, dictionnaire ! Lexikon ! Bien. »

De nouveau, elle souriait. Son expression s’illuminant d’une compréhension évidente et soulagée. « Oui, bien, Irvin. Bien, dictionnaire ! » D’un réconfort qui teintait jusqu’à sa voix d’une reconnaissance éclairée. Celle qui se manifesta davantage lors de la vue de Manadh. Nouveau départ. Nouveaux choix.

Infinité d’avenirs potentiels.

Celle qui revint gonfler son cœur d’une espérance chaleureuse alors qu’ils trouvaient et compulsaient l’ouvrage recherché. Attendez. Elle profita de sa courte absence pour s’entraîner à prononcer ‘j’ai besoin d’un médecin’. S’amusant toute seule des mots qui roulaient sur sa langue. « Irvin ! » Et il revenait, encore, inlassablement, vers elle. Un plan de la ville en main. « Merci Irvin ! »

Toutes ces informations à disposition lui rendirent son dynamisme coutumier. Ses yeux glissant ici et là pour assimiler l’information, puis chercher exactement ce qu’elle souhaitait. Page annexe sur la politesse. Je. Te. Vous ? Remercie. « Je te remercie, Irvin. » Elle se remit à chercher hâtivement quelque chose. Snäll. Gentil. Vous ? Tu. Es. « Tu es gentil. Merci. »

Elle lui adressa un regard reconnaissant, avant de chercher d’autres termes. « Irvin. Je pas beaucoup argent. J’ai pas beaucoup argent ? Hôtel … Cher ? Pas trop … Cher ? Je pas travail. J’ai pas travail ? Solution ? Je … Peur ? Peu ? Un peu ? »

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